‹ Sonnets intimes et poèmes inéditsChapitre 2 sur 5 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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Les différentes poésies qui composent ce volume avaient été conservées dans les papiers de François Coppée, — notamment la pièce liminaire qui date de l'adolescence du poète et dont il avait pris la peine de faire, de sa magnifique écriture, deux copies manuscrites. — Ces poésies ont été recueillies et classées avec un soin pieux par son petit-neveu et légataire littéraire, éM. Jean zMonval, qui les publie aujourd'hui.

Paris, mars 191 1.

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La Ruine*

Cn Grèce, j'ai trouvé, parmi les noirs érables Et les lauriers profonds, dans un bois consacré, Caché par les buissons les plus impénétrables, Un vieux temple de Pan, en ruine, ignoré.

* Cette pièce de vers est antérieure à celles publiées dans le Reliquaire. — François Coppée ne s'est pas encore dégagé de l'influence de Leconte de Lisle ; disciple fervent du maître, il a voulu comme lui faire un « poème antique ». — J. M.

Pas un sentier ne mène à ces choses tombées, Et quand vous allez là, par un instinct poussé, Les branches devant vous par votre main courbées Referment le chemin où vous êtes passé.

Sur les blancs chapiteaux et les feuilles d'acanthe Son fronton se dressait jadis dans les azurs; Et sur ses bas-reliefs la lascive bacchante D'un satyre aviné guidait les pas moins sûrs.

Plus loin, se déroulaient les longues promenades Des fiers chevaux cabrés qui froncent les naseaux; Et sur son piédestal, au fond des colonnades, Pan se tenait, avec ses merveilleux roseaux.

Pour porter à ses dents les flûtes inégales Dont il aime à grouper les agrestes accords, Le dieu ployait, avec le geste des cigales, Ses coudes anguleux serrés contre son corps;

ET POEMES INEDITS

Et ses jambes, aux pieds fourchus des boucs pareilles, S'enlaçaient d'une humaine et bizarre façon. Il écoutait, rieur et dressant les oreilles, Les oiseaux d'alentour répéter sa leçon.

Il était là, toujours ses flûtes à ses lèvres; Et les bergers, laissant dans les rochers voisins Bondir en liberté leurs béliers et leurs chèvres, Déposaient devant lui des fleurs et des raisins.

Qu'est devenue, hélas! sa superbe attitude? Le temps a fait son œuvre, encor moins que l'oubli. Plus rien! Destruction, silence, solitude, Écroulement d'un dieu passé, règne accompli!

D'inégales hauteurs les colonnes brisées S'élèvent çà et là; l'herbe partout a crû; Les tronçons sur le sol verdis par les rosées Gisent : on cherche en vain le profil apparu.

Jamais d'hôte; jamais une vierge qui cueille Un sarment vert; jamais le rire d'un enfant. Jamais de bruit, sinon la chute d'une feuille Ou le taillis froissé par la course d'un faon.

Le jour qu'il m'apparut, pourtant de ce ravage L'antique monument encor s'ennoblissait, Paraissant accepter comme un linceul sauvage La végétation qui l'ensevelissait.

Il s'était couronné d'une herbe échevelée, Et de pampres grimpeurs chaque fût s'entourait. Déjà la colonnade était presque une allée, Et la ruine allait rejoindre la forêt.

Il doit périr ainsi. La nature féconde, Sa mère, veut cacher les restes superflus De ce culte donné jadis par elle au monde, Et qu'il abandonna, ne le comprenant plus.

ET POÈMES INEDITS

Pieuse, et protégeant le repos des vieux marbres, Elle prodigue l'herbe et les épais fourrés, Et, pour ce saint devoir, elle ordonne à ses arbres D'incliner leurs rameaux sur ces débris sacrés.

Pour les poètes seuls, gardiens de son grand culte, Elle a voulu, jalouse, ainsi les conserver. Ta curiosité lui serait une insulte, Profane voyageur qui ne sais plus rêver.

Elle est fière; elle voile à tes regards indignes, Homme de notre temps, ces antiques débris, Et sous ses frondaisons, ses lianes, ses vignes, Elle veut les soustraire à tes hautains mépris.

Car tu la méconnais; car tu n'as plus d'hommage Pour l'éternel travail de son sein généreux. Tu hais même tes dieux créés à ton image, Et tu vas, satisfait d'un scepticisme creux.

De la divinité tu veux d'autres exemples Que tout cet univers splendide que tu vois. Il ne te suffit plus pour ériger des temples D'un son lointain de flûte entendu dans les bois.

Quand les flots retombant avec leur bruit d'enclume Entraînent tes vaisseaux vers les écueils amers, Tu ne vois plus passer, le poitrail dans l'écume, Les chevaux emportant le char du dieu des mers;

Et, quand sur tes cités tremblantes les orages Roulent leurs grondements profonds et leurs feux clairs, Tu ne vois plus paraître, au milieu des nuages, La monstrueuse main qui brandit les éclairs.

