DES SCIENCES THÉOLOGIQUES
1005. — Théologie. — 0,1 . — Des sciences théologiques : objet, rapport avec les autres connaissances et devoir de les cultiver. — La théologie est la science qui est fondée sur la révélation et, par conséquent aussi, sur les enseignements et les documents par lesquels cette révélation nous est parvenue. La foi est donc son principe essentiel et dislinctif ; les recherches et les démonstrations qui s'y ajoutent en font une connaissance vraiment scientifique. L'excellence de la théologie résulte de son principe même, comme aussi de son objet et de sa lin. Dieu a parlé aux hommes pour les instruire des vérités nécessaires à leur salut. Parmi ces vérités, spéculatives et pratiques, il en est qui sont à la portée de la raison, et d'autres qui sont essentiellement surnaturelles : ainsi les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation. Or la théologie embrasse les unes et les autres et
* jy et aG* volumes.
* Voir, en général, pour les ouvra-^cs do théologie réccnls, le nci>citoire biblioj.
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communique ainsi à beaucoup de vérités philosophiques en ellesmêmes une certitude supérieure.
On peut donc dire que la théologie est universelle de quelque manière : car elle traite de Dieu et de toutes choses par rapport à Lui ; elle traite de l'homme et de toutes choses par rapport à sa fin dernière. Nulle connaissance ne lui est étrangère et indifférente ; elle peut se les attacher toutes et les marquer d'une empreinte religieuse ; elle s'enrichit de leurs découvertes et les ennoblit par son alliance. Il est évident^ par exemple, qu'en prenant contact avec la théologie, la philosophie devient chrétienne et s'assure contre les erreurs les plus redoutables : en même temps qu'elle rend de précieux services, elle en obtient pour elle-même de non moins utiles. A son tour, le droit s'élève singulièrement en devenant chrétien ; et toutes les sciences sociales sont transfigurées à la lumière de l'Evangile. Les lettres chrétiennes et les arts religieux marquent de même une ascension merveilleuse de l'intelligence humaine, attirée par l'idéal chrétien. Même la science de l'univers physique, qui paraissait d'abord si étrangère à la théologie, lui demande une explication suprême : elle en apprend où tend toute créature, visible ou invisible. Alors que la science purement humaine nous place devant des énigmes d'autant plus redoutables et troublantes que l'immensité de l'univers est plus imposante, la théologie les résout assez pour changer notre savoir en adoration filiale et nos incertitudes en espérance invincible.
Mais c'est surtout de Dieu et de l'homme intérieur que s'occupe la théologie ; elle unit, dès ici-bas, la créature à son Créateur par tous les liens spirituels d'une foi consciente et éclairée. Dès lors apparaît pour tout chrétien l'obligation de la cultiver. Il ne suffit pas de conserver la foi comme un trésor enfoui : c'est un germe exposé à périr s'il ne se développe. Il faut qu'elle grandisse avec la raison et qu'elle bénéficie du progrès de toutes les sciences. Elle est le sel qui les empêche de se corrompre : c'est elle qui les oriente vers le Créateur et qui les sanctifie. A la suite de l'obligation incontestée d'enseigner la théologie élémentaire ou le catéchisme aux enfants, il y a donc le devoir pour tout chrétien d'étudier la religion selon la mesure de ses moyens. Tous doivent assister à des instructions morales et religieuses, lire et relire l'Evangile ^ en s'aidant ordinairement de quelque commentaire, donner même un peu de temps chaque semaine à d'autres lectures instructives et édifiantes. Mais c'est surtout aux théologiens de profession
* S. Jean Chrysostome parle, en plusieurs endroits, de la lecture des Ecritures comme d'une des obligations de la vie chrétienne. (Hom., IL in Mat.) S. Jérôme dit que les Ecritures sont la lumière et la vie de l'àme. sa nourriture quotidienne. Qui ne connaît pas les Ecritures ignore le Christ ». Cf. IloGAN, Les Etudes du clergé, la Bible, p. 487-8.
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qu'incombe le devoir de cultiver les sciences sacrées pour les enseigner aux fidèles et s'en instruire eux-mêmes. Et parce qu'elles' sont trop étendues pour qu'un même esprit puisse également les approfondir toutes, il faut que le clergé compte dans son sein des maîtres versés dans toutes les connaissances spéciales qu'il doit conserver et promouvoir : histoire ecclésiastique, exégèse, langues orientales, philosophie, lettres chrétiennes et arts religieux, sciences sociales, etc. ; de manière que toutes les connaissances rendent gloire à Dieu en contribuant au salut des âmes.
