‹ Sonnets pour Hélène. Introd. et notes de Roger Sorg; avec un port. gravé sur boisChapitre 1 sur 25 · ÉDITIONS BOSSARD · texte numérisé non relu

ÉDITIONS BOSSARD

43, RtE MADAME, 43 PARIS

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IXTRODUCTIOX

Le pkhmek AMoi m de H(i\sahd.

Ai'KEs avoir chant»' divers Konsanl voulut Unir et coure œuvres par les Sonets d'Ile

chaut»' divers sul)jects, [onncr ses par les Sonets d'IIelene, les vertus, beautez et lares perfections de laquelle furent le dernier et le plus difrne object de sa Muse, le dei iiier.parce qu'il n cust l'heur de la voir qu'en sa vieillesse, et le plus digne parce qu'il surpassa, aussi bien que de qualité, de vertu et de réputation, les autres precedens subjects de ses jeunes amours, lesquels on peut juger qu'il aima plus familièrement, et non celuy-cy qu'il entreprit plus d'honorer et louer, que d'aimer et servir. Tesmoin le titre qu'il a donné à ses louanges, imitant en cela Pétrarque, lequel comme un jour en sa Poésie chaste et modeste on loiiait devant la Royne mère du Roy, sa Majesti.^ l'excita à escrire de pareil stile, comme

plus conlVume à son âge, cl à lii gruxilé de son sravcjii : Kl asaiit, vv luy sciiibloit. par ce discours, occasion de vouer sa Musc à un subjecl (lexcollcul incrilc, il prinl le conseil de la Roync pour permission, ou pluslost coinniandcnicnl de s'addressci' en si bon lieu, qui cstoil une (les lillcs de sa chanibir. d'une Iresanciennc cl Ircsnobic maison i-n Sainlonge. Ayant continué en ceslc Nolonlc jusijue à la fin, il Huit i|iici^i sa vie en la loiianl. Kl {)ar ce que par son genlil esprit elle luy avoil souvent fourny d'arfrumcnt pour exercer sa i)lume. il Consacra à sa mcmoirc une fonteinc en \audosmois. cl (pii cncnr anjoiinl lni\ garde son non», pour abbreuNcr ceux qui \culent ib'venii- Poitesc). > \nilà ce que nous apprend (llaudc IJinct. laniicl le bit»grapbe de Honsard. et. à peu de cbose près, tout ce que l'on savait au sujet d'Hélène de Surgères cl de l'histoire du dernier « can/.onicre • du poète, lorsqu'en 1883 M. de Noiluu' leur consacra enfin, dans la Aowrt7/c Hecuv. une éUulc détaillée.

' Ce petit écrit, déclare-t-il dans la préface tl'nne récente édition qu'il vu a donnée, a gardé probablemenl I intérêt historique qui l'a recommandé aux biographes de Honsard.

{') C.lauilo Hinol. \ ie </<• lionsani, éd. l'. I. aumônier, (texte C). Paris. lyiu. p. aô-aO.

puisque aucun autre n'a été consacré depuis à Hélène de Surjjrères. soit que le sujet ait paru trop mince, soit (pic ces premières recherches l'aient épuisé ('). »

U m'a semblé, cependant, (pi "en raison de l'importance reconnue des So/tm'/.s pour Hélène, pur chcf-d'u'uvre du pétrarquisme français, il n'était j>as sans intérêt de reprendre, après M. de Nolliac, lliistoire du dernier amour de Ronsard, et d'essayer tout au moins de glaner derrièic lui les modestes épis de la gerbe de Kutli.

Dans ces quelques pages, destinées à servir de commentaire historique au recueil d'Helene (qui se tr(juve ici détaché pour la première fois de l'œuvre de Ronsard), j'ai cru. sur deux points, en particulier, ne pas devoir suivre mon devancier.

Tout d'abord, j'ai préféré laisser de côté un certain nombre de pièces dont il s'était servi, et qui, avant de figurer parmi les Sonnets pour Hélène, faisaient partie du recueil des Amours Diverses (''). Ces vers sont, en effet,

('; P. de Nolhac. Le dernier amour de Ronsard, Paris, Dorboii aîné, s. d. (1920).

(*') Sonnets pour Hélène, livre I : sonnets XVIII à \\V (inclus) et s. XLI : livre II. s. XI à XIII (inclus), s. XXI à XXXVI (inclus), s. XLIII, s. LX à LXIII (inclus), et le madrigal (sonnet en 1578;.

<i sujols ;i caution », comme l'adcjà remarqué M. 1'. Laumonicr, •• cl ne peuvent offrir de documenlî< certains sur les relations de Honsard il d'Hélène (•»

D'autre pari, je n ai pu accepter les dates a><si;rn<''cs par M. de Nujliac au dernier amour ilii pucte. et à la composition des Sonnett (ir»(»8-i57V- J indicpierai plus loin les raisons im|)ortantes «pii m'ont amené à placer ces événements, non pas sotis !«• rè^'uc; de Charles 1\. mais sous cehii «le ll<iiii il! c'est-à-<Iire tout à fait à II fin de la \ ie de Honsard. ainsi que m y invitait, d'ailleiir«- ii* |i'mi>iL'n-<L'«- de Cl. Hinel.

