T —- SACRÉ-CŒUR ET EUCHARISTIE
proposer quelques pensées pour aider les âmes à adorer le Sacré-Cœur et à accomplir la pieuse pratique de l'Heure Sainte, nous voulons attirer l'attention sur un principe qui est fondamental en cette matière de la dévotion envers le Sacré-Cœur : à savoir l'union essentielle, l'union à enseigner, l'union à garder, dans la foi et dans l'amour, comme dans le culte extérieur, entre le Sacré-Cœur et l’Eucharistie.
De même que c'est le Cœur de Jésus qui, par l'acte le plas puissant et le plus tendre de son amour, nous a donné et nous conserve l'Eucharistie, c’est l'Eucharistie seule qui nous peut donner ici-bas, dans sa réalité vivante, c'est-à-dire en la personne «le Jésus, son Cœur adorable. L’Eucharistie vit par le Cœur de Jésus; le Sacré-Cœur n’a d'existence icibas que par l'Eucharistie. Sans ce Cœur l’Eucharistie est morte : sans l'Eucharistie le Sacré-Cœur est introuvable pour l’homme.
Bien loin de se nuire, ces deux grands objets de notre amour sappellent l'un lPautre, se révélent l'un par l’autre et se servent mutuellement, en se complétant dans la plus parfaite et la plus féconde harmonie. Ils sont distincts. mais non séparés. Ils constituent deux parties d’un seul tout vivant, le Christ-Jésus, et s'ils fondent deux dévotions distinctes dans leurs raisons formelles, elles doivent s'unir toujours comme ces objets eux-mêmes, comme Jésus et son Cour.
L'objet matéri: ‘+ la premiére est le Cur de Jésus, son Cœur de chair, considéré dans la triple phase de sa longue existence : dans sa vie mortelle, dans sa vie eucharistique, dans sa vie glorieuse du ciel: son objet moral ou son motif spirituel est tout l'amour que Jésus a tiré de son Cœur pour nous, en naissant, en vivant, en instituant l’Eucharistie, en mourant sur la croix et en montant au ciel nous préparer notre demeure éternelle. — L'objet matériel de Ja dévotion au Saint Sacrement est le corps de Jésus, et par
conséquent toute l’adorable personne de Jésus dans l’Eucharistie; et son motif spirituel est l'amour qu’il nous y témoigne, et le souvenir de sa Passion qu’il nous y rappelle sans cesse, en l’v renouvelant chaque jour.
Ces deux dévotions sont donc distinctes dans leur double objet; néanmoins elles s'embrassent si étroitement l'ure l'autre, qu'en pratique, si l’on veut atteindre à la perfection de l’une et de l’autre, illes faut confondre en une seule.
Les âmes éprises du Sacré-Cœur gagneront beaucoup à chercher toujours l’objet divin de leur amour dans le Sacrement qui J: leur donne présent et vivant, qui le met devant leurs yeux, dans leurs mains, dans leurs poitrines. — Et les âmes que la réalité divine et humaine de l'Eucharistie a saisies d’abord, trouveront d'immenses profits à pénétrer au delà de l'écorce des saintes espèces, à descendre dans les profondeurs du Sacrement, au plus intime du «:ps adorable, pour y découvrir le Cœur de Jésus, qui fait de l'Eucharistie un être vivant, dévoré d'amour, et menant pour Dieu et pour nous une vie pleine de dévouement.
Se contenter d’honorer le Sacré-Cœur dans les images qui le représentent et ne pas le trouver dans la réalité eucharistique, c’est bien peu le comprendre ; c'est négliger les deux objets principaux de la dévotion au Sacré-Cœur : le Cœur de chair de Jésus actuellement présent ici-bas, et le plus grand témoignage de son amour, l’Eucharistie, qui est en même temps le mémorial de sa Passion. — Et ne pas savoir découvrir le Cœur de Jésus sous les froides espèces du Sacrement, c'est ne pas comerendre suffisamment l'Eucharistie : s’il n’a pas de cœ .r, si nous n’y trouvons pas le Cœur de otre Sauveur, que peut bien être pour nous ce Sacrement? Et si nous ne l’y rencontrons pas habituellement, comment aimerons-nous assez ce signe sans vie propre, sans amour actuel, pour y montrer comme il le mérite le Sauveur qui s’y tient présent ? Quelle sera aotre confiance à lui dire nos besoins, nos désirs et nos
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Que l'on soit condait par l'attrait du Sacré Cœur ou par celui de l'Eucharistie, il faut donc arriver au Cœur de Jésus vivant au Saint Sacrement pour trouver dans leur plénitude de rémité et d'efficacité Le Sacré-Cœur et le Christ eucharistique !
