‹ Somme des connaissances humainesChapitre 5 sur 49 · V. plus bas n. ioo3. — ^ y. o,io · texte numérisé non relu

V. plus bas n. ioo3. — ^ y. o,io

l'industriel et l'artisan peuvent ignorer ou à peu près les sciences qu'ils appliquent. A plus forte raison, le commerçant et l'agent de transport peuvent ignorer les secrets de l'industrie dont ils vendent ou transportent les produits, bien que le commerce dépende des progrès de l'industrie et que les moyens de transport soient renouvelés par les découvertes delà physique et de la mécanique. Distinctes entre elles et parfaitement spécifiées, toutes les connaissances sont donc étroitement associées par leurs objets. De plus, ceux qui les exercent peuvent les associer mieux encore et passer même d'un ordre à l'autre, monter ou descendre l'échelle intellectuelle et morale. Je veux dire, par exemple, que le simple artisan peut faire œuvre d'artiste, alors que l'artiste et le savant profanent leur art ou leur science s'ils l'exercent comme un simple métier, et surtout s'ils en trafiquent comme d'un objet de commerce. Et au point de vue moral, tous peuvent élever leurs intentions et leur cœur, en ne faisant plus seulement œuvre mécanique ou intellectuelle, mais encore œuvre sociale et morale. Car rien n'est plus noble, si l'homme y consent, que son travail et sa pensée.

0,27. — Premier embranchement. Science et lettres. — Portons maintenant notre attention sur le premier embranchement, qui est le plus important et le support des autres. Parmi les sciences, les unes sont fondées sur la révélation ; la foi est leur principe : de là les sciences théologiques. Elles comprennent le dogme, la morale chrétienne, une certaine exégèse, le droit canon, la liturgie, etc. Toutes ces connaissances seront expliquées en leur lieu, ainsi que la Scolastique, qui est née des rapports de la théologie et delà philosophie et qui peut être traitée tantôt comme théologie et tantôt comme philosophie.

Les connaissances fondées sur la raison sont les connaissances purement humaines. Les unes ont pour objet l'être même, l'essence et les causes premières des choses ; elles s'éclairent, à cet cfTot, des principes les plus abstraits, c'est-à-dire abstraits de toute matière '. Leur objet propre se conçoit donc, mais ne s'imagine point. Ce sont les sciences philosophiques, qui traitent de l'être idéal, réel et moral : d'où la logique, la métaphysique et la morale, comme il a été indiqué et sera mieux expliqué ensuite. La morale est individuelle, domestique ou sociale.

Au-dessous des sciences philosophiques et des sciences annexes qui s'y rapportent immédiatement, viennent les sciences mathématiques ; elles s'éclairent des principes qui sont abstraits de toute matière sensible, mais non de la matière intelligible. C'est-à-dire qu'elles ont pour objet propre non plus l'essence même des choses, mais la quantitéen général, continue ou discontinue, et toutes

' y . phis haut 0,12.

les relations de quantité, en un mot tout ce qui se mesure. De là l'arithmétique, la géométrie, la mécanique, avec l'algèbre, qui est plus générale encore. On remarquera que toutes ces sciences, ayant pour objet formel la quantité, qui est l'accident fondamental des corps, dominent dès lors toutes les sciences physiques et s'appliquent supérieurement aux mêmes objets : de là la physico-mathématique. Mais, d'autre part, les mathématiques, malgré leur exactitude et leur caractère absolu, sont limitées par leur degré d'abstraction même et leur objet propre : elles sont absolument étrangères aux sciences morales.

Viennent enfin les sciences physiques et naturelles, dont les principes propres sont abstraits de toute matière individuelle, mais non de la matière sensible. Ces principes sont induits, ils ne sont pas absolus et ne se dépouillent jamais d'une certaine contingence. Elles étudient donc les corps, mais par les qualités et autres accidents sensibles, observés et expérimentés. De là le nom de sciences d'observation. Or ces sciences s'échelonnent comme leurs objets propres, nous pourrions dire comme les accidents qu'elles considèrent dans les corps. La physique proprement dite considère surtout les qualités ; la chimie, les actions et réactions des éléments les uns sur les autres, leurs composés ou combinaisons. L'une et l'autre considèrent les corps indépendamment de la vie. La biologie, au contraire, qui se superpose à elles, considère les corps vivants, leurs qualités et actions vitales. Or la vie a plusieurs degrés : la vie des animaux et celle des plantes. D'où la zoologie et la botanique. A. la zoologie se rapportent les sciences médicales, branche si développée et si importante. La zoologie et la botanique composent principalement ce que l'on est convenu d'appeler Ihistoire naturelle, famille de sciences imparfaitement définie.

Restent encore plusieurs accidents des corps : un certain état moléculaire : d'où la minéralogie ; leur disposition dans les couches du globe : d'où la géologie ; le lieu qu'ils occupent et la surface qu'ils présentent : d'où la géographie terrestre et céleste ; leurs mouvements ou révolutions dans l'espace: d'où la cosmographie et aussi l'astronomie, en tant que science naturelle, distincte de la mécanique céleste.

Notre énumération n'est point complète ; car il reste trois familles considérables de sciences : les sciences sociales, Vhisioire et les lettres. Mais celles-ci dépendent spécialement de la logique, à laquelle elles se rapportent comme la parole aux idées. Elles sont, en outre, le lien le plus indispensable de la société présente, sans compter qu'elles unissent la génération présente aux générations passées ; car l'histoire ne subsiste, ne se transmet et ne se continue que par les lettres. Elles comprennent : la grammaire, la linguistique et, en général, la philologie ; puis la poésie, l'éloquence, avec les belleslettres proprement dites.

