THÉOLOGIE
pouvons-nous souscrire sans réserves à ces paroles de M. Hogan : « La casuistique, après tout, est bien plus une affaire d'intuition morale que d'application des règles et de raisonnements sur des principes. Le vrai casuiste discerne d'instinct ce qui est bien et ce qui est mal ; et quand il recourt aux preuves, c'est beaucoup moins pour se rassurer lui-même que pour démontrer aux autres la justesse de ses décisions » '.
D'ailleurs, on rabaisserait singulièrement le rôle de la casuistique, si on la réduisait à déterminer seulement ce qui est permis ou ne l'est pas selon les différents cas. Son but n'est pas précisément de rassurer les consciences les moins généreuses ; mais elle est appelée plutùl à guérir du scrupule, à préserver d'un découragement qui peut aller jusqu'au désespoir. Elle ne juge pas seulement du licite et de l'illicite, mais encore du meilleur et du parfait ; elle éclaire non seulement les confins de la vertu et du vice, mais aussi les chemins de la plus haute perfection. Ainsi entendue, elle peut renouveler et môme résoudre, semble-t il, la fameuse controverse entre les probabilistes et leurs adversaires de toutes nuances. Quoi qu'il en soit de ce dernier point, nous ne pouvons que souscrire maintenant aux paroles suivantes de M. Hogan : '< Pour les âmes habituées à respirer l'air pur d'une sphère morale élevée, s'il y a une casuistique, c'est la noble casuistique de l'honneur ou de l'Evangile. Et voilà une nouvelle section qu'il serait avantageux de créer dans nos manuels de théologie morale : la casuistique de la vie chrétienne la plus élevée. Les éléments en existent, épars dans la Bible, dans les écrits des Pères et des écrivains spirituels. Les recueillir, les disposer en regard des formes amoindries du bien d'après la casuistique ordinaire, serait rendre également service aux prêtres et aux fidèles. Ils y gagneraient de s'instruire des formes et des degrés des vertus chrétiennes, autant que d'autres se familiarisent avec les variétés et les profondeurs de la perversité humaine. Cette étude leur rappellerait sans cesse que l'Evangile ne demande pas seulement une bonté négative, mais un dévouement actif atout ce qui est bien » 2. Tout ce qu'on peut y objecter, c'est que la casuistique ainsi comprise rentre dans la théologie ascétique et peut même s'élever jusqu'à la mystique.
0,8. — La thèithxjie ascétique. — Plus générale que la casuistique, la théologie ascétique s'appliciue à la formation morale du chrétien et à son a\ancement spirituel. Elle confine à la mystique ', mais se renferme dans l'étude des rapports ordinaires de l'âme et de la conscience avec Dieu. La pratique de toutes les vertus chrétiennes, dans leur ensemble et leur détail, aux ditférenls âges de la vie et dans les divers états, parmi les tentations et les épreuves
• Op. cit., p. aQ'j — * /6/c/., p. agS. — ^ Voir loio.
54 encyclopédie: ii'' volume
de toute sorte : voilà son objet. Elle s'éclaire, à cet effet, d'une psychologie très sûre, d'une étude expérimentale de l'âme humaine et surtout du cœur humain ; elle s'inspire de la sainte Ecriture, des écrits des Pères et des directeurs d'âmes les plus accrédités, des vies admirables et si variées de nos saints. C'est par elle qu'une piété solide se perpétue et fleurit dans l'Eglise, en particulier dans les ordres religieux, et que la vertu chrétienne y acquiert toute la stabiUté possible et la perfection. Ce n'est pas encore l'héroïsme, sans doute, mais elle le prépare par des vertus qui sont déjà plus belles que tel ou tel acte héroïque en particulier. Car il est plus facile de faire un acte d'héroïsme, dans un effort et un enthousiasme passagers, que de persévérer dans la vertu ; et l'habitude de l'héroïsme lui-même ne peut être acquise que par cette persévérance .
0,9. — Pastorale. — La pastorale est cette partie spéciale de la théologie morale qui traite des devoirs du prêtre chargé d'une paroisse et des moyens de les remplir. Le premier et le plus indispensable moyen, c'est la sanctification du prêtre lui-même ou le développement de l'esprit sacerdotal. Obligé de se faire tout à tous, afin de les gagner tous à J.-C, il doit se comporter différemment suivant l'âge, l'état, le caractère et les antécédents des personnes. La prédication, l'instruction de la jeunesse, la visite des malades, l'administration des sacrements, le gouvernement de la paroisse et les cérémonies du culte, les confréries et œuvres diverses que comportent les circonstances : tels sont les principaux objets de sa sollicitude. On conçoit dès lors ce que doit être un traité de pastorale : il sera pratique, il s'enseignera de vive voix et par des exemples mieux encore que par des écrits. Néanmoins, les bons traités sont indispensables et l'on en trouve déjà des exemples dans les « épîtres pastorales » de S. Paul à Tite et à Timothée ; plus tard, dans certains écrits de S. Cyprien, de S. Ambroise 1, de S. Jérôme 2, de S. Augustin 3, de S. Chrysostome *, de S. Grégoire surtout 5. Pour en venir aussitôt aux temps modernes, signalons les écrits et surtout les œuvres de S. Charles Borromée. Les traités de pastorale se sont ensuite multipliés, surtout en Allemagne, où ils s'étendent jusqu'à la liturgie et à l'homilétique. En France, divers commentaires de Rituels ont d'abord assez bien répondu aux principales exigences d'une théologie pastorale. Ils ont fait place aujourd'hui à des ouvrages plus récents et de divers mérites e.
1006. — Herméneutique. — A la base de toutes les sciences théologiques, il y a, avec l'autorité de l'Eglise, les saintes Ecritures, qui
* De offîciis clericorum. — * Lettre àNépotien. — ^ De moribus clericorum ; De catechizandis rudibus, etc. — * Du sacerdoce. — ^ De cura pastorali. — V. H0GA.N, op. cit.