TÉNÈBRES
Une douleur sans nom de tout mon cœur s'empare; Je reste là, muet et le front sur la main. J'assiste avec horreur au succès du barbare : C'est le deuil et la nuit pour tout le genre humain.
Quand les peuples, jadis, à l'heure où l'on s'égare, Demandaient au hasard le mot du lendemain, Gomme on regarde en mer la lumière d'un phare, Ils regardaient la France et trouvaient leur chemin.
Un nuage a passé sur cette clarté pure;
L'ombre, hélas ! est épaisse et la route est obscure :
Nous allons à tâtons vers le but incertain.
Mais l'adoucissement au malheur qui nous gagne, C'est que, dans l'avenir, quel que soit le destin. On ne dira jamais : « Regardons l'Allemagne ! »
cnosi:s du ti::mps. 291
XXUI
Jusqu'au fond de l'abîme, ô France, descendue, Si ton malheur t'éclaire et te sert de leçon ; Si tu dis : « Je reçois la peine qui m'est due, Une vanité folle égarait ma raison;
!) Dans les débordements je m'étais répandue, Des doctrines sans foi j'avais bu le poison; Je m'étais avilie et je m'étais vendue. Et je paye à bon droit ma faute et ma rançon ; »
Si, le disant cela, tu ne perds pas courage, Et te remets bientôt vaillamment à l'ouvrage, Tu le relùvoras pour un siècle meilleur.
Mais, si lu suis toujours la pente qui l'entraîne,
Tu seras la servante, ayant été la reino,
El moi qui te le dis, j'en mourrai de douleur!