0,2. — Division de la théologie : principales sciences théologiques. — Nous devons maintenant nous en tenir aux sciences proprement théologiques ou qui appartiennent à la théologie par quelquesunes de leurs applications. Au premier rang se placent la théologie dogmatique et la théologie morale : l'une a pour objet les vérités qu'il faut croire ; l'autre, les vérités qu'il faut pratiquer. A la morale se rapportent à divers égards : la casuistique, la théologie ascétique, la mystique, la pastorale. Au dogme se rapporte l'apologétique, science d'ailleurs fort complexe, dont nous traiterons à part. Le dogme et la morale sont fondés sur l'histoire, comme d'ailleurs toutes les sciences. Une place spéciale appartient donc à l'histoire ecclésiastique, qui nous fait connaître toutes les sources de la théologie '. La principale source est la Bible, à laquelle s'applique l'exégèse, avec l'herméneutique, sciences d'ailleurs philologiques. C'est l'histoire encore qui fournit matière au droit canon. Il est appuyé sur l'autorité législative de l'Eglise et se rattache la liturgie, qui est déterminée par l'autorité ecclésiastique, bien qu'elle soit toute destinée à exprimer le dogme et la morale. Enfin, des rapports de la théologie avec la philosophie nait la scolastique, qui est tantôt une philosophie et tantôt une théologie, quelquefois l'une et l'autre, comme il sera dit en son lieu.
0,3. — Théologie dogmatique : positive, scolastique. — La théologie dogmatique mérite la plus grande attention; car l'organisation de l'Eglise, sa hiérarchie, son autorité et ses lois, le culte et la morale chrétienne elle-même n'en sont que les conséquences. Il n'y a pas d'erreur plus grave que celle qui fait regarder le christianisme comme une morale parfaite, mais indépendante de toute formule dogmatique. Cette erreur est la plus funeste des hérésies, car elle les réunit toutes. Elle est insinuée dans beaucoup d'à mes par le protestantisme, dont toutes les voies aboutissent à un christianisme sans dogmes, à l'inditrérentisme doctrinal 2. Mais
• Avec l'histoire ecclésiastique il faut coinpler nolamniciit l'archéologie chrétienne. (V. les sciences hisl. en général io44 et suiv.)
* M. llogan insiste, avec raison, sur les dangers présents do cet indilTérenlisme, qui « n'est malheureusement pas le partage exclusif des incroyants avoués. 11 gagne rapidement du terrain parmi ceux qui se pré-
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le christianisme est avant tout une doctrine. C'est pour en témoigner que J.-C. a souffert et qu'il est mort ; c'est pour l'enseigner jusqu'à la fin des temps qu'il a créé son Eglise. Parmi les persécutions sanglantes, ou bien, lorsque des défaillances, plus douloureuses encore, se multipliaient parmi ses enfants, l'Eglise n'a jamais transigé sur les dogmes. C'est pour les définir et les défendre que les conciles ont siégé, que les docteurs ont écrit et que les martyrs ont souvent répandu leur sang. Le principal soin de la théologie, c'est de les établir sur l'Ecriture et les traditions, de les expliquer et de tirer les conclusions qu'ils contiennent, de coordonner ensuite toutes ces vérités pour en composer un corps de doctrine. C'est ce qu'elle fait sous ses deux formes : positive et scolastique
Bien qu'elles contrastent l'une avec l'autre, ces deux formes de la théologie doivent s'unir et .se compléter mutuellement. La théologie positive consiste dans l'exposition des dogmes tels qu'ils résultent des témoignages de l'Ecriture et des Pères, des définitions des conciles : elle est essentiellement une histoire des dogmes. Elle montre cominent la doctrine catholique, contenue tout entière dans l'Evangile, mais sans la plupart des définitions qui la caractérisent aujourd'hui, s'est précisée et formulée à mesure que l'exigeaient les attaques des hérésies et le progrès de la pensée chrétienne. Chaque dogme peut servir ainsi de matière à une longue histoire. Aussi la théologie positive a-t-elle été cultivée aux époques de recherches historiques, qui lui sont si favorables ; par exemple au xvne siècle, qui vit les Petau et les Thomassin. De même aujourd'hui, elle bénéficie beaucoup du progrès et du crédit des sciences historiques.
