MARCHE FINANCIÈRE
Le Familistère de Guise est le premier exemple d'un capital résolument employé, sous une direction unique, en vue de la réunion générale de toutes les choses nécessaires à la vie d'un grand nombre de familles ouvrières; c'est le premier exemple d'une administration concentrant des opérations aussi diverses, pour que le résultat en tourne au plus grand bien des familles, écartant ainsi les intermédiaires inutiles, tout en sauvegardant, par une organisation économique, les capitaux engagés dans Pentreprise.
Les résultats matériels et moraux, déjà décrits, paraîtront peut-être encore insuffisants à une époque comme la nôtre, où tout se traduit par des chiffres.
•Le Familistère ne sera, aux yeux de bien des personnes, un fait pratique, que si le côté financier est démontré immédiatement rémunérateur pour le Capital ; fort heureusement, il en est ainsi.
Pourtant on voit, en examinant le Familistère, à l'élégance et à la solidité des constructions, au soin apporté dans tous les détails de l'architecture et de l'habitation, que la pensée du revenu n'a été que bien secondaire dans la direction de l'entreprise.
Il s'agissait avant tout, dans cette œuvre, de réaliser la demeure qui rendît possible à la classe la plus nombreuse le Bien-Être physique et moral ; il s'agissait de prouver, pratiquement, que le bien à faire est toujours possible, et que sa réalisation est plus facile qu'on ne le croit généralement.
En avril 1859, je traçais les fondations de l'aile gauche du Familistère ; elle était bâtie et couverte au mois de septembre de la même année, et fut achevée en 1860 ; une partie de la population y fit son entrée à cette époque, mais le bâtiment ne fut complètement habité qu'en 1861.
La propriété sur laquelle le Familistère est construit, avait coûté, environ, fr 50,000
Il avait été dépensé pour l'aile gauche. 300 , 000
En 1860, je faisais construire les premières dépendances, ou bâtiments d'exploitation, en façade, coûtant environ. . 50,000
En 1862, la partie centrale fut commencée, construite en 1863, et achevée en 1864; elle fut occupée en 1865, et avait coûté * . . . . 400,000
En 1866, je fis construire l'édifice destiné aux soins et à l'éducation de la basseenfance : la nourricerie et le pouponnât. Cet édifice a coûté environ 40,000
Les écoles et le théâtre ont été construits en 1869 et ont coûté 125,000
A reporter 965,000
MAKCHR FINANCIÈRE 531
Report 965,000
Les bains et lavoirs furent construits en 4870, et coûtèrent ....:.... 35,000 L'éditice du Palais, dans son état actuel,
a donc coûté 1,000.000
L'aile droite et ses dépendances restent à construire.
La population du Familistère étant d'environ 900 personnes, c'est à peu près onze cents francs par personne que coûte l'édification du logement au Palais Social, y compris toutes les dépendances nécessaires aux magasins et débits, aux cuisines, aux salles publiques , aux salles d'éducation , salles d'école et de théâtre.
Dans ces conditions, et dans l'état actuel du Palais, en outre de ses magasins au rez-de-chaussée et de toutes ses dépendances, il comprend :
Cinq cents chambres,
Cent quarante cabinets dressoirs,
Trois cent quatre-ving tsix placards,
Vingt-quatre alcôves,
Six cent soixante portes et fenêtres extérieures et cent trente portes et fenêtres à ses dépendances.
Au million de francs engagés dans l'immeuble 1,000,000
Il convient d'ajouter la somme de quatre-vingt fmille rancs, pour le mo-
A reporter 1,000,000
Report . i ,000,000
bilier des différents services , et pour le fonds de roulement nécessaire aux
opérations commerciales 80,000
Total. 1,080,000
C'est donc en réalité un million quatre-vingt mille francs, que le capital du Familistère comprend aujourd'hui; mais nous allons voir que cet accroissement du capital est très-nécessaire au fonctionnement des opérations du Palais , pour les rendre fructueuses et utiles.
L'immeuble du Familistère, n'ayant principalement pour locataires que |des Ouvriers, serait peu productif, s'il n'avait pour revenus que les rendements de la location. En voici les motifs : lorsque l'Ouvrier cherche à se loger, il se préoccupe surtout du prix du loyer, les avantages du logement passent en second lieu; habitué à régler sa dépense sur ses gains, il ne voit pas d'abord si l'habitation nouvelle lui offre des avantages économiques, et si, avec un même salaire, il y vivra mieux. Il voit surtout ce que son loyer lui a précédemment coûté, et
1 ou 2 francs de plus par mois lui paraissent une charge énorme au budget de ses dépenses.
Il n'y avait donc pas à se préoccuper du Capital engagé, dans le Palais, pour fixer les prix des locations. Quelle règle a servi pour déterminer ces prix? La seule comparaison des loyers payés par les ouvriers dans le pays; leurs locations ordinaires étaient de 8 à 12 francs par mois pour deux ou trois chambres : le Familistère devait donner ses logements plus commodes au même prix, pour ne pas laisser à la concurrence malveillante la possibilité de faire accroire à l'ouvrier que le Familistère était un instrument d'exploitation dressé contre lui.
L'Ouvrier comprit alors que le Palais, malgré les critiques dont il était l'objet, pouvait bien valoir les vieux logements sales et malsains : et il s'est décidé pour le Familistère.
Une règle facile a servi de base pour les détails de la question de location au Familistère: tous les logements sont établis de manière à être également commodes au locataire; chaque chambre est pourvue d'un placard ou d'un cabinet; les murs sont badigeonnés à la chaux; les logements ne présentent donc de différences qu'en raison de l'étage où ils se trouvent, et du nombre des pièces qui les composent ; en conséquence le prix de la location est fixé d'après l'étendue des logements, c'est-àdire au mètre carré de surface, pour l'employé aisé comme pour l'ouvrier, voire même pour le fonda-
teur qui a ses appartements habituels au Palais.
Celui qui veut un intérieur de logis bien meublé et richement décoré en fait les frais à sa guise.
Le prix de la location est fixé par mois : Pour le rez-de-chaussée à fr. 0,26 cent, le mètre
carré.
» le premier étage
d le second »
* le troisième »
Pour les caves
Pour les greniers
Les façades des cours extérieures, du côté de la ville, sont louées 2 centimes de plus le mètre carré.
A ces prix, la location des appartements du Familistère varie entre 0,14 cent, et 0,23 cent, par chambre et par jour, suivant la dimension et l'étage.
Dans ces conditions, la valeur actuelle de la location du Familistère est de trois mille cent quatrevingt-quinze francs par mois ; la recette, par an, y compris les jardins et vergers, est de 40,140
Mais il y a un chapitre de frais assez importants à soustraire de cette somme, pour avoir la recette nette des loyers ; ce chapitre se compose ainsi qu'il suit :
Impôts des quatre contributions directes 1,617
Assurances 379
A reporter. . . . 1,996 40,140
Report 1,996 40,140
Frais généraux d'administration, de bureau, de propreté générale et d'élévation d'eau. . 5,240
Éclairage au gaz. 1 , 320
Réparations et entretiens annuels 1,200
Total des dépenses 9, 756
En faisant la soustraction de ces dépenses, la recette nette se trouve réduite à la somme de 30, 384
C'est 3 0/0 du capital de l'immeuble.
Nous trouverons dans un autre chapitre de recette 10,000 fr. à appliquer à l'amortissement, que nous avons négligé dans les chiffres qui précèdent.
La location du Familistère, aux prix auxquels elle est faite, n'est à elle seule, on le voit, que faiblement rémunératrice du capital engagé.
Mais si le capital qui s'est détaché de l'Industrie n'a pas fait du Familistère un objet de pure spéculation, le placement des capitaux n'en est pas moins une affaire sûre et qui, tout en créant au profit de l'ouvrier des ressources nouvelles, constitue pour la fabrique des avantages dont il est difficile de mesurer l'importance.
En comparant les prix de location du Familistère avec ceux des logements de beaucoup d'autres endroits manufacturiers, on reconnaîtra que ces prix
sont inférieurs presque de moitié à ceux que paient ordinairement les ouvriers, pour des logements un peu convenables.
Par exemple, au Familistère, un logement possédant d'abord moitié du vestibule d'entrée, puis une première pièce ayant 3m,46 de largeur et 4m,47 de profondeur, plus un cabinet de débarras de im,20 sur 1^,50, et une seconde chambre de 4m de largeur sur4m,64 de profondeur , en tout 37 mètres de surface, paie de location :
Au rez-de-chaussée, par mois fr. 9,60
Au premier étage — 10,75
Au second » 9,60
Au troisième » -~ 8,40
Et ainsi, proportionnellement, pour tous les logements plus grands ou plus petits, suivant le nombre des pièces qui les composent.
On peut donc concevoir qu'il n'eût pas été impossible de retirer du produit seul de la location 5 0/0 et plus du capital engagé, s'il s'était agi de loger des familles aisées au lieu de familles pauvres. Pour des familles aisées, le Familistère présente certainement la possibilité d'un loyer une fois plus élevé, en y trouvant encore de grands avantages pour les locataires.
Dans ces conditions, le Familistère rapporterait, par le seul produit des locations, de 5 à 6 0/0 du capital engagé, après tous frais d'administration et d'amortissement déduits.
J'ai cherché à établir tout au long de ce livre que le bien ne se réalise, dans l'humanité, que par Pusage intelligent que l'homme sait faire des ressources matérielles dont la nature lui a remis l'emploi. Nos besoins affectifs, intellectuels et moraux ne peuvent pas plus échapper à cette loi que nos besoins physiques. Ce n'est qu'en fondant les institutions matérielles nécessaires, et par leur sage application, que le niveau intellectuel et moral s'élève, comme le niveau physique, dans les sociétés.
Nous avons vu qu'au Familistère ces institutions n'ont pu puiser leurs ressources dans le principe de l'Association légale que j'aurais voulu fonder entre le Capital et le Travail ; j'ai donc dû recourir à d'autres moyens pour intéresser la population à la prévoyance et à la mutualité.
Mais avant d'aborder l'exposé de ces moyens, il est bon de décrire ce que le Familistère est capable de faire par lui-même, sans autre concours que celui des propres forces résultant de son organisation intérieure, considérée comme séparée de toute relation avec les bénéfices de l'Industrie; car il est nécessaire que le Palais Social ait par lui-
même la propriété d'engendrer des ressources, pour que sa population puisse continuer sa marche progressive.