Mais, las de ton orgueil qui ne peut se résoudre A croire aux dieux buvant dans les olympes bleus, Les poètes, épris des flots et de la foudre, S'envolent, par le rêve, aux siècles fabuleux.

Et toujours ils s'en vont, Grèce, vers tes ruines! Derniers fervents de l'art, ils viennent y prier. Vieille patrie! Il faut ton air à leurs poitrines, Ton air plein d'un parfum de myrte et de laurier,

Ton air pur et vibrant où sous un souffle tremblent Les arbres élancés de tes bois toujours verts, De tes bois pleins d'échos si sonores qu'ils semblent Créés pour retentir au rythme des beaux vers.

Le Passant*

O ous le bandeau trop lourd pour son front de seize ans,

Assise sur un trône aux longs rideaux pesants

Où l'orgueil brodé d'or des blasons s'écartèle,

Couverte de lampas et d'antique dentelle,

Blanche aux longs cheveux noirs, ayant dans ses yeux noirs

L'éclat resplendissant de l'étoile des soirs,

* Cette pièce, écrite sur papier à en-tête du ministère de la guerre, n'est-elle pas comme une première et pâle aquarelle du Passant, ou comme le prélude de la première pièce des Intimités} — J. M.

Et triste doucement, se tient la jeune reine

Par la naissance et par la beauté souveraine.

La fenêtre est ouverte, et, splendide décor,

Elle voit des forêts où résonne le cor,

Des donjons sur des rocs plus hauts que les orages,

Des vais et des coteaux aux riches pâturages,

Tout un royaume libre et fort par le travail.

Dans le cadre borné que forme le vitrail

Et qu'entoure un frisson de fraîches giroflées,

Elle voit des vaisseaux aux voilures gonflées

Qui remontent le fleuve et de lourds galions

Dont le ventre bombé crève de millions.

Elle n'y pense pas, elle rêve, elle écoute

Le zéphyr... Elle voit défiler sur la route

Les bataillons touffus de ses pertuisaniers

Chamarrés d'or de pied en cap par ses deniers.

Elle rêve, et sa tête adorable s'incline.

Et là-bas, descendant de la verte colline,

Précédé par un bruit de lointaines chansons,

Pensif et s'arrêtant pour cueillir aux buissons

Des lianes dont il adorne sa guitare,

Un pâle et maigre enfant à l'allure bizarre

S'approche et voit la reine assise en son château. Celle-ci l'aperçoit qui descend du coteau. Etonnée, elle tend son svelte cou de cygne Et de sa main exquise elle lui fait un signe. Il monte, tout tremblant déjà d'un vague émoi, Et la reine lui dit : — Chante et divertis-moi. Et le petit chanteur, tout fier au fond de l'âme, Prélude; mais soudain, en voyant cette femme Si belle lui sourire et le considérer, 11 jette au loin son luth et se met à pleurer.

ET POEMES INÉDITS I <f

A Madame la Princesse Mathilde*

^ous le ciel de Florence, alors qu'on pouvait voir Aux bleus décamérons les étoiles sourire, Et devant quelque Reine aimable de la lyre, Vêtus du long camail, les Poètes s'asseoir;

Souvent, au fond du parc mystérieux et noir

Où le prélude exquis du rossignol expire,

Un chant de voix qui tremble et de luth qui soupire

Passait et s'éteignait, triste et pur, dans le soir.

* La Princesse venait de faire représenter le Passant, rue de Courcelles.

té

Et la Dame, oubliant ses compagnons célèbres, Rêvait et vers le son mourant dans les ténèbres Quelquefois soupirait comme vers un absent.

Merci, car vous de même, en une de ces fêtes. Princesse, où vous charmiez artistes et poètes, Vous avez écouté la chanson du Passant.

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ET POEMES INEDITS

A Madame la Baronne de Poilly pour son exemplaire manuscrit du « Passant »

Aux pages des missels, les maîtres en images Enluminaient jadis et doraient leurs dessins Sur la Benoîte Vierge ou sur Messieurs les Saints Ou sur l'Enfant Jésus adoré des Rois Mages.

Là, fleurs de tous les tons, oiseaux de tous plumages Encadraient follement de bouquets et d'essaims Les seigneurs à genoux sur de riches coussins Et les dames avec leurs robes à ramages.

l8 SONNETS INTIMES

Mon « Passant » ne craint plus de périr tout entier; Car, dévote au poète, ainsi qu'un vieux psautier Vous avez fait, Madame, orner son petit livre.

Et, dans plus d'un esprit de douce et tendre humeur, Ce vélin précieux plus tard fera revivre La charmante baronne et le pauvre rimeur.

Aux Italiens, à Victor-Emmanuel

v3 i re, n'écoutez plus la froide politique : Ce qu'elle vous a dit, il vous faut l'oublier. Ne faites pas mentir l'opinion publique Qui vous a sacré chevalier.

