I . Avait coutume
Neqiiit prsevisus ohesse.
(Danger prévu ne peut nuire.)
Un vieillard qui se cramponne à un globe (le monde); la mort le perce d'un coup de lance; au premier plan, une espèce de dragon (le basilic). — P. de Loysi fecit.
Si le premier tu vois la mon.
Tu te riras de son effort.
Penser et repenser maintesfois à la mort, Du fidelle chrestien c'est la philosophie. Par elle de Sathan les charmes il deffie, Par elle de la chair il rebouche l'effort.
Contre le monde vain ce penser le tient fort, Et, bien que mort en soy le corps il mortifie, De Vespoir du futur l'esprit il vivifie. Et contre la mort mesme il luy sert de renfort.
La mort est comparable à l'œil du basilicque : S'il te voit le premier, tu mourras sans replicque; Tu vis, si le dernier lu es veu de ses yeux.
Paravant que la mort te vienne à l'impourveue, Jette souvcntesfois dessus elle la veue : Tu mourras en la terre et revivras es cieux.
Habet fortiina regressum.
(La fortune a des retours.)
Un cube plein d'eau, dans lequel la lune se reflète. La nuit est noire et cependant des étoiles brillent au ciel. Près du cube un tronc d'arbre qui reverdit.
Ne despere ' point, la fortune N'est en son malheur toujours une.
Ne désespère point, îoy que l\idversité
Revest d'un habit noir ; l'inconstante fortune A son retour en mieux, et sa roue importune Ne roule longuement en mesme esgalité.
La lune ainsi reçoit de la diversité,
Tous les mois elle change, et n'est pas lousjours une ; Or demie, ore plenne, esclairant la nuict brune, Elle n'a point darrest en sa mobilité.
Le soleil au matin commençant sa carrière A veu tel incongneu ramper en la poussière Qui tenait sur le soir les principaux honneurs.
Nostre imager se plait à nous faire et deffaire. Et par tout l'univers rien n'est tant ordinaire Que de voir aux malheurs succéder les bonsheurs.
I. Du latin desperare; notre poète se sert indifféremment des
deux formes dans le même sonnet.
Si jacet aura, tacet.
(Quand le vent tombe, il s'arrête.)
Un moulin à vent; au second plan, deux cavaliers, dont l'un montre du doigt un postillon qui fait halte et s'essuie le front, parce que la brise est tombée.
Nuysible est l'air de la louange,
Qui dMiommes en bestes nous change.
Plusieurs, aux doux accents d\ine louange inique. Adorent du serpent les appas terrien[s). Ainsi comme autresfois les Babilonicns Adoraient leurs idole au son de la musicque.
Clos l'oreille à la voix doucement tyrannicque ' Des flatteurs mensongers, les vrays magiciens, Qiii garrottent ton cœur d'insensibles lyens Et te font adorer le vice fantasticque.
Homme vain, tonneau creux qui ne donne ion vin Qui ne te baille vent, à quoy cest orgueil vain? Quel proffit te revient d'une louange indigne?
Veux-tu vivre semblable à ces moulins à vent, Qui, cois, sans se torner, ne font point de farine. Si les vents irrités ne les vont csmouvant.
1 . 11 y a, dans les admirables Chansons des Rues et des Bois de Victor Hugo, un mouvement pareil :
Fuis l'éden des anges déchus ; Ami, prends garde aux belles filles ; Redoute à Paris les fichus, Redoute à Madrid les mantilles.
Etc.
Inventa stercore cantat.
1 II chante lorsqu'il a trouvé un fumier.)
Un coq qui caquette sur un fumier, parce qu'il aperçoit un ver de terre.
Le mocqueur aux vices prend garde Et les vertus onc ' ne regarde.
Non pas sur le cristal d'un miroir esclattani. Non pas sur le poli d'une table marbrine, Non pas sur le brillant d'une pièce yvoirine, Mais bien sur un fumier l'orde ^ mouche s'estend.
lOO SONNETS FRANC-COMTOIS
Si dans nos corps pourris quelque ulcère est flottant. Là mord du mesdisant la langue serpentine. Mais sur le diamant de la vertu divine, Il n'a pas le pouvoir de s'aller arrestant.
C'est un chien de hault né qui ne flaire et n'esvente iliic l'ordure du vice et perd vent en la sente Des belles qualités qui font l'homme parfait.
Le coq, dans un fumier, sur une perle nette.
Passe sans mener bruit, et cacquaille et cacquette Au rencontre 5 puant de quelque vers infect.