( >n sait, par le poète lui-même, qu'Hélène de Surj^'èrcs appartenait à une famille d'orijjinc espa«j:nole. établie dans \r j:ou>ernemenl de Sainton^ei' ). Les généalogistes nous expliquent en effet (pie. \ers le milieu du W siècle, un gentilhomme de Calice, luuumé Hodcric de Fonsèque.l vint épouser une certaine Ixiuise de ClermoiTt. héritière du fief de Surgères, en

{"> V. Laxmumicr. HEurrrscompU'tt's de P. de Ronsard, l\'»ris, l.omprif. 1014-1910. '■ ^H. p 3<h>. (^) S. /». //.. I. 17. etc. ■

Aunis, cl (jue It-iirs dosiciulunls possédèrent celte baronnie, jusqu'au jour où elle passa par mariage dans la maison de La Kochefoucauld.

De son union avec Anne de (.ossé-Brissac, sœur des deux niarécliaux qui illustrèrent celle famille au wi sièeie, |k' pelit-lils de Roderie, Henéde Fonsècpie. baron de Surgères, eut un fils. Charles. (|ui devint gentilhomme ordinaire dn roi cl (cjuseiller d'Klal, et und/ fille, (|ui devaitèlre l'Hélène de Konsard (').

Nous ignorons malheureusement à peu près tout d«' renfancf de celte dernière. Tout au plus peut-on présumer (pi'elle naquit au début du règne de Henri II. un « neufiesmc jour! d'avril », comme l'a chanté Konsard, et saiton. par le poète, qu'elle passa une partie de son enfance en Piémont, dont son oncle Charles de Brissac était alors gouverneur C").

Dès I .")»)(). nous la trouvons à la cour de Charles 1\, parmi les demoiselles d'honneur

1*1 Généalogie manuscrite de la famille de Fonsèque- Surgères, Bibl. Nal.. pièces originales, 1 180, et André Du Chesnc, Util, généal. de la maison des Chasieigners, Paris, S. Cramoisy. i63j. p. 'i^i-iSa. L'Hisl. généal. de la maison de Surgères, par L. Vialart, Paris, J. Chardon, 1717. ne mentionne pa< Hélène.

''*') S. p. //.. pièces publiées en 1617. 3. Le Maréchal de Brissac fut nommé gouverneur de l^iémont en i55o, et ne rentra en France qu'après le traité de Cateau- Cambrésis, i55q.

l6 SONNETS POUR HELENE

de la rcinc-inère. Suivant un élat de la maifton do Callici ino do Mcdicis. puhlir par le C" Ba- ^nrn;iull df Purln-sc. Ilrlrnc «'lait à celle dale « lillr d;imoi>^(llc à il liNir* de ^affCS -. cl dcvitil ranné(> suixiintc tilli- dr <diainbre à Il II livres ( ( ...

:^;i heaulé el son < -piil ne lardèrenl pas à lui Nidoir le orin d un |i'iiiii- t apitainr des gardes, .liircpii'»^ de Lii IU\ièrr. cl les linnirnaj^cs de plusieurs poètes, au nniul>rf dcxpuU lii/urail le ^nand Uonsard ('').

I u t rayui anoUNnic conservé au niu-M'c de I i;ruiita;:c, à Sainl-l*élerslK)ur^^. nous représcnlc d Une inanirre tris intéressante la phy- >i(un»inii- i\r cr dtriiitr. à l'époque de sa liaison avec llrlènc

Ce n ist plus Ir litin> m'Iu à I anlitpie et couronné de lauriers que Ton \<ut au fronlispice de ses fpuvres. inia^u' brillante mais conventioMinlIe : c'est le i:(Mdillioniine de la

(•) Corrospondanco de ('.alhrriiic de M»''<licis publiée par MM. do La Korrièro et Haguotiault de I^uchesse [CoUeclion de lutcumenls inèdila sur niist. tif France), t. \. p. .">i)'i cl suiv.

'•» Baif di'dia à llcléne un |>»^tin<* : Jodcllo. iVsportes et Passrr.ll. cli.uun ini sonnet ; Aniadi.s Jamyn. trois sonnets cl l'opitapho do J. do I-i Itivièrc; Itoini Bclleau. une do sos ■ pierres précieuses »». Kn outre, J. Dorai la rolébra en distiques latins en tète des Sonnets de Itonsard.

cour (1rs ilciriiors Valois, Ici (ju'il s'est dépeint lui-inèine, pâle, ainai^M'i et vieilli de bonne heure, les yeux « pleins de douce gravité », suivant l'expression de Binel(").

Konsard est alors à l'apogée de sa gloire : ses Amours, ses (ulcs. ses l/yni/ies, ses Formes, ont fait de lui le Prince des poètes de son siècle, et le roi lui même s'incline devant son génie.