* A vingt ans François Coppée était « épris de Garibaldi », comme tous les jeunes gens de sa génération ; il plaide donc pour son héros, en vers que nous ne publions pas pour leur facture (simple exercice de rhétorique), mais pour leur juvénile enthousiasme. C'est déjà le « généreux » Coppée, qui s'enflammera toujours pour un noble sentiment ou pour une grande cause. — J. M.

Le peuple vous a pris pour son indépendance Comme un médiateur, un accord, un lien. Ne lavez pas l'affront fait à votre puissance Avec du sang italien.

Sire, la liberté n'a plus besoin d'hostie Et repousse loin d'elle un sacrifice affreux. Sire, réfléchissez. Amnistie! Amnistie Pour un soldat trop généreux.

Non. L'humanité, sire, a rejeté ses haines; Elle abhorre aujourd'hui le sanglant couperet Et voit avec horreur le fossé de Vincennes Comme l'échafaud de Capet.

Je sais du vieux Brutus l'énergie inhumaine, Par son ordre son fils périt exécuté.

Italiens, prenez de la race romaine La force, non la cruauté.

ET POEMES INEDITS 21

Rome, c'était pour lui la moderne Carthage : Allez-vous maintenant, ingrate nation, Déchirer les lauriers et flétrir le courage De ce moderne Scipion,

De cet homme, ou plutôt ce héros dont le crime Est de s'être pour vous trop vite dévoué, Et, s'il eût obtenu le succès légitime, Que l'on n'eût pas désavoué,

Qui, voyant l'Italie à peine à moitié libre, Ne put poser l'épée et détendre son arc, Qui voulait vous donner et la louve du Tibre Et le vieux lion de Saint-Marc,

Qui dès longtemps contraint de refouler sa sève, D'un cœur trop valeureux écoutant le conseil Et sentant au fourreau tressaillir son bon glaive, Le fit reluire au soleil?

Comment! Vous lui feriez cette sanglante injure? Quoi! Vous accompliriez la grande iniquité? Qu'on lui pardonne! Au nom du ciel, je vous adjure, Au saint nom de la liberté!

Oui, défendez sa vie avec sa renommée; Allez dire à ce roi que vous avez choisi : « Qu'il soit libre demain, lui comme son armée, Du moins ce qu'on en a saisi.

« Vous, sire, n'ayez pas la mémoire des princes. Ceux qu'on parle aujourd'hui déjà de condamner, Lorsqu'ils eurent conquis Naples et ses provinces, Ne surent que vous les donner.

« Qu'il soit libre! Et surtout point de justice vaine, Point d'exil; car demain l'Histoire jugera. Et nous ne voulons pas, sire, que Sainte-Hélène Fasse pendant à Caprera. »

5 août 1862.

A deux Iles*

Il est deux îles dont un monde Sépare les deux Océans, Et qui de loin dominent l'onde Comme deux têtes de géants.

Victor Hugo.

siècle! ceux qui sont trop grands, tu les exiles! Et tes deux meilleurs fils échoués dans deux îles Y vivent, sans se plaindre et sans un mot amer, Seuls avec leur passé, leur génie et la mer.

* François Coppée, « garibaldien », était aussi « hugolâtre ». Se rappelant la ameuse comparaison faite par Victor Hugo en 1826 entre les Deux Iles, la Corse et Sainte-Hélène, il voulut, lui aussi, faire une antithèse, et il adressait au solitaire de Guernesey ces vers enthousiastes.

L'Histoire, un jour, voyant se dresser leurs deux ombres. L'une sur les flots bleus, l'autre sur les flots sombres, Et songeant à ce qu'ils ont fait pour l'univers, L'un avec son épée et l'autre avec ses vers, A pu te demander, émue et stupéfaite : « Où donc est ton soldat? Où donc est ton poète? » Et ce jour-là, l'œil terne et le front obscurci, Tu n'as pu que répondre : « Ils ne sont pas ici! » Du moins ceux de qui l'àme épouse les grands rêves Souvent laissent aller leurs vœux vers ces deux grèves Où le soldat sublime et l'immense penseur Regardent, les yeux pleins d'une triste douceur, Sur la mer ondoyante ainsi qu'un champ de seigles, S'éloigner les vaisseaux et s'envoler les aigles; Et, bien qu'ayant le cœur, hélas! voilé de deuil, Tous, nous sentons alors un confiant orgueil De songer que ce temps a vu de grandes choses Et peut encore, au fond des nuages moroses D'un lointain ténébreux, mais qui s'éclairera, Voir Guernesey tendant la main à Caprera.

Juillet 1867.

ET POÈMES INÉDITS 2f

Hymne à la Paix'"

a paix sereine et radieuse Fait resplendir l'or des moissons; La nature est blonde et joyeuse, Le ciel est plein de grands frissons.

Hosanna dans la fange noire Et dans le pré blanc de troupeaux;

* Cet hymne fut écrit en 1867 par François Coppée à l'occasion d'un concours de poésie sur la paix, ouvert par le comité de l'Exposition universelle. Le prix fut décerné ex cequo à François Coppée et à Gustave Choudens. — J. M.

