ADRESSE DES ÉLÈVES DU COLLÈGE JOLIETTE
Présentée par M. Rodolphe Boulet, élève finissant de philosophie.
Æxcellence,
Depuis le jour où votre prochaine visite nous a été annoncée, nos impatients désirs ont hâté le moment heureux où nous pouvons enfin contempler vos traits vénérés, et vous offrir avec une sincère et libre effusion l'hommage respectueux de notre : profonde vénération.
En voyant au milieu de nous l’illustre Représentant du Saint- . Siège, nos cœurs débordent d’allégresse, nos voix émues répètent des hymnes de reconnaissance, et notre pensée, traversant les espaces, s’élance vers le trône où siège dans sa sereine majesté l’auguste Vicaire de Jésus-Christ. C’est Rome elle-même que nous croyons voir avec son auréole de siècles et ses grands souvenirs, avec ses gloires passées et ses douleurs présentes.
Victime d’une usurpation sacrilège, le Pontife romain a vu tomber de son front sa couronne de roi; ses mains, qui bénissaient la Ville et l’univers, portent d’indignes chaînes ; ses droits les plus sacrés sont méconnus et foulés aux pieds ; chaque jour de nouveaux empiétements, accomplis à la face de l’Europe, viennent s'ajouter à la liste déjà longue des attentats de la révolution. Mais cette crise douloureuse ne saurait se prolonger, les vains projets de l’impiété s’évanouiront, et, sans doute, le règne de Léon XIII, si glorieusement inauguré, verra se lever pour l'Eglise une aurore de paix et de liberté.
La visite de Votre Excellence n’est pas seulement pour nous un honneur immense, elle nous fournit l’occasion de proclamer de nouveau et hautement notre invincible attachement à la Chaire de Pierre. Notre Collège s’honore d’avoir pour fondateurs le vénérable archevêque Bourget et l'honorable Barthélemy Joliette, qui resteront dans l’histoire nationale, le premier comme le type accompli du zèle épiscopal, le second comme le symbole du patriotisme.
Fils de ces hommes illustres, nous sentons vibrer autour de nous le souffle puissant qui animait les immortelles créations de leur génie. Héritiers de leur esprit, nous avons conservé parmi nous, comme une tradition d'honneur, le dévouement au Saint- Siège. Nous le disons avec une légitime fierté, c’est du Collège Joliette qu’est parti le premier zouave canadien ; plusieurs de nos devanciers ont suivi ce noble exemple, et, aujourd’hui encore, sur un signe de Léon XIII, une nouvelle phalange de nos condisciples offrirait sa vie pour la défense des droits inaliénables du Pontife romain.
Voilà pourquoi nous acclamons avec tant de joie l'illustre . Délégué du Saint-Siège ; voilà pourquoi, à l'aspect de Votre Excellence, qui représente ces grandes choses que nous vénérons, tous nos sentiments d'amour se réveillent et éclatent avec un irrésistible enthousiasme.
Ah ! Monseigneur, quand la Providence vous aura ramené sous le beau ciel d'Italie, au milieu des incomparables splendeurs de la Rome chrétienne, dites à notre glorieux Père Léon XIII combien nous l’aimons ; dites-lui que nous sommes franchement et entièrement catholiques ; que nous voulons vivre et combattre en fils de l'Eglise ; que nous sommes prêts à mourir pour sa sainte cause.
Encore à nos premiers pas dans la vie, mais nourris des enseignements vivifiants du christianisme, nous comprenons ce que Dieu, ce que la Patrie, ce que l'Eglise attendent de nous, et, avec l'assistance du Ciel, nous saurons l’accomplir. Groupés sous la houlette de nos Pasteurs, nous marcherons avec confiance vers l’avenir. Le cœur élevé vers Dieu, les yeux fixés sur le phare lumineux de la Foi, nous hâterons par nos ardents désirs et par nos incessantes prières le rétablissement du règne social de Jésus-Christ et la liberté de l’auguste Pontife Léon XIII.
Tels sont Monseigneur, nos aspirations, nos vœux, nos résolutions. Prosternés aux pieds de Votre Excellence, nous vous supplions de les bénir, ainsi que nos études, nos bons maîtres et nos cuères familles.
BOUQUET PHILOSOPHIQUE Présenté par M. A. Perreauit
Excellence,
On vous a parlé tout à l’heure de l'utilité et de la nécessité de la philosophie { 1 ).*
On a dit de cette science qu’elle est la connaissance des choses par leurs dernières causes, par leurs 2remiers principes, par leurs raisons dernières. =
Mais quelle est donc la puissance qui porte si loin ses vues ? Quelle est donc la vertu qui creuse ainsi jusqu’à la racine de l'être ?
Cette vertu, cette puissance, c’est l’Zrfe/ligence.
Cette intelligence, ne l’avez-vous jamais regardée? Ne lavez-vous jamais interrogée ? La connaissez-vous ? Ne vous êtesvous jamais demandé
Quel est son acte ?
Quelie est sa force ? Sa recherche ? Sa sentence P
Quel est son exercice ? Son but P
Quelle est sa victoire ? Sa limite ? Sa consolation ?
Queile est sa captivité ? Sa défaite P
Quel est son aiguillon ?
Quelle est sa récompense ?
Quel est son aliment ? ;
Quelle est sa dernière fin ?
La philosophie répond en deux mots à toutes ces questions :
« L'acte de l'intelligence, c’est la Pensée ;
Sa force, l'attention ;
Sa recherche, la comparaison ;
Sa sentence, le jugement ;
Son exercice, le raisonnement ;
Son but, la connaissance ;
(1 ).Diverses raisons nous ont fait omettre la publication de la thèse latine sur l’utilité et sur la nécessité de la philosophie.
Sa victoire, l'évidence ;
Sa limite, le mystère ;
Sa consolation, la foi ;
Son éfat, la certitude, le doute ;
Sa captivité, l'ignorance ;
Sa défaite, l'erreur ;
Son aiguillon, la surprise ;
Sa récompense, l'admiration ; » (1x ) Son aliment, la vérité ;
Sa fin dernière, la divinité contemplée face à face.