X PREFACE
notre sève naturelle. Elle entre par la vertu divine du Baptême dans le tronc sauvage de la nature décline, dit l'abbé Bautain, et de ce tronc ainsi régénéré, sortent trois branches qui sont les trois vertus fondamentales de la vie chrétienne : la foi, l'espérance et la charité et qui vont porter des Heurs et des fruits du ciel.
1° La /b^, qui transforme l'esprit naturel et le rend capable de connaître les vérités éternelles.
Par elle, le chrétien, soumis à l'enseiguement de l'Eglise, participe à la lumière de l'intini et est initié à la connaissance des mystères les plus sublimes du ciel et de la terre, mystères qui échappent à ses moyens naturels de connaître et à la portée de sa raison.
Par elle, le chrétien s'élève au-dessus de lui-même et croit fermement à des vérités qu'il ne peut expliquer. Et sa croyance, tout obscure qu'elle est encore, est tellement ferme qu'il est prêt à sacrifier sa vie pour la vérité reconnue. — La foi lui a donné une force surhumaine.
2° L'e^pcrajrce qui exalte le désir de l'âme, la transporte au-delà des biens de ce monde et, lui donnant la soif des choses célestes, les lui fait préférer à toutes les choses les plus attrayantes de la terre.
Par elle, Abraham quitte son pays et sa famille pour s'en aller à la recherche de la terre promise ; par elle, attendant avec fermeté la réalisation des promesses divines, il n'hésite pas à faire le sacrifice de son fils unique que Dieu lui demandait.
Par elle, le chrétien qui aspire à la possession du royaume divin supporte avec patience et avec paix les peines, les inquiétudes, les injustices du monde. — L'espérance lui a donné une force surhumaine.
3° La charité qui purifie et qui grandit l'amour en lui donnant un motif plus élevé que la jouissance propre et une fin supérieure à l'intérêt privé.
Par elle, les afTections naturelles de l'époux, du père, de la mère, des enfants, qui, abandonnées à elles-mêmes, tourneraient presque toujours au détriment de tous, prennent un caractère de dévouement qui sacrifie le bien propre au bien de tous, et le bien de tous au bien de Dieu.
Par elle, le chrétien aime comme Dieu aime ; il aime comme .lésus-Christ l'a aimé. — La charité lui a donné une force sur^ humaine.
« La grâce déposée dans 1 ame par le Baptême, a reçu divers noms.
Elle est appelée : Senicn insitum. — C'est une semence qui est insérée et de laquelle doit sortir le développement de la vie divine dans l'homme pour l'éternité, comme de la semence terrestre sort le développement de la vie de ce monde en chaque espèce.
Elle est appelée : Sigillum impressum. — C'est le sceau divin imprimé dans rame, en sorte que tous les traits de l'effigie divine y sont marqués et que la ressemblance entre le créateur et la créature s'y trouve aussi exacte et aussi parfaite qu'il est possible -entre l'inûni et le fini.
Elle est appelée : Pignus promissum. — C'est le gage de la vie éternelle promis à l'homme après sa chute par la miséricorde de Dieu, qui lui est accordé et est approprié à sa nature par l'application du sang et des mérites du Messie annoncé dès le commencement et mort pour nos péchés.
Elle est appelée enfin : Fons aquœ e corde scaturiens. — C'est la source des eaux éternelles sortie avec le sang du cœur entr'ouvert du Sauveur Jésus-Christ, et qui s'insinuant par le Baptême dans les âmes régénérées, rejaillit jusque dans l'Eternité. »
La vie surnaturelle suit pas à pas la vie naturelle à laquelle elle est venue se mêler pour la purifier, lëlever et la sanctifier.
YA\q a sa première enfance qui se développe mystérieusement par des vertus infuses dont l'âme n'a pas conscience, comme l'enfant végète dans le sein maternel, recevant directement la nourriture par la participation à son sang.
Elle a sa seconde enfance, nourrie, allaitée en quelque sorte par l'Eplise qui lui donne le premier lait de l'esprit, comme la mère naturelle donne le premier lait du corps.
Elle a son adolescence à laquelle il faut un aliment plus solide afin qu'elle prenne accroissement et force, et une plus grande
abondance d'air et de lumière afin qu'elle se développe. — Et l'Eglise lui apprend à aspirer l'air du ciel par la prière, lui transmet la lumière du ciel par la parole divine, et quand l'âme est capable de recevoir une nourriture solide, elle la nourrit rft« corps et du sang de Jésus-Christ.
Elle a son âge mûr, — C'est Tàge du travail et de la lutte. L'âme y a été préparée dès son enfance par l'infusion des dons du saint Esprit qui l'ont rendue sage, perspicace, expérimentée, forte en un mot. — C'est aussi quelquefois et souvent l'âge des défaillances et même de la mort occasionnée par le péché mortel, mais l'Eglise à reçu le dépôt d'un remède infaillible en même temps qu'elle continue l'alimentation divine du corps et du sang de Jésus-Christ dont une des fins est de neutraliser les passions et de les détruire, de réparer, d'accroître et de compléter l'être vivant. — C'est aussi l'âge de la multiplication des êtres vivants et l'Eglise pourvoit à cet accroissement du nombre des Saints destinés à glorifier Dieu par le sacrement de l'Ordre et du Mariage.
Elle a enfin son dernier âge sur la terre, celui qui, pour la vie naturelle, prend le nom ^q séparation et de mort, mais qui, pourra vie surnaturelle, doit prendre le nom de complément de 'perfection : l'âme retourne à Dieu d'où elle est venue et reste unie à Dieu dans le calme, dans la paix, dans l'amour, pour toute l'éternité. — L'Eglise aussi a pour ce passage de la terre au ciel et pour cette consommation de la vie surnaturelle un sacrement qui achève de purifier l'âme, la guide, l'accompagne et la laisse pour toujours dans l'amour infini de Dieu.
C'est tout '^ela que ce volume va nous montrer non pas dans toute sa beauté, le plan de notre travail ne le permet pas, niais dans ses grands traits.
11 se présente humblement pour servir de guide à ceux qui voudraient non seulement étudier la vie surnaturelle mais surtout la faire vivre dans leur âme dans toute sa plénitude.