TT. — MODÈLE DES VERTUS
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jusqu’à le rendre absolument méconnaissable et à transformer le plus beau des enfants des hommes en un débris de pain sans forme arrêtée, est la plus haute lecon le mépris des séductions de la chair, de mortification us sens et de chasteté parfaite, qui puisse être offerte à l'imitation des hommes ?
Toutes ces lecons, tous ces exemples qui découlent de
libre assomption de l'état Sacramentel par le Christ à la Cêne, le même Christ les renouvelle en reprenant volontairement cet état chaque matin au Sacrifice de l'autel; il les perpétue sans interruption en sardant cot état dans les tabernacles ; il vient les redire individuellement au fond de chaque âme en y descendant chaque jour par la communion. Ou plutôt, il ne dit pas, il fait: ses leçons sont des exemples, et, comme l’on dit anjourd'hui, des leçons de choses,
Se peut-il puissance d'exemple plus grande, plus con<tante et qui, en même temps, mette les choses dans un jour plus facile à saisir ? Il suffit, pour voir tout ce qui est moutié, d'un double regard : d'un regard des yeux qui nous montre ou d’un souvenir qui nous rappelle le signe euchäa:stique, la sainte Hostie, c’est-à-dire le signe sensible des accidents; puis d’un regard de la foi, qui, pénétrant dans le signe sensible, nous montre intellectuellement la réalité substantielle et vivante de Jésus-Christ. Le signe matériel manif. te extérieurement ses propriétés ; la réalité vivante les transforme en vertus sublimes, pratiquées dans une perfection indéclinable et dans une actualité toujours nouvelle par le Christ-Jésus en personne,
Le Sauveur peut, en révélant son Cœur au Sacrement comme il le fit pendant sa vie, le proposer à l’imitation des hommes comme le modèle de toutes les vertus envers Dieu et envers le Prochain, résumées dans l'humilité et la Charité : Discite a me quia mitis sum et humitis Corde
IV. — Il semble bien que le devoir se joigne ici avec l'intérêt pour porter les chrétiers à l'étude pratique des vertus dont le Sacré-Cœur nous propose le modéle en l'Euc aristie : le devoir de la docilité pour répondre à l'appel d’un commandement du divin Maitre; le devoir de la reconnaissance pour répondre à ses avances et atix sacrifices qu’il s'impose pour nous donner, en se faisant Sacrement, les puissants et lumineux exemples de toutes les vertus. L'intérêt exige la même étude parce que les exemples du Christ en l’Eucharistie constituent pour le peuple chrétien des trésors de grâces, un arsenal de toutes les armes, une pharmacopée de tous les remédes salutaires. Ils rappellen:, on effet, tous ceux que le divin Modèle donna pendant sa vie; ils en font le souvenir plus présent et plus agissant, puis ils y ajoutent leurs qualités propres tirées de l’état eucharistique.
Ainsi l'humilité du Christ au Sacrement rappelle le Fils de Dieu humble à Nazareth dans lobéissance à Marie et les vulgaires travaux de l'atelier ; humble dans sa vie publique à s'abaisser devant Dieu, à lui tout rapporter, à supporter sans colère les contradictions, les poursuites haineuses des Pharisiens ; humble däns la Passion à accepter en silence les condamnations injustes et les mauvais traitements. Mais elle ajoute à tous ces traits ceux du Christ glorifié sacrifiant son repos et Sa rovauté glorieuse pour prendre, à la parole d’un homme, cet humble état de chose vrilgaire, pour se laisser manger par les mauvais comme par les bons, et pour subir toutes les sujétions et toutes les humiliations dans la condition d’universeila dépendance où il se place devant ses cr'atures.
Avons-nous le droit de traiter comme n'existant pas on comme choses de peu d'importance les vertus de l'état eucharistique de Jésus-Christ, sous prétexte que celles de sa vie humaine suffisent amplement à donner toutes les lecons et tous les exemples nécessaires à la sanetikeation ? Ce serait nier en fait la vie personnelle et morale du Chris:
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en l'Eucharistie et n'attribuer an Sacrement que la valenr d’une chose sainte et sanctifiante Suns doute, mais sanetifiante comme les autres Sacrements. instruments aveugles et inconscients, élevés à Ja puissance de Communiquer la grâce qu'y déposent les paroles de la forme Sacramentelle, en vertu de l'institution du Christ. Mais l'Eucharistie, qui a ce pouvoir comme tons les sacrements, a une excellence infiniment supérieure qui l'en distingue autant que Dieu lui-même se distingue de ses œuvres et de ses dons : c’est de contenir vivant et avissant Jésus-Christ même en personne, de le contenir toujours présent, toujours vivant, toujours agissant de sa double vie de Dieu et d'homme; agissant méme en dehors de ces deux grands actes, si pleins de vertus eux-mêmes : le Sacrifice où il s'immole, la communion où il nourrit. Or cette vie da l'Homme Dieu, quelle peut-elie re, Sinon le du. ploiement Magnifique de toutes les , ‘S belles vertus, telles qu’elles conviennent au Fils de Dieu parvenu à l'apogée de sa vie, au terme suprême de sa perfection pur le fait de sa rentrée dans le sein de son Pére, où il prend le repos mérité par l'achèvement de sa course ? Or la mission du Christ était de Parcourir la Carriére de Ja perfection totale et d'en atteindre l'idéal Sommet, pour en devenir Punique exemplaire absolument parfaié.
