C. DE Vergy
A Gray, 23" de juillet 1624.
Suscriptioii : Monsieur du Chesne, à Paris.
(Lettre autographe scellée : un écu à 3 quintefeuilles, surmonté d'une couronne de comte et entouré du collier de laToison d'or. [Collection Clairambault, vol. 1021, p. 148.])
L'Histoire do la maison de Vergy, l'un des plus beaux travaux d'André du Chesne, parut en 1625, à Paris, chez Sébastien Cramoisy, aux Cigognes, en deux superbes volumes in-folio. Le premier volume a
pour titre : Histoire généalogique de la maison de Vergy , justifiée par chartes, filtres, arrests et autres bonnes et certaines preuves, enrichie de plusieurs figures et divisée en dix livres, par André du Chesne ', Tourangeau, géographe du Koy. Le second volume a pour titre : Preuves de l'Histoire de la maison de Vergy, tirées des chartes des diverses églises et abbayes, des arrests du Parlement de Paris, et de plusieurs autres tiltres, mémoires et historiens, avec les figures des plus anciens sceaux et armes dont les seigneurs de Vergy scellaient leurs lettres .
I . André du Chesne mourut le 3o mai 1640, écrasé par une charrette, en allant à sa maison de campagne de Verrière. Sa mort est ainsi mentionnée dans la Gazette de France du 9 juin 1640, p. 390 : <■ Le 3o° du mois passé mourut André du Chesne, célèbre historiographe du Roy, ayant laissé imparfait le Recueil des Historiens français, dont il avoit promis 2 5 tomes et n'en a publié que cinq. »
(Voir page i i .)
Clériadus de Veigy mourut en i63o et ne laissa point d'héritiers; en lui s'éteignit son illustre maison.
Son oraison funèbre fut prononcée, en présence de sa veuve, « en l'église Nostre-Dame de Dole, par Antoine Brun', advocat au Parlement et du Conseil de ladite ville, par ordre et commandement de messieurs du Magistrat*, lorsqu'ils faisoient célébrer les obsèques de messire Clériadus de Vergy ». Elle a été publiée, d'après une copie du temps, par M. Bernard Prost, archiviste du Jura, dans les Mémoires de la Société d'Emulation du Jura (187 3).
Voici quelques extraits de cette oraison funèbre :
« Car, pour ne vous point celer aulcune circonstance de vos infortunes, et afin que d'abbord vous decouvriés à plein la face entière de vostre malheur, sçachés que ce n'est pas seulement icy l'oraison fu-
1. Leuie aiitograplie d'Antoine Brun du i5 mai i653. (Bibl. Nat., coll. Dupuy, vol. 776, p. 38.)
2. Le Magistrat, en Franche-Comté, était un tribunal composé de dix conseillerb, parmi lesquels le vicomte-maïeur ou maire était choisi chaque année.
nebrc de ires-haiih et puissant seigneur messiie Cleriadiis de Vergy, comte de Champliite, mais celle encore de toute sa tres-illustrc maison. Ah ! chetive et désolée province, pauvre et misérable comté de Bourgongne, que l'arrest de ta condemnation est bien compris en ce peu de mots 1
« Jamais on ne vid tnnt de courage meslé à tant de prudence, jamais tant de promptitude avec tant de jugement ; jamais personne ne donna tant d'amour et de crainte tout ensemble ; chacun le cherissoit comme son père, chacun le reveroit comme son maistre; son estre enfin estoit tout merveilleux, et les qualités essentiellement contraires se treuvoient de bon accord chés luy, et y formoient un aggreable tempérament. De combien de façons sçavoit-il prendre une affaire, de combien de façons la conduire, de combien de façons la resouidre ! Il en examinoit meurement la cause, en prevoyoit sagement la fin, et en conduisoit accortement les moyens. Dans les choses les plus malaisées luy naissoient les expediens les plus faciles. L'on eust dict qu'il avoit l'œil dans le cœur et dans la pensée de tous ceulx avec qui il traicloit, tant justement sçavoit-il surprendre leurs volontcs et leurs desseins! Et cette exacte cognoissance n'estoit pas resserrée dans les limites de son gouvernement ; les continuelles correspondances qu"'il a tenues avec les ambassadeurs de Sa Majesté en cour de France, avec les gouverneurs de Milan, Son Altesse de Savoye,
(Je Lorainc, messieurs des Ligues Suisses, et avec monsieur le marquis Spinola, ont fait que les evenemens de la fortune, tant changeants et tant glissants puissent-ils estre, n'ont jamais trompé les propositions secrettes du conseil secret de nos princes; et les advis qu'il a souvent donnés à la Serenissime Infante luy ont fait souvent dire aussy que le comte de Champlitie n'estoit pas seulement gouverneur de Bourgongne, mais bien de plus encore l'agent de Sa Majesté parmy toutes les nations.