Le Familistère s'est créé d'autres revenus que ceux des loyers, et cela en accomplissant une nouvelle fonction de haute utilité au profit des familles habitant le Palais : c'est-à-dire en leur offrant, sous la main, dans les dépendances de leur habitation , tous les approvisionnements nécessaires à la vie, par l'organisation des services commerciaux de boulangerie, boucherie, charcuterie, laiterie, vente de légumes, de boissons, d'épicerie, de mercerie, d'étoffes, de vêtements et confections , de combustibles, etc.
C'est dans la bonne organisation de ces opérations commerciales, que résident les ressources du Palais Social, si l'on sépare ses intérêts de ceux des industries auxquelles les sociétaires prennent part.
Le Familistère, envisagé de cette façon, quoique n'ayant pas poussé au développement de ses affaires commerciales, qui étaient un objet de critique envieuse pour le dehors, a fait jusqu'ici un chiffre d'affaires sensiblement égal aux émoluments et aux salaires de la population du Palais.
Pourtant tous les services commerciaux ne sont pas, pour les revenus du Familistère, proportionnellement profitables. Ceux concernant l'alimentation, ont à peine jusqu'ici donné des bénéfices. Deux
causes y contribuent: d'abord, le désir de rendre la vie facile et peu chère à l'ouvrier, mais ensuite, et surtout, l'insuffisance des chefs de service.
Il est certain qu'une direction plus exercée et plus intelligente mettrait promptement le restaurant, la boucherie, la charcuterie et la vente des légumes en état de faire des bénéfices supérieurs à ceux réalisés jusqu'à ce jour.
Les autres services seront également susceptibles d'uneaugmentation sensible dans leurs profits, quand le Familistère se sera créé un personnel capable, et possédant l'intelligence des fonctions; car il esta remarquer que les fonctionnaires sont généralement pris parmi les dames et demoiselles des ouvriers du Palais, et qu'il leur faut un certain temps d'apprentissage pour s'élever à la bonne entente de tous les détails des services.
Dans les conditions où le Familistère se trouve, conditions qui peuvent considérablement s'améliorer, les opérations commerciales donnent lieu aux résultats suivants :
Il est prélevé sur les produits de la vente, pour couvrir les frais généraux, l'éclairage de tous les magasins, l'entretien des services, du mobilier, l'amortissement du matériel, une somme de 15,000
Il est payé en appointements et salaires aux personnes attachées à la comptabilité, aux débits et magasins , . . 26,000
Le bénéfice net des opérations, après ces frais liquidés, est d'environ 45,000
Mais il convient de prélever sur ces bénéfices une réserve ou amortissement destiné à toutes les opérations qui sortent de l'entretien ordinaire, le Familistère devant être toujours maintenu à fétat neuf. Cette réserve est chaque année de 10,000
Reste en bénéfices disponibles. 35,000
Cette somme, ajoutée à celle des loyers, assurerait donc au Capital un revenu de 6 °/0 au moins, s'il ne se contentait du produit de la location; mais, si pour un instant nous voulons envisager le Familistère comme ne {levant obtenir aucun concours pris sur les bénéfices de l'Industrie, c'est avec celte somme de 35,000 fr. composant le bénéfice disponible des opérations commerciales que le Palais pourra, comme je l'ai exposé précédemment, assurer les soins, l'éducation et l'instruction de l'Enfance, pouvoir à la formation de Caisses de Prévoyance destinées à garantir la population contre le malheur, et permettra à la vie humaine d'avancer ainsi dans la voie des réformes salutaires et des institutions utiles.
La somme de 35,000 fr., que la population trouve dans l'organisation des services commerciaux, n'est pas, comme on le voit, susceptible de répartition individuelle ; elle est au service de tous, et elle corn-
pose surtout la part des faibles» de ceux qui ont besoin de protection : l'égoïsme individuel fait place à la mutualité et à la solidarité.
Si nous jetons un coup d'œil sur l'ensemble des fonctions et de l'organisation économique du Familistère, nous verrons qu'aux avantages des dispositions matérielles étudiées, et des avantages moraux qui en résultent, la population joint ceux de faire le bénéfice des fonctions qu'elle remplit par ellemême, car tous les emplois, au Familistère, sont occupés par des personnes prises dans son sein.
Il est payé en salaire ou appointements :
Aux services d'ordre 10,600
Aux services de l'Éducation 8,000
Aux services commerciaux 45,600
Aux services producteurs 9,600
C'est donc au total 43,800
que 70 personnes trouvent à gagner dans les occupations administratives du Familistère, et ces occupations permettent encore aux femmes qui, en grande partie, remplissent à des degrés divers ces fonctions, de surveiller leurs familles et leurs ménages.
Nous avons exposé au chapitre xxvn les principes et les règles de charité sociale qui doivent présider à la Répartition Sociétaire des bénéfices créés par le Travail ; nous avons exposé la Loi du Droit des faibles, des Soins dus à l'Enfance, et de la Part à faire au Progrès Social.
Les institutions du Familistère, n'ayant pu revêtir le caractère d'une œuvre sociétaire, nous ne pouvons les montrer que comme une œuvre individuelle.
En décrivant l'état actuel de ces institutions, nous montrerons ce que peut l'application des principes de la doctrine de la Vie, en dehors même de la solidarité que l'Association Intégrale du Travail et du Capital peut seule créer.
La pensée 'qui a présidé à la fondation du Familistère ne pouvait laisser méconnaître au Capital la loi de son application : s'il ne lui était pas possible de donner en exemple l'Association et la Participation du travailleur entourées des formes légales, il devait au moins en donner les conséquences dans les faits ; c'est le résultat que j'ai cherché à atteindre dans la mesure du possible.
Mais dans toule transition, il faut aplanir les difficultés, il faut vaincre les obstacles que toute idée nouvelle rencontre dans son application; et surtout lorsqu'il s'agit de réformes sociales, il faut débarrasser les esprits de leurs préjugés pour les préparer à la vérité.
Les difficultés jusqu'ici créées à mon œuvre , les principaux embarras qui l'ont empêchée d'avancer plus vite, et qui ont rendu les voies transitoires plus laborieuses qu'elles ne l'eussent été, peuvent être d'une utile comparaison avec ce qui aurait été fait, si, au lieu d'hostilités acharnées, j'avais rencontré des concours dévoués. Je suis, par ce fait, resté dans le cercle de l'expérience la plus accessible à la plupart de ceux que je pourrai avoir comme imitateurs : à quelque chose malheur est bon.
Suivant les principes du Droit, du Devoir, et de la Justice, exposés au cours de ce livre, la direction du Familistère a procédé d'une façon différente de celle indiquée dans le chapitre précédent, pour subvenir aux ressources nécessaires à la mise en pratique de la solidarité et de la charité sociale.
Le Familistère a été considéré comme étant seul mis en association avec ses habitants, non-seulement pour les revenus concernant les loyers, mais aussi pour tous les bénéfices commerciaux, de façon que chaque sociétaire a eu la faculté de déposer ses économies à la caisse du Palais, contre un titre qui
lui garantit, pour dividende de son dépôt, le tant pour 0/0 des revenus locatifs joints aux revenus commerciaux ; ce qui a jusqu'ici procuré aux déposants un intérêt ou dividende variant de 5 à 6 0/0.
Suivant la théorie de Répartition établie au chapitre xvn, c'est l'Usine, c'est l'Industrie qui a été considérée comme devant fournir sur ses bénéfices les ressources sociales nécessaires à l'éducation et à l'instruction de l'enfance, au soutien des orphelins, et à la pension des invalides.
Mais pour ce qui est des caisses de prévoyance, il en a été autrement : tenant compte des précédents consacrés déjà dans l'Industrie, comme d'heureux moyens d'intéresser les ouvriers à la direction et à la surveillance de leurs intérêts matériels, c'est par l'intervention des sociétaires du Palais que ces institutions ont été fondées.
Les cotisations pour la prévoyance sociale sont individuelles, et retenues sur les salaires de chaque famille, afin de faciliter la besogne aux comités d'administration. L'importance et les motifs des cotisations sont laissés aux délibérations des conseils élus par les sociétaires : soit qu'il s'agisse de la subvention pendant la maladie, ou du service médical, ou de la pharmacie, ou d'un mobilier nécessaire aux malades, etc., etc.
L'établissement d'industrie intervient ensuite d'une façon passive, comme se reconnaissant obligé de verser dans les caisses mutuelles une somme
égale au montant des cotisations réunies des sociétaires.
Les ressources produites ainsi font face à tous les besoins, avec une cotisation moyenne, par mois, de 1 fr. 50.
Le montant de ces cotisations s'élève mensuellement à f r 900
L'Industrie versant tous les mois une somme égale de fr 900
les ressources mensuelles sont de fr. 1,800 et annuellement par conséquent defr. 21,600
Avec ces ressources, et par ces moyens, quoique au-dessous de ceux que les véritables principes indiquent, bien des peines et des douleurs sont évitées à la classe ouvrière qui en profite.
Les avantages de la mutualité et de la solidarité sont plus facilement compris, lorsque l'isolement s'efface parmi les hommes.
Sous l'empire de la vie collective, — au lieu de ne songer qu'à cet étroit individualisme dans lequel on cherche le chacun pour soi, et où l'on ne rencontre que difficultés et privations, — les intérêts se modifient ; les institutions les plus propres à assurer la sécurité, la protection et le bien-être de tous, rentrent dans l'intérêt de chacun et prédisposent les populations à les accepter.
L'intérêt individuel se met en accord avec l'intérêt collectif; les dissensions, qui naissent lorsque les ressources publiques ne sont pas également partagées,
ne se présentent plus; c'est pourquoi, dans le Palais Social, toutes les améliorations qu'on peut instituer pour le bien de la vie, profitant également à tout le monde, chacun se trouve prédisposé à les accepter.
Qu'y a-t-il dès lors à faire, dans une fondation comme celle du Familistère, lorsque les éléments matériels sont réunis, pour donner un corps aux mesures à prendre?
Il faut appeler la population à délibérer régulièrement sur toutes lés institutions mutuelles de solidarité et de charité sociale, à établir en vue de parer à toutes les éventualités de malheur auxquelles la famille de l'ouvrier est assujettie. C'est ainsi que ces institutions se fondent sur les bases les plus solides : le Familistère en donne l'exemple le plus marqué et le plus inattendu.
