A MA FILLE
Écoutons-les tous deux, dans l'ombre universelle, Ces musiques du soir, ces murmures d'oiseaux! Écoutons Teau qui parle à travers les roseaux, Et semble une chanson qui dans l'herbe ruisselle.
Dans notre salle basse aux gothiques arceaux, J'adore, comme toi, le chant du violoncelle. Quand l'ami Séligmann fait couler à ruisseaux Les larmes de ce cœur que l'instrument recèle.
Oui, l'esprit, fatigué des longs soucis du jour,
Se repose à ces bruits qui viennent le détendre.
Toute chose a son chant qu'on est heureux d'enlcnJre :
Le plus joyeux pourtant, le plus digne d'amour.
Le plus doux, le plus pur, le plus gai, le plus tendre,
C'est ta voix, le matin, quand tu me dis : « Bonjour! «
•-iî8 SO.NNKTS CAPr.ICIEUX.
ANTIGONETTE
Je n'ai pas percé l'absurde mystère De l'antique Sphinx qui demeure coi; Je n'ai pas été l'infâme adultère Qui de la nature outrage la loi.
Je n'ai pas un jour, égorgeant mon père, Sur le grand cliemin répandu l'effroi.
Me voilà pourtant, — ô mon Dieu, qu'y faire? Privé de mes yeux, comme Œdipe roi.
Viens donc ; prends ma main, petite Antigone! Guide patient que le ciel me donne Pour me diriger le long du chemin.
Puisque l'ombre, hélas! obscurcit ma voie,
J'y gagne du moins cette triste joie
D'avoir plus souvent ta main dans ma main!
PAGDS INÏIMKS. 'Jjy