Retenu à la (lour par l'amitié de Charles IX, douze cents livres tournois de pension, et plus encore, peut être, par ses goûts et ses plaisirs, il ap«'rçul sans doule Hélène dès sa venue parmi le brillant essaim des (illes de la reine-mère, mais de si loin que le trait d'Amour <( demeura, dil-il, sans entrer dans les plis de sa robe 0 {^).

Au début de l'année i568, une grave maladie obligea le poète à se retirer « aux champs », dans les prieurés dont il était commendataire, à Croixval, en Vendomois, et à Saint-Cosme, aux portes de Tours, et ce ne fut que deux ans plus lard, vers le mois d'août lôyo. qu'il reprit sa vie do courtisan et fit la connaissance d'Hélène de Surgères (').

'*! Binot. p. 9. Ronsard, né le 11 septembre iSa^ (àaie probable mais non certaine), avait donc ^àrante-six ans lorsqu'il rencontra Hélène en 1570,

0 S. p. H., II, i5.

(') Quatre ans avant la date à laquelle il lui donna sa

l8 SONNETS POUR HELENE

Lii |)iii\ <lr Sailli ( idiiKiin \enuildf inoltre iii) à lii troisit'ino j^mutiv ilc rrlitrion. et, parla iMorl de Jai'(|ut'.s lie La KiNirie. .survenue au cours (le la eampaj^'ue. Hélène se trouvait plonprée flans une profonde tristesse, dont ses cousines «le Brissae et son amie Madeleine de |{ae(jue\ illc. eoinine elle tilles lilitinneur de (iatheiinc tir Mc'diris. s'eflorcMiciil m \ainde l'arracher (").

lin jour, à luni' des messes de la (iour. (pie la reine int're >• ivndoit fort ajfn'ables autant «jue dt'Nolev. |);n- le> l)uiiv rliaiilres de sa cliap- |)elle ". KoMsard itiiiaivpia la sombre flamme «les beaux yeux «1 llelen«-, ses cheveux < bruns, déliez et lonjjs •', sa ^rAcc et sa jeunesse charniaiiles. el. coimiir l'i'lrar(|ui'. il s"«'cria :

foi (6". /•. //., I, .'<<>. . c'(îsl-à-diro avant mai 157I iS.p. H.. Il, 7()i; huit ;ins av.int In (ioto d«^ publication des Sonnets \S. p. II., II. 7'. La Miatadi«> df Honsard en i568- 1501). cl sa pn'siMuo à Cniixval cl à Saiiit-C"»nie à colle l'poquo. sont atttvstt'es à la fois par les vers du p«"H*te ol par do nombreux aclcs otliciols. (if. les travaux de M. P. Laumonior et ceux do M. l'ablK' Kn^por.

(•) Jaf(iuos do La Hiviorc t'tait. vraisomblablomont. lo plusjoiuio «los doux frères do La l\ivioro-l*uytaillo. «aillants capitaines, maintos fois* colôbros par los historiens contoinp<^rains. (A. Journal de Grnfnwx. éd. Lodain. Mort. iSli."». et ti-Aivrrs tie lirnntnnif. éd. Lilanno. Paris, i8«ij-i88a. ( L"no noto do celle i>dition dtMino à tort à La Hivi«To-P«i>laill«^ lo jeune le prénom de Daniel, qui était celui de l'iui de ses enseignes'.

Bienheureuse l'Eglise, où je pris hardiesse

De contempler ses yeux, qui des miens sont le jour I (").

Désormais, le i)oèle devait se retrouver à chaque instant en j)iésence dHélène, et l'admirer tout à loisir dans ces chasses dont nous a entretenu Brant<')me, où les dames et les damoiscllesde la Cour, « montées sur de belles hacquenées tant bien harnechécs », se tenaient (I de si bonne ^ràce >», avec leurs chapeaux garnis de plumes « volletantes en l'air », qui « représenloientà demander amour ou guerre » ; dans ces bals, ces festins et ces mascarades, où, sur l'ordre de la reine-mère, ses filles d'honneur comparaissaient toujours en « hault et superbe appareil », plus belles qu' c estoilles au ciel » {^).

Une fois entre' autres, Ronsard demeura comme ébloui par la beauté d'Hélène et par l'art qu'elle avait déployé dans un ballet d'Orlande, au cours de la plus brillante des fêtes de cette époque :

(') S. p. //., I. \-. Je ne puis malheureusement laisser à Hélène le «< charme fascinant des brunes aux yeux bleus » que lui a prêté M. de Nolhac. Ce dernier s'est, en effet, basé sur une élégie antérieure, non seulement à 1574, mais môme à la date à laquelle aurait eu lieu, d'après lui, la première rencontre de Ronsard et d'Hélène.

{^) Brantôme, éd. L. Lalanne, t. Vil, p. 332 et suiv. {Vie de Catherine de Médicis).

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