Tout autre est le caractère de la théologie scolastique, qui fut cultivée surtout au moyen âge, alors que le passé et la nature étaient encore fermés, pour ainsi dire, à la curiosité de la raison. Elle consiste dans l'exposition philosophique des dogmes et leur composition en système organique. Elle pénètre, à cet effet, le sens de chacun d'eux, les démontre par la raison, s'il y a lieu, ou les explique par des analogies, si ce sont des mystères ; puis elle en tire toutes les conséquences qu'ils comportent. La théologie scolastique n'est donc pas une histoire, bien qu'elle vive, elle aussi, de l'histoire ; mais elle est une véritable science, au même titre, par exemple, que la logique et la métaphysique ; ses relations avec ces sciences sont même des plus étroites, au point qu'on a pu dire que
tendent chrétiens. La foi positive et définie aura bientôt disparu de presque toutes les confessions religieuses, à l'exception de l'Eglise catholique ». (Les Etudes du clergé, Théologie dogm., p. 177.) Le même auteur montre l'utifité du dogme pour la piété, la prédication, etc. Aucune science ne rend, même pratiquement, plus de services. Elle est le sol qui empêche les autres sciences ecclésiastiques de se corrompre, parmi lesquelles notamment l'exégèse et l'histoire.
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la théologie dogmatique n'est que la philosophie appliquée aux vérités de îa foi.
Distinctes et même opposées par leur méthode, la théologie dogmatique et la théologie positive doivent néanmoins s'unir et se développer de concert, comme la raisin et la mémoire, la science et l'expérience. Il faut surtout les associer dans l'enseignement. Mais, parce que la positive est, pour ainsi dire, infinie et qu'un même esprit ne peut guère la posséder tout entière, il faut résumer ses enseignements, n'en développer que telle ou telle partie, et insister plutôt sur la scolastique. Celle-ci ne se divise pas comme sa rivale : elle forme un tout organique et très parfait, qu'on ne possède bien qu'à la condition d'en connaître également toutes les parties. Remarquons aussi que sa culture intégrale contribue singulièrement au développement de la raison et à la formation de l'esprit théologique. Avec M. Hogan, nous pouvons ajouter qu'elle est plus que jamais nécessaire aujourd'hui, où, sous prétexte de supprimer tout ce qui divise les esprits et de les rallier sur un terrain commun, on ne relève plus les négations de l'hérésie ou même de l'incrédulité, on se tait sur les vérités capitales de la foi, sans lesquelles le christianisme s'effrite et disparaît. « Chez beaucoup de catholiques, dont la foi est pourtant intacte, l'on ne trouve plus à l'égard de l'hérésie cette haine vigoureuse et saine, cette crainte de la contagion, si communes jadis ; elles sont trop souvent remplacées par une tendance au minimisme, aux compromissions, en un mot, par l'extension à l'erreur doctrinale de cette charité qui n'est due qu'aux personnes qui s'y trouvent engagées » '.
0,4. — Progrès de la théologie. — Sous toutes ses formes, la théologie est vivante et tend à progresser. Sous sa forme positive ou historique, c'est évident, puisque l'histoire est chaque jour mieux connue. Les progrès de l'érudition, de la philologie, de l'exégèse, de l'archéologie contribuent ainsi au développement de la théologie. Elle n'est pas slalionnaire non plus sous sa forme scolastique ; car la raison ne se lasse pas d'observer et d'interpréter les faits, d'expliquer les principes anciens et d'en tirer de nouvelles conséciuences ; elle s'attache aussi à mieux organiser les vérités acquises pour en former un système toujours plus parfait, toujours plus expressif de la vérité inépuisable des choses. Et puis, non contente
' Les Etudies du clergé. Théologie dognialiquc, p. 179 : « N'y aurait-il pas quelque raison de craindre, poursuit l'auteur, que cette tendance à de regrettables transactions avec l'inditrérentisme à la mode ou avec les erreurs populaires n'envaliisse justiu'au sanctuaire.^ Ne peut-on pas redouter que le désarroi des doctrines et la confusion des idées, qui caractérisent noire époque, ne jettent te trotible dans lesprit du clergé, n'y elTacent la ligne de démarcation entre l'orthodoxie et l'erreur, n'y réduisent en poussière impalpable les solides vérités de la foi chrétienne ? »
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d'augmenter son trésor de vérités acquises, la raison en vérifie encore la valeur, distinguant les simples opinions d'avec la doctrine et faisant à la certitude sa juste part. Il y a donc une critique théologique, dont le fruit légitime n'est pas le scepticisme, mais un savoir approfondi et parfaitement conscient de lui-même.