Nous avons vu que l'Association du Capital et du Travail n'ayant pu être faite sous une forme légale, au Familistère, pour constituer au profit des sociétaires un droit sur les bénéfices de l'Industrie, le Capital s'était intéressé à la fondation des institutions de prévoyance commune, en imposant aux frais généraux de l'établissement d'industrie une somme égale à celle du montant des cotisations, somme que cet établissement verse mensuellement aux caisses de prévoyance.
C'est pour administrer et appliquer ces fonds que tous les travailleurs sont appelés, au Familistère, à élire les comités nécessaires.
Ces comités se divisent et se subdivisent la besogne et constituent :
Le comité d'administration de la caisse des cotisations et des subventions;
Le comité du service médical et des secours ;
Le comité de pharmacie, des soins et des médicaments ;
Le comité des visiteurs et visiteuses qui, à tour de rôle, ont mission de voir l'état des malades, et de se renseigner sur l'état sanitaire de la population, etc., etc.
Enfin des comités s'établissent pour toutes les choses utiles qu'il peut convenir aux intérêts de la population d'introduire dans la pratique.
La plus grande liberté est laissée à ce sujet pour la mise en œuvre de toutes les bonnes mesures que l'expérience révèle.
Dans ces conditions, au moyen d'une cotisation mensuelle qui varie de 1 fr. à 2 fr. 50, à la volonté du sociétaire, et suivant certaines règles, toutes les familles ont droit :
A la visite du médecin, de leur choix, quand elles le jugent à propos ;
A une subvention qui varie de 1 à 5 francs par jour, suivant le chiffre de la cotisation du sociétaire privé de son travail pour cause de maladie ;
Aux draps et chemises de lit, appartenant au service médical , et à la propreté du linge nécessaire aux malades ;
Aux médicaments pour tous les membres de la famille en cas de besoin;
A l'usage des baignoires, bainsde siège, bains de pied, chaise percée, vases et instruments nécessaires en cas de maladie.
D'autre part, l'établissement accorde une pension d'un franc par jour au travailleur invalide ; il adopte les orphelins, lesquels sont élevés à la nourricerie d'abord, puis, lorsqu'ils sont en âge d'aller aux écoles, placés dans les ménages qui consentent à les nourrir et à les soigner moyennant une rétribution mensuelle ; le vêtement de ces enfants reste à la charge de l'Association. L'enfant orphelin retrouve ainsi une famille adoptive et une protection certaine, sous les auspices du toit qui l'a vu naître.
Si l'on n'a perdu de vue aucun des avantages énumérés dans ce chapitre, on trouvera sans doute que l'ensemble des mesures de véritable prévoyance sociale établies au Familistère, pourrait être heureusement imité.
Les avantages énumérés ci-dessus sont particuliers à l'organisation des caisses mutuelles du Familistère, mais le sociétaire reçoit, en outre, en cas de maladie, un secours de deux francs par jour que la caisse de l'usine accorde à tous les ouvriers malades, à ceux habitant au dehors, comme aux sociétaires du Familistère.
Les secours accordés annuellement par cette caisse s'élèvent à environ 18,000 francs.
Nous venons de voir, nu sujet de la santé publique, comment le Palais Social assure à tous les sociétaires, pour peu que chacun le désire, toutes les ressources qu'on ne se procure ailleurs qu'à grand'peine, et sur lesquelles il est impossible de s'entendre pour donner une même satisfaction à tous les intérêts.
La santé publique en est un exemple. Avec les maisons isolées, le service médical se fait difficilement. Ne sait-on pas avec quelle difficulté on obtient au village la visite du médecin, en raison des distances considérables qu'il y a entre les habilations du centre et celles des extrémités, et surtout par l'absence, dans la commune, des médecins qu'il faut trop souvent faire venir des villes ou des villages voisins?
Au village, où les maisons sont éparpillées dans la campagne, ce qui profite au centre ne profite pas aux extrémités, et ce qui est avantageux aux extrémités l'est peu au centre ; chacun y désire les choses de son côté, et l'antagonisme des intérêts s'oppose ainsi au progrès des institutions.
La Mutualité comme nous venons de l'établir
devient au contraire un désir commun au Palais Social. Les habitants s'associent pour le service médical, comme pour leurs autres besoins, avec la certitude que les soins et les avantages seront égaux pour tous; aussi le Familistère a-t-il deux médecins et une sage-femme, dont chaque sociétaire peut avoir la visite dès qu'il en éprouve la nécessité.
La salle de service médical et de pharmacie possède une boîte au nom de chaque médecin et de la sage-femme. Le sociétaire n'a qu'à déposer dans une de ces boîtes le numéro de son appartement, pour s'assurer dans la journée la visite du médecin de son choix, ou de la sage-femme.
Cette salle renferme les choses les plus urgentes de la pharmacie, les appareils de pansement nécessaires aux cas pressants, les baignoires portatives, bains de siège, draps, chemises et les instruments et ustensiles qu'on trouve rarement dans le mobilier de l'habitation de l'ouvrier.
Cette salle contient aussi, au grand avantage des femmes accouchées et des enfants nouveau-nés, des téterelles , bouts-de-sein, berceaux, biberons, etc. ; et l'on doit à ces simples mesures de précaution la possibilité d'éviter bien des souffrances, que l'incurie ou l'ignorance des moyens font endurer trop souvent aux jeunes mères , dans l'intérieur du ménage pauvre.
Tout ce qui concerne la santé et le soin des malades : moyens préventifs, médecins et remèdes,
est donc assuré et payé par l'Association entière ; de cette façon, personne ne se refuse les choses nécessaires au rétablissement de la santé.
Le service médical ne fait ainsi défaut à personne ; chaque jour les médecins trouvent, à côté de la salle du service médical, l'indication des personnes qui désirent leur visite, et les soins et remèdes sont aussitôt prescrits aux malades.
L'abandon dans le malheur n'est pas possible au Familistère : la moindre souffrance y est connue ; une situation malheureuse vient-elle à naître, chacun se le dit, et par honneur du bien à faire, comme par sentiment de charité, les soins ni les secours ne font défaut à personne.
A côté des parents, les comités de prévoyance fonctionnent en permanence et veillent de leur côté à ce que les secours et les médicaments soient intelligemment donnés.
Nous avons vu jusqu'ici comment le Palais Social correspond aux Lois Primordiales de la Vie; nous avons rapidement exposé comment il rend plus faciles la nourriture, le logement, le vêtement, la propreté, l'hygiène ; comment il contribue à
assurer pour tous ses habitants les soins du corps, à développer l'exercice des bonnes habitudes physiques, et à réaliser l'usage harmonique de l'organisme humain; — comment il protège la santé; — comment il soigne la maladie; — comment la veuve et l'orphelin trouvent dans l'Association les sécurités de l'avenir ; — comment enfin le Palais Social assurée tous le bien-être.
Mais le Familistère ne doit pas seulement satisfaire à la Loi de Conservation et d'Entretien de la vie humaine; il doit aussi remplir les obligations de la Loi de Développement et de Progrès de la vie; il doit joindre à l'éducation physique, l'instruction intellectuelle et morale.
Il appartient au Palais Social de combler toutes les lacunes que les institutions de la société présente laissent exister dans le développement des aptitudes et de l'intelligence humaine; il lui appartient d'être, pour le bien et le progrès de l'esprit, ce qu'il est pour le bien et le progrès du corps.
Mais avant de décrire ce qui est particulier à l'éducation des diverses classes de l'enfance, nous pouvons examiner l'influence que le Familistère exerce d'une manière générale sur la population. Cette influence est de tous les instants; elle modifie peu à peu les mauvaises habitudes apportées du dehors, et ne tarde pas, dans tous les cas, à transformer profondément les habitudes extérieures apparentes de l'individu et de la famille.
S'il n'en coûte pas aux familles ouvrières, habitant les petites maisons isolées, de laisser courir leurs enfants dans la rue nu-pieds, en chemise, sales, couverts de boue, de haillons et de guenilles; ces mêmes familles, arrivant pauvres et misérables au Familistère, sentent, après quelques jours de contact avec la population, la nécessité d'un changement d'habitudes et d'état. Le rouge leur monte au front quand il faut envoyer leurs pauvres efîfants à l'école, dans leur état de dénûment, au milieu des trois-cents élèves du Familistère réunis, à chaque rentrée en classe, dans les cours du Palais ; les parents voient alors combien leur petite famille fait lâche parmi cette population enfantine vêtue,>convenablement, bien débarbouillée et proprette : aussi s'efforcent-ils bien vite de cacher cette misère.
Les habits du dimanche sont alors souvent mis à l'enfant pour aller à l'école, et on lui en procure d'autres pour la toilette. Les parents se donnent ainsi la satisfaction de voir leurs enfans vêtus comme les autres: un sentiment de bonheur est pour le ménage la récompense de la gêne qu'il s'est imposée.
Mais bientôt ce que le père et la mère éprouvaient concernant leurs enfants, ils l'éprouvent à leur propre sujet ; et c'est ainsi que la vie s'améliore peu à peu, par l'exemple sollicitant un meilleur emploi des ressources de la famille.
Au Familistère, il n'y a ni boues ni ordures, l'enfant n'a pas d'occasions de se salir au milieu de
ses récréations ; la propreté devient pour lui une habitude comme ailleurs la saleté en était une autre. C'est un double motif pour qu'il n'y ait plus au Palais de ces haillons sordides qui déshonorent l'espèce humaine ; tous les habitants sont convenablement vêtus, comme tous sont convenablement nourris, et pourtant combien de misères le Familistère a abritées 1
Nous ferons moins ici la théorie philosophique de l'éducation que l'examen des conditions pratiques de son application. Peu nous importent les théories pompeuses sur l'éducation et l'instruction, si elles ont pour conséquence , comme celles de l'Emile de Rousseau, de n'être applicables qu'à la millième partie de l'espèce humaine.
Ce qu'il faut découvrir, c'est l'éducation et l'instruction démocratiques ; c'est l'éducation et l'instruction pour tous les enfants du peuple, sans exception ; c'est la culture intégrale de l'esprit humain par la culture intégrale de l'espèce tout entière; c'est enfin l'éducation et l'instruction conduisant tous les hommes à la vie utile et productive qu'il faut réaliser.
Plusieurs conditions sont nécessaires pour atteindre ce but : il faut d'abord créer les méthodes de direction et d'enseignement , puis les moyens de les appliquer.
Dans la société moderne, les méthodes ont fait de véritables progrès grâce aux recherches des
personnes dévouées à l'éducation de l'enfance, mais les difficultés d'application resteront un puissant obstacle à la vulgarisation de ces méthodes, tant que le régime actuel de la famille et des habitudes de renseignement restera le même.
