LE RIRE
Je ne sais quoi de triste assombrit la nature : Même aux plus frais vallons et sous les plus beaux deux, Les êtres d'ici-bas, en quête de pâture, Cheminent d'un pas lent et d'un air soucieux.
L'éléphant est songeur sous sa haute stature; Le vieux serpent se traîne et se dérobe aux yeux. Les daims errent sans bruit dans la forêt obscure; Les cerfs et les lions marchent silencieux.
De tous les animaux, l'homme est le seul qui rie. En vain son âme souffre et sa chair est meurtrie, L'éternelle gaîté se mêle à ses douleurs.
Qu'est-ce donc que ce rire éclosdans la souffrance?
J'en demande la cause à nos frères en pleurs,
Et le plus malheureux me dit : « C'est l'espérance! »