Salut, ô reine! ô mère! ô gloire

Du fort travail, du doux repos!

Viens, nous t'offrons l'encens des meules;

Reste avec nous dans l'avenir;

Les bras tremblants de nos aïeules

Sont tous levés pour te bénir.

Le front tourné vers ton aurore,

Heureuse paix, nous t'implorons;

Et nous rythmons l'hymne sonore

Sur les marteaux des forgerons.

Reste toujours, reste où nous sommes!

Et tes bienfaits seront bénis

Par la nature et par les hommes,

Par les cités et par les nids.

Tous les labeurs sauront te dire

Leurs grands efforts jamais troublés :

Le saint poète avec la lyre,

Le vent du soir avec les blés.

Ainsi qu'un aigle ivre d'espace

Monte toujours vers le soleil,

Le monde entier qui te rend grâce

Accourt joyeux à ton réveil;

Car le laurier croît sur les tombes, Et ces temps-là sont les meilleurs Où dans l'azur plein de colombes Monte le chant des travailleurs.

Le Siège de Paris

^4TcP%OVISIOcMcKJE^CEcHJTS*

es troupeaux poussiéreux et gris Qui promettent maigre ripaille Ruminent, couchés sur la paille, Dans tous les jardins de Paris.

Cette pièce et les deux suivantes datent du siège de Paris. — J. M.

Mais le passant mélancolique Ne trouve dans tout ce bétail Ni d'ensemble ni de détail Empreint d'un charme bucolique

Ces grands boeufs aux gens peu frugaux Font rêver des repas d'Homère, Et cet agneau tétant sa mère N'est qu'un avenir de gigots.

Ils ont faim et froid, ils sont mornes,

L'un contre l'autre acoquinés,

Ils ont des airs de condamnés

Et baissent tristement leurs cornes.

Le pourceau dormant au soleil Frémit au contact d'une mouche Dont l'ardent aiguillon le touche Et le fait geindre en son sommeil.

Et dans leurs clôtures de planches Ils semblent, pauvres animaux, Savoir qu'au bout de tous ces maux Ils seront mangés par éclanches.

— Mais n'ayons pas naïvement De pitié pour cette hécatombe; Car j'entends, dans le soir qui tombe, Les durs clairons d'un régiment,

Et, songeant au temps où nous sommes.

Sombre, j'ai murmuré bien bas :

« O troupeaux, ne vous plaignez pas De la férocité des hommes! »

VOITU%ES CD'^MCBUL^C>LCE

L'été, sous la claire nuit bleue, Galopant le long des moissons, Les omnibus de la banlieue Rentraient, le soir, pleins de chansons.

Les grisettes sur ces voitures Grimpaient avec les calicots.

On avait mangé des fritures Et cueilli des coquelicots.

Les moustaches frôlaient les joues, Car dans l'ombre on peut tout oser, Le bruit des grelots et des roues Étouffant le bruit d'un baiser.

Et l'on revenait, sous les branches, De Boulogne ou de Charenton, Les bras noirs sur les tailles blanches, Tout en jouant du mirliton.

— Or j'ai revu ces voiturées, Mais non plus telles que jadis, Par les amusantes soirées Des dimanches et des lundis.

Le drapeau blanc de l'ambulance Pendait, morne, auprès du cocher.

C'est au petit pas, en silence, Que leurs chevaux devaient marcher.

Elles glissaient comme des ombres, Et les passants, d'horreur saisis, Voyaient par les portières sombres Passer des canons de fusils.

Ceux de la bataille dernière Revenaient là, tristes et lents, Et l'on souffrait à chaque ornière Qui secouait leurs fronts ballants.

Ils ont fait à peine deux lieues, Ces ironiques omnibus Pleins de blessés aux vestes bleues Qu'ensanglanta l'éclat d'obus.

Ce convoi de coucous qui passe

Semble nous faire réfléchir

A l'étroitesse de l'espace

Qui nous reste encor pour mourir;

Et, malgré mes pleurs de souffrance, J'ai pu lire sur leurs panneaux Les noms des frontières de France :

Courbevoie, Asnières, Puteaux.

ET POEMES INÉDITS "} f

EU F<ACTWM

L'oeil ouvert sur l'horizon.

On m'a mis en sentinelle.

— Comme l'arrière-saison Est morose et solennelle!

Un long convoi de blessés, Funèbre, franchit nos portes.

— Combien sous ces vents glacés S'envolent de feuilles mortes?

On a vaincu cependant.

Mais nos pertes sont trop sûres.

— Pourquoi ce soir l'occident Saigne-t-il par vingt blessures?

Dans tes vieux murs, ô Paris, Nous tiendrons, forts et fidèles^ — Qu'il fait mal, dans ce ciel gris.

Le départ des hirondelles!