Quant aux sciences sociales et historiques, elles se rapportent spécialement à la morale sociale. C'est pourquoi elles sont classées les unes et les autres à la suite des sciences philosophiques, avec les autres sciences morales, dont elles partagent le caractère. Les sciences sociales comprennent : le droit, qui est comme la justice dans la société ; Véconomie politique, qui a un rapport évident avec la vertu de tempérance ; la politique, qui est comme la prudence des gouvernements ; les sciences militaires, nécessaires aux sociétés, comme la vertu de force aux individus. Mais les sciences militaires, plus encore que les autres sciences sociales, exigent beaucoup de connaissances distinctes de la morale, dont elles reçoivent cependant leur principal caractère. Et puis la guerre est un art, non moins qu'une science ; et il en sera question de nouveau dans le second embranchement. Quant à l'histoire que nous classons ici, ce n'est plus l'histoire de la nature, ni même l'histoire des sciences, qui se divise et se distribue comme les sciences elles-mêmes ; mais c'est l'histoire proprement dite. Avant tout, en effet, l'histoire est le récit raisonné des événements qui composent la vie des peuples et de l'humanité ; elle comporte naturellement des enseignements philosophiques, moraux et religieux, qui font partie essentielle de la tradition. Elle est donc liée essentiellement à la morale, à la religion, à la philosophie, de même qu'aux lettres.

Tel est Tordre général de ce premier embranchement. Il est exprimé dans le tableau ci-joint :

Premier embranchement des connaissances : Science et Lettres.

A. Connaissances fondées sur la foi. D'où Théologie.

(Dogme, morale chrétienne, droit canon, liturgie, etc.) Annexe de la théologie ou de la philosophie : la Scolastique.

B. Connaissances fondées sur la seule raison : 1° Et sur les principes les plus . Logique,

abstraits. ) Métaphysique,

D'où Philosophie. ) Morale individuelle, domes-

EUe comprend : ( tique et sociale.

Première Annexe de la morale sociale : Sciences sociales (droit, économie, politique, sciences militaires).

Deuxième Annexe : Histoire.

Annexe de la Logique : Lettres (grammaire, philologie, linguistique ; poésie, éloquence.)

2" Connaissances fondées sur les principes abstraits de toute matière sensible : ^^\THÉMATIQL es (algèbre, arilhm., etc.)

3° C. fondées sur les principes abstraits de la matière individuelle Sciences physiques et naturelles.

aj Les unes ont pour objet les qualités, actions et réactions, combinaisons des corps inorganiques.

D'où la Physique et la Chimie.

hj D'autres ont pour objet les qualités et actions vitales. D'où la biologie, ( la Zoologie,

qui comprend : \ la Botanique.

Annexe de la zoologie : la Médecine, avec la Chirurgie, etc. cj D'autres ont pour objet les corps dans leur état moléculaire, leur disposition dans le globe ou à sa surface, leurs mouvements dans l'espace, etc.

D'où la minéralogie, la géologie, la géographie, la cosmographie et r astronomie i.

0,28, — Conclusion. — Ainsi sont déterminées et classées toutes les sciences principales, avec les groupes qu'elles embrassent ou président. Ces groupes coïncident, comme on le voit, avec les familles naturelles universellement reconnues. Il peut paraître facile maintenant de poursuivre cette classification jusque dans les détails. Il faudra, à cet effet, revenir sur chaque groupe, et même sur chaque science, en particulier, pour en montrer l'économie intérieure et les rapports avec les autres connaissances. Nous devrons traiter aussi plusieurs points particuliers, à peine touchés dans les considérations précédentes.

Au reste, on ne se dissimule pas ce qu'il y a d'incomplet et de provisoire dans ce système qui vient, après tant d'autres, dont il s'inspire d'ailleurs et qu'il reproduit plus ou iTioins. Mais, bien que l'arbre encyclopédique soit toujours en voie de croître et de devenir, comme la raison elle-même, il est très utile de le dresser, d'en reconnaître les inaîtresses branches et même toutes les ramifications. Ajoutons qu'il ne peut changer que dans ses parties accessoires et ses développements. Aussi sommes-nous loin de partager les doutes et, disons même le scepticisme, de certains auteurs, qui regardent toute classification comme provisoire ou même pure-

* Nous convenons qu'il y aurait des raisons de classer les sciences physiques et naturelles un peu dilTéremment, en allant, comme Comte Ta fait, des plus simples aux plus complexes. Nous aurions ainsi après les mathématiques : l'astronomie (avec la cosmographie, la géographie, la géologie, la minéralogie) ; puis la physique, la chimie ; la biologie (avec la botanique et la zoologie), à laquelle s'ajouterait la médecine. Mais Comte ne classait que les sciences abstraites, laissant de côté ce qu'il appelait les sciences concrètes (géographie, zoologie, botanique, etc.) En ne séparant pas celles-ci des autres, il y a plutôt lieu de procéder comme nous l'avons fait. En outre, comme on l'a observé, nous énumérons les sciences d'après les accidents qu'elles considèrent dans les corps, en allant de la quantité, accident fondamental, aux accidents moindres, comme la disposition et le mouvement.

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