‹ Sonnailles et chansonnaillesChapitre 40 sur 40 · LES BOERS DE WASHINGTON · texte numérisé non relu

LES BOERS DE WASHINGTON

C’était la forte race, naissante, aguerrie Aux durs labeurs, ayant l’amour de la Patrie ; Hommes des hauts sommets, citadins des vallons, Ou matelots des ports, demi-nus, en haillons, Fiers de leur liberté, fiers de leur Amérique. C’étaient de vrais Boers, pareils à ceux d’Afrique, Soldats à peine armés, soldats à peine instruits : Semant pour l’avenir de profitables fruits;

Boers de Washington défiant les fatigues Offrant au feu guerrier leurs poitrines prodigues D’enthousiasme, guidant le fer entre leurs mains En ouvrant, pour leurs fils, de glorieux chemins.

C'était la race forte, au fier enthousiasme, Secouant le sommeil d’un long et lourd marasme, Fécondant par son sang la sublime unité,

De la grande Patrie et de l'Humanité !

Pacifique pourtant et pleine de tendresse, Détestant des combats l’épouvantable ivresse, Mais marchant fermement sur le chemin tracé Peuple naissant et pur par le Destin poussé. Sachant, ce peuple fort, qu’il marche à la victoire Washington est un nom synonyme de gloire Sachant que des combats les odieux bienfaits Lui donneront le bien final, la sainte paix,

Qui lui fera, du glaive oublier les longs crimes En rachetant le sang d’innombrables victimes.

Washington contemplait ces naïfs paysans, Ces marins courageux, ces simples artisans, Tous ceux que le pajrs à cette heure alarmée Voyait jaillir du sol, pauvre et superbe armée

Dont il était la tête et qui n’avait qu’un cœur Et fixant l’horizon, il dit : Je suis vainqueur î Car la vassalité de l’Amérique expire :

Avec de tels soldats on fonde un vaste Empire î

C’en est fait ! La guerre commence,

C’est l’aube de l’Indépendance Car l’Union va naître au pacte sidéral.

Ecrit sur sa fière bannière. ..

L’Espoir de l’ennemi ? Chimère !

Les étoiles ont lui sur l’azur fédéral.

Des combats c’est l’heure funèbre.

Que le chant des clairons célèbre ;

Le combat des géants, le géant des combats.

La forêt s’embrase et flamboie,

L’incendie au loin se déploie.

Comme un vaste linceul sur l’immense trépas !

Vers le ciel la mer s’est ruée,

En ses profondeurs remuée ;

Les champs crachent la flamme ainsi que des volcans.

Washington froid, calme et placide,

Attend que le sort se décide Et de ses citoyens guide les ouragans.

La grande terre américaine Voit son peuple brisant sa chaîne Au duel éperdu courir en rangs hagards,

Bataillon que le feu décime.

Mais qui, dans leur élan sublime,

Voient tous l’Indépendance éblouir leurs regards.

L’heure de Lexington approche ;

Boston vient d’ébranler sa cloche :

C’est le tocsin, l’assaut, le suprême secours ;

Les cœurs éclatent, l’airain vibre .

C’est fini l’Union est libre !

Libre par ses enfants et libre pour toujours !

Leur œuvre impérissable, au front de ces gens frustes Unit un sceau glorieux qui nous les rend augustes ; Leur histoire est superbe et d’or chaque feuillet

Qu’on relit tout ému, lorsque revient juillet. Heureux, car le Progrès veut que tout se compense Que la Paix ait jailli de leur bataille immense Que les canons aient tu leur sauvage clameur Que de mille ateliers la féconde rumeur Eclate sous. le ciel comme un hymne de fête...

Boers de Washington, telle est votre conquête, Splendide au bord des mers qu’elle dominera,

Car leurs Ilots passeront, le rocher restera !

