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ment subjective et tout arbitraire, dans son ensemble comme dans ses détails i. Mais, quoi qu'en pensent nos adversaires, les sciences vraiment formées sont autre chose que des catégories provisoires servant à grouper certaines observations et certains phénomènes. Leur objet ou leur champ est vraiment stable et parfaitement délimité. S'il est vrai que notre esprit, par delà les phénomènes, atteint les réalités et même l'absolu, sa connaissance doit se traduire par une classiflcation immuable quant à ses principes.
1002. — Encyclopédie. — On peut entendre d'abord par l'Encyclopédie le système ou l'enchaînement de toutes les connaissances humaines. Ainsi défini, cet article se confondrait avec le précédent et nous n'aurions rien à y ajouter. Mais on peut entendre aussi par l'Encyclopédie un ouvrage ou une série d'ouvrages qui traitent de toutes les connaissances humaines. D'après un usage qui tend à s'établir, on donne même le nom d'Encyclopédie à des ouvrages qui traitent d'un groupe considérable de sciences : de là des Encyclopédies théologiques, philosophiques, médicales, pédagogiques, juridiques, historiques, militaires, etc. Mais ce ne sont là, en réalité, que des Encyclopédies particulières, si tant est que l'on puisse allier ces deux termes, qui semblent s'exclure mutuellement.
Ce qui nous intéresse ici, c'est moins les Encyclopédies considérées en elles-mêmes, comme ouvrages, que leur organisation. Or on sait qu'elles se sont présentées jusqu'à ce jour sous deux formes opposées : la forme s\stéinatiqiie, qui a prévalu chez les anciens, et la forme alphabétique, qui a prévalu dans les temps modernes. On peut regarder, en etTet, comme de véritables encyclopédies, telles que les comportait l'époque : les Œuvres d'Aristote, qui n'ignorait rien de son temps ; V Histoire naturelle de Pline, le Manuel des sept arts libéraux de Marcien Capella, si répandu dans les premières écoles du moyen âge ; plus lard, les Sommes composées par les grands docteurs scolastiques; le Spéculum de Vincent de Beauvais et d'autres ouvrages d'un caractère plus profane (Bibliothèques, Trésors, etc.) Remarquons, entre autres, VEncyclopœdia scu Orbis disciplinarum de Scaliger (Bàle i555). Le titre d'Encyclopédie y apparaissait pour la première fois et l'avenir lui appartenait. Mais, à mesure que les sciences se multipliaient et
' Nous lisons, par exemple, dans le Dictionnaire de pédagogie dirigé par M. F. Buisson : (( La distinction des sciences n'est pas fondée sur une condition essentielle et immanente des choses connues, mais sur la commodité de l'esprit qui connaît. Cette distinction n'a pas de réalité extérieure ; elle n'est pas profondément inscrite dans la nature ; et, de fait, elle varie avec l'état de nos cormaissances... » Et le même auteur a dit précédemment : « Les sciences sont comme autant d'Etats dont les frontières ne sont pas fixées... (a* partie. V. Science.)
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s'étendaient, il devenait plus difficile de les traiter toutes en un seul et même ouvrage et dans un ordre didactique. Alors prévalut l'ordre alphabétique, qui permettait d'atteindre tous les sujets, tous les détails, et de les classer avec une extrême facilité. De là les Encyclopédies proprement dites.
Celle du xvni* siècle, dont Diderot fut l'âme et dont les philosophes furent les rédacteurs (1751-80, 35 vol. in-folio), eut un grand retentissement et exerça une influence prodigieuse. Les ouvrages similaires se sont multipliés depuis. Citons : les Dictionnaires encyclopédiques de P. Larousse, de Dupiney de Vorepierre, de Trousset; le Dictionnaire des Dictionnaires de M^' Guérin ; la Grande Encyclopédie éditée par Lamirault; précédemment les Dictionnaires de Bouillet ; ceux de Privât- Deschanel et Focillon, Dézobry et Bachelet: le Dictionnaire de la conversation et de la lecture {i82>i et i852); l'Encyclopédie des gens du monde ; V Encyclopédie du XIX^ siècle (1842-54); les nombreux Dictionnaires édités par l'abbé Migne; VEncyclopédie catholique (i84o) ; en Angleterre, la Grande Encyclopédie du XIX" siècle, etc.