ET POÈMES INEDITS 37

TjicBLEJLV DE TSIVOUJIC

r urieux de la double étape, Les soldats n'ont pas le cœur gai On a donné plus d'une tape Au petit tambour fatigué.

Mais, quand il a taillé la soupe, Coupé le bois et fait du feu, On laisse enfin l'enfant de troupe Se coucher et dormir un peu.

Les vétérans sont là, farouches, A ce bivouac qu'on voit briller; Et d'un sac rempli de cartouches L'enfant s'est fait un oreiller.

Le sac est si gonflé qu'il crève, La poudre à terre se répand; Mais l'orphelin sommeille et rêve A trois pas du foyer flambant.

Rien qu'une étincelle, une seule!

Tout est dit... Cela fait frémir!

Comme une vigilante aïeule, La mort le regarde dormir.

— Mais non! Lorsque par les espaces L'hirondelle fuyant l'hiver Repose un peu ses ailes lasses Sur l'onde en courroux de la mer,

ET POEMES INEDITS

La lame énorme, dont la chute Pourrait écraser un vaisseau, Offre un repos d'une minute A la fatigue de l'oiseau...

Le Pécheur

es pieds dans l'eau, bien plus persévérant qu'habile, Portant, pendue au col, sa boîte aux asticots, Sous l'arche du vieux pont sombre et pleine d'échos, Le pêcheur s'est tenu, tout le jour, immobile.

11 ne voit ni le soir qui tombe, ni la ville

Qui s'endort dans des bruits vagues et musicaux,

Ni, sur les quais, à des intervalles égaux,

Le gaz qui fait éclore une étoile débile.

ET POEMES INEDITS

Puis, quand il ne peut plus observer les plongeons De son liège, content de trois maigres goujons, A rentrer au logis enfin il se résigne.

O poètes, troublés d'un éternel émoi, N'avez-vous pas souvent envié comme moi Le paisible bonheur d'un pêcheur à la ligne?

Les Perroquets du Jardin des Plantes

entenaires, la chaîne à la patte, en plumages Somptueux, ils sont là, du matin jusqu'au soir, Et piétinent, d'un air important, leur perchoir, En rabâchant tout bas leurs étranges ramages.

Ce ne sont pas ceux-là qui pourraient laisser choir, Au profit d'un renard intrigant, leurs fromages. Ils ont l'aspect sagace et profond des vieux Mages Ou des sultans qui vont accorder le mouchoir.

ET POEMES INEDITS

Ils méditent, dressant leur huppe jaune ou rouge. Sous son gros bec de fer leur langue noire bouge, Marmottant des propos grivois et des jurons

Qui se mêlent aux cris des canards et des dindes, Tandis que le passant cherche dans leurs yeux ronds Un reflet des forêts monstrueuses des Indes.

Sous les Toits

Jous les toits, avec deux pots de fleurs pour jardin. Le poète crotté vit pourtant à son aise. L'élève de Jean-Jacque a trouvé sa Thérèse Qui lui tient un petit ménage à la Chardin.

Quand il revient, ayant couru dès le matin, Sans trouver un libraire à qui son livre plaise, Et qu'on lui tend ce frais baiser qui sent la fraise, L'homme sensible pleure et pardonne au destin.

ET POEMES INEDITS

Ce soir, à Diderot, il parle, chez Procope, De son futur ouvrage et le lui développe Impitoyablement comme un auteur fieffé.

Et, sur un plan nouveau que l'autre lui suggère. Il pourra, cette nuit, veiller, grâce au café Que d'avance lui moud sa bonne ménagère.

Premières Larmes

1 ale sous la céruse et les cheveux trop noirs, L'illustre premier-rôle encor jeune aux chandelles, L'homme à femmes, malgré son âge adoré d'elles, Obtient, comme au beau temps, des effets de mouchoirs.

Et, depuis des milliers et des milliers de soirs, Froid comme un glaive et sûr de tant de cœurs fidèles. Il prodigue, Antony de centaines d'Adèles, Ses sanglots simulés et ses faux désespoirs.

ET POEMES INEDITS

Pourtant la sciatique est à la fin venue. Horreur! Elle le cloue aux pieds de l'ingénue Qui, pour qu'il se relève, aide le vieux barbon.

Alors l'acteur, gâté par quarante ans d'éloge, Court se cacher et fondre en larmes dans sa loge. — C'est la première fois qu'il pleure pour de bon,

Ier février 1895.

La Partie de Canot

V^uelle chaleur sur l'eau! Juin flambe. Pas un souffle.

L'étroit canot, dont la peinture se boursoufle

Au soleil, va, le long des rivages connus,

Sous le rythmique effort d'un rameur aux bras nus,

Du bel André, qui vit, l'été, sur la rivière;

Et devant le jeune homme est assise à l'arrière

— Jolie, en frais chapeau, mais pâle et l'œil si las, —

Une femme qu'hier il ne connaissait pas.

Car, la veille, passant à Paris la soirée,

C'est dans un bal public qu'André l'a rencontrée.