Lincoln

L'esclavage

L’Esclavage mourra !... cette décision Assise aux profondeurs de la conviction Dans l’àme de Lincoln — le grand Probe — était née Sur le solide instinct de la Justice innée.

Après avoir — efforts suprêmes, efforts vains,

Prié les possesseurs de grands troupeaux humains D’accepter d'un rach.it l’équitable promesse

De faire un trésor pur d’une impure richesse, Voyant le mal hideux, l’Egoïsme affamé Ne se vouloir nourrir que du forfait aimé Loup cervier, d’appétit farouche et sanguinaire Aux tortures d’autrui qui semble se complaire. Pensant qu’enfin le Monde exige un gage sûr, Que le froment sacré depuis longtemps est mûr, Qu’il faut, sans tarder plus, en offrir les prémices Au Droit, enfin lassé des sanglants sacrifices. Lincoln s’est préparé dans le recueillement Par l’austère prière — et, solennellement Ainsi qu’un Evangile il écrit un message Annonçant qu’un principe a péri l’Esclavage Et que le temps approche où la réalité Verra naître et grandir le bienfait médité.

Ah ! la tempête alors !.... le cyclone de haine En imprécations contre lui se déchaîne...

C’est la rage impuissante et l’exécration Car le germe sacré de la rédemption Aidé par ces fureurs vole au loin, se propage Comme un fécond pollen sur l'aile de l’orage

Dominant ces haros, ces cris d’assassinat D’antres voix entonnaient cet hymne du rachat.

Homme, sais-tu ce qu’est l’Esclave Pour qui tu forges mainte entrave?

Face de bronze et cœur de lave C'est l’Etre qu’écrase ta loi.

C’est l’Etre humain que Ton méprise,

La famille qu'on martyrise,

A qui l’on dit lorsqu'on la brise :

Le sang de ton sang est à moi.

L’Esclavage est la marque infâme,

Lèvres de mères qu’on affame,

Lorsqu’en de saints baisers la femme S’émancipe des maux soufferts ;

Paternité qu’on persécute Quand son influence dispute Les débris de l’Homme à la brute Un reste de noblesse aux fers.

L’Esclavage est l’odieux crime, Qui, sous la tempe, qu’il déprime Eteint le sentiment sublime De l’originelle grandeur Effrayante métamorphose Où l’àme meurt, où vit la chose, Abîme dont nul esprit n’ose Interroger la profondeur.

Tu dois à ton adolescence D’affranchir, Sainte Liberté,

De ce crime, ta conscience,

De cette honte ta fierté Noble victime involontaire Si cette plaie héréditaire Dans ta crainte de la douleur S’accroît, plus longtemps épargnée La voix de la Terre, indignée En dira partisan ton cœur.

Terrible, surgit ce dilemme :

Ou mensonge est ta sainteté Ou tu dois préférer toi- meme Ta mort à cette impiété !

O Liberté, vierge céleste !

Le monde révolté proteste Non ! Tu ne saurais nous trahir Non ! Toi notre bien ineffable.

Liberté, tu n*es pas capable De nous forcer à te haïr !

Dans sa colère accusatrice La calomnie aura raison En nommant ta faiblesse un vice Ta frayeur une trahison.

L’Esclavage, immonde souillure,

En profanant ta beauté pure, Devient un sacrilège affreux ;

Aux lèvres, aux ailes de l’ange C est la souillure, c’est la fange C’est Satan régnant dans les cieux.

Arme donc, victime et prêtresse,

Ta main du fer libérateur Et, comme l'antique Lucrèce,

Dans ton sang venge ton honneur. Frappe 1 La lame prompte et ferme, De ton mal amputant le germe,

Te délivrera du remords!

Frappe! nos chants d'enthousiasme, S’ils ne t’éveillent de ton spasme Berceront ta sublime mort.

A ce chant répondit une charte de vie Les frères glorieux de la grande patrie Déclarèrent : Notre œuvre est enfin terminé :

Un Despotisme est mort, un peuple libre est né !

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