LA LOI SUPRÊME DE VIE DOMINE TOUTE LOI
Elle est la Loi de l'Individu, elle est aussi la Loi de l'Espèce, et par conséquent, elle impose à l'Espèce sa Conservation, son Développement, son Équilibre.
Mais la Loi de Vie n'est pas seulement la Loi de l'Individu et de l'Espèce, elle est aussi la Loi Générale et Universelle, d'où résulte la solidarité de l'Individu et de l'Espèce avec l'Univers.
L'homme doit donc, pour ne pas enfreindre la loi suprême de son existence, veiller à la conservation, au développement, et à l'équilibre de sa vie propre ; mais la loi de ses mérites étant de concourir à la plus grande somme possible de vie, il ne lui suffit pas de travailler pour lui-même, il doit aussi travailler pour entretenir, développer, et équilibrer la vie dans ses semblables, et autour de lui dans la Nature. Car le but de la Vie Humaine, c'est le Progrès, c'est le Développement de la Vie Générale sur la terre, concourant à l'Entretien et à TÉ-
216 CHAPITRE Xll — ESQUISSE D'UNE DOCTRINE
quilibre de la Vie Universelle, dont chaque Individualité Humaine est tributaire.
Telle est, sommairement posée, la base inébranlable de la Morale de l'Humanité, depuis si longtemps cherchée par tous les libres penseurs, par tous les hommes animés de l'amour du Bien de l'Humanité.
Ce grave problème de la Vie Humaine, si obscurci jusqu'ici, est pourtant aussi simple que le sont tous les grands problèmes de la Nature : la science de Dieu, c'est la simplicité des moyens.
De l'obligation de Vivre, d'Entretenir la Vie, de la faire Progresser, et de la Pondérer, dérivent immédiatement pour l'espèce humaine les notions rectrices :
Du Droit,
Du Devoir,
Et de la Justice.
II n'y a pas de Droit sans Devoir, ni de Devoir sans Droit ; le Droit et le Devoir sont subordonnés à la Justice; et la Justice est l'équilibre du Droit et du Devoir.
Mais le Droit a plus particulièrement pour base la Matière et la Loi de Conservation.
Le Devoir a surtout pour base la Vie et la Loi de Développement.
Et la Justice a pour base l'Esprit et la Loi d'Équilibre.
De sorte que le Droit s'accentue surtout dans ce qui se rattache aux besoins substantiels ou de de la vie organique; le Devoir, dans les besoins de la vie affective, sociale et intellective ; et la Justice, dans les besoins et les tendances supérieures de la vie morale et religieuse.
Mais tous trois sont solidaires , et ne peuvent exister l'un sans l'autre, quoiqu'ils s'accentuent plus ardemment dans la Vie de 1 Humanité, suivant la prédominance des besoins matériels, sociaux et intellectuels ou religieux.
Sous le régime des besoins pressants de la vie matérielle, l'homme fait sans cesse appel au Droit sacrifié par la violence et la force ;
Sous le régime d'une sociabilité plus avancée , lorsque les tendances affectueuses prennent plus d'essor, il fait appel au Devoir, en l'oubliant le plus souvent, pour sacrifier aux préjugés et à l'erreur.
Et, lorsque le règne de l'intelligence apparaît , l'homme fait appel à la Justice; mais ce n'est qu'à l'avènement du règne définitif de l'Esprit que l'homme saura harmoniser tout à la fois le Droit, le Devoir et la Justice, qui ne peuvent réellement exister l'un sans l'autre.
Voilà les Vérités que la Science doit confirmer par l'étude de l'Organisme Humain.
Le DROIT réel, c'est tout ce que la nature rend nécessaire dans la Vie Matérielle, dans la Vie Intellectuelle et dans la Vie Morale pour la Conservation, le Développement , le Progrès et l'Équilibre de la Vie dans l'individu, dans la Société et dans l'Humanité.
Le Droit, c'est la Liberté, car c'est dans l'exercice du Droit, suivant la Loi de Vie, que l'homme peut trouver la liberté d'user sans obstacle de ses facultés physiques, intellectuelles et morales pour son bien propre et celui de ses semblables.
Le Droit , c'est l'Égalité, car c'est dans l'application du Droit, suivant la Loi de Vie, que se trouve l' Égalité de Satisfaction des facultés de chacun.
Le règne du Droit, c'est le règne de la Liberté et de l'Égalité dans la plénitude des facultés naturelles dont chacun dispose pour l'accomplissement des Lois de la Vie.