Toutefois, en affirmant ces progrès incessants, cette vie i, disons même cette évolution de la théologie tout entière, gardons-nous de méconnaître ce qu'il y a d'immuable en elle et constitue sa nature même. La foi, les dogmes, les conclusions vraiment acquises ne peuvent changer, ni par conséquent les formules consacrées qui les expriment exactement. Celles-ci ne varient qu'en apparence, dans la traduction qu'elles reçoivent en diverses langues ; mais les idées et les jugements qu'elles expriment sont absolus ; ils ne changent pas, mais s'expliquent. Et puis, si la théologie et, avec elle, la foi professée explicitement dans l'Eglise, vont se perfectionnant sans cesse, il n'en est pas de même de la vertu de foi, qui, dès les premiers jours de l'Evangile, eut toute sa perfection dans les âmes les plus saintes. C'est sous le bénéfice de ces explications, que nous affirmons le progrès de la doctrine chrétienne, déjà bien reconnu au ve siècle par Vincent de Lérins : « Dirons-nous, écrivaitil, que la religion (c'est-à-dire la doctrine religieuse) est sans progrès dans l'Eglise de Dieu ? Loin de là, au contraire. La foi progresse toujours, bien que demeurant immuable, car progresser signifie se développer sans perdre son identité... Elle grandit, poursuivait-il, comme l'enfance et la jeunesse arrivent à la plénitude de la virilité, comme la semence jetée dans le sol croît en la pleine maturité de la moisson » 2,
0,5. — Beauté du dogme et de la théologie. Contraste harmonieux des sciences théologiques et des sciences naturelles. — Ces comparaisons si justes, tirées de la nature vivante, nous indiquent déjà la beauté du dogme catholique et de toute la théologie, dont il est le fondement indestructible. Cette beauté spirituelle mérite les élo-
* V. DE LA. Barre, La Vie des dogmes catholiques. Autorité, évolution; Newman, Un essai sur le développement de la doctrine chrétienne ; Kraus, Hist. de l'Eglise (trad. 3 voL). I vol. Hist. des dogmes, développement dogmatique, p. 7 et suiv.
2 Commonitor, cap. XXIII, cité par Hogan, op. cit., p. 194, qui peut-être se montre trop sévère pour le « conservatisme » théologique. Conserver les vérités acquises est la première condition de les accroître ; et les enseigner exactement doit être la première préoccupation des maîtres. Le souci de collaborer à la science qui se fait (pour employer cette distinction à la mode) ne doit pas faire oublier les conclusions de la science/atfe. Celle-ci ne peut se conserver, comme un document de pure érudition, sur les rayons d'une bibliothèque ; mais elle ne vit et ne se transmet que dans l'intelligence des disciples, par un enseignement scrupuleusement exact et toujours actif.
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ges enthousiastes que l'écrivain sacré décerne à la Sagesse ellemême '. Le spectacle que nous découvre la théologie, en efTet, c'est celui du monde divin et surnaturel, dont l'univers sensible, si vaste et si merveilleux soit-il, n'est que la traduction et l'image. De là ces comparaisons si instructives entre les merveilles de la nature et celles de la grâce, entre les sciences théologiques et les sciences de la nature. Celles-ci ne se sont bien développées que dans ces derniers siècles et nous ont paru comme une révélation. Celles-là nous ont été données par l'Evangile, par l'Eglise et ses docteurs. Mais les deux mondes que nous font connaître ces deux ordres de sciences sont liés étroitement, comme la pensée et la parole, l'invisible et le visible. >os mystiques surtout ont bien saisi leur> rapports et leur harmonie. L'un des plus récents, touchant par quelques points ce sujet inépuisable, montre comment les sciences théologiques contrastent harmonieusement avec les sciences naturelles ; il insiste aussi sur la beauté de la théologie considérée comme une création de l'esprit humain, non moins belle à elle seule que toutes les sciences de la nature. « La théologie, dit-il, est la contre-partie de la science naturelle. Elle peut nous dire sur les anges, que nous n'avons jamais vus, des choses aussi merveilleuses que l'astronomie nous en révèle sur les étoiles, que nou» ne pouvons atteindre. Elle peut projeter sa lumière dans le monde invisible de l'esprit plus loin que le microscope dans le monde, invisible à l'œil nu, des êtres créés. La science des lois de la grâce marche de pair avec la science des lois de la vie. L'histoire et la constitution de l'Eglise nous otTrent autant de sujets d'admiration que les découvertes delà géologie. Avec le secours de la révélation, de l'Eglise, de la raison et des lumières de l'Esprit-Saint, les théologiens catholiques ont exploré le monde de l'esprit avec tout autant de certitude et de succès que la science moderne a scruté le monde de la matière. Il fut un temps où la vaste intelligence de l'iinmiue s'appliqua à étudier la vie de Dieu, ses perfections, son incarnation et les manifestations qu'il a faites de luimême. La révélation lui fournissant ses nombreuses et infaillibles vérités, la théologie catholique est devenue la plus grande gloire de l'esprit humain. La même puissance intellectuelle s'applique maintenant à étudier les courants des océans et de l'atmosphère, les phénomènes électriques et la constitution des étoiles. Merveilleux sont les résultats ainsi obtenus par la science moderne ; et cependant cette manifestation de la puissance de l'intelligence humaine est à peine aussi admirable que les Summœ de la Théologie scolastique » '.
