BRUIT ALARMANT
Je connais un esprit agile, Encor plus gaulois que français, Dont la plume aux piquants essais A fait de la critique hostile.
A-t-il bien les vrais dons du style, La vie et l'éclair? je ne sais.
N'importe, il passe pour habile.
Ce qui déjà vaut un succès.
Or, on m'apprend, chose hardie, Qu'il prépare une comédie, Et, moi, je pousse le holà :
Je crains que ce malin confrère Ne se montre, à ce méiier-là.
Presque aussi bête que Voltaire!
'27S SONNETS C A PRIf.lKUX.
A UiN AMBITIEUX
Oh! dis-tu, vivre obscur! c'est la grande misère; De tout cœur généreux c'est le noble tourment. Comment s'y dérober? Que tenter et que faire Pour frapper de son nom l'écho du firmament?
Faut-il sous le soleil, dont le feu vous éclaire, Bâtir quelque chef-d'œuvre, immortel monument? Faut-il sous un drapeau combattre vaillamment, Et servir de sa mort le salut populaire?
Est-ce là seulement qu'on échappe à l'oubli? — Non, jeune ambitieux qui relèves la tête, Le triomphe est ailleurs, plus sûrement cueilli :
Si tu veux dès demain voir ta couronne prête, Ne sois pas un héros, ne sois pas un poêle, Sois plutôt un cheval et cours à Chantilly!
CHOSES DU TI:MPS. 27'J
L'LPITIIETE
0 puissance du mot dont on baptise un homme! L'épithète en impose à l'esprit le plus fin. Appelez vertueux le premier aigrefin, Il passera pour tel — jusqu'à ce qu'on l'assomme.
Un jeune ambitieux se lève, on le surnomme L'Austère, et ce mot-là reste jusqu'à la fin. Le masque de Caton, ce protestant de Rome, Demeure à tout jamais sur le front de Scapin.
11 aura beau passer du Forum à Cythère, Déployer au pouvoir tous les trucs de son art. Engager sa parole et faire le contraire;
Après un grand naufrage, il aura beau, plus tard, Gravir en tapinois l'escalier de César, iN'importe, mes amis, il est toujours l'Austère!
m soNNKTS CAPr.icii: L'\.
PARIS EN FKTK JL IN I 80 7.
« Que fais-tu loin de n :>iis? m'écrit ta jeune muse; Reviens! Paris est beau; Paris, centre des arts, Capitale de joie où l'Europe s'amuse.
Vient d'ouvrir l'autre jour le plus grand des bazars,
» Il fait appel à tous et nul ne s'y refuse; Et, pour mieux festoyer le règne des Césars, Il béberge à cette heure une troupe confuse De petits rois viveurs et d'empereurs musards! »
Et, moi, je te réponds : « Laisse dans sa vallée
Celui qui vit heureux sous sa tente isolée.
Pour ces plaisirs d'enfant je suis trop vieux, ma foi!
» Que me fait ta boutique où l'univers se rue? Oue me font tous ces rois courant de rue en rue? Puisque les dieux s'en vont, qu'ils s'en aillent sans mo' ! »
CHOSi;S DU TEMPS. 281