ET POÈMES INEDITS 49

Elle lui plut, avec son air point effronté; Mais, d'un lit de hasard d'avance dégoûté, Il glissa deux louis dans le gant de la fille Et lui dit :

« Pas ce soir... Mais, demain, sois gentille Et viens me voir dans mon bateau. Nous rirons, va! »

Comme il n'y pensait plus du tout, elle arriva. Pour rafraîchir le teint, l'air pur, c'est la recette. Clarisse était charmante en robe de grisette. Or, sa maîtresse étant aux eaux, le libertin Dit:

« Gardons celle-ci jusqu'à demain matin. »

Puis, la voyant si douce et tout intimidée,

11 eut, ce bon garçon, la délicate idée

De traiter cette fille en femme comme il faut;

Et, sans la tutoyer, sans lui dire un seul mot

Qui de son odieux métier portât la marque,

Il l'accueillit fort bien ; et, tout de suite : « En barque ! »

fO SONNETS INTIMES

Oh! quel enchantement de filer sur les eaux! Sauf l'aigre cri de la fauvette des roseaux Et le frais clapotis des ondes sous la quille, Quel calme! Au grand soleil, la rivière pétille; Le barbillon, là-bas, saute et fait des plongeons. Mais André suit le bord, à l'ombre, dans les joncs, Où, criblant le fond vert du bleu noir de leurs ailes. Palpite un merveilleux essaim de demoiselles.

Un vieux pêcheur en train de changer d'hameçon, Et qui voit cette femme avec ce beau garçon Dans ce léger canot qui sous les saules glisse, Pense à son jeune temps, sourit avec malice Et dit entre ses dents : « Gentils, les amoureux. »

Hélas! n'envions pas ceux qui semblent heureux. Ne rêvons pas d'amour devant ce joli couple Emporté par ce frêle esquif sur l'onde souple. Car ce viveur blasé n'a plus aucun désir Devant les tristes yeux des filles de plaisir.

André suit, cependant, son généreux caprice.

Familier, mais très doux, il cause avec Clarisse En camarade, avec des propos amusants.

« Supposez que nous nous aimons depuis dix ans, » Dit-il.

Elle sourit. La pauvre créature Goûte l'heureux instant, se grise de nature Et se laisse bercer, les yeux clos à demi, Par le simple entretien de ce discret ami. Devant elle, ramant toujours dans l'ombre fraîche, Il lui montre en passant les bons endroits de pêche, Sous l'arche du vieux pont, ce coin qui fait tableau, Et l'exquise fraîcheur des nénuphars sur l'eau. Enfin, las de jouer du coude et de l'épaule, L'habile canotier aborde sous un saule; Et tandis que Clarisse, ayant vu dans un pré Beaucoup de fleurs des champs, va les cueillir, André La suit des yeux, content de la voir si contente, Et qu'elle ait, grâce à lui, cette heure de détente, - Et qu'elle oublie un peu, dans ce bain de plein air, La honte et les ennuis de son métier d'enfer,

f2 SONNETS INTIMES

Le faux rire, l'amour forcé, la noce abjecte.

« Qu'elle ait cette surprise, au moins, qu'on la respecte Une fois, » songe-t-il.

Déjà sur le coteau La paix du soir descend. On remonte en bateau, Et, pour se mettre à table, on accoste à la berge Où brille la blancheur des nappes de l'auberge. Là, Clarisse prend place en face du rameur. On cause. Le vin clair la met en belle humeur, Elle bavarde et rit ainsi qu'une gamine; Et l'homme, qui toujours l'observe et l'examine, Constate qu'elle aussi, par instinct délicat, N'a pas dit, en une heure, un mot qui le choquât. Ah! vraiment, la douceur est la meilleure fée! Non, Clarisse n'est plus la fille tarifée; Plus un geste canaille et plus trace d'argot. Et son air sérieux pour couper le gigot Et faire la salade est d'une ménagère.

Mais la nuit est venue. Une brise légère

Émeut la feuille et passe en l'air moins échauffé. Pendant que la servante apporte le café, Les insectes de nuit se brûlent à la lampe. Clarisse est accoudée et, le doigt sur la tempe, Rêve. Les champs au loin sont dans l'ombre noyés, Et la lune qui glisse en haut des peupliers Caresse l'eau qui dort de sa mélancolie.

Les yeux ainsi levés, que Clarisse est jolie! Ce calme jour sur l'eau, l'azur, l'odeur des bois L'ont refaite, un instant, pure comme autrefois. Non, cette enfant aux yeux candides n'est pas celle Qui, morne et l'œil cerné, tantôt, dans la nacelle, Regardait vaguement nager les avirons.