Quoi qu'on fasse, il sera difficile que les conditions de l'éducation et de l'instruction soient égales pour tous, avec l'éloignement d'un grand nombre d'habitations par rapport aux écoles.
L'éducation sera imparfaite, tant que le père et la mère seront seuls à veiller sur leurs enfants, et qu'il leur sera permis de retrancher à ces derniers la nourriture de l'esprit, comme parfois, bien malgré eux, ils sont obligés de leur retrancher la nourriture du corps.
La Société ne peut remédier à ces tristes errements du {>assé qu'en exerçant son Droit de protection sur l'enfance, et qu'en pratiquant le Devoir par lequel elle est appelée à aider à son avancement propre dans la vie.
Mais en ceci, comme dans toutes les choses humaines, les résultats à obtenir sont proportionnés à la perfection et au progrès des dispositions matérielles que la société saura réaliser pour y atteindre.
Pour que l'enfance soit bien enseignée, il faut des écoles convenables sous tous les rapports : l'éducation du peuple est subordonnée à cette première création. C'est ce que l'opinion tend aujourd'hui à vouloir édifier clans chaque village ;
mais après l'édification de l'école, aura-t-on trouvé le moyen d'y réunir tous les jours, et aux heures régulières des leçons, les enfants logés à deux ou trois kilomètres de dislance ?
Non, il faudrait en ce cas plus que l'école, il faudrait le pensionnat gratuit dans chaque commune.
Un premier point indispensable à Joute méthode d'enseignement, c'est l'exactitude aux leçons: toutes les méthodes sont sans résultat, si les classes sont en désordre et sans suite.
Il ne faut donc pas seulement des écoles dans chaque commune, il faut encore un programme d'enseignement ; il faut des méthodes d'application; il faut des élèves et des maîtres assidus pour que ces méthodes soient appliquées.
Combien de réformes sont à introduire dans la commune avant d'avoir atteint ce résultat ! Aujourd'hui, dans la plupart de nos villages, l'instituteur est encore obligé pour vivre d'être tout a la fois maître d'école, chantre à l'église, secrétaire de mairie, arpenteur, etc. On conçoit le médiocre intérêt qu'il attache à ce que les écoliers soient dans les classes pendant son absence ; s'ils sont à vagabonder dans les rues, le professeur sait du moins qu'ils ne bouleverseront pas l'école pendant ce temps-là.
Il est vrai de dire aussi que souvent la femme de l'instituteur est chargée de veiller, non sur les de-
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voirs des élèves, mais sur leur tranquillité dans la classe, en l'absence de son mari ; qu'en résulte-t-il ? un inconvénient plus grave encore ; trop souvent c'est un motif pour que la maîtresse fasse la cuisine, le lavage du linge, et la lessive même dans la salle des études.
Dans de pareilles conditions, on conçoit que l'éducation soit difficile pour les élèves, et que le désœuvrement les conduise à la dissipation et au vagabondage. Il ne faudrait pourtant qu'un gouvernement ami du peuple pour faire au moins disparaître ce qu'il y a de honteux, pour la France, dans une pareille situation de l'instruction publique.
Mais ce que nulle administration ne peut faire, c'est de placer l'école à la même proximité pour les familles, et par conséquent il n'est pas possible, par mesure administrative, de rendre dans nos communes rurales l'enseignement également facile pour tous les enfants.
L'éducation gratuite et obligatoire ne peut placer toutes les familles au village, sur un même pied d'égalité, ni dans les avantages offerts, ni dans les peines édictées.
En est-il ainsi dans le Palais Social ? Non, toutes les institutions y sont organisées de manière à offrir aux familles des avantages égaux. Les salles d'édu-' cation sont une dépendance du Palais, et presque de l'appartement de chacun ; de manière que l'ouvrier trouve, dans son Palais même, pour ses enfants, des
nourrices, des bonnes, des gouvernantes, des précepteurs, des maîtres et des maîtresses d'enseignement, et de vastes salles d'éducation et d'instruction bien aérées, bien éclairées et bien chauffées; ce qui constitue pour lui les Équivalents de ce que la Richesse réalise à grands frais autour d'elle.
On ne pourrait donc réellement concevoir au village, ni même à la ville, des conditions analogues pour l'Éducation et l'Instruction générales de l'enfance, à moins d'y construire le collège, ou pensionnat communal, réunissant 1a crèche, l'asile, et toutes les classes de l'enfance, avec dortoirs, réfectoires , et tout ce qui serait nécessaire pour que les élèves soient élevés et instruits avec soin, aux frais de la commune aidée du concours de l'État.
Mais combien de prétendus amis du Peuple trouveront une idée semblable impraticable î
Revenons donc au Familistère, qui n'est pas un projet, mais un fait.
Industrie et Richesse obligent. Le Travail doit suffire aux besoins du corps, mais il doit aussi satisfaire aux besoins du cœur et à ceux de l'intelligence. Partant de là, et pour entrer dans la voie tracée par les principes déduits précédemment des Lois de la Vie Humaine, l'Éducation et l'Instruction devaient être, au Familistère, l'objet d'une attention toute particulière, et placées au rang des devoirs supérieurs dans la pratique desquels l'insuffisance de la famille doit être suppléée.
ÊDUC ITION [NTÉGRALE 559
Aussi l'Éducation et l'Instruction sont-elles comprises, au Familistère, dans leur sens le plus large. Des édifices spéciaux ont été élevés pour chaque degré de l'enseignement de la population enfantine, et les meilleures dispositions matérielles, comme les méthodes les plus intelligemment conçues , sont mises en usage pour le développement régulier de l'enfant au physique comme au moral.
L'Éducation et l'Instruction sont divisées au Familistère en sept classes ; chacune ayant son personnel dirigeant et enseignant, ses locaux et son matériel propre.
Ces divisions , suivant les âges de l'enfance , sont :
1° La Nourrkerie : enfants depuis la naissance jusqu'à l'âge de 26 à 28 mois. — Salles aux berceaux et aux bébés.
2° Le Pouponnât : catégorie des petits bambins, depuis les enfants sachant marcher et se tenir propres, jusqu'à ceux de ï'hge de 4 ans.
3° Le Bambinat : catégorie des enfants de l'âge de 4 à 6 ans.
4° La Petite école ou Troisième Classe de l'enseignement : élèves âgés de 6 à 8 ans.
5° La Seconde école ou Deuxième Classe de renseignement : élèves de 8 à 10 ans.
6° La Première école ou Première Classe de l'enseignement: élèves de 10 à 13 ans.
7° Les Cours Supérieurs : catégorie hors classes ; élèves dont l'intelligence s'est montrée hors ligne.
8° V Apprentissage : l'entrée de l'enfant à la vie productive a lieu, gratuitement, dans l'établissement même d'industrie du Familistère; les diverses professions qu'il renferme sont offertes au choix de l'enfant, et l'apprenti est mis aussitôt en possession du prix de travail réalisé par lui.
L'Éducation et l'Instruction, établies ainsi, forment; un chapitre spécial dans les comptes du Palais, mais les dépenses en sont reportées aux frais généraux de l'établissement industriel , d'où sortent les bénéfices qui ont servi à fonder le Familistère.
La dépense générale de l'Éducation au Familistère, pour les 320 enfants environ que ses diverses classes comprennent , s'élève annuellement de 19 à 20 mille francs, se répartissant de la façon suivante :
Nourricerie 10,000
pour une moyenne de 40 enfants, ce qui met la dépense par enfant à 250 francs par an , ou 0,70 par jour.
Pouponnât 800
pour 40 enfants, ce qui porte la dépense annuelle à ?0 francs par enfant.
Bambinat 2,000
pour 80 enfants à 25 fr. par tête.
A reporter 12,800
Report 12,800
École de la 3e Classe 1,400
pour 45 élèves , 31 fr. par tête.
École de la 2e Classe 2,300
pour 65 élèves, à 35 fr. , environ, par tête.
École de la lre Classe 2,200
pour 55 élèves, ou 40 fr. par tête.
Cours divers 1,000
Total de la dépense 19,700
Cette somme comprend : pour les enfants, de la naissance à leur entrée au Pouponnât, la nourriture et tous les frais nécessaires; elle comprend pour les autres divisions de l'enfance, toutes les fournitures sans exception, nécessaires à renseignement.
Au Familistère, l'enseignement est le même pour les deux sexes; dès le plus jeune âge, ils puisent aux mêmes sources les inspirations du cœur et de l'intelligence.
Dès le début de l'éducation de la basse enfance, chaque salle a le côté des filles et celui des garçons ; mais ces deux divisions participent aux mêmes exercices et aux mêmes leçons, et sont dirigées par les mêmes maîtresses. Il en est de même aux écoles. Dans chaque classe un large passage sépare les tables destinées aux élèves : d'un côté sont celles des garçons, de l'autre celles des filles; mais les filles comme les garçons participent, sous la direction des mêmes professeurs, aux mêmes leçons générales :
quelques détails seuls varient suivant les aptitudes de chaque sexe.
Au Familistère, l'enfance des deux sexes vit d'une existence commune, analogue, sous bien des rapports, à ce qui se passe dans la famille entre frères et sœurs. Tous les enfants se connaissent depuis le berceau ; à chaque instant ils se voient, se rencontrent dans leurs jeux et chez leurs parents, de sorte qu'à la vue les uns des autres rien n'éveille en eux ni la curiosité, ni la surprise, pas plus que cela n'a lieu dans les familles du peuple où frères et sœurs passent leur jeunesse dans les mêmes chambres, sous la seule puissance protectrice des mœurs naissant de l'habitude et de la fréquence des rapports.
Il eût donc été contraire aux règles naturelles de séparer complètement les sexes dans de semblables circonstances; cette inconséquence n'a pas été commise; on fait au Familistère le contraire de ce qui tend à se généraliser dans l'enseignement scolaire; car la séparation de l'enseignement des deux sexes devient de règle dans les écoles communales, et le moindre inconvénient de ce procédé contre nature, c'est d'éveiller chez l'enfant le sentiment du motif de cette séparation momentanée, quand au sortir des classes jeunes filles et jeunes garçons se confondent dans les rues, vont aux champs et partout, à l'abri de toute surveillance inutile.
