‹ Sonnets capricieuxChapitre 53 sur 259 · RÉSIGNATION · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION

Pour s'égayer un peu le soir, Mon voisin lance des fusées, Dont les baguettes épuisées Sur mon jardin viennent pleuvoir.

Quand je sors le matin pour voir Mes fleurs brillantes de rosées.

Je trouve leurs tiges brisées Par les javelots de bois noir.

Que faire pour venger mes roses?

Le front chargé de plis moroses, Je peste contre l'importun.

Cette loi pourtant est la nôtre :

Ce qui fait le plaisir de l'un Fait souvent la peine de l'autre I

NOS CANIMUS SURDIS

Poëte, tu te plains : « A quoi bon tant de veilles? A quoi bon, nous dis-tu, tant de travaux perdus? A quoi servent les sons qui charment les oreilles, Si les plus doux accords ne sont pas entendus? »

Les traits les plus heureux, les plus fines merveilles, Hélas! reçoivent-ils jamais les honneurs dus? Quelques esprits à peine, inconstantes abeilles, Visitent nos jardins qui semblent défendus!

Poëte, songe à Dieu; notre meilleur poëme Ne vaudra jamais ceux de l'artiste suprême. Des hommes, cependant, ils sont abandonnés.

Quand il donne un printemps au monde jeune encore, Quand il fait un couchant, quand il fait une aurore, A peine est-il compris de quelques raffinés!

XXY

Page 1