CARNET D’UN VALET DE CHAMBRE
Le Vade-mecum du légataire
* Oh I ces domestiques ! »
E. Labiche.
Voulez-vous arriver sans élan courageux ? Etes-vous patient, modéré dans vos vœux ?
Paris vous offrira mille routes obscures Qui mènent sourdement à des fortunes s il res.
Chez un riche vieillard, sans femme et sans enfants Sachez-vous introduire. Epiez ses penchants Devinez, prévenez ses goûts les plus fantasques De son humeur chagrine essuyez les bourrasques.
Et s’il se plaint du froid dans les mois les plus chauds, S’il transpire en hiver, suez vite, il le faut.
Si le sommeil, la nuit, déserte sa paupière Lisez lui du Bourget, du Rostand, du Bonnière.
Un mets éveille-t-il son appétit gourmand ? Vous-même triturez ce fricot talisman.
Et si le vieux, encor, parfois vers Eros marche Allez, introduisez la colombe dans l’arche.
En fussiez-vous épris et vous préférât-on Menez, sans sourciller Aurore vers Tithon Mais que sa résistance au sénile caprice Egale à vos douleurs le prix du sacrifice.
Et qu’un bon testament, écrit à votre gré,
Console — oh ! malgré vous — votre amour éploré. Si — par hasard — surgit quelque autre légataire. Armez-vous, prudemment, des droits du donataire.
Et, changeant les maisons en valables papiers Frustrez impunément les autres héritiers.
Quoi?.. Ce n’est pas honnête ? Allons donc, c’est l’usage Les faiblesses des sots sont les profits du sage.
Donc, suivez mon conseil, vous mourrez honoré Riche, heureux, père, époux, sénateur, décoré. Suivez mon sage avis et j’ose vous prédire La gamme des bonheurs, d’honneurs, toute la lyre.
LE GOTHA Ronde!
Au Gotha Que* Julius Perthe inventa Que personne ne dégotta,
On trouve des Rois et des Reines Toutes les Maisons Souveraines.
Les Princesses et cœtera,
Les Grands-Ducs et leur tralala, Ont des titres longs comme ça Au Gotha.
Meme toutes les Républiques De l’Europe et des Amériques, Pour des raisons diplomatiques, Se font enregistrer recta
Au Gotha.
Mais il est deux autres noblesses Que les Julius Perthe délaissent Celle de Go thon, de Rasta Qu'au grand jamais on ne cita Au Gotha.
Dans des forêts plus ou moins vierges La seconde naquit, dit-on ;
L'autre, en des loges de concierges, DrU conquérir sou grand cordon :
La Gothon.
Ah ! le bel Almanach à faire,
Que je pense, et la belle affaire Pour l’éditeur et le libraire Gotha Rasta Gotha Gothon.