Que ce procédé d'éducation soit commandé dans les pensionnats et collèges où la jeunesse nubile arrive de tous côtés , cela se conçoit , quoiqu'il soit regrettable que les nécessités delà société aient constitué l'éducation sur de telles bases. Mais telle est l'influence de la routine et du préjugé que, par voie d'imitation, l'idée d'appliquer aux écoles communales la forme du collège et du pensionnat a prévalu dans les conseils de l'enseignement ; et qu'on a fait de la séparation des filles et des garçons dans les écoles, une règle contraire à toutes les prescriptions de la nature et du bon sens. Gela prouve combien la direction de l'éducation , en France, est dépourvue de principes, et combien il reste à faire pour constituer l'enseignement sur des bases rationnelles.
Les méthodes d'éducation et d'enseignement, pratiquées dans toutes les classes de l'enfance du Familistère, n'ont rien de systématique; elles consistent dans l'application journalière de tout ce que l'idée révèle, et de ce que l'expérience a consacré comme étant le plus profitable au développement physique, intellectuel et moral de l'enfance.
Tous les systèmes d'éducation et d'enseignement dont notre époque s'est enrichie sont expérimentés et alliés les uns aux autres, dans la mesure jugée la plus convenable aux progrès des enfants.
Mais l'excellence de l'éducation ne repose pas seulement sur la bonté des systèmes, elle repose
surtout sur le mérite et le dévouement des personnes qui sont chargées d'appliquer ces systèmes. L'éducation et l'enseignement seront un jour, dans l'humanité, les plus vénérées des fonctions, car elles seront le sacerdoce et l'apostolat de la Vérité, du Droit, du Devoir et de la Justice.
Aujourd'hui, l'application des méthodes n'est encore, trop fréquemment, qu'un métier pour les personnes chargées de l'éducation ; trop peu d'entre elles y sont appelées par l'élévation des sentiments, la générosité du cœur, et le dévouement à leurs semblables. C'est pourtant dans ces vertus que se trouve l'excellence de tous les systèmes d'éducation, car il n'en est pas avec lesquels on ne fasse faire de sérieux progrès aux élèves, dès que l'enseignement est fait avec un véritable amour du progrès de l'enfance.
Quel beau champ d'activité le Palais Social offrirait pour l'expérience de tous les systèmes, et pour la régénération de l'enseignement, si la passion du bien, généralisée dans son application, était entrée dans les âmes. Alors, parmi les hommes et les femmes qui ont quitté la vie active, un nouveau désir de se rendre utiles les engagerait, à de certaines heures du jour, ou à de certains jours de la semaine, à se consacrer aux conférences pour l'instruction morale et scientifique des élèves.
Les maîtres et maîtresses d'enseignement se multiplieraient ainsi, en proportion des besoins, et les enfants profiteraient des leçons particulières les
plus variées et les plus utiles sur les sciences, la morale, la culture, le jardinage, la minéralogie usuelle, l'industrie, etc. ; ces leçons, en intéressant vivement les enfants, agrandiraient considérablement le cercle de leurs connaissances théoriques et pratiques, et seraient, pour les personnes enseignantes, une des plus douces satisfactions que le Devoir accompli puisse faire entrer dans le cœur de l'homme.
Le Familistère ne possède pas encore cela; sa fondation est trop récente pour que la Religion de la Vie y ait pris son essor dans tous les cœurs : le temps achèvera l'œuvre commencée.
Pour y suppléer dans la mesure du possible, et comme complément de l'éducation scolaire, — qui déjà tient une si belle place au Familistère, par le dévouement des personnes qui y ont compris la grandeur de leur mission, — le corps des employés attachés à l'établissement industriel est appelé à faire les cours supplémentaires de mécanique, de géométrie, de dessin linéaire, de musique vocale et instrumentale , etc. ; c'est ainsi que s.e complète l'instruction au Familistère.
Le mode d'enseignement des maîtres et maîtresses, vis-à-vis des élèves, est surtout celui du raisonnement et de la persuasion. C'est l'enseignement par l'attrait que le Familistère s'est attaché à réaliser, dans la mesure de ce qui y a été possible, non-seulement pour ses plus petits élèves, mais
aussi pour les différentes classes de sa jeune population.
Le besoin de faire usage de la contrainte naît toujours de l'insuffisance du corps enseignant; les peines physiques sont proscrites au Familistère, on n'agit sur l'enfant que par la voie de l'influence morale, ou en le privant de ses plaisirs.
Les récompenses méritées, les décorations, les distinctions, les compliments, les grades, la publicité des actes et des mérites et les récréations organisées, sont les moyens d'émulation et d'entraînement dont on se sert pour remplacer la férule.
L'émulation est le puissant ressort mis en jeu au Familistère, pour encourager l'élève ; cette émulation est établie de manière à mettre en relief, dans chaque classe, les progrès de la division des filles ou des garçons l'une sur l'autre , et les progrès comparés de chacune des sections de ces deux divisions. À cet effet, des décorations individuelles sont décernées aux élèves tous les samedis.
Une cérémonie particulière a lieu pour la remise de ces décorations, le premier dimanche de chaque mois ; c'est alors, dans la grande cour d'honneur du Palais, devant les Conseils et les Comités réunis, et sous les yeux de la population, que les décorations sont décernées. Ces insignes du travail consistent en croix étoilées que relèvent des rubans rouges, orangés, bleus, verts, bruns, violets, etc., suivant les sections qui les portent.
Dans chaque classe, la division, soit des filles, soit des garçons , qui a obtenu le plus de récompenses pour son travail de la semaine ou du mois, a la priorité sur l'autre, et marche en tête pour les entrées en classe de la semaine suivante.
Ces défilés ont lieu, dans les cours du Familistère, après chaque récréation. Le son de la cloche des écoles appelle tous les enfants à venir se ranger dans une des cours, sous les yeux des personnes chargées de l'éducation, et en vue de la population. Chaque élève se place à son rang suivant son mérite dans la faculté qui a fait l'objet de la composition de la semaine dans sa classe. L'indication des compositions figure en gros caractères sur des bannières de diverses couleurs que portent les enfants, soit filles ou garçons, qui ont le mieux mérité cet honneur par leur travail et leur mérite, en telle ou telle faculté.
Tour à tour, les diverses branches de l'enseignement sont régulièrement passées en revue, et les pères et mères, comme tout le public, peuvent juger des mérites divers de chaque élève, en examinant quelle est sa place, dans le défilé de l'entrée en classe, sous les bannières des compositions de la semaine, soit : Lecture, Écriture, Orthographe, Analyses, Style, Arithmétique, Géométrie, Dessin, Géographie, Histoire naturelle, Travail Manuel, Gymnastique, Musique, Déclamation, etc.
Parmi les ressources attrayantes de l'enseigne-
ment que le Familistère offre aux enfants, i) faut compter les jardins. Tous les ans, à la saison d'été, les écoles composent des groupes d'élèves qui, sous la direction du Jardinier en chef de l'établissement, s'initient à la culture et à l'entretien des jardins, ainsi qu'au respect du travail d'autrui. Ces groupes de garçons et de filles élisent, au scrutin, parmi eux, des chefs et sous-chefs, dont le devoir est de faire bien exécuter les indications du chef-jardinier et de veiller au bon ordre de la troupe des petits travailleurs. Les élections se font toutes les semaines et les élus doivent donner l'exemple constant du meilleur travail, sous peine de perdre la considération de leurs électeurs.
L'administration du Familistère, pour encourager ce mouvement, accorde aux enfants une rétribution légère, variant suivant les aptitudes et les capacités des divisions de travailleurs, que le chef jardinier établit d'accord avec les enfants.
Les jardins du Palais sont toute la journée ouverts à l'enfance pour ses promenades et ses jeux. Mais une partie réservée; agrémentée de pelouses, d'allées tortueuses, de montées et de descentes, sert aux promenades d'ensemble des classes, et constitue une récompense très-appréciée par tous les élèves, petits et grands.
Le théâtre est aussi pour l'enfance un des plus beaux moyens d'émulation offert par le Familistère. Le théâtre constitue une des divisions supérieures
de l'enseignement et de l'éducation générales ; toutes les classes réunies y viennent puiser d'heureuses inspirations. C'est là qu'ont lieu les leçons générales, les cours de déclamation, et les représentations qui font le bonheur de toutes les classes.
Les élèves qui se distinguent par une lecture intelligente et sentie, et par des manières courtoises et polies vis-à-vis de chacun, sont admis à composer la petite troupe d'acteurs et d'actrices qui a l'honneur de donner ses représentations sur le théâtre du Palais. Les ressources de la scène, jointes à celles d'un vestiaire approprié à l'usage et aux besoins de l'enfance, constituent pour les élèves une des plus grandes satisfactions qui puissent leur être accordées.
C'est, pour les élèves les plus intelligents, une initiation à l'art de bien parler et de bien dire, c'est une préparation à la vie publique; ils apprennent là à se bien présenter, à se bien tenir devant le monde; et, par des pièces choisies avec attention, ou composées spécialement pour eux, on grave dans leur esprit des notions d'histoire, de science, de vraie morale, etc., qu'ils ne pourront plus oublier, les ayant apprises dans les circonstances les plus heureuses de leur jeunesse.
Le théâtre, comme salle d'enseignement et de conférence, doit devenir au Palais Social, pour toute la population, le Temple de la Religion de la Vie et du Travail.
Les moyens d'émulation ont leur consécration définitive dans deux grandes solennités constituant les fêtes principales que se donne le Familistère. Ces fêtes sont celles du Travail et de l'Enfance: —la première récompense le travail des ouvriers et employés de l'établissement, la seconde récompense le travail et les progrès des élèves.
La fête du Travail a lieu au mois de mai ; la fête de l'Enfance au mois de septembre. Dans ces deux fêtes , les enfants occupent toujours les premiers rangs, soit pour voir récompenser leurs pères et mères , soit pour se voir donner à eux-mêmes le prix de leur mérite.
Ces fêtes ont lieu dans la grande cour de la partie centrale, décorée de trophées et d'emblèmes du travail industriel, lorsqu'il s'agit de la fête du Travail, et de trophées d'éduGation, d'instruction et d'enseignement, le tout enguirlandé de fleurs et de feuillages, lorsqu'il s'agit de la fête de l'Enfance.
Dans cette dernière fête, les travaux des élèves sont exposés au public, et toutes les classes de l'enfance, depuis les Poupons jusqu'aux élèves des Cours Supérieurs, viennent publiquement recevoir les récompenses acquises par leur bonne conduite, leur travail, et leurs progrès de l'année.
