NOELS
Pour les petits enfants
Comme un plumet jaillit du heaume, La fumée aux bleus tourbillons Va, s’échappant du toit de chaume.
Tracer de fantasques sillons.
La chaumière se ratatine,
Et la nei^e aux frileux moutons De sa laine diamant ine,
Lui brode un manteau de festons.
On voit surgir des plaines blanches, Les squelettes des arbres verts Reflétant au givre des branches La clarté pale des hivers.
La bise, â Faquilon fait place,
Le vent taille comme un couteau :
C’est décembre, au manteau de glace, Se levant tard, se couchant tût.
Et, dans Ja pauvre maisonnette, Avec des efforts triomphants, Les gens préparent en cachette Le Noël des petits enfants.
La grand mère sourit, charmante, La bonne vieille, car, brûlant Fumant encore sous sa mante Elle apporte du bon pain blanc.
Et son vieux, pour les pauvres mioches Voudrait quelque chose de plus...
Qui sait ?... Peut-être des brioches Et du beurre à mettre dessus...
Vraiment ces presque centenaires Tendres et bons, mais puérils,
Ont des désirs comme s’ils Etaient de gros millionnaires.
Les tisons pétillent dans l’àtre, Et ràme rose du bois mort S’exhale, coquette et folâtre, Dans un bouquet d’étoiles d’or.
La lumière des girandoles Que l’on allume tour à tour Donne des lueurs d’auréoles Au fard des roses abat-jour,
Dans un coin — le coin aux surprises, Se dresse un arbre de Noël Où pendent mille friandises A des faveurs couleur de ciel.
Comme au Jardin des Hcspérides On voit sur les rameaux pendants Se cramponner par pyramides Pommes, joujoux et fondants.
Soudain, par une draperie S'élance avec des cris joyeux Une bruyante infanterie De babys ouvrant de grands yeux.
Aussitôt, la troupe volage Livre bataille à l’arbrisseau Quel beau combat !... Et quel pillage Il faut les voir donner l’assaut !
Lorsque rassasiés de gloire A la bataille ils mettent fin,
On les voit goûter leur victoire En croquant leur gourmand butin.
Et dans de provocantes poses,
Les .jolis babys amusés Avec leurs friandises roses Barbouillent leurs museaux rosés.
SOXXAII.LES
L’ENFANT ET L’HOMME Parallèle
Que faut-il à l’enfant pour exciter sa joie? L’arc-en-ciel dont la moire en cercle se déploie, Des plages où courir, du soleil et des fleurs.
Que faut-il à l’enfant pour provoquer ses pleurs?
Un nuage importun passant sur la mer grise, Un bonbon qu’on refuse, un jouet qui se brise ; Un oiseau pris aux lacs qui s’envole soudain, Le sommeil des longs soirs ou l’éveil du matin.
Gardez-vous de railler sa crainte ou ses alarmes, Soyez gais à son rire et sensible à ses larmes, Pleurs dont la simple source est facile à tarir.