‹ Sonnets franc-comtois inédits, écrits au Commencement du 17e siècle et publiés pour la première fois d'après le manuscrit original, avec une introd. historique et des notes, et la description des gravures inédites de Pierre de LoysiChapitre 43 sur 72 · Voyez le sonnet LXI · texte numérisé non relu

Voyez le sonnet LXI

Cura sut.

(Le soin de soi,)

Un renard qui se cache d'un loup derrière une plante la scille '.

Une vie, une mort seconde

Vous reste après la fin du monde.

Quand la nuit en chemin surprend le caut renard, S'il juge ne pouvoir regaigner sa tanière,

Pour n'estre des louveaux la proye^ carnaciere, Sous la souille qu'il cache il se cache à l'escart,

Sachant bien que le loup, sons un si fort rampart, Ne viendra l'englouttir en sa gorge meurtrière ?, Tant il abhorre et fuit cestc herbe singulière Q uil ne peut œilladcr^ que d'un mauvais regard.

A nous, rrays pèlerins qui voyageons au monde, Et ne pouvons, surpris de sa noirceur profonde, Gaigner à temps le ciel, nostre séjour natal,

La prière et le jeusne est la squille nouvelle (lui nous sauve aysement de ce loup infernal, Si nous nous mettons d'heure s à couvert dessous elle.

1 . La squille ou plutôt la scille , oignon marin (du latin scilla ou squilla), avait autrefois la réputation de conjurer le démon et les maléfices. J'ai relevé dans un épitomé de médecine, manuscrit du XV"^ siècle, les passages suivants : Item corallis si teiieatur in domo solvit omnia inalefitia. Item sanguis caiiis illinitus omnibus parietibus domus in qiia eit malefilium tollit ipsum. Item squilla intégra in limine domus suspensa tollit malefilium. (Le corail qu'on conserve dans les maisons conjure le maléfice. 11 en est de même du sang de chien dont on enduit les murs d'une maison. La squille entière suspendue sur le seuil de la maison a le même pouvoir.) Le corail est encore actuellement considéré, en Italie, comme un talisman.

2. Ce mot représente deux syllabes, c'est-à-dire que l'e mue! doit être prononcé.

Page 1