Ces récompenses consistent, pour les élèves des grandes classes : en livres choisis, non sur le luxe des couvertures, mais sur la valeur du contenu; en boîtes de compas, boîtes de couleur, instruments de
mathématiques, de musique, nécessaires de couture et de travaux divers, objets de toilette, etc.... suivant les facultés pour lesquelles les prix sont donnés.
Les couronnes traditionnelles de feuillage vert, doré ou argenté, accompagnent la remise des prix aux lauréats.
Des jouets de toutes espèces : boîtes de ménages, d'animaux, des poupées, des pantins, des toupies, balles, trompettes, jeux de quilles, de boules, meubles, voitures, animaux en miniature, etc., etc., etc., sont \e lot des bambins et des poupons, et c'est merveille de voir leur bonheur et leur empressement à cette distribution des jouets si chers au jeune âge, et dont l'enfant pauvre est si souvent privé dans sa misère.
Il n'en est plus ainsi au Familistère ; tous les besoins légitimes, physiques et moraux de l'enfance sont prévus et satisfaits dans la mesure du possible, et l'entraînement au plaisir, si vif chez les enfants, est un des meilleurs ressorts à développer pour exciter l'élève au travail, en lui faisant acquérir ainsi le droit d'usage des objets récréatifs les plus intelligemment conçus pour son développement physique et moral.
N0URRICER1E ET POUPONNAT
Les deux premières divisions de la basse enfance sont réunies dans un édifice spécial placé derrière le Palais, dans la direction de son entrée centrale. Le sol de cet édifice est élevé au niveau du rez dechaussée du Palais, avec lequel il est en communication par un passage de plein-pied.
La figure n° 38 en représente la vue extérieure, avec ses balcons ou galeries servant, pour les enfants, de lieu de promenade à l'abri de la pluie , et de communication, en cas de beau temps, avec les pelouses et les ombrages qui entourent l'édifice.
La porte d'entrée de ce bâtiment ouvre sur un petit vestibule, à droite duquel se trouve la cuisine d'abord, puis une autre pièce séparée de la cuisine ; cette seconde pièce sert de lieu de réserve pour le linge sale et divers ustensiles : balais, brosses, seaux de propreté, bassins, baignoires, etc., elle sert également de cabinet pour les petits sièges d'aisances des enfants.
A gauche du vestibule se trouve une salle destinée aux poupons, ou petits bambins de vingt-huit mois à quatre ans, qui, à de certains moments du jour, viennent, après les exercices bruyants des mar-
NOURRICERIE ET POUPONNAT 573
ches chantantes et des exercices de gymnastique, prendre un peu de repos sur les bancs de cette salle. Pendant ces moments de tranquillité, quelque historiette instructive leur est racontée ou quelque chanson apprise, etc. C'est là enfin qu'ils reçoivent les premières leçons propres au jeune âge.
L'extrémité du vestibule d'entrée donne accès dans la salle du promenoir, des jeux, et des exercices corporels; la figure n° 39 en représente l'intérieur. Cette salle a 15 mètres de long sur 6 mètres de large; elle traverse l'édifice dans toute sa largeur et communique, à chaque extrémité, avec les balcons extérieurs contournant l'édifice et aboutissant aux pelouses des jardins du Palais.
Sur le côté opposé au vestibule d'entrée, se trouvent les salles aux berceaux, entièrement ouvertes sur la grande salle du promenoir et des jeux, dont elles ne sont séparées que par une cloison en bois de 68 centimètres de hauteur.
Chacune de ces salles peut contenir 14 à 16 berceaux, placés de chaque côté perpendiculairement aux murs ; un couloir reste au milieu pour la circulation des personnes attachées au service des enfants. En réservant la place pour les lits des bonnes, c'est environ 50 berceaux que les salles peuvent contenir. Ces dispositions permettent d'embrasser, d'un seul coup|d'œil, les enfants de la grande salle du promenoir et ceux couchés dans leurs berceaux.
Les salles de cet édifice sont parfaitement éclai-
réeset ventilées; une température convenable y est maintenue jour et nuit ; une distribution d'eau alimente le service, et Féclairage au gaz est toute la nuit à la disposition des directrices et des bonnes.
La salle du promenoir est divisée en deux parties par une balustrade de 76 centimètres de hauteur : la partie de droite, en entrant par le vestibule, sert aux nourrissons ; la partie de gauche sert aux exercices des poupons, ou petits bambins. La première contient un plancher en ellipse, de 3 mètres de long sur 2 mètres 50centimètres de large, monté sur roulettes, afin de permettre de le déplacer pour faire la propreté à la place qu'il occupe ; ce plancher est entouré de deux petites balustrades de 38 centimètres de hauteur, distantes l'une de l'autre de 62 centimètres. Les enfants les plus jeunes sont mis en liberté sur ce plancher, et c'est dans l'espace compris entre les balustrades qu'ils s'exercent à faire leurs premiers pas, en se servant des mains courantes comme appui.
La balustrade intérieure laisse libre un espace de 36 centimètres, pour permettre aux enfants de gagner à volonté le centre de ce meuble. Ce plancher mobile ou roulant, que toutes les bonnes se sont accordé à nommer la promenade, sert donc aux enfants pour s'asseoir et, se réunir en compagnie d'autres petits promeneurs comme eux, et auprès des enfants plus jeunes, ou plus faibles, qui les admirent et s'efforcent de les imiter.
Fi;
Vue intérieure du Pouponi
t de la Nourricerie.
Solutions Sociales, page 574.
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Les nourrissons les plus forts quittent, à leur gré, la promenade pour exercer leur agilité, et vont, jouant ensemble, par la salle et les balcons où ils trouvent de petits fauteuils, réunis trois à trois, dans lesquels ils peuvent s'asseoir en compagnie ; ces petits fauteuils servent également à grouper les enfants, autour des bonnes, au moment des repas.
La Nourricerie du Familistère fait usage, pour les berceaux des enfants, d'un genre de matelas qui mérite d'être tout particulièrement signalé ; il a été décrit déjà dans l'Annuaire de 1.' Association ; mais les recherches qu'il a fallu faire au Familistère, avant d'arriver à ce procédé si simple et si complet, et les graves inconvénients auxquels ce mode de coucher remédie, nous font un devoir de le propager de nouveau, afin d'en faire profiter les familles et les crèches, où les enfants auraient encore à souffrir de l'humidité et de l'odeur des urines.
Au Familistère, le coucher de l'enfant est toujours sec et sans odeur. Les berceaux se composent d'un ovale en tringle de fer rond , porté par deux montants : un à chaque extrémité; celui de la tête forme la flèche du rideau en s'élevant au-dessus du lit; le tout est fixé sur deux pieds en fonte reliés par une traverse : les berceaux sont ainsi portatifs et légers. Une toile en fort coutil, lacée sur l'ovale de fer, compose le corps d'un berceau très-gracieux ; le matelas est formé de 30 à 40 litres de gros son bien
blulé, mis dans le fond de cette toile, et recouvert d'un petit drap ; l'oreiller peut également être fait de son.
Cette couche ne se pénètre pas d'humidité; au lever de l'enfant, le son humide se trouve aggloméré en motte qu'on enlève facilement avec la main, ou avec une petite raquette en fil de fer; on ajoute de temps en temps un peu de son nouveau, et celui qu'on retire pour cause d'humidité, peut être donné aux animaux de la basse-cour.
Tous les mois au plus, le son d'un berceau doit être entièrement changé, afin d'éviter toute fermentation, et cette fermentation peut être aussi retardée, ou empêchée, en faisant étuver au four le son destiné au coucher de l'enfant.
L'hiver, l'enfant n'a jamais froid sur ce simple lit, moins chaud en été qu'une couche vaporeuse et nauséabonde. Ce mode de coucher réduit l'entretien du berceau, pour tenir le lit constamment sec et propre, au changement d'un peu de son et d'un petit drap. L'enfant, à la Nourricerie du Familistère, se trouve ainsi placé dans des conditions-hygiéniques que ne possèdent pas toujours les classes aisées. L'ouvrier, sous ce rapport, n'a donc rien à envier à la fortune.
On ne berce jamais les enfants à la Nourricerie, c'est plaisir de les voir mettre au lit tout éveillés comme de grandes personnes, de les voir s'endormir sans pleurer ni crier et s'éveiller de même : le
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bercement supprimé, c'est une conquête de plus faite sur les erreurs de la routine.
La Nourricerie et le Pouponnât sont certainement les institutions les plus capables de soustraire les enfants au malheur de l'absence de soins, dont ils sont si souvent victimes en bas âge dans les familles pauvres et obligées de se livrer à un travail assidu; ces institutions sont seules en état de faire disparaître les tristes conséquences de l'abandon qui tue un quart des enfants pendant le premier âge.
Au Familistère, ni l'abandon, ni la malpropreté, ni l'inanition, ni la misère, ni l'indigestion, ne sont plus les causes de cette mortalité des jeunes enfants sur laquelle la société ferme les yeux. L'enfant reçoit, au Palais, tous les soins réclamés par son âge; les salles de la Nourricerie et du Pouponnât sont là dans l'habitation même, près de la demeure de chacun, toujours ouvertes à l'enfant et à la mère, et nuit et jour, des bonnes veillent avec un soin maternel sur tous les enfants au berceau, dès que les mères éprouvent le besoin d'aller à leurs travaux.
L'enfant est là dans le milieu propre à son âge, en société de ses pareils, à l'abri de ces ennuis qui sont souvent pour l'enfant, séparé de ses semblables, un tourment dont il se soulage par des cris et des pleurs. Quarante enfants, dans la salle de la Nourricerie du Familistère, sont moins ennuyeux et inquiétants qu'un seul à domicile.
Au bonheur que trouve l'enfant dans cette institution placée près de la famille, s'ajoutent les avantages qu'y trouve le ménage lui-même : il ne perd ainsi rien de sa tranquillité par la venue des enfants ; la propreté du logement reste la même, l'intérieur domestique conserve sa physionomie et son caractère paisibles , si nécessaires au repos du travailleur. Gela est impossible lorsque l'enfant au berceau, ou en bas âge, doit rester en permanence dans l'intérieur du ménage.
J'ai peu parlé de ce qui est fait pour l'éducation de l'enfant de cet âge ; c'est qu'elle résulte, presque tout entière, de l'heureuse disposition des salies, des soins matériels, de la propreté générale maintenue autour de l'enfant, et surtout du choix des bonnes ; car c'est le sentiment maternel qui est le meilleur auxiliaire de la première éducation, dès que ce sentiment est guidé par la science et la raison.