La Liberté n'existe donc que par le respect du Droit établi par la Nature et par Dieu même , au profit de chaque individu.
Et l'Égalité Humaine se trouve également dans le respect du Droit , car chacun jouit ainsi , par l'usage de ses propres facultés , des satisfactions qu'elles comportent dans leurs sphères pour le plus grand bien de la Vie.
Le DEVOIR réel, c'est la protection et le respect
dus à la pratique des Lois de la Vie ; c'est l'application de ces mêmes lois à la Conservation, au Progrès et à l'Harmonie de la Vie dans l'Individu, dans la Société et dans l'Humanité.
Le Devoir, c'est la Charité, car la Charité c'est l'amour que les grands, les forts, les savants et les puissants doivent porter aux petits , aux faibles , aux ignorants, aux peuples et aux travailleurs, pour leur ménager, à tous, les moyens d'accomplir les Lois de la Vie, dans la plénitude des facultés que chacun possède.
Le Devoir, c'est la Fraternité ; car la fraternité c'est l'Union des Hommes 'dans l'amour du bien public ; c'est l'Émulation dans le progrès de tous les moyens propres à concourir à la Conservation , au Développement et à l'Harmonie de la Vie au profil de Tous.
Le Devoir, c'est la Charité et la Fraternité, car c'est le devoir qui dirige nos aspirations, nos tendances, nos actions vers le progrès social, et vers le bien à faire aux hommes, en vue de leur rendre facile leur participation à l'OEuvre de Vie.
La JUSTICE réelle, c'est la pondération du Droit et du Devoir par le respect de leur usage à la libre pratique des Lois de la Vie; elle ménage, à tous, les moyens de concourir à l'entretien, au Progrès et à l'Harmonie de la Vie, dans la mesure des forces et de la capacité dévolues à chacun, et elle assigne à chaque chose 4a destination la plus utile à la Vie.
La Justice, c'est la Vérité; car la vérité dans l'ordre moral, c'est ce qui est conforme aux Lois de la Vie, aux Besoins de la Créature et à son Activité ; la Vérité, c'est la réalité des faits et des besoins sur lesquels la Justice opère pour répartir entre les hommes les biens nécessaires à la Conservation, au Développement et à l'Équilibre physique, intellectuel et moral de chacun.
La Justice, c'est la Solidarité de tous les hommes dans la Vie : l'harmonie et le bonheur sur la terre sont à ce prix. Mais la Solidarité est aussi la base de la Justice suprême dans In Vie Générale ; elle est le ressort de la Loi d'Équilibre qui fait que chacun s'élève ou descend , selon la spécificité de ses Œuvres, c'est-à-dire, suivant le mérite ou le démérite de ses actions dans la Vie.
Voilà, me dit la Voix de la Pensée, les principes Fondamentaux, dérivant de la Loi de Vie pour unir l'homme à ses semblables et à la Vie Universelle et Infinie. Ces principes sont la base de la Religion Véritable de l'Humanité , c'est-à-dire le Lien , le Principe d'Union et de Morale Universelle qui doit présider dans tous les actes de la Vie de l'Humanité.
A ce titre, ils doivent servir de fondement à la Loi Sociale et à la Loi Politique des peuples et des nations.
Ces Principes doivent être au frontispice des Codes de l'Humanité, c'est aux amis de la Liberté et du Progrès Social qu'il appartient de bientôt les y inscrire.
La Loi Universelle de Vie étant révélée, je compris qu'il restait à en établir les règles propres à l'Humanité ; je compris que cette tâche incombait à l'homme lui-même par l'étude de sa propre organisation physique et morale ; car chaque espèce est subordonnée à la Vie suivant des lois propres à son espèce.
Ce sont ces lois que je vais entreprendre de définir en m'appuyant sur les besoins natifs de l'homme, remettant à un autre volume l'étude et l'analyse plus complètes des facultés, dans lesquelles ces besoins puisent leur origine.
Les facultés ne seront donc en question, dans ce chapitre, que pour faire comprendre qu'elles sont la cause particulière des besoins de l'être ; mais c'est dans le volume des Solutions Morales, devant faire suite à celui-ci, que nous traiterons des facultés en particulier.
Les Solutions Sociales nous ont paru exiger, avant tout, l'étude de l'homme au point de vue de ses besoins.
La Nature ne se contente pas d'imposer des lois à la Créature, elle lui donne les moyens de les pratiquer; et, à cette fin, elle a pourvu l'homme des
facultés ou des penchants natifs, propres au rôle qu'elle attend de lui dans la Vie.
