‹ Sonnets franc-comtois inédits, écrits au Commencement du 17e siècle et publiés pour la première fois d'après le manuscrit original, avec une introd. historique et des notes, et la description des gravures inédites de Pierre de LoysiChapitre 24 sur 72 · Féconde, bienfaisante · texte numérisé non relu

Féconde, bienfaisante

Nil tiirphis ore vorari.

(Rien n'est plus lionteiix que de périr par la gloutonnerie. )

Un ibis sur le bord d'une pièce d'eau et dans la position indiquée par le dernier vers du sonnet. Pctnn de Loysi fecit.

Rien n'est tant indigne de vivre Qu'un gourmand qui boit et s'enyvre.

Gourmand porc à l'engras, qui ne ris seulement Que pour boire et manger et ne mange pour vivre, Qiii, puant au matin et sur le soir fait yvre, As teste, bras, esmeus cV assidu tremblement;

Four à cuire, moulin à moudre incessamment, Ventre desboutonné, insatiable à suyvre Ton appétit brutal, qui maintes fois te Une Les desgoutans accès d'un ord ' vomissement.

Quand je pense à part moy en quelle vile fange Ton ave gloutonnie infamemcnt te range, Je dis que de l'ibis tu portes le portrait,

Qui, de trop d\iliments se farcissant le ventrcj Ne sçauroit escurer cest infâme retrait, Si le bec qui remplit pour le vuider n'y rentre.

:, Voir la note i du sonnet II.

Aspice quo pergas.

(Regarde où tu marches.) Un limaçon.

Regarde où tu pose le pas :

Le monde est plein de faux appas.

Sçais-tu bien comme va la glaireuse limace!' Elle allonge, elle estend ses cornirons pointus, FA touchant en chemin quelques rudes festus ', FAle retorne arrière et tout en so\ s'amasse.

Homme calamiteux qui chemine en la trace Du monde entrecoupé de longs sentiers tortus, Esîends de ton esprit les plus belles vertus A marcquer les hazards du pa]S où tu passe.

Icy tu trouveras des brigands, des guetteurs, Là tu rencontreras des larrons crochetteurs, Sathan, le monde faux et cestc chair humaine.

Rentre lors en toy-mesme et dis incontinent :

« 0 Dieu, mon rédempteur, que ceste vie est plenne Et de dangers secrets et de mal eminent! »

i . Brins de paille.

Peccati sic pœna venit.

(C'est ainsi que la peine atteint le pécheur. Un cadran.

En fin le supplice et la penne Du péché vient à pas de laine.

Horloge, que tu es admirable en ton cours! Qu'en tes ressorts divers tu es esmerveillable! Tu distincgue les temps et marcqne véritable Les heures, les moments, les minutes, les jours.

SONNETS FK ANC-COMTOIS j'i

Td touche à menus pas fait ses tours et destours. Sans qu'on s'en prenne garde, en ta monstre notable. Mais, quand elle est au point de l'heure inévitable, Elle frappe son coup et passe outre tousjonrs.

La penne du pèche marche de ceste sorte, Et nul ne l'aperçoit jusqu'à ce qu'elle porte Le rude coup de mort sur nostre chef haultain.

.\ostre Dieu pitoyable est tardif à la penne; Pour venir au supplice il a les pieds de laine ', Mais pour frapper son coup il a le bras d'airain.

Page 1