IE — Le premier lien fondamental entre le Sacré-Cœur et l'Eucharistie est leur union nécessaire et constitutive pour exister et pour vivre, Ces deux adorables réalités sont liées comme le cœur au corps, comme le battement du cœur à la vie de l'homme.
Cest un dogme de foi que Jésus est vivant au Suint Sacrement, dans toute l'intégrité de sa sainte humanie : Christus lotus. Or c'est l'organe essentiel du corps humain que le cœur, Etil est vivant, car, dit saint Paul, « le Christ, depuis le jour de sa résurrection, est vivant, et il ne saurait plus mourir, » — Au matin de Pâques, tout le sang que Jésus avait répandu à Gethstnam, dans le prétoire, sur le chemin du Calvaire, sur la croix, fut recueilli dans des vases d'or par les anges ompressés à ce ministère de vie : ils le versérent dans le Cœur de Jésus, et quand la sainte &me rentra dans son sanctuaire auguste, le Cœur ressuscité tressaillit : il lanca ses flots vermeils dans les artères et recommenca de battre dans la poitrine de Jésus d'un mouvement qui ne se doit plus arrêter jamais. IL anime le corps glorieux de Jésus dans la cité céleste et colore son visage radieux, Et quand le prêtre consacre Ia sainte Hostie, c’est tout Jésus-Christ que ses paroles puissantes renferment dans les liens et sous le voile des espèces sacramentelles, Le corps du Sauveur y possède tous ses mem. bres animés par le sang qui jaillit du Cœur et qui les arrose de ses ondes vivitiantes. Il est vrai que cette présence corpoiclle, Jésus la réduit à un point, qu'il la soustrait à
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nos regards, qu’elle échappe à nos constatations; il est vrai qu'elle n’e «en rapport avec aucun des agents extérieurs st qu'ele n’a besoin pour s'exercer ni d'air qu’elle respire, ni de lieu où elle s’étende, ni de nourriture qui l'entretienne. C’est là le mystère profond de l’Eucharistie, que le Christ y soit tout entier mais à la manière des substances, semblable à celle des esprits purs. Mais les ténèbres dont est entourée la sainte humanite au S'crement ne doivent pas nous faire oublier qu’elle y est en vérité, dans toute son intégrité, avec toute sa vie pleine, glorieuse, inaltérable,
Et le foyer de cette vie, la source du sang qui lentretient, le centre de cette humanité eucharistique, c'est le Cœur de Jésus; son cœur de chair, consubstantiel à nos cœurs, formé du plus pur sang de Marie. Il réside vivant, palpitant dans la poitrine du Christ que contient chacune des hosties consacrées de nos autels et chacune des parcelles qui s’en détachent. - L'Eucharistie n’est pas le Cœur seul de Jésus : mais sans ce Cœur, il n'y aurait pas d'Eucharistie.
Prosterné devant l'Hostie, je puis baiser en esprit les pieds de Jésus et ses mains adorables; j'ai le droit d’aspirer jusqu’au baiser de sa bouche; je puis contempler en esprit son doux visage : ses yeux sont ouverts sur moi, ses oreilles tendues à ma prière : comment négligerais-je son Cœur, son doux Cœur, où est née la pensée de l'Eucharistie, qui a porté le Sauveur à l’instituer, qui le porte à renouveler pour moi chaque jour le sacrifice de mon salut, à rerpétuer pour moi la présence réelle; qui chaque matin m'offre le pain de ma communion; et qui, à cette heure même, maintenant, est embrasé pour moi d’un amour infini, tendre, patient, attristé peut-être et tourmenté parce que je ne comprends pas son amour, sa présence et sa vérité !