En négliger lPétude, n'est-ce point rejeter une partie importante du patrimoine spirituel de l'Eglise, du trésor formé par le labeur de toute la vie du Sauveur et mis si libéralement à la disposition de tous les rachetés dans le Sacrement perpétuel et universel qui fait entrer personnellement le Sauveur en communication avec chacun, dans l'heureuse nécessité de vivre avec lui et de vivre de lui, sous peine de mourir ?
Ne serait-ce pas aller contre le plan divin, contre la conduite très nette et la volonté manifeste de Jésus? Il a cru nécessaire, lui qui est la sagesse Infinie, de compléter, d'étendre et de perpétuer sa vie humaine par sa vie evchu-
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ristique; d'assurer, de rendre efficaces jusqu'à la fin les œuvies et les exemples de l’une par les œuvres et les exemples de l’autre : et nous voudrions faire mieux que Jui? nous passer des secours oflerts par son état sarranientel pour la sanctification de notre vie et nous contenter des ressources spirituelles que nous a crétes sa vie voyagère? Sommes-nous plus sages que la Sagesse et estimonsnous superflu ou inutile ce qu’elle a jugé indispensable ?
Car de vouloir que l'institution du Sacrement qni le perpétue parmi nous ne soit qu'une œuvre de magnilique amour, faite pour donner satisfaction au désir de se glorifier en faisant un chef-d'œuvre, mais un chef-d'œuvre où la beauté et la grandeur sont bien plus recherchées que l'utilité de l’homme et l'achèvement de la Rédemption par l'application universelle et individuelle de ses remèdes, c'est faire peu de cas des sacrifices affrontés, des répugnances vaincues, des humiliations subies par le Fils de Dieu pour se faire notre serviteur à jamais dans les conditions de l’état sacramentel. Le Christ adorable n’y est pas seulement le serviteur qui donne son dévouement, son temps, ses forces, sacrifie sa fortune et expose sa vie : il y est le serviteur qui se livre en nourriture à tous, qui se fait victime chaque jour immolée par une mort très réelle, qui accepte de demeurer dans l'isolement méprisé de nos tabernacles pendant toute la suite des siècles, méconnu de ceux pour qui il accepte bénévolement tous ces sacrifices de sa dignité, de sa liberté, de ses droits, de son amour, de sa vie même; c'est le serviteur dévoué qui, pour accomplir ces grandes assistances, de nous garder, de nous purifier et de nous nourrir, prend cet état de pain vulgaire, le plus éloigné certainement de son état de Fils de Dien glorifié, où son humanité victorieuse règne au plus haut des cieux sur les anges et sur les hommes.
Quoi ! tous ces miracles de force, de générosité, d'héroïsme, tous ces sacrifices des biens les plus précieux, tous ce: abaissements effrayants pour qui compare l’état eucharis
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if. — MODÈLE DES VERTUS 487 es
tique du Christ à son état glorieux, ne démontrent pas quelle importance de premier ordre, quelle indispensable nécessité le divin Maitre assignait à l'établissement de l'Eucharistie et au choix des conditions dans lesquelles il y voudrait demeurer ?
Qu'eût-il pu ajouter? Les antantissements affrontés par le Verbe dans l’Incarnation démontrent de quelle nécessité il était, pour la satisfaction de Dieu et pour le salut du monde, que le Fils éternel de Dieu se fit homme : les antantissements affrontés par le Christ dans l'institution de l’'Eucharistie proclament à l'évidence combien il était nécessaire, pour assurer avec succès le service de ces mêmes caves saintes, que le Verbe incarné se fit le Pain de l'Eucharis :!