Les exercices de l'enfant sont peu nombreux à cet âge:
Attendre le service sans pleurer au réveil, pendant qu'on sert les camarades ;
Manger à tour de rôle à la cuillerée sans vouloir prendre la part du petit voisin ;
Manger seul comme les grands, dès qu'on devient grand soi-même ;
Se tenir bravement dans la promenade, et croiser les camarades sans les renverser ni tomber soimême;
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Aller par imitation et adroitement sur les petits sièges d'aisances, entraîné par l'exemple des grands camarades du Pouponnât;
Regarder jouer les petits bambins et écouter leurs chants ;
Admirer les oiseaux de la volière et causer avec le perroquet ;
Appeler l'écureuil pour le faire tourner dans sa cage;
Se promener sur les balcons et sur les pelouses en guidant par la main les petits amis qui essayent leurs forces ;
Se coucher et se rouler sur les pelouses ;
Causer avec les petits amis ;
Obéir aux bonnes;
S'endormir sans pleurer;
Voilà ce qu'on peut obtenir, sans contrainte, des enfants vivant en société de leurs petits semblables, par l'éducation confiée à des femmes intelligentes et affectueuses, chez lesquelles l'amour du Bien et celui de l'Enfance sont les premières vertus.
L'enfant reste à la Nourricerie jusqu'à l'âge où, devenu propre et bon marcheur, il demande luimême, et avecinstance, à aller au Pouponnât prendre part aux exercices des poupons, ou petits bambins ; cela a lieu ordinairement vers l'âge de 26 à 28 mois.
Dès lors, l'enfant retourne chez ses parents aux
heures des repas et y passe la nuit ; il est en état de faire au besoin ce petit voyage seul, ou en compagnie des bambins plus grands, vu la proximité du logement; mais plus souvent il est amené par ses frères et sœurs, ou apporté dans les bras de son père ou de sa mère, pour qui ce n'est pas un dérangement, mais un véritable plaisir qu'ils se donnent en se rendant au travail. Déjà, à cet âge, l'enfant contracte ainsi l'habitude de venir régulièrement, aux réunions de ses camarades, dans les salles des souvenirs de son plus jeune âge.
Au Pouponnât, comme à la Nourricerie, les soins et les leçons que l'enfant reçoit n'ont d'autre but que celui de favoriser le développement harmonique de ses organes, afin de ménager à l'intelligence un instrument solide et sûr.
Qu'y a-t-il de plus nécessaire au travailleur qu'un corps bien conformé, robuste et vigoureux ? Les soins de la première enfance sont donc ceux sur lesquels la sollicitude la plus grande s'est d'abord arrêtée. En facilitant à la famille tous les soins dont elle est capable pour sa progéniture, le Familistère, de son côté, a ménagé pour l'enfant toutes les ressources que la famille peut être dans l'impuissance de lui donner.
Le Pouponnât est le complément indispensable de la Nourricerie pour éviter que l'enfant, après avoir été veillé et soigné pendant le premier âge, ne tombe dans la privation des soins qui lui sont
NOURRICERIE ET POUPONNAT 531
encore indispensables, tant qu'il n'est pas assez fort pour aller aux écoles.
Le Pouponnât est, du reste, du plus heureux effet près des nourrissons; c'est le stimulant le plus direct de leur jeune imagination; le nourrisson qui sait bien marcher veut faire le pas gymnastique avec les poupons, au son du claquoir et des chants ; il veut participer à leurs exercices ; cela pique la curiosité des impuissants eux-mêmes, et tous aspirent au moment où ils pourront en faire autant.
Il est dans la nature humaine d'éprouver de l'admiration et de l'attrait pour ce qui se trouve à la portée de notre conception : profitant de cette disposition naturelle, c'est en ménageant à l'enfant les exemples vivants, et bien gradués, de ce qu'il peut obtenir de lui-même qu'on facilite son développement.
Les exercices du Pouponnât sont, à peu près, les suivants :
Réunion sur les bancs de la salle des premières leçons ;
Inspection de la propreté des mains et du visage;
Chansons enfantines, invocation ;
Marches au pas ;
Premières leçons de camaraderie sur ce qui est bien et mal, sur ce qu'on doit aux autres ;
Petits repas de tartines, leçons pour bien manger ;
Exercices de gymnastique eu chantant ;
Rondes et promenades sur les pelouses et dans les allées du jardin;
Récits par les maîtresses d'histoires morales et instructives ; exhibition d'images explicatives ;
Premiers éléments de la connaissance des lettres;
Chant de l'alphabet en désignant chaque lettre;
Chant des chiffres de \ à 100, comptés sur le boulier par les Bambins moniteurs ou les Poupons les plus capables;
Essais de dessin sur l'ardoise ;
Petites leçons de choses;
Jeux sur les pelouses du jardin sans rien abîmer;
Grades de moniteurs conquis par le mérite ;
Réception des récompenses de semaine : rubans de décoration en sautoir, bonbons, petites images, etc. ;
De temps à autre, vue de belles poupées ouvrant les yeux, passant la langue, faisant aller les mains, et autres surprises promises à l'avance ;
A titre de récompenses exceptionnelles, et à de rares intervalles, si tous les enfants sont bien sages et bien attentifs à la direction de leurs maîtresses, représentations au théâtre de Guignol ;
Scènes drolatiques, avec pantins et marionnettes ;
Exhibition d'images, de petits animaux vivants et artificiels.
Tels sont les différents moyens par lesquels on
Vue des Écoles et du Théâtre, pris
le l'entrée centrale du Familisière.
Solutions Sociales, page 582.
NOURRICERIE ET POUPONNAT 583
peut amuser et instruire, sans contrainte, les jeunes entants; il appartient à l'intelligence et au dévouement des directrices de savoir appliquer, varier et développer ces moyens, pour le plus grand profit des petits élèves.
BAMBINAT
L'Édifice du Bambinat, des Écoles, et du Théâtre, représenté dans la figure N° 40, fait face à la partie centrale du Familistère.
Le bâtiment du milieu de cet édifice comprend la salle de théâtre, ou de conférences et de réunion générale de l'enfance ; il renferme aussi la salle d'orchestre servant également pour les réunions des conseils, et celles des divers comités et sociétés du Familistère.
Le bâtiment de droite comprend les salles du Bambinat et de la troisième classe ;
Le bâtiment de gauche, celles de la deuxième et de la première classe.
Je ne pourrais entrer ici dans les détails de l'enseignement au Familistère, sans donner à ce volume une trop grande étendue ; ce que j'ai dit sur ces questions à la section de l'Éducation Intégrale
58i CHAPITRE XX — LE PALAIS SOCIAL
dans ce chapitre, permet de renvoyer à un autre volume les développements de l'Éducation et de l'Instruction dans chaque classe.
Le Bambinat reçoit les enfants à leur sortie du Pouponnât, c'est-à-dire vers l'âge de quatre ans, il les garde jusqu'après leur sixième année.
Le Bambinat est principalement dirigé suivant les méthodes employées dans les asiles; c'est aux travaux et aux ouvrages de Mme Marie Pape-Carpentier, ouvrages si pleins de sympathie pour l'enfance, que le Familistère emprunte ses méthodes de direction et ses moyens de former des directrices qui, toujours, sont choisies parmi les dames de la population.
Gomme les asiles bien organisés, la salle du Bambinat possède donc ses gradins en amphithéâtre, ses bancs, ses porte-tableaux avec place pour les moniteurs, ses tableaux noirs roulants pour recevoir les modèles de dessin, et les différents tableaux du matériel, ses ardoises et crayons, son bouliercompteur, ses lits de repos, ses rayons et tables pour les tartines des enfants, etc., et enfin ses tableaux d'alphabet et d'épellation, ses syllabaires, ses grandes images coloriées et cartonnées, ses tableaux d'histoire naturelle, d'arts et métiers, de leçons de choses, d'historiettes morales , etc.
Certains exercices sont aussi empruntés, pour le Bambinat, à la méthode de M. Frœbel. Pour recevoir le matériel spécial à ces exercices, de grau-
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des planches de 6 mètres de longueur environ, placées contre les murailles, sont apportées au milieu de la salle au moment convenu, et réunies sur trois petits tréteaux, de manière à faire de longues tables autour desquelles les enfants peuvent trouver place.
Un casier contient un grand nombre de petites pièces de bois ayant un centimètre d'épaisseur sur deux de largeur, quatre et huit centimètres de longueur; il contient également des planchettes triangulaires, carrées, et en forme de parallélogramme ayant un centimètre d'épaisseur, quatre et huit centimètres de dimension, et bon nombre d'autres petites pièces dont le besoin est indiqué par l'expérience. Avec ces objets, les enfants s'exercent à faire des constructions et des assemblages variés.
Un autre casier contient des petits bâtons et des bouts de fils de fer galvanisés, de quelques centimètres de longueur, que les enfants réunissent au moyen de boules d'argile plastique ; cela leur permet de faire divers autres petits travaux : imitation de cages, de paniers, de toits, de grilles pour leurs maisons, etc., cela les engage enfin à chercher toutes sortes de combinaisons qui exercent la sagacité de l'enfant. Les élèves, groupés autour de la table d'exercice?, s'évertuent ainsi à qui fera les plus belles choses, chacun de son côté.
La méthode élémentaire de Gymnastique classique avec chants de M. Laisné est généralement celle suivie au Bambinat; elle consiste dans le simple
exercice de tous les mouvements du corps accomplis avec ensemble, par tous les enfants à la fois, et en s'accompagnant de chants.
Les leçons de M. Grosselin, sur la lecture mimique, ou langage par signes, sont aussi données aux élèves.
La direction du Bambinat a créé au Familistère un genre de dessin, en lignes blanches sur carton brun, qui facilite considérablement aux enfants les travaux au crayon sur l'ardoise.
Les maîtresses n'ont plus à se préoccuper de l'exécution quotidienne de nouveaux dessins sur le tableau noir : besogne difficile pour la bien faire, et la faire à temps. Une collection complète de modèles divers est constamment à la disposition des maîtresses, et la plus grande partie de ces modèles, par la sobriété et la simplicité des lignes, sont complètement appropriés à l'usage de la première enfance.
Ces modèles de dessin peuvent être changés à chaque leçon, de sorte que les enfants y trouvent toujours le charme de la nouveauté. Aussi la séance de dessin est-elle une de celles qui ont le plus d'attrait et qui portent les meilleurs fruits au Bambinat du Familistère.
