Sonnets gaillards et priapiques
De tous les recueils manuscrUs de Conrart, un des plus copieux, des plus /-ichcs tant pour la variété des textes qu'il présente que parce qu'il intéresse particulièreinent les laborieux d'histoire littéraire et les amateurs de vieille poésie française, est sans nul doute le tome XVIII de la collection in-4", portant à la Bibliothèque de l'Arsenal le numéro M'23 (i). Feuilleté incessamment , il ne parait pas avoir divulgué tous ses trésors / nous ij avons découvert des pages inédiles. C'est, indiquons-le
(1) Pour le dépouillement de ce tome, consulter le Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, par Henry Martin, tome lY, pp. 210 et ss., Paris, Pion, 1888, in-8".
AVANT-PROPOS
sommairement^ un volume fort épais où des poésies connues Jusqu'à la banalité, voisinent avec des pièces qu'on ne saurait retrouver dans aucun ouvrage du temps .On y lit, tout à la fois, des vers libres touchant la vie et les mœurs de personnages notoires, des stances, des quatrains, des rondeaux, des métamorphoses et autres productions galantes ou erotiques. Il semble c/u'en faisant transcrire en plein XVIP siècle, la plupart des morceaux qui le composent, Conrart ait eu à dessein de former une sorte de galerie luxurieuse et sati/rique.
Voici au début un quatrain anonyme fort audacieux, contre la Duchesse de Beaufort expirante, puis un madrigal <( envoyé à M. de Villarceaux au nom de Mademoiselle de Maintenon y>, des stances de Madame de Villarceaux à Mademoiselle Testu, des priapées italiennes, des épigrammcs lascives, parmi lesquelles il en est de Marc de Maillet (i) et d'une foule de
(1) Nous en cueillons une fort caracléristiquc :
De Maillet à une Dame qui vouloil eslre fort respectée.
Votre grandeur m'est bien connue
Aussi vous respecté-jc en tout,
Mon V. même, quand il vous fout
Ne vous fout que la tête nue.
AVANT-PROPOS
poètereaux impertinents. L'ordre chronologique inquiéta peu le copiste chargé de les réunir, puisqu'il accueillit indifféremment — ryiais non sans variantes, — un sonnet de Mathurin Régnier i^\ des œuvr^cs légères de Malleville et de Voiture^ la Rome Ridicule, la Pétarade au Rondeau, de Saint aimant, la Satyre de la Pauvreté des Poètes, par Boissières, des sonnets de Saint Pavin^ dos énigmes de Vion Dalihray et de Cotin, des fantaisies burlesques de Scarron. Tout cela se suit sans ordre systématirjue, ni chronologique, sans méthode, parfois sans signature, mais les pièces trahissent souvent lanongmat, malgré l'uniformité d'une jolie écriture, ronde et précieuse.
C'est un fatras pour c/uiconquc n'est point familier avec la littérature des XVP et XVII' siècles, mais que de trouvailles il autorise ! Aussi bien, est-ce parmi ces pages surannées c/ue nous avons découvert une série de sonnets qu'on nous
(1) A. du Montier, excellent peintre.