Comprenons donc la pensée et la volonté du Christ sacramentel et la valeur du don qu'il nous fait, en utilisant davantage les immenses ressources que nous y offrent les exemples de ses œuvres et de ses vertus! Ne scindons pas le Christ en ne voulant faire cas que de sa vie mortelle pour le connaître et limiter; mais embrassons dans sa plénitude le Christ mortel de la Judée et le Christ sacramentel de l'Eglise; suivons-le des champs de sa vie voyagère aux tabernacles de sa vie eucharistique; et que l'Evangile nous conduise à l'Eucharistie, où le Christ, toujours un personnellement, toujours le mème substantielle ment, se donne au monde dans ce nouvel état pour assurer l'œuvre accomplie dans le premier!
Ainsi répondrons-nous à l'appel du divin Maitre qui, révélant son Cœur dans le Sacrement, commentait ainsi, sur ce point des vertus à apprendre à son école, la Révélation évangélique :
« Montrant à la Bienheureuse son Cœur amoureux, il lui dit : Voici le Maître que je te donne, lequel apprendra tout ce que tu dois faire pour mon amour, C’est pourquoi tu en seras la disciple bien-aimée ,1}, »
(1) T. I, p. HG.
« Une uutre fois, me découvrant son Cœur, il me dit : « Je te veux faire lire dans le Livre de vie où est contenuo la science d'amour. » — « Apprends que je suis un Maitre saint et qui enseigne lu sainteté. L’excès de mon amour m'a porté à me rendre ton Maitre pour t’enseigner et te faconner à ma mode et selon mes desseins (1)! »
Et enfin, ces paroles qui montrent si bien que toute notre vie nous doit venir du Cœur sacré :
« Mon Souverain Maitre, écrit la Bicnheureuse, le premier jour que j'entrai en retraite, me présenta son Sacré- Cœur comme une fournaise d'amour où ji: me sentis jetée et d'abord pénétrée et embrasée de si vives ardeurs, qu'il me semblait m’aller réduire en cendres.
« Ces paroles alors ine furent dites :
« Voici le divin purgatoire de m2n umour — où il te faut purifier le temps de ta vie purgative; — ensuite je t'y ferai trouver un séjour de lumière; — et enfin d’union et de transformation (2). »
Dans ces trois phases ascensionnelles — de la puritication du péché, — de la formation progressive à la vie nouvelle dans la lumière de la foi, — de l'union par l’amour pur qui consomme la ressemblance avec Dieu, — se trouve contenue toute l'œuvre de la sanctification : le Cœur sacré s'offre à en ètre le principe, le moyen et la fin.
Cette doctrine est-elle nouvelie ? Dans sa forme peut-être; mais qui ne la voit contenue formellement dans ces paroles de la Cène, anciennes comme l'institution même de l’'Eucharistie, qu’elles commentent et expliquent : « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour, c’est-à-dire dans mon Cœur; demeurez-y, vivez-en; car celui qui y demeure porte
() T1, p. 96. — TT, Il, p. 374, (2) ET Ip 222,
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I, — MOBÈLE DES VERTUS 119
beaucoup de fruit, et c'est nu soiree eUmon bonheur que vous portiez beaucoup de fruit, et que ce fruit soit durable pour l'éternité : Manete in He, manele in dilectionce met?
Le saint Roi l'avait détinie et pratiquement embrasste dans la prophétie du psaume eucharistique par excel lence :
« Seigneur, Maitre des vertus, que vos t
ubernucles sont ulmables! Mon âme se meurt du désir
d'y habiter; ma chair et mon cœur tressaillent à la pensée d'y voir le Dieu vivant!
« Le passereau se trouve un gite dans la muraille et Ja colombe se fait un nid pour Y élever sa couvée : ma demeure et mon nid, c'est votre autel, d Maitre des vertus!
« Bienheureux qui habite dans votre temple pour vous y louer à jamais! Bienheureux qui attend de vous tout son secours ! Celui-là, par les gräces que vous lui prodiguerez, Ô législateur de toute sainteté, ira de vertu en vertu et verra monter son âme par des ascensions régulières jusqu'à vous voir, même dans cette
vallée des larmes, Ô seul Dieu de Sion!
, 6 mon protecteur, abaissez vos yeux vers moi! Duignez regarder et exaucer celui que vous avez oint de l'huile de votre gràce : permettez-moi d’habiter duns votre demeure, car un jour qu'on y passe vaut mieux que mille loin de vous! Je le veux; j'ai choisi d'être le dernier dans vos parvis plutôt que le premier dans le plais des pécheurs !
« Vous me donnerez votre mist et votre g
«Scigneur, maitre des vertus, écoutez ma prière! Dieu
ricorde, et votre vérité râce, et plus tard votre gloire : vous ne voudrez priver d'aucun bien nécessaire ceux qui veulent marcher Sous votre regard dans la sainteté.
« Seigneur, Maitre de toutes Les vertus, bienheureux qui met en vous son espoir (1)! »
() Ps. Lxxxue,
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