Et l'homme, qu'un désir a troublé, dit :

« Rentrons. »

Elle frémit alors, comme lorsqu'on s'éveille En sursaut, redevient ce qu'elle était la veille, Quand il la rencontra dans ce bal, par hasard;

Et, sur André fixant un triste et dur regard,

Elle dit:

« Vous voulez?... Oui, c'est vrai, je suis bête... C'est gentil de m'avoir traitée en fille honnête. J'aurais voulu... Mais j'ai tort, et tout doit finir... Sans cela, j'emportais un trop bon souvenir Et je ne vous aurais oublié de ma vie... Bah! je suis folle... Allons, puisque c'est votre envie. »

André n'a pas le cœur brutal. Il a compris Que sa bonté d'un jour va perdre tout son prix. Le sacrifice est mince, en somme.

« Eh bien ! la gare Est à deux pas, » djt-il.

11 jette son cigare Et se lève. Bien vite, elle accourt près de lui :

« Vous ne m'en voulez pas?

— Non.

— Je puis partir?

— Ou

ET POEMES INÉDITS f ^

— Vous êtes bon.

— Le bras, que je vous accompagne. »

Ils vont, dans les parfums si purs de la campagne, Dans l'innocente nuit, dans la chaste fraîcheur. Et là, contre son bras, André sent battre un cœur; Et c'est sa récompense, et tant d'émoi le touche. Enfin, l'on se sépare. Elle lui tend sa bouche. Mais il a ce scrupule encor, dans les adieux, De lui mettre un baiser seulement sur ses yeux Dont il sent tressaillir la paupière fermée.

Et ce fut aussi doux que s'il l'avait aimée.

f6 SONNETS INTIMES

Au Théâtre

n jouait un opéra-bouffe. C'est le nom qu'on donne aujourd'hui Aux farces impures dont pouffe Notre siècle si fier de lui.

On riait très fort. La machine Était bête, et sale souvent, Et se passait dans cette Chine De théâtre et de paravent.

Poussahs, pagodes et lanternes, Vous voyez la chose d'ici.

Et les Athéniens modernes Bissaient les plus honteux lazzi.

Deux mandarins — on pâmait d'aise A ce comique et fin détail — Étaient l'un maigre et l'autre obèse Et coquetaient de l'éventail;

Et la convoitise sournoise Des messieurs chauves et pesants Lorgnait une jeune Chinoise Agée à peine de seize ans.

Adorable, l'air un peu béte, Toute de gaze et de paillon, Deux épingles d'or sur la tête.

Elle semblait un papillon.

f8 SONNETS INTIMES

Elle n'était pas même émue Et, toute rose sous son fard, Forçait sa frêle voix en mue Qu'étouffait l'orchestre bavard

C'était bien la grâce éphémère.

L'enfance, la gaîté, l'essor, Et l'on devinait que sa mère Ne l'avait pas vendue encor.

Je me sentais rougir de honte Quand elle disait certains mots, Comme la princesse du conte Qui crachait serpents et crapauds.

Je songeais à la demoiselle Qu'on invite en saluant bas, Et, baissant ses yeux de gazelle, Qui répond : « Je ne valse pas; »

ET POEMES INÉDITS fQ

A l'héritière très titrée De l'altier faubourg Saint-Germain Que suit un laquais en livrée Portant le missel à la main;

Et même à la libre grisette Que font danser les calicots Dans des bals ayant pour musette Des mirlitons peu musicaux.

Et je me disais : « Ouvrière, Fille de noble ou de bourgeois, A cette heure fait sa prière Ou rêve à l'amour de son choix;

« Et, pendant ce temps-là, le père, Le frère, même un fiancé, Sont peut-être dans ce repaire, Devant ce spectacle insensé,

« Et, dans le vertige où les plonge Cet art erotique et scabreux, Sans doute qu'aucun d'eux ne songe A cette enfant qu'on perd pour eux.

« Siècle de toi-même idolâtre,

Époque aux grands mots puérils,

Les spectacles de ton théâtre

Sont moins sanglants, mais sont plus vils,

« Cette innocente, encore dupe, Qui ne sait pas dans quel dessein On fait aussi courte sa jupe Et l'on découvre autant son sein,

« Cette victime, c'est la tienne, Multitude aux instincts fangeux!

C'est toujours la jeune chrétienne Toute nue au milieu des jeux;

ET POÈMES INÉDITS 6l

« Ce sont toujours tes mille têtes Fixant leurs yeux de basilic Sur la femme livrée aux bêtes, Sur l'enfant jetée au public! »

— Je m'indignais, et, sur la scène, Celle qui n'avait pas seize ans Chantait un couplet trop obscène Pour qu'elle en pût savoir le sens,

Et, l'horreur crispant ma narine, Loin du mauvais lieu je m'enfuis, Respirant à pleine poitrine L'air salubre et glacé des nuits.

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L'Armure

(D'après le Tableau de Vollon)

Iour un homme de taille énorme, Droite sur son piquet de bois, L'armure éclatante et difforme Parle des héros d'autrefois.

Certe, il était d'une autre race, Celui qui, sans plier le dos, Sous le poids de cette cuirasse, Combattait Talbot ou Chandos.

