VARIÉTÉS IRONIQUES
Un toast aux dieux
Salut, d Trinité : Vol, Usure, Injustice?
Seul dieu d’un siècle fou de luxe et d’avarice, Mélange chaotique, 0C1 le Mal croit encor,
Les pieds souillés de fange et le front nimbé d’or. Salut, ô Trinité : Vol, Usure, Injustice î Le Fort est triomphant?... que le Faible pi\ tisse ! Si le besoin honteux use ses tristes jours Qu’il crève!. . Tout entiers aux joies, à nos amours Que notre cœur se vide et notre sac s’emplisse Que pour nous la Fortune ait des yeux de velours Salut, ô Trinité : Vol, Usure, Injustice !
La voilà, la chanson impie Criant — cette hymne de harpie, Haro sur la philanthropie.
Credo de Vidocq et Baal,
Celui qui la chante, bravache Du vice arbore le panache,
Et, fanfaron cynique crache Sur le Juste et sur l’Idéal î C’est le snob, le poseur moderne Qui va, l’œil torve et l’esprit terne : Dans son cerveau, triste lanterne Tremblotte un pauvre lumignon.
Il glapit la chanson impie,
Sans savoir pourquoi... Il copie :
Singe, perroquet, merle ou pie Ce snob doublé de maquignon.
L’Egoïsme a-t-il donc pourri tous ces cœurs d’hommes? Pourquoi tant de combats, insensés que nous sommes ! Donne-t-il le bonheur tout ce luxe éclatant ?
Rend-il l’esprit meilleur, plus libre et plus content ? Sous le mol édredon, dormons-nous plus tranquille?
Nos mets sont-ils meilleurs dans l’or que dans l'argile ?
Non ! — Le Luxe après lui traîne la Pauvreté Sur cet écueil fatal, 0C1 meurt la Vanité,
Il greffe, à l’heure noire où la ruine s’avance La fleur de la misère à l'arbre d opulence.
Plus simples, nos aïeux vivaient à moins de frais :
D’abord le nécessaire et le surplus après
Ils n’avaient ni lambris, ni trumeaux, ni dorures ;
La laine composait leurs modestes parures A leur mule paisible ils bornaient tout leur train Demandant leur richesse au travail souverain.
Mais ils voyaient fleurir leurs nombreuses familles;
La sage économie était la dot des filles ;
Leurs fils, dans le labeur rudement élevés,
Offraient à leur pays non des bras énervés,
Non la molle tiédeur d’un cœur pusillanime,
Mais, dans un corps robuste, une àme magnanime Ils étaient des soldats ; nous sommes des penseurs Plus instruits, mieux armés... mais sommes-nous meilleurs
Cessons par nos mépris d’outrager nos ancêtres. Pour les leçons d’Honneur, ils sont encor nos maîtres, lît leurs mâles défauts, de candeur revêtus, Montraient plus de grandeur que nos faibles vertus. Que notre route soit celle qu’ils ont tracée :
Unissons notre gloire à leur gloire passée ;
Les obscurs disparus ont l’Immortalité Lorsqu’ils sont honorés de leur postérité.
Ils créaient le Passé superbe, pour leur compte Et l’Avenir pour nous, sans presque le savoir.
Buvons à nos aïeux ! Ce toast est un devoir :
N’y point faire raison, ce serait une honte Puisque nous conservons leur souvenir pieux Haut le verre! Haut les cœurs! Buvons ànosaïeux !
Et mettant au rancart l’ironique satire Pour achever mon toast dans un éclat de rire Soyons de francs lurons, de grands buveurs comme eux Buvons à nos aïeux!