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ACTION DE LA NATURE ET DE L'HOMME

aussitôt qu'il fait acte d'intelligence sur la nature extérieure.

Le Droit de Propriété est donc corrélatif de celui du Travail, ou parallèle à ce droit; en d'autres termes, le Droit de Propriété n'est autre que celui du Travail.

Telle est l'idée que l'homme attache à la possession des choses, et leur valeur est d'autant plus grande qu'elles représentent plus de Travail.

Mais, à côté du droit individuel créé par le Travail de l'Homme, existe le droit aux choses créées par le Travail de la Nature, droit que la Justice doit faire renaître, au profit de tous, après des siècles d'oubli -et d'oppression.

Lorsque l'homme-enfant est encore ignorant des procédés du Travail, que sortant des mains de la Nature, il n'est encore doué que des idées nécessaires à sa conservation, les produits naturels sont le partage de chacun : la terre, les fruits qu'elle porte, les animaux dont elle est couverte, sont un fonds commun, où chacun puise suivant ses besoins, et sur lequel aucun privilège n'est établi.

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Chacun, au nom de ses besoins, peut ramasser la pierre qu'il trouve propre à faire un tranchant, couper l'arbre pour se faire un arc , cueillir la grappe mûre, et tuer l'animal au passage pour satisfaire son appétit; mais la terre et ses fruits, le travail du Créateur et celui de la Nature enfin, restent le fonds commun sur lequel les générations qui suivent, à l'égal de celles qui les ont précédées, conservent le droit de pourvoir à leurs besoins et d'exercer leur intelligence.

C'est là un Droit Primordial, qui subsistera aussi longtemps que l'Humanité elle-même, et auquel il n'est porté atteinte que parce que, dans son ignorance primitive, l'homme méconnaît les Lois de la Vie, de l'Association et du Travail.

L'Homme n'est que l'Ouvrier delà Nature pour le Progrès de la Vie sur la Terre; il n'intervient que pour une bien faible part dans le travail immense que les forces naturelles accomplissent chaque jour pour donner à tous les hommes les Biens qui leur sont nécessaires; et si, un seul instant, cette protection nous était retirée, l'Humanité périrait aussitôt. Il y a donc, à côté des Produits du Travail de l'Homme, les Produits du Fonds Commun.

Il faut donc distinguer ce qui est l'ouvrage des puissances créatrices placées au-dessus de nous, de ce qui est l'ouvrage de l'homme; il faut faire la part due au concours partiel de chaque individualité humaine, et celle due au travail général des

éléments, et à la production que la Nature crée pour nous.

La Nature est soigneuse de l'Espèce : tous les hommes sont ses enfants; devant eux, elle étale les Biens qu'elle peut leur offrir : les produits naturels n'étant l'œuvre de personne sont le partage de tous. La Nature consacre ainsi le droit primordial de chacun aux choses nécessaires à la Vie, aussi avons-nous vu qu'elle donne à tous les hommes des facultés et des besoins analogues pour faire usage de ses dons.

L'Action delà Nature est antérieure à l'Action de l'Homme, et elle nous suit dans tous nos travaux. Nul Individu ne peut prétendre être le premier principe des choses sur lesquelles son activité s'exerce; avant lui, la Nature en a créé les éléments; avant son action, une action première était accomplie; mais, en outre, l'homme, ne peut rien faire de nouveau sans le concours de la Nature.

L'Homme n'a créé ni la terre, ni l'eau, ni l'air, ni la lumière ; il n'a pas fait davantage les matériaux du sol ni de la mine : la Matière, enfin, n'est pas son œuvre; la Nature a créé toutes ces choses pour exercer l'activité de l'Homme, et pour satisfaire aux ' besoins de l'espèce.

Les pluies et les rosées entretiennent sur la terre les sucs nourriciers qu'elles abandonnent aux végétaux ;

L'air porte partout en abondance les propriétés vitales qu'il tient de la Nature;

Le soleil entretient chaque jour la lumière, la chaleur et la vie dont notre globe a besoin ;

Les plantes croissent, les fruits mûrissent, et la vie animale se multiplie au profit de l'humanité.

L'ouvrier fond les minéraux et les convertit en métaux, les triture, les étire, les allonge, en crée des instruments de travail, en fait des machines; mais il accomplit ces travaux à l'aide des ressources que la Nature tient en réserve ; il lui emprunte les matériaux, l'air et le feu; sans cette assistance de la Nature, l'homme ne pourrait rien faire.

Le laboureur récolte la graine et sème son champ ; mais, si le travail de la Nature ne venait le faire fructifier, qu'en résulterait-il?

La Nature accorde à l'Homme la faculté de disposer pour ses besoins personnels des biens qu'elle prépare pour lui; mais elle ne donne et ne confère à personne, par aucun signe particulier, le privilège d'accaparer ses biens. De l'assistance qu'elle accorde, elle fait un droit pour tous les hommes à une part du produit qui en résulte ; par conséquent le domaine naturel est inaliénable. Son aliénation n'a lieu que par une violation du droit naturel,, violation malgré laquelle tous les hommes conservent, de génération en génération, leur droit imprescriptible au Fonds Commun de la Nature, et à une part des choses créées par son travail.

Les limites de chacun à l'usage de ces dons sont tracées par la satisfaction des besoins physiques, et par le libre exercice des facultés de l'Intelligence.

La Société ne peut avec justice faire obstacle à ce droit ; elle ne peut en modifier l'usage qu'en donnant à l individu des droits sociaux supérieurs à ceux qu'il tient de la Nature; c'est-à-dire en convertissant son Droit aux Produits Naturels, en un Droit Sociétaire dans les Produits dulTravail.

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