LES BASES SOCIÉTAIRES
Le travail manufacturier,
— commercial,
— d'éducation et d'enseignement,
— d'administration,
— d'étude et d'emploi des sciences,
— des arts.
L'Association du Capital, du Travail etdu Talent, comme l'a proposée Fourier, c'est l'association de toutes les forces communales ; c'est l'union de l'agriculture, de l'industrie, du sol, des fabriques et des ateliers : de la production et de la consommation; c'est l'association dans tous les travaux et dans toutes les fonctions qui ont rapport aux besoins usuels de la vie.
Cette Association posséderait un domaine contenant environ 1,600 hectares de terre, bois, prairies, jardins, etc., dépendant de l'habitation de la population sociétaire qui se livre à l'exploitation du sol et de l'industrie.
L'ordre sociétaire décrit par Fourier garantit à chacun sa fortune, ses capitaux, ses économies. L'Association les tient sous sa sauvegarde et sa
responsabilité. Un loyer, ou un intérêt consenti, est assuré en échange de l'usage qu'elle en fait.
Toutes les valeurs qui composent le fonds de l'association : terres, habitations, fermes, fabriques, ateliers, machines et outils sont convertis en actions, et ces actions sont les nouveaux titres de propriété.
Les anciens propriétaires du sol et des maisons, les chefs d'industrie, les patrons, les artisans, les ouvriers, les cultivateurs, les commerçants, etc., changent de titres et de qualités ; ils deviennent actionnaires et sociétaires.
Par la constitution de la propriété actionnaire, l'Association permet à chacun de déplacer sa fortune, et d'en disposer sans nuire à la marche d'aucune entreprise, ni sans en changer la destination.
Elle offre toutes les sécurités désirables aux capitaux, puisque l'avoir de tous répond de l'avoir de chacun.
La richesse immobilière est convertie en actions; chacun peut vendre ses titres, en user comme il Pentend; mais il ne dispose plus arbitrairement ni du sol, ni des bâtiments, ni des ateliers, ni des instruments de travail.
Tout immeuble fait partie du domaine sociétaire : l'individu ne dispose que de ses valeurs mobilières.
Ainsi est assurée la Stabilité de toutes les Indus-
tries et de toutes les Exploitations; elles ne sont plus à la merci des revers de fortune des individus, ni des successions et des partages de famille. Le partage et la transmission des actions s'opèrent sans que le fonds en soit atteint, sans que l'Atelier Sociétaire s'en aperçoive dans sa marche, et sans que sa direction ait à en souffrir.
Les droits du Travail sont ainsi réservés, tout en consacrant les légitimes droits du Capital.
La propriété repose sur les fruits accumulés du travail, et laisse intacts les droits naturels de chaque homme au fonds commun de la nature.
Fourier fait peu de remarques sur les questions de principe dont il donne la solution; mais on ne peut s'empêcher d'observer qu'il résout admirablement, sans s'y arrêter, la question tant controversée de la propriété du sol.
C'est de la terre que l'homme reçoit la vie : elle est l'élément de son existence et la source ou le principe des biens qui lui sont nécessaires. L'aliénation de la terre est donc la première atteinte portée aux droits de l'homme. Nul ne peut prétendre asseoir des droits imprescriptibles sur le sol : c'est en violation du Droit Naturel que le fait a été consacré.
L'Association est la voie légitime et naturelle pour effacer cette Violation, et pour faire rentrer la Collectivité dans ses droits.
Dans le langage sociétaire, le mot de Propriété
s'appliquera seulement à ce qui est d'un usage particulier à chacun, mais ne pourra plus désigner la terre, qui est donnée par la nature à l'humanité pour que chaque individu y emploie, librement, son activité à la féconder et à l'embellir.
Le mot de propriété, en association, ne s'appliquera pas davantage aux autres choses immobilières par leur nature, puisque l'Association mobilise par des actions tous les capitaux qui entrent dans son exploitation, c'est-à-dire tout ce qui sert au travail humain. Mais le fonds doit être géré pour le plus grand avantage de tous, nul ne peut légitimement empêcher le travail de le faire servir à la production des biens nécessaires à la société.
Laisser la terre en friche, ou lui donner une destination improductive ou nuisible aux intérêts généraux, est une faute égale à l'anéantissement ou à l'accaparement des produits nécessaires à l'existence du peuple.
Tels sont les écarts et les abus auxquels la Propriété Individuelle du sol se prête aujourd'hui ; la Propriété Actionnaire les fait disparaître.
Le mouvement financier de notre époque est des plus propres à faire comprendre que le droit de posséder repose aussi solidement sur la valeur que sur la chose, dès que les garanties sont suffisantes.
C'est à ce titre que les actionnaires de nos chemins de fer conçoivent aussi bien leurs droits sur
les voies ferrées, que s'ils en étaient les propriétaires par parties.
Les esprits timides ou routiniers peuvent donc rapprocher cet exemple de l'idée du sol mis en actions, non pour consacrer le principe d'un droit de propriété sur le fonds, mais pour consacrer le droit légitime des économies du travail antérieur pour lesquelles le sol aurait été donné en échange, et que ces actions représenteraient.