III. — Un autre lien, c'est que l’'Eucharistie est l'œnvre du
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Le Cœur de Jésus est un cœur de Dieu ot un cœur d'homme, possédant toutes les perfections de Ja nature divine ct toutes les qualités de la nature humaine. — L’Encharistie mani este éminemment cette double origine : humaine dans son inspiration ; divine dans son exécution.
C'est bien un cœur d'homme, un cœur de pére, qui songa à instituer ce Sacrement ae présence perpétuelle pour ne pas laisser ses enfants orphelins; ce Sacrement de nourriture spirituelle, pour ne pas laisser leur âme sans le pain qui la peut seul faire vivre surnaturellement, — C'est un cœur d'homme, un cœur d'ami, de compagnon de labeur et de combat, qui pourvoit à demeurer après sa journée finie, sa victoire remportée, son repos gagné, pour ne pas laisser seuls à la täche, aux prises avec l'ennemi, dans leurs peines, les amis qu'il a appelés et qui ont tout quitté pour lui. — C'est bien le cœur d'un homme compatissant comme un médecin, dévoué comme un pasteur, qui pense à instituer ce Sacrement où est perpétuellement rappelée, renouvelie et appliquée à tous les hommes coupables et malades la passion salutaire, la mort rédemptrice, où, le sang de Jésus continue de couler mystérieusement « pour la rémis sion des péchés de tous ! »
Et comme la divinité du Cœur de Jésus marque son empreinte dans l'exécution de cette œuvre d'inspiration si noblement, si tendrement humaine! Le caractère essentiel de Dieu, c'est l'infini. Voyez dans les merveilles de Ja réalisation de l'Eucharistie l'infini de la puissance qui se joue des impossibilités ; l'infini de l'éternité qui brave le temps et les siècles, la haine et ia violence, et qui rend im”
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telle la chair humaine, fait vivre éternellement l'âme pécheresse plus fragile que la chair; l'infini de l'immensité qui étend à tous les lieux, dans son intégrité totale, la réalité du corps de Jésus{ “hrist; l'infini de la vie qui rend inépuisables les 1 gesses du don de ce pain, dont une parcelle contient tous les biens du Ciel et de la terre; l'intini de la majesté qui retire dans un mystere plein de saintes terreu !a vulgarité des apparences d'un peu de pain et qui les 1p0se à l'adoration des esprits les plus élevés et les plus fei.nes. C'est l'infini enfin dans ce choix des moyens les plus simples et les plus petits, dans cet emploi du néant pour produire les merveilles de la vie surnaturelle, de la sainteté de l'unité, de la charité et de l’apostolat, en attendant la vie bienheureuse dans la possession inaliénable de Dieu!
L'Ecriture dit les caractères, décrit les traits du Cœur de Jésus. — Dans l'Ancien Testament, c'est le Cœur de Dieu toujours présent dans le temple, au-dessus du propitiatoire où il s'est rapproché de l'homme pour encourager si prière en l'écoutant avec bonté et en l'exaucant fidèlement; c'est le Cœur de Dieu, grand comme les rivages qui embrassent les vastes étendues de l'océan; c’est le cœur de l'Epoux, fort comme la mort, triomphant de toutes les violences déchainées ; mais aimant et tendre, cherchant l'intimité, la confiance, les épanchements et l'union, l'union intime et profonde, Vunion durable et indissoluble de l'amour. — Dans l'Evangile, le Cœur de Jésas-Christ apparait, par sa parole formelle, ouvert à tous, restaurateur de tout ce qui est tombé, doux et humble, adoucissant toutes les nécessités de la vie, en allégeant tovs les fardeaux, répandant la paix dans Îles âmes et l’établissant dans le monde. A la Cène, son Cœur s8 montre bon, attache, fidèle et dévoué, voulant l'union avec nous et s’en créant luimême au prix des plus grands sacrifices le en aussi sûr au'il est doux. Dans la Passion e’est le Cœur patient,
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obéissant, généreux et magnanime, souffrant toutes nos peines sans les avoir méritées et s'ouvrant sous un coup de lance, apres s'être montré à travers le treillis de secs o8 mis à nu, plein de mansuétude, de miséricorde et de pardon,
Toutes ces notes du Saeré-Cur, l'Eucharistie les fait resplendir d'un éelat nouveau, les porte dans leur futégrité à touts : les générations : mémorial de la Passion, continnation ae la vie de Jésus; présence permanente et universelle qui enveloppe la terre entière pour la garder et Ia faire vivre ; foyer d'amour qui attire tous les cœurs à se fondre en ses ardeurs pour être unis au meilleur des cœurs ; résistant à toutes les causes de destruction, aux hüines qui le devraient éloigner, comme aux trahisons et aux débo.res qui le devraient découraser. L'Eucharistie est donc le rayonnement du Sacré-Cœur; elle le manifeste comme les rayons le soleil, Mais peut-on séparer le soleil de ses ravons ? Ne séparez done pas l'Eacharistie du Sacré Caur dans votre foi, dans votre amour, dans les hommasres «le votre culte!