n Joingnés à cela les visites qu'il rendit au
roy de France, si bien prises de luy, et tant appreuvées par Son Altesse Serenissime. Joingnés-y encore sa magnificence en la cour de Loraine, les honneurs qu'il y receut, l'estime qu'il y gagnât et la bonne odeur qu'il y laissât de sa conduitte, lorsque, suivy de la noblesse de son pays, il passoit, comme un autre Jason, à la conqueste de la Toyson d'or, en l'institution de laquelle les siens avoient tenus les premiers rangs, et depuis se l'estoient successivement transmise, comme un meuble héréditaire de leur maison »
L'orateur raconte que, sur son lit de mort, Clériadus de Vergy ^ ordonne qu'on l'enterre en habit de capucin, en ayant dés longtemps obtenu la permission ; il défend que les vanités, que les ornementz superflus, et mesme que ses armoiries paroissent en son enterrement; toute la pompe qu'il désire est un cflect de la charité, qui luy commande de faire habiller cent pauvres pour accompagner son corps.
« Icy le legret me tue et la iureur m'anime ; voilà que l'on luy clost les yeux, et l'on luy ferme la bouche, avec laquelle la mienne se fermeroit pareillement, n'estant pas raisonnable que nos paroles nous demeurent lorsque nos sens et nos espritz nous abandonnent, n'estoit que j'apperçois encore parmy nous la moitié de ce que nous avons perdu. Cette sage dame, la fille et la seur de deux cliefz de la noblesse de France, qui, ayant fait eschange de son asme avec celle de son cher époux, nous fait juger, par ses plaintes, qu'elle partage encore avec luy un sort reciprocque, et que, comme il prend en son cœur la moitié de sa vie, elle prend dans son tombeau la moitié de sa mort, je la considère enfermée soubz ce grand voile, comme une ombre plaintive et dolente, qui s'obscurcit d'autant plus que le corps qu'elle suyvoit va s'esloignant et se retirant loing d'auprès d'elle. Rien ne nous oblige d'essuyer nos larmes que le débordement des siennes, afin de l'attirer, sur nostre exemple, à quelque sorte de modération et de soulagement. Et comme nous respectons sa présence en nostre affliction, aussy doit-elle respecter l'image, qu'elle porte au milieu de son sein, de celuy que nous regrettons avec elle, et doibt empescher que les regrets la déchirent et que les gémissements la profanent. Quoyque son cœur, qu'elle fait esclatter en mille pièces, soit semblable à un miroir cassé, de qui chasque partie représente la figure toute entière, il est
à craindre que ce regret continuel ne le fasse encore mourir après sa mort, et ne souille ou ne ternisse la plus belle et plus digne partie de luy-mesme, affranchie du uespas, ses désirs, ses pensées, sa foy, son amour, qui vivront encore et residront en celle qu'il
a tant chérie »
Conformément aux dernièies volontés de Cieriadus de Vergy, son cœur fut déposé dans la chapelle de Vergy, qui avait été fondée en l'abbaye de Thculey, avant 141 2, par l'un de ses ancêtres les plus illustres, Jean de Vergy, maréchal de Bourgogne. Le cœur de Madeleine de Bauffreniont fut aussi déposé dans cette chapelle, avec celui de Clériadus de Vergy. Les religieux de Theuley, dont les prédécesseurs avaient été plus d'une fois l'objet des libéralités de la maison de Vergy, placèrent sur la tombe des deux époux une petite plaque de cuivre sur laquelle ils avaient fait graver l'épitaphe suivante. Cette plaque fut enlevée par des soldats durant les guerres qui désolèrent la Franche- Comté après la mort de Clériadus de Vergy, mais les capucins de Champlitte furent assez heureux pour la découvrir, et ils la remirent entre les mains de Jean Pernelle, procureur dudit Champlitte, ce qui permit à Pierre Palliot ', auquel j'emprunte les détails qui
I. F'ierre Palliot, historiographe du roi et généalogiste des Étais de Bourgogne, né à Paris en 1608, mort en 1698, a publié le Parlement de Bourgogne, 1649, '""f» '"^ Science des Armoiries, 1660, in-f", etc., et laissé des mémoires manuscrits considérables.
précèdent, de prendre copie de l'épitaphe de Clériadus de Vergy au folio 383 du tome II de ses Meinoires historiques. (Fonds français de la Bibliothèque Nationale 4019, page 73.) Voici cette touchante épilaphe, avec la traduction que j'en ai faite :
Gcminaium cor hic exstat, nntura duplex, virtute et rcligione unum ; causam sciscitaris et personarum nomina et cognoniina : en ecce illustrissimus excellentissiniusque dominus D. Clertadus de Vergy, cornes de Champlile , Velleri'i Aurei eques , régi a status consiliis, huic quondam provincix prefectus, ibidemque dux genercdis exercituum, baro ac dominus a Vaudrey, Arc, Morey, Mantoches, Leffons, La Kochette, etc., imminente morte, cor suum, more majorum et avita pictate, hue transfcrri jussit die 27" novembris anno Domini i63o. PeriUustris vero domina D. Magdalena de Beaufremont, ejus uxor et vidua, a carissimo conjuge inseparabilis, eumdem locum sibi elegil. Hoc igitur cor geniinatum, divisum nalurx legibus, sed generis splendore, religionc sacramenti, conjugalis aniicitix virtutumque nexu inviolabili tam sancte unitum, post interilum utriasque, unione nova hic conjungendum fuit.