C'est là le côté trop peu étudié de la Nature Humaine.
Les hommes, à force de vouloir faire de la science, se sont écartés de la véritable science, de la science véritablement humaine, de celle qui, nous élevant à la connaissance des besoins réels de notre nature, doit concourir à leur satisfaction.
Mais l'homme croit toujours au-dessous de lui les simples leçons de la Nature et du bon sens. Au lieu d'étudier les réalités de la vie, il a voulu creuser les profondeurs d'une métaphysique obscure, pour y découvrir la loi humaine, quand cette loi tombait sous ses sens.
Ne commettons plus cette faute. La Loi de Vie nous étant dévoilée comme Loi Universelle de l'Être et de l'Humanité, étudions la Vie Humaine telle que le Créateur la montre à nos regards. Respectons les voies qu'il lui a ouvertes par la faculté et le besoin, et cherchons, sous les indications que ces besoins et ces facultés renferment , les Lois de la Vie Sociale, les Lois de la Morale et de la Vertu.
Il est admis en principe, aujourd'hui, par tous les bons esprits, que les Lois, les Institutions et les Sociétés doivent être faites pour donner satisfaction aux besoins des hommes, et non pour se mettre en contradiction avec la Liberté Humaine.
Il est de principe dans la Science, que l'homme
doit étudier les Œuvres de la Nature pour en découvrir les lois et pour s'en faire un guide; malgré cela, la Science a peu étudié l'Homme pour chercher en lui les règles indiquées par sa nature et par son organisme même.
L'ignorance humaine, au contraire, a régné en souveraine sur la condition sociale de l'homme, pour lui imposer toutes sortes de restrictions en contradiction avec ses tendances. La conciliation de sa nature morale et de sa nature physique a toujours été présentée comme impossible, sans la lutte permanente du Moral sur le Physique.
La Science enfin, qui partout' s'évertue à découvrir l'harmonie des lois de la Nature, ne s'est refusée à reconnaître cette harmonie que dans l'Espèce Humaine
Pourtant nos besoins sont soumis aux lois constantes de la Nature, tandis que les lois humaines émanent du caprice des hommes.
On reconnaît que chez les animaux mêmes, chaque organisme correspond aux besoins de l'espèce, et que la satisfaction de ces besoins constitue la raison d'être des individus et l'harmonie de leur existence. Pourquoi l'homme ferait-il exception à cette loi? Pourquoi les facultéssupérieures dont il est doué ne seraient-elles pas aussi la loi d'harmonie de son existence sociale, au lieu de susciter les conflits et les privations imposés par les lois des hommes?
Si les lois humaines sont une cause de désor-
dres, c'est parce qu'elles sont le renversement et la contradiction des Lois de la Nature, que l'homme n'a pas su comprendre.
L'Organisme de l'être humain n'est certainement pas moins complet que celui des autres créatures terrestres , et l'accord parfait constaté dans les fonctions de son Organisation physique n'est pas moindre dans les fonctions de son Organisation intellectuelle et morale. Les dérangements auxquels les fonctions morales sont soumises, sont analogues aux dérangements des fonctions physiques.
La Vie Organique, pour agir en santé, a besoin d'aliments convenables à sa nature ; il en est de même de l'Organisme de nos Fonctions Morales : le jeu n'en peut être régulier qu'autant qu'il lui est offert un aliment capable d'entretenir et de développer toutes les facultés de l'esprit.
Mais si l'homme est parvenu à créer un art culinaire approprié à son alimentation physique, parce qu'il a sous ce rapport suffisamment étudié les besoins de sa nature corporelle, il n'en est pas de même de sa nature morale; il n'en a pas assez compris les besoins pour lui ouvrir le champ d'action nécessaire au jeu régulier de ses fonctions.
C'est pourquoi, de même que dans la vie organique, malgré l'harmonie des rapports qui y existent, les fonctions de notre organisme physique tombent en désordre, si l'alimentation lui est contraire ; de même, notre organisme moral ne donne
que de mauvais résultats, s'il n'a pour champ d'action qu'un milieu contraire au bon exercice de nos facultés.
Il est donc indispensable de posséder la Seience des Besoins de l'Esprit et du Cœur, comme il est indispensable de posséder la Science des Besoins du Corps : afin de donner à tous ces besoins, sans distinction, les satisfactions qui doivent conduire l'homme dans les voies réelles de la Vie.
C'est ce sujet que nous allons aborder.