IV. — La réciproque est éyralement vraie : le Sacré- Cœur est nécessaire à l'Eucharistie comme PEucharistie au Sacré-Cœur, pour la manifester, la faire comprendre, la rendre aimable et la faire honorer comme elle le mérite ; et c'est un nouveau lien qui s'ajoute pour rattacher ensemble dans une unité indissotuhle ces deux adorables réalités. Jamais l'Eucharistie ne sera mieux comprise que dans le jour éclatant que projette sur son mystère impénétrable la connaissance du Cœur de Jésus qu'elle contient: jamais l'Eucharistie ne sera tant aimée, tant désirée, recherchfe et reçue que sous l'influence du Cœur de Jésus qui attire à elle et gagne irrésistiblement le cœur de ceux qui savent la présence et son amour sous la glace apparente des
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espèces; jamais l'Eucharistie ne sera mieux honorée, trai. tée avec plus de respect, de religion et de délicatesse cénéreuse et empressée que si la connaissance du Cœur adorable rappelle à tous que lon sert un être vivant dans l'Eucharistie, au Cœur sensible, vigilant et attentif !
Qu'on n'aille pas prétendre que l'Eucharistie ayant été connue, aimée et honorée dans l'Eglise aussi parfaite ment qu'elle le mérite avant la Révélation du Sacré-Cœur, cette révélation n'apportait aucun secours nécessaire, aucun complément surtout au cuite de l'Eucharistie. — Cela reviendrait à dire qu'il n'y a aucun progrès possible. aucun développement à attendre jamais dans le patrimoine surnaturel laissé par Jésus-Christ à l'Eglise.
Certes. le culte de Marie était parfait dans l'Eglise, la connaissance de ses grandeurs avait eu des docteurs et des apôtres dans tous les Pères, dans tous les théologiens et dans tous les saints ; ses bontés et ses bienfaits lui avaient “agné la confiance, la reconnaissance, l'amour filial et passionné de tous les cœurs; son culte semblait, avec la tête te l'Assomption, qui célèbre son couronnement, Sa gloire et sa puissance, avoir atteint l'apogée. Qui refuserait pourtant de reconnaitre l'accroissement de louanges, d'amour et d’honneurs qu'a procuré à Marie la proclamatiou de son Immaculée Conception ? Toutes ses grandeurs, tous ses mystères, toutes ses vertus, Ses souffrances ellesmêmes ne resplendissent-elles pas d'un nouvel éclat depuis que le dogme de sa préservation projette sur cette fille unique de Dieu ses clartés immaculées ?
De même en estil de la Révélation du Sacré-Cœur par rapport à i'Eucharistie.
Autre analogie fort démonstrative. Quand, au XItI° siecle, Dieu suscita la Bienheureuse Julienne de Liège, pour établir la Fête-Dieu, l'Eglise était en possession de la foi intégrale et d’un culte parfait de l'Eucharistie. On en célébrait l'institution le Jeudi-Saint de chaque année ; le Sacrifice
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