UN JULIEN DUPRÉ
Aux champs
Ah ! les beaux gars râblés ! Le fort relent des mâles S’exhale d’eux — parfum de ces robustes fleurs. Messidor enflammé les dore de ses hâles,
Des blés mûrs, leurs cheveux ont les fauves couleurs.
Ils vont goûter. — La soupe aux écuelles fume,
Sa bonne odeur de choux leur met le nez en l’air, Le gros vin rouge saigne au flacon, dans l’éclair Du soleil — au flacon où l’ivresse s’allume.
Ils ont posé les faux, leurs épaisses mains glanent Au corsage gonflé des saines paysannes Un peu de chair rosée où leurs doigts exigeanls
Font des bleus. La sève bout et le rut qui monte Ne met aucun reflet d’impudeur ou de honte Dans leurs gros yeux de bœufs qui regardent les gens.
TOILES
UN KAKEMONO
Marée et citrons
L’étal resplendissait aux flambes du matin,
Les Rougets surchauffés reflétaient leurs cinabres Au ventre des Turbots, en robe de satin,
Où les Saumons d’argent avaient l’éclat des sabres.
Sur le marbre laiteux, les Cabillauds camards S’allongeaient, lourds voisins de l’Ablette irisée,
Dans leur justaucorps pourpre éclataient les Homards, Près de l’algue où bâillait l’Huitrc vert -dégrisée.
Mais les Citrons surtout me charmaient — fruits joyeux, Crevant comme un œuf d’or le fin papier soyeux ;
Leur parfum m’est plus doux que le parfum des fraises.
Et longtemps, j’aimerai leurs contours séduisants,
Car, devant les citrons, effilés et luisants Je pense aux tétins d’or pâle des Japonaises.
TOILES