LES SEMEURS
Vous en souvenez-vous? du plateau qui s'incline, Par les sentiers étroits qui m'étaient familiers, Nous descendions, un soir que, ronde et purpurine, La lune se levait entre les peupliers.
Non loin de nous, les gens d'une ferme voisine Ensemençaient la plaine aux sillons réguliers; Ils allaient, et la main « qui par les airs chemine », Tirant les grains du sac, les jetait par milliers.
Et nous disions : « Un jour, de ces glèbes fécondes. Surgiront au soleil de belles tiges blondes; L'homme en recueillera le précieux froment.
» De ces fruits de l'épi, substance douce et forte,
Le monde entier vivra... Qn'il en est autrement
Du grain que nous semons dans le vent qui l'emporte! »
200 SONNETS GAPHICIEUX.
FONS VIERANE
Connais-tu cette grotte arrondie en arcade Où le jour tamisé rit dans le clair-obscur, Oi^i l'on entend chanter sur la paroi du mur Un filet d'eau qui tombe, imitant la cascade?
La mémoire s'éveille au chant de ce flot pur; On cite un vers latin, un couplet de ballade; On a des visions de fée ou de naïade Mirant au clair lavoir ses prunelles d'azur.
Avançons, franchissons le seuil de la déesse; Allons voir sa beauté, ses grands yeux fiers et doux. Nous entrons, nous voyons une femme à genoux.
Une vieille lavant quelque jupe en détresse.
Triste réalité, comme tu ris de nous :
On rêvait une nymphe, on trouve une pauvresse !