ToLit en adoptant l'ordre alphabétique, indispensable à tant d'égards, les Encyclopédistes du xvin* siècle avaient compris la nécessité d'une méthode. De là le Discours préliminaire écrit par d'Alembert, l'arbre encyclopédique placé au seuil de l'ouvrage et les nombreuses références qui devaient relier entre eux tous les articles appartenant au même sujet. Mais ces remèdes au désordre inhérent à l'alphabet ne sont que des palliatifs ; et il importe, pour que les Encyclopédies rendent tous les services qu'on peut en attendre et acquièrent la perfection et la force de démonstration dont elles sont susceptibles, que leurs matériaux et leurs articles soient systématisés, c'est-à-dire qu'à l'ordre artificiel vienne s'ajouter l'ordre logique et naturel. Toutefois, nous ne prétendons pas que les Encyclopédies modernes doivent reproduire le plan des anciennes Sommes, ni se transformer par d'autres moyens en traités universels. Mais il y a entre les systèmes anciens et l'ordre purement alphabétique un système moyen, qui peut bénéficier des principaux avantages des deux autres. C'est ce qui nous reste à expliquer brièvement.
On peut penser d'abord qu'il serait bon de ramener l'Encyclopédie à la forme d'un traité unique de la science ou d'une série de traités sur toutes les sciences. Mais, premièrement, l'unité de la science humaine n'est pas assez rigoureuse pour qu'on puisse exposer cette science tout entière dans un même traité. Ce qui est possible seulement, c'est de traiter de l'universalité des choses au point de vue de telle ou telle science ; et cela d'autant mieux que plusieurs sciences, comme la théologie, la philosophie, la morale, sont vraiment universelles. C'est bien ce qu'a paru faire S. Thomas dans la Somme théologique. Mais des œuvres de ce genre sont tou-
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jours limitées et, par conséquent, incomplètes au point de vue purement encyclopédique. Il reste donc de ramener l'Encvclopédie à une série de traités distincts, tous complets en eux-mêmes : traités de théologie, de philosophie, de droit, etc. ; traité de l'art ou plutôt de chacun des arts; histoire générale et histoires particulières; traité de géographie, etc. Les avantages de cette méthode sont évidents, mais aussi les inconvénients. Les avantages : nous en jouissons déjà en choisissant des traités ou des ouvrages bien faits sur chacune des connaissances. Une bibliothèque un peu complète et assez bien composée peut être regardée comme une véritable Encyclopédie. Les inconvénients : on les voit par là même. Une Encyclopédie ainsi obtenue est trop volumineuse et sera toujours plus ou moins disparate; elle est condamnée à des répétitions sans fin, car une foule de connaissances considèrent les mêmes objets, quoiqu'elles se placent à divers points de vue. Et puis il n'est pas toujours bon de séparer ces points de vue, quand on veut s'instruire rapidement et à fond. Ajoutons que chaque science traitée séparément tend à se subordonner toutes les autres ou du moins à empiéter sur elles. Or une bonne Encyclopédie doit précisément mettre en équilibre toutes les connaissances humaines et faire à chacune sa juste part ; elle doit être comme la synthèse d'une bibliothèque parfaite, sans pourtant se confondre avec cette bibliothèque.
De ces brèves considérations il est permis de conclure que l'Encyclopédie doit renoncer à l'ordre abstrait des sciences et des traités proprement dits. Faut-il alors qu'elle retombe dans l'ordre purement alphabétique? Non. Mais à l'ordre abstrait des sciences nous substituerons l'ordre concret des choses et, au moyen d'une table alphabétique, nous conserverons et accroîtrons encore tous les avantages de l'ordre artificiel incontestable de l'alphabet. Tel est l'ordre de cette Encyclopédie. Usera expliqué dans l'Introduction .