■< Celte tombe est le réceptacle glorieux d'un cœur double, double par la nature, un par la vertu et la religion. Tu veux l'explication de ce phénomène ainsi que les noms et surnoms des personnages : c'est trèsillustre et très-excellent seigneur monseigneur Clé-
riadus de Veigy, comte de Clianiplitte, chevalier de la Toison d'or, conseiller d'Etal du roi en ses conseils, jadis gouverneur de cette province, où il fut aussi lieutenant général des armées du roi, baron et seigneur de Vaudrey, Arc, Morey, Mantoches, Leffons, La Rochette, etc. Aux premières menaces de la mort, selon la pieuse coutume de ses aïeux, il ordonna que son cœur fût transféré dans cette chapelle, le 27 novembre de l'an du Seigneur i63o. Très-illustre dame madame Madeleine de Baufremont, épouse et veuve inséparable de son très-cher mari, a fait aussi choix de ce lieu. Ainsi, ces cœurs jumeaux, divisés par les lois de la nature, mais si saintement unis par l'éclat de la naissance, la sainteté du sacrement et le nœud inviolable de l'amitié conjugale et des vertus, devaient être, après leur mort, ici réunis par une alliance nouvelle. »
Sur Clériadus de Vergy, voyez aussi Nicolas Malpas ', le Bon Destin de la Franche-Comté conservée par
i. Nicolas Bourrelier, sieur de Malpas, lieutenant général au bailliage de Salins en 1642. (Bibl. Nat., Pièces originales, reg. 1822, cote 42,069.)
Louis Bourrelier, écuyer, sieur de Malpas, et Simon Bourrelier, docteur en droit, Nicolas et Jean Bourrelier frères, héritiers sans division de feu noble Renobert Bourrelier, sieur de Malpas et de Germigny, patrons d'une chapelle à Quingey en i 55 3. (Recueil de Saint- Vincent de Besançon. Bibl. nat., coll.de Bourgogne, vol. 27, f" 104 verso.) 1706. Provisions de la charge d'auditeur en la chambre des comptes de Dole en
/(( prudence cl la valeur du sieur de Vergy, ou Elop^e funèbre de Clcnadus de Vergy, lieutenant gênerai de Bourgogne : Lyon, Cayne, i632, in-4".
faveur de Jean Bourrelier. (Bibl. Nat., Fonds franc. 26,454, f" 97.) Pour la généalogie de cette famille, voir le Nobiliaire (le i'rariche-Cointé, de Roger de Lurion, 1890, in-8°.
D'azur à trois quiiilefeuilles d'or, posées 2 f/ i . L'écu timbré d'un casque de face, oiné de ses lambre^ C[uins aux couleurs de l'écu. Cimier : Un col el tête de cygne tenant en son bec une bague d'or. Supports : Deux griffons. Devise : Sans varier. Cii de guerre : Vcrgy a Nostrc-Dame. (D'après André du Chesne.)
Antoine de Vcrgy se trouvait parmi les dix clievaliers qui accompagnèrent le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, sur le pont de Montereau, le 19 septembre 14 19. On sait que Jean sans Peur y fut lâciiement assassiné par Tanneguy du Chàtel. Lorsqu'on 1480, Philippe le Bon, fils et successeur de Jean sans Peur, créa à Bruges, à l'occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal, l'ordre de la Toison d'or, Antoine de Vergy fut le cinquième des vingtquatre chevaliers qui reçurent le collier de cet ordre
célèbre. Antoine de Vergy fut seigneur de Chaniplilte et de Rigny, comte de Dammartin, gouverneur des deux Bourgognes, de la Champagne et de la Brie, maréchal de France; «il portoit de gueuUes à trois quintefeuilles, percées d'or; l'escu brisé d'une bordure d'argent. Timbre : une teste d'aigle d'or (selon aucuns de sinople becqué d'or) au milieu d'un vol banneret d'hermines. (Scutum coccineum , rosis tribus aureis quinquefoliis perforatis impressum, et limbo argenteo fractum. Apex: caput aquilinum aureum (quidam prasinum faciunt, auro rostratum) cum geminis alis vexillaribus armoricis ad latera positis. Plumatile acrostilium, aureum et coccineum.) Extrait de Insignia gentilitia equitum ordinis Velleris aurei ( Le Blason des Armoiries de tous les chevaliers de l'ordre de la Toison d'or) a Joanne-Jacobo Chiffetio (par Jean -Jacques Chiffet), Anvers, i632, in-4", page 5.
Voyez les sonnets et estampes II, XXVI, XXVII, LIV et LV, qui ont été inspirés au poète et au graveur par ces deux blasons en couleurs.