Parmi les belliqueux vacarmes, Sur ce farouche morion L'estoc lourd et le fléau d'armes Faisaient pleuvoir maint horion,

Sans que le cheval d'Aquitaine, Que des jambarts doublés de cuir Étreignait le bon capitaine, Se retournât jamais pour fuir.

Vieille armure! les épopées Sont loin, où par toi l'on vainquait.

Bayard, après cent coups d'épées A péri d'un coup de mousquet.

Tu peux, bric-à-brac et ferraille, Plaire encore à quelque rapin; Mais cependant l'artiste raille Sans le vouloir, quand il te peint,

Et, dans ce gouffre noir et vide Qu'on voit par le brassard absent, Montre que sous l'acier livide Aucun cœur ne bat à présent.

Sur la Vestale d'Aizelin

tA Henri Lefort.

Jous l'œil de la louve d'airain, Ne t'endors pas indifférente.

Ranime la flamme mourante, Vestale, songe au feu divin.

Car, s'il devait s'éteindre enfin.

Rome serait dans l'épouvante, Et l'on t'enterrerait vivante, Condamnée à mourir de faim.

Ainsi nous veillons, dans notre âme, Sur l'honneur, pure et noble flamme.

Mais parfois — cela fait frémir! —

Nous sentons, comme la vestale Prise d'une langueur fatale, La conscience s'endormir.

Mai 1SS7.

Ronde d'Enfants aux Tuileries

u printemps, dans les Tuileries.

Assise à l'écart, la maman, Lasse de ses tapisseries, Rêve, le doigt dans un roman.

Garçonnets et fillettes blondes, Ayant laissé là leurs paniers Remplis de fleurs de marronniers, Viennent d'organiser des rondes.

Les lilas passeront. Pas encore; Ils viennent d'éclore.

Les lilas passeront.

Gais enfants, dansez en rond.

Pourtant ce coin de parc magique Fut bien terrible, aux jours passés, Enfants, et c'est un sol tragique Où joyeusement vous dansez.

Ici les yeux blancs des vieux marbres Virent des cadavres semés; Les chevaux de guerre affamés Ont rongé l'écorce des arbres.

Les lilas passeront, etc.

Sous la verte fraîcheur des branches, Insoucieux, tourne l'essaim Des enfances roses et blanches Qui vont, se tenant par la main.

Sur le sable, leurs jambes grêles Sautillent, en bas bien tirés, Et leur chant fait fuir, effarés, Les ramiers et les tourterelles.

Les lilas passeront, etc.

Pourtant à l'horloge qui reste

Sur le vieux palais dévasté,

Les heures d'un passé funeste

Ont jadis lourdement tinté.

Bien des spectres, quand le soir tombe,

Se croisent sous le noir couvert,

Et si ce grand arbre est si vert,

C'est qu'il pousse sur une tombe.

Les lilas passeront, etc.

Tu fais peur, ô calme nature, Grande oublieuse des douleurs, Qui mets sur cette sépulture

Des rires d'enfants et des fleurs, Mais l'incorrigible espérance, Devant cet avril et ces jeux, Rêve de jours moins orageux Pour la vieille folle de France!

Les lilas passeront.

Pas encore; Ils viennent d'éclore.

Les lilas passeront.

Gais enfants, dansez en rond.

La Tour géante

Et ils se dirent : « Bâtissons une tour dont le sommet aille jusqu'aux cieux, et acquérons-nous de la renommée. »

Genèse, I X , 4.

1 leins de corbeaux et d'angélus, Les clochers dont le doigt de pierre Montrait sa route à la prière, N'avaient que cent mètres au plus.

Des hommes hardis sont venus Et, forgeant la dure matière, Ont construit une tour altière Menaçant les cieux inconnus.

Miracle! Jusqu'où monte-t-elle?

La foule pousse devant elle Un hurrah d'admiration.

Son sommet se perd dans l'espace...

Mais, tout là-haut, un aigle passe Et n'y fait pas attention.

L'Aube tricolore

ier, j'ai surpris l'aurore à son premier éveil, Quand le nid est muet encore sur la branche. Là-haut, le sombre azur. Plus bas, la brume blanche. Enfin, à l'horizon, un flamboiement vermeil.

Bleu, blanc, rouge! — Le ciel, à nos drapeaux pareil, M'a rendu nos espoirs oubliés de revanche. Car, captive en ces nœuds que, seul, le glaive tranche, L'Alsace attend, là-bas où monte le soleil.

ET POEMES INEDITS

Que de jours et de jours, hélas! depuis l'outrage! Peut-être — ô doute amer! — elle se décourage? Elle doit, après tant d'angoisse et de douleurs,

Se demander parfois si Ton se souvient d'elle?... — Non. Dans le matin clair arborant nos couleurs, L'Alsace nous répond de loin : « Je suis fidèle! »

2$ avril 7892.

Ballade à Vigeant,

EXCELLENT iMAÎTRE EN FAIT D'ARMES,

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