lO0;-{. — Sagesse. — Dans le langage de l'Ecole, la sagesse est la plus haute des sciences et la première des vertus. C'est d'abord la science supérieure des choses, c'est-à-dire la connaissance par les causes suprêmes; et, à ce titre, la théologie et la philosophie sont également qualifiées de sagesse. La sagesse est, en outre, une vertu morale, une haute prudence et même un don du Saint-Esprit. Les qualités intellectuelles et morales se réunissent donc en elle et s'y concentrent, justiliant de quelque manière cette vue de Socrate qui ramenait toute vertu à la science du sage. Et il est bien certain, en etlet, qu'une connaissance complète et absolument sans erreur est incompatible avec les défaillances morales et le péché. « Toutes les fois que la vertu corrige la science, et que la science éclaire la vertu dans une même àme, dit Lacordaire, il s'y fait un jour semblable à celui du ciel, aussi proche delà perfection qu'il est permis
à l'homme de le souhaiter » i. Ce jour de la sagesse n'est que le reflet si désirable de la Science infinie et de la Sainteté de Dieu. On comprend mieux maintenant les éloges que lui décerne l'Ecriture, en lui ramenant toute connaissance comme à une sorte de théologie ou de philosophie religieuse :
« J'ai préféré la sagesse aux royaumes et aux trônes, dit l'auteur inspiré, et toutes les richesses, à côté d'elle, m'ont paru un néant». Et cette sagesse exaltée à toutes les pages de l'Ecriture, est bien celle dont nous parlons maintenant, c'est-à-dire la science des sciences, car voici comment le Sage la décrit : (( Dieu, dit-il, m'a donné la véritable science des êtres qui existent, en sorte que je connais l'ordre de l'univers et les forces des éléments, le commencement, la fin et le milieu des temps, les changements causés par l'éloignement et le retour du soleil, les vicissitudes des saisons, les révolutions des années, les dispositions des étoiles, la nature des animaux et l'instinct des bêtes, la force des vents, les pensées des hommes, la variété des plantes et les vertus des racines. J'ai appris tout ce qui était caché et n'avait pas encore été découvert : la Sagesse même, qui a tout créé, me l'a enseigné. Car il y a en elle un esprit d'intelligence qui est saint, unique, multiple, délié, disert, mobile, pur, certain, suave, ami du bien, pénétrant, invincible, bienfaisant, humain et débonnaire, stable, infaillible, calme, qui peut tout, qui voit tout, qui comprend tous les esprits, qui est intelligible, pur et subtil. Car la sagesse est plus active que les choses les plus agissantes, et elle atteint partout à cause de sa pureté.... Elle est l'éclat de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu et l'image de sa bonté. N'étant qu'une, elle peut tout ; et toujours immuable en elle-même, elle rend toute chose nouvelle ; elle se transporte à travers les peuples dans les âmes saintes et y crée des amis de Dieu et des prophètes. Personne n'est aimé de Dieu, s'il n'habite avec la Sagesse. Elle est plus belle que le soleil et plus élevée que toutes les étoiles ; si on la compare avec la lumière, elle l'emportera. Car la nuit succède au jour, mais la malignité ne peut prévaloir contre la sagesse. . . Je l'ai aimée, je l'ai recherchée dès ma jeunesse et je l'ai demandée pour épouse, je suis devenu amateur de sa beauté » 2.
Considérée en Dieu, c'est-à-dire dans sa source, la Sagesse est donc infinie, éternelle. Considérée dans la créature, elle est à l'image de celle de Dieu : elle est à la fois spéculative et pratique, une et multiple ; elle embrasse toute science infuse et toute science acquise.
Dans la théologie chrétienne, la Sagesse est appropriée au Fils ou Yerbe de Dieu, qui a enseigné aux hommes toute vérité salutaire. Et parce que la plus belle image du Verbe incarné est l'Eglise
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et, dans l'Eglise, la très sainte Vierge, surnommée « le Siège de la Sagesse », les passages de l'Ecriture sur la Sagesse s'appliquent spécialement à la Vierge et à l'Eglise.
Bien au-dessous de cette Sagesse surnaturelle, mais à son image encore, est la sagesse purement humaine. Les Grecs l'avaient personnifiée telle qu'ils pouvaient la connaître dans MiiuTue-Athèné, qu'on représentait tenant à la main un rameau d'olivier, symbole de paix. La chouette, symbole de vigilance, lui était consacrée.
1004. — Spéculation cl Pratique. — En raison de sa fin immédiate, la science est spéculative ou pratique. La spéculation s'arrête à la connaissance ; la pratique va jusqu'aux applications. Elles sont liées naturellement, bien que l'une soit souvent recherchée sans l'autre. C'est ce qu'expriment, ou fond, ces aphorismes scolastiques : L'intelligence spéculative ne dijfère de l'intelligence pratique que par la fin. — L'intelligence pratique n'est qu'une extension de l'intelligence spéculative. Déjà nous avons pu remarquer ces relations étroites de la spéculation et de la pratique, en insistant sur celles des sciences avec les arts i. A divers égards la pratique naît de la spéculation, et celle-ci naît de la pratique. Car tantôt l'esprit humain descend des principes aux conséquences et aux applications, des causes aux etlets ; et tantôt il s'élève des effets aux causes, de l'expérience à l'intelligence, des phénomènes aux lois qui les régissent.