' V. n. ioo3.
* Fabbr, Tout pour Jésus, VIII, i, cité par Ilogan, op. cit., p. 17^, note.
0,6. — La théologie morale. — La théologie dogmatique et la théologie morale sont des aspects d'une même science, plutôt que deux sciences essentiellement différentes. Nulle part la pratique ne découle mieux de la spéculation, et l'art, de la science. Chacun de nos dogmes et de nos mystères devient un principe d'action et de vie surnaturelle, un aliment toujours nouveau pour la piété chrétienne. Quelle n'est pas, en particulier, l'efficacité des mystères de la vie et de la passion du Sauveur 1 Toute la sainteté qui explique l'action bienfaisante de l'Eglise a travers les âges a découlé de cette source. Nulle autre considération ne démontre mieux l'importance de la théologie dogmatique. Privée de cet appui et séparée de ce foyer, la religion va se perdre en des pratiques stériles ou une vague sentimentalité. Liée au dogme, qui l'agrandit et l'élève, la morale chrétienne comprend, d'autre part, tous les devoirs naturels, tels que la philosophie la mieux éclairée peut les déterminer. Elle exige les vertus naturelles ou de simple raison, qu'elle complète par les vertus chrétiennes, dont les principes supérieurs sont la foi, l'espérance et la charité. Aucun des préceptes de la raison ou delà loi naturelle ne lui est étranger ; mais elle embrasse, en outre, les préceptes et, s'il y a lieu, les conseils de l'Evangile, et devient ainsi la science même de la sainteté. Son objet est donc aussi vaste et aussi élevé qu'on peut le concevoir. Elle suppose, en particulier, une psychologie jDrofonde, une connaissance exacte du droit naturel et des lois humaines, surtout de celles qui règlent les rapports de justice. Une de ses branches les plus susceptibles de développement est la morale sociale, dont le progrès est nécessairement lié à celui de la société et de la civilisation en général. Immuable dans ses principes et dans son esprit, pratiquée dès l'origine de l'Evangile avec une perfection qu'on ne dépassera jamais, la morale chrétienne comporte cependant des éclaircissements toujours nouveaux et surtout des applications sociales que les âges chrétiens ont préparées, sans les soupçonner. De là, par exemple, les Encycliques récentes encore de Léon XIII sur les devoirs sociaux des patrons et des ouvriers, le juste salaire et le droit d'association. Les peuples nouveaux aspirent vaguement à un idéal social d'ordre et de paix, de justice et de charité, que le moraliste chrétien doit définir et faire aimer.
0,7. — La Casuistique. — Celle-ci est une branche inférieure, semble-t-il, de la théologie morale. Très cultivée autrefois, elle est souvent dédaignée aujourd'hui. Si l'on songe cependant qu'elle suppose la connaissance de toutes les lois de la morale et de leur valeur respective, une appréciation judicieuse des circonstances si compliquées dans lesquelles une conscience, large ou délicate, est appelée à se mouvoir, on ne peut lui refuser la plus haute estime. Eclairée dans ses principes et sûre dans ses décisions, elle est vraiment une science, plus encore qu'une pratique ou un art. Aussi ne