Dans l'Éducation des enfants du Bambinat, les exercices du corps sont encore l'objet principal qu'on doit se proposer et qui doit primer tout autre exercice ; aussi l'instruction n'y est-elle qu'un ac-
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cessoire de l'enseignement. Les promenades dans les jardins et sous les ombrages du Palais, les jeux sur les pelouses, doivent avoir lieu suivant les besoins de l'enfant, et la tenue en classe doit être composée d'exercices amusants pour les petits élèves.
On peut se faire une idée de ces exercices par l'énumération suivante :
Réunion au préau ;
Entrée en classe, en rang, au son du claquoir ;
Chant de la prière, ou invocation religieuse et fraternelle;
Chant de marche et formation des cercles aux tableaux pour la lecture rhythmée de l'alphabet;
Nomination des moniteurs délégués au Pouponnât pour diriger les petits bambins ;
Séance de dessin sur ardoise, imitation des modèles placés au tableau; vases, outils, costumes, d'enfants, maisonnettes, objets de vaisselle et de ménage, lettres ou chiffres, etc.
Réunion en rang et au pas sur les gradins, soit pour l'épellation des tableaux de lecture,- soit pour le chant, la gymnastique, les exercices au bouliercompteur, les récits d'histoires instructives et morales, les exercices de mimique, les leçons de bonne camaraderie, les notions d'arts et métiers, d'histoire naturelle, etc.
Retour aux bancs de la salle, marche au pas avec chants gymnastiques;
Exercices Frœbel, sur les tables apportées au milieu de la classe ;
Sorties aux cabinets d'aisances, leçons de propreté ;
Réunions au théâtre de Guignol ;
Rondes et chansons, jeux divers, etc.
Distribution une fois par semaine des images, bonbons, et décorations ; classement des élèves les plus méritants en tête de leurs sections; désignation des grands moniteurs pour la semaine suivante.
Tels sont les principaux exercices qui, habilement variés, permettent à deux ou trois personnes d'occuper les journées de 80 à 100 enfants, au Familistère, avec ordre et profit pour leur santé, en même temps que pour leur jeune intelligence.
ÉCILES
A six ans, l'enfant commence à épeler, sait compter jusqu'à cent, additionner au boulier-compteur, crayonner sur l'ardoise, et il aspire après sa promotion à la troisième classe des écoles. Là, dans des devoirs plus assidus, il apprend à lire, à écrire, à calculer, mais il revient encore avec plaisir, à des heures déterminées, prendre place sur les gradins
du Bambinat, pour les exercices d'ensemble et les leçons propres à son âge.
Les écoles reçoivent les enfants dès qu'ils sont en état de suivre les leçons et d'exécuter les devoirs d'une des sections de classe. Le mouvement régulier de ces sections tend à s'établir pour les enfants élevés dès leur naissance au Familistère; pour eux, en effet, chaque âge de l'enfance forme des divisions naturelles dans lesquelles l'éducation progresse sans laisser de retardataires ; il est bien quelques élèves plus ou moins intelligents, mais, sauf rares exceptions, chacun suit la division de son âge. Il n'en est pas de même pour les enfants des familles qui arrivent au Familistère : leur éducation négligée apporte toujours une perturbation momentanée dans cette gradation naturelle.
Je crois devoir faire remarquer ici que la direction de l'Éducation, au Familistère, ne revêt rien des restes de ces traditions pédagogiques, par lesquelles la crédulité et l'ignorance publiques sont entraînées à conserver un enseignement absurde, mais qui en impose d'autant plus aux pères et mères que les choses enseignées à leurs enfants sont moins comprises des parents et des élèves euxmêmes, et par conséquent moins sujettes à être discutées et mises en pratique.
C'est ainsi que, dans la plupart des écoles, on occupe l'esprit des élèves à des problèmes transcendants d'arithmétique, et qu'au sortir de pension,
de grands garçons sont parfois incapables d'appliquer leurs quatre règles aux opérations du commerce et de l'industrie. C'est ainsi encore que, dans les pensionnats et collèges, on donne des leçons de grec et latin qui, pour quatre-vingt-dixneuf enfants sur cent, ne seront d'aucun usage .
L'Instruction, au Familistère, se tient dans la sphère des choses pratiques et usuelles; on enseigne spécialement à l'élève ce dont il aura besoin tous les jours, et dans les diverses circonstances de sa vie. Toutes les études de l'élève, tous les problèmes qu'il est appelé à résoudre, sont pris sur le vif des faits les plus ordinaires de la vie, de sorte que l'enfant s'initie à la connaissance des choses usuelles et pratiques par ses études à l'école.
Les ressources de l'enseignement s'accroissent naturellement à mesure que les enfants avançant en âge deviennent, par ce fait, plus capables d'acquérir la connaissance et le savoir.
Le programme de l'enseignement se compose dans les classes supérieures, pour chaque jour de la semaine et du mois, d'un certain nombre des études et des exercices indiqués ci -après . Mais ce programme est conçu et ordonné de manière à ce que toutes les facultés soient enseignées en temps convenable, et proportionnellement aux exigences de chacune de ces branches d'enseignement.
L'énumération des exercices de chaque classe
continuera à nous servir pour indiquer les choses enseignées aux élèves.
Études et Exercices df la Troisième Classe.
Entrée en classe à l'heure et en compagnie des grands élèves, après le défilé dans les cours du Palais;
Épellation, lecture, — livres amusants et instructifs appropriés à l'âge des enfants;
Éléments d'écriture, — cahiers préparés avec modèles;
Chiffres, additions et soustractions, — ardoises, règles et crayons pour les études, — cahiers avec modèles de chiffres;
Exercices au boulier-compteur; étude de la table de multiplication ;
Copies et récitations de verbes; — copies de passages dans les livres de lecture, pour former l'enfant à l'orthographe d'usage;
Dessin sur l'ardoise, — copie des modèles exposés au tableau;
Érmmération et tracé au tableau et sur cahier, des lignes et figures géométriques ;
Leçons de choses utiles, inspirant l'amour du travail et le désir de savoir ; récits sur l'histoire naturelle, les arts et métiers, les belles actions, etc. ; — tableaux explicatifs;
Gymnastique; participation aux principaux exer-
cices du Bambinat ; séance de l'Enseignement Frœbel ;
Leçons de camaraderie ; admission aux séances de jardinage, au soin et à la propreté des allées du jardin, à la visite de la basse-cour, etc.
Études et Exercices de la Deuxième Classe.
Lectures variées, amusantes et instructives ;
Écriture sur cahiers préparés, et d'après des tableaux modèles de majuscules et minuscules en tous genres ;
Copies fréquentes sur livres imprimés pour former l'élève à l'orthographe d'usage; dictées, verbes, analyses, style;
Arithmétique, problèmes sur les quatre règles, démonstration et explication par les élèves, au corrigé des devoirs, sur le tableau ;
Notions de système métrique; — pesage et mesurage pratiques.
Notions de dessin linéaire ; croquis à la main sur ardoise ;
Éléments de Géométrie ;
Géographie, notions élémentaires, — cartes murales ;
Leçons morales et instructives ;
Lectures variées, expliquées et développées par le maître, sur les sciences et les arts, l'histoire naturelle, l'industrie, etc. ;
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TRAVAIL
la Cour centrale du Familistère
Leçons de jardinage avec les élèves de ia première classe ;
Leçons de musique vocale ;
Gymnastique ;
Participation aux leçons de déclamation, et aux conférences d'enseignement supérieur des grands élèves dans la salle du théâtre.
Études et Exercices de Première Classe.
Lecture, livres variés et instructifs;
Écriture sur tous les modèles ;
Exercices de français : orthographe, conjugaisons de verbes, dictées, analyses, style, copies sur les bons auteurs pour former l'élève à l'orthographe et à la bonne diction, — grammaire;
Arithmétique pratique appliquée au commerce et à l'industrie;
Notions de comptabilité usuelle en partie simple et en partie double; — cahiers spéciaux pour ces exercices;
Démonstration de tous les problèmes sur le tableau, et explication à haute voix, tour à tour par les élèves et par le maître, en présence de toute la classe;
Système métrique, leçons pratiques de pesage et demesurage; —poids, balances, bascules, mesures de capacité et de dimension ;
Notions de géométrie et de mécanique ;
Notions de minéralogie, études des terres et des pierres qui entrent dans les terrains arables ; études sur les principaux minéraux employés en industrie ; — casier minéralogique, classement des terres, des pierres et des minéraux;
Géographie générale ; étude spéciale de la France : départements, villes, chemins de fer, canaux, rivières navigables, points principaux du globe; — grandes cartes murales de la France, de l'Europe et de toutes les Parties du Monde; sphère de grande dimension ;
Notions de cosmographie, démonstration du système planétaire; — cartes du ciel et instruments divers ;
Ostéologie humaine, étude de toutes les parties du corps; — dessin de squelette grandeur naturelle ;
Leçons de morale supérieure; explications des Lois de la Vie et du Travail, de façon à inspirer à Télève le désir de se rendre utile à lui-même et à ses semblables;
Dessin linéaire; objets d'industrie, d'art et de manufacture pour les garçons; objets de ménage, meubles, vaisselle, coupes de vêtements, costumes, etc., pour les filles; croquis à la main d'après modèles et d'après nature; — boîtes à dessin, encre de chine et godets, etc. ;
Notions d'histoire, particulièrement depuis la Révolution Française.
Musique vocale et instrumentale ; — cahiers et instruments de musique pour chaque élève ;
Déclamation, conférences et théâtre;
Hors des classes : séances de jardinage avec outils et instruments proportionnés à la taille des enfants; gymnastique; promenades; visites à l'usine.
Cours Supérieurs.
La partie la plus élevée de l'enseignement de la première classe fait l'objet des leçons spéciales des Cours supérieurs, où ne sont admis que les élèves réellement en état,parleur intelligence et leur bonne volonté, de profiter de ces leçons.
Apprentissage Industriel
Entrée dans Tune des fonctions du travail de l'usine pour les jeunes garçons, et dans les services du Familistère pour les jeunes filles, à moins d'une autre vocation.
Tels sont les exercices et les études des écoles du Familistère; il nous reste à rappeler que nous avons établi, en parlant de l'Éducation Intégrale, quelles sont les récompenses, décorations, bannières, livres, jouets, récréations organisées et fêtes solennelles qui appartiennent à toutes les classes de l'enfance, et forment le complément des méthodes d'émulation et d'enseignement du Familistère.