Mais maintenant il convient d'insister sur l'excellence des sciences spéculatives et la nécessité de leur faire une large part, alors même qu'elles paraissent sans application. La spéculation, en eflet, est plus noble; tôt ou tard elle règle la pratique ; souvent elle se suffit, tandis que la pratique ne se sullit jamais. Aussi l'Ecole place le principe de la perfection et du bonheur dans la vie contemplative, de préférence à la vie active, qui n'est de sa nature qu'une dépendance. D'ailleurs, le premier acte de l'esprit, c'est de connaître ; son premier progrès est de savoir ; de longs siècles de spéculation, qui ont pu sembler stériles, étaient la préparation nécessaire de la civilisation présente, qui ne donnera ses fruits qu'à la condition de conserver toutes ses racines. Ceux qui opposent la science d'aujourd'hui à la science d'autrefois font donc acte d'ignorance ou d'ingratitude. >ul n'est fondé à séparer de parti pris la spéculation et la pratique, ni surtout à opposer celle-ci à la piemière ; les empiriques sont plus à craindre que les rêveurs -.
* V. looi.io.
"^ C'est la même pensée que développe M. Bagehot dans ses /.(/'•«• t^nfuti- Jiques du développement des nations : « Des siècles d'étude paisible, sédentaire, méditative, étaient nécessaires avant que cette existence alTairéc put commencer ; elle n'aurait jamais existé sans ces pâles travailleurs à qui elle doit le jour. lien est de même pour les neuf dixièmes de la science
Au reste, bien des philosophes, dont les doctrines combattent d'ordinaire les nôtres, se rencontrent avec nous sur ce point. Comte, le chef du positivisme, réfute énergiquement cette prétention, que les sciences doivent avoir une utilité immédiate. D'ailleurs, on ne saurait prévoir l'utilité d'une découverte scientifique ; et comme le dit d'Alembert, l'art de la navigation ayant été renouvelé par l'application de la théorie des sections coniques, « le matelot qu'une connaissance exacte de la longitude préserve du naufrage, doit la vie à un théorème d'Archimède ou d'x\.pollonius ». « Il nous suffit, dit le même auteur, d'avoir trouvé quelquefois un avantage réel dans certaines connaissances où d'abord nous ne l'avions pas soupçonné, pour nous autoriser à regarder toutes les recherches de pure curiosité comme pouvant un jour nous être utiles ». Avant lui. Bacon déclarait déjà que beaucoup laissent « l'étude avant le temps et courent à la pratique, à l'exemple d'Atalante, qui, se détournant de la droite route et s'arrètant pour ramasser les pommes d'or, laissa échapper la victoire... Dieu, le premier jour, poursuit-il, ne créa que la luinière et ne s'abaissa point à aucune œuvre inatérielle et grossière. Dans les sciences expérimentales, il faut prendre pour modèle la divine Sagesse. Il faut, en un mot, s'attacher d'abord aux expériences lumineuses ^expérimenta luciferaj et non aux expériences fructueuses ffrudiferaj, sachant d'ailleurs que les lois, une fois bien établies sur les faits, fourniront à la pratique de nouveaux moyens, non d'une manière étroite, mais largement, et traîneront après elles des multitudes et comme des armées de nouvelles applications » i. Et plus loin, il insiste en ces termes sur l'excellence de la spéculation ou contemplation : « S'il faut dire la vérité tout entière : de même que, malgré les continuelles obligations que nous avons à la lumière, sans laquelle nous ne pourrions ni diriger notre marche, ni exercer les différents arts, ni même nous distinguer les uns des autres, néanmoins la simple vision de la lumière est quelque chose de plus grand et de plus beau que toutes les utilités que nous en tirons ; il est également hors de doute que la simple contemplation des choses, vues précisément telles qu'elles sont, sans aucune teinte de superstition ni d'imposture, sans erreur et sans confusion, a en soi plus de'grandeur et de dignité que tout le fruit réel des inventions » 2. Nous ne croyons pas qu'Aristote et, avec lui, toute l'Ecole aient affirmé plus fortement l'excellence des sciences spéculatives et, par conséquent, de la contemplation, dont l'action elle-même, quand elle n'est pas une agitation stérile, tire toute sa fécondité.
moderne : nous les devons à des hommes que leurs contemporains regardaient comme des rêveurs, qui, d'après le proverbe, « tombaient dans un puits en regardant les étoiles », enfin que l'on croyait inutiles entre tous... » (p. 3o3j. Cité par Rabier, Logique, ch. vu. > ^ovum organam I, LXX. — « Ibid., GXXIX.