R0NS.4.RD
Le soir (jn' \monr vmis fisl en la snllp «lescondro Pour danspr dîtrlillrc un beîiii hallol d'\?nnur. Vos yriix, bit'n qu'il fust riuict, r.iriicnnoiit le jour. Tant ils sceurenl d'esclairs par la place respandre(*'..
liraiitùmc, (jui assistait à cotte fèU.* en compagnie (lu iKjMt'. en a laissé un récit fort intéressant à rai)i)roclitM tlii sonnet de Koiisard. C'était en août i ?t-'.^. Des ainhassadenrs |)olonais étaient vennsà Paris pour oflrir la eouronne de leur paysan due d'Anjou, frèredu roi — le futur Henri 111. u la reine-mère, écrit IJrantome, les resiiiiii fort superbement en ses ruillerics : et après souper, dans uuv grandsalle faicle à poste et toute entournée dune inlinité de llambeaux, elle leur rej)résenla le plus beau ballet qui fut au monde (je puis bien jKirler ainsy). lequel fust composé de seize dames et damoiselles des plus belles et des mieux apprises des siennes, (pii comparurent dans un grand rocli tout argenté, oh elles estoient assises dans des nicbes en forme île nuées de tous coslez. Ces seize dames représentoienl les seize provinces de la France, avecques une musique la plus mélodieuse qu'on eusl sceu voir : et après avoir faicl dans ce roch le tour de la salle par parade comme dans un camp,
(') S. p. //., II. 48.
et après s'estre bien faict voir ainsi, elles vinclrciit tontes à descendre de ce roch, et s'estant mises en forme d'un petit bataillon bizarrement invanté, les violons montansjusques à une trentaine, sonnans quasy un air de guerre fort plaisant, elles vindrent marcher soubs l'air de ces violons, et par une belle cadance sans en sortir jamais, s'approcher et s'arrester un peu devant Leur Majeslez, et puis apn'^s danser leur ballet si bizarrement invanté, et par tant de tours, contours et destours, d'entrelasseures et meslanges, affrontements et arrests, qu'aucune dame jamais ne faillit de se trouver à son poinct ny à son rang: si bieil que tout le monde s'esbahil que, parmi une telle conbision et un tel désordre, jamais ne faillirent leurs ordres tant ces dames avoient le jugement solide et la retentive bonne, et s'estoient si bien apprises. Et dura ce ballet bizarre pour le moins une heure, lequel estant achevé, toutes ces dames représentant lesdictes seize provinces que j'ay dict, vindrent à présenter au roy, à la reyne, au roy de Polongne, à Monsieur, son frère, et au roy et à la reyne de Navarre, et autres grands et de France et de Polongne, chacune à chacun une placque toute d'or, grande comme de la paulme de la main, bien esmaillé et gentiment en œuvre,
OÙ estoient gravez les fruiels et les singularilez de chasque province (')... "
Plus eiieore que j»ar la beauté d Hélène, Hoiisard lut. seiuhlf t il. ^l'-duil |)ar s(jn «'spril. ([ui clail i'(Mniii'i|Uiil)li-. rt i|u Cllt- ciillixait sans cesse, tcMiiiil liiiiiiniis
quelque livre en la main, Kn langue nostre ou étrangère i *■)
Vax devisant a\i'e elle dans ranlieliainhre de (latheiine de Médicis, où les gentilslionnnes de la (Idur aiinairnt à s'attarder au|)r(S des lilles de la iiine mère, le poète se sentit iinineihlenient attiré vers eette Hélène dont on lui reprocha parfois d'exagérer la beauté ('), mais que tout le inonde s'accordait à regarder avec lui comme une nouvelle « Minerve »>('').
(j'est ainsi (pie. peu à peu. na(|uit le dernier amour de IWm^aid comme le ra|)|)elaient à llfjènr ces \ers souvent cités :
Nous seule me pl.iisez : j'ay par élection
Kl non à la \oloe aimé vostre jeunesse v' '
(') Brnnlôme, loc. cil.
C"; Baïf, Œuvres, éd. Marly-I.aveaux. t. II. p. iii.
(") Œuvres de Ron.titni. l. 1. p. ;<."uj. sonnet: Chascun
me dit dans lequel il est vraisemblablement question
d'Hélène, (if. I^erroniana, art. (îournav. (iolo^ne. lôgi. p. 178.
[•^) Branlûmr. t. I\. p. 7i>o. et S.}). //.. H, â,=>.
et, surtout ce sonnet fort important et peu connu :
L'arbre qui inel à croistrca la plante asseuree... Ainsi l'anionr tardive est de longue durée.
Ma foy (lu pnMiiicr.jour uo vous fut pas donnée : l/.\inour cl la Raison, comme deux conibalans. Se sont oscarniouchez l'ispace de quatre ans : A la finj'ay perdu, veincu par destinée (")
Nous soninios, à ce niomcnl. en lây/j. Depuis les premiers jours de mars, la Cour se trouvait à Vincennes, dans la « maison royale » favorite des premiers Valois, mais que leurs successeurs du xm" siècle ne fréquentaient plus guère, malgré son agréable situation et son parc très vaste, laissant ce vieux château trop sombre, ses hautes murailles crénelées et son donjon féodal s'en aller « fort ruinant » C*).
Trois mois entiers le poète hésita à faire à Hélène l'aveu de son amour :
Je fu trois mois rétif : mais l'Archer qui me vit,
Si bien à coups de traits ma crainte poursuivit. Que battu de son arc m'a forcé de te suivre (^).
(•) Ibid., I. 3o.
('•) J. Androuet Du Cerceau. Les plus excellents basliments de France. Paris, 1576-1579.
Ijiliii. le I mai i")-;.'!. il se décida à prononcer le solciim'l sermiiil |);ir itMjiirl il L-ntrapeait sa foi :
Ce pipiuior jour dp May. HpJcno.jc vous jure l*ar Castor par Polliix, vos deux frères jumeaux, l'ar la vijjue entassée à IVntour des ormeaux. l\ir les prez. par les bois hérissez de verdure.
Par le nouviMU Printemps fils aism- de Nature, Var le rristal qui roule au pirou des ruisseaux. Et par les rossiffnols, miracle <l<'s oiseaux, Ouc seule vous serez ma deruicre aventure (,*)
Il y avait alors sept ans i^\n- Ir puMc vivait en " pure lilterté » (^').
On a vu dans quelles eiiconsLanees Uonsard s'était déeiilé à entreprendre la conipositioa de ses Sonnris pour llclenc, avec lagréinenl de Catherine de Médieis. et presque sur sa (lemandi*.
Bien qu'il soil dilTicile de rencontrer dans / ce recueil l'inspiralion « chaste et niodesle »
('» Und.. 1. I.
i^'i n'après le début de la crièbre l'Iôpir du second livre des .S. />. //. — Comment s'expliqueraient ces ven^, s'ils s'appliquaient aux années i5(ii-iô68, durant les- (juelles Ronsard chanta (îenèvre. Isabeau de Linieuii. et plusieurs autres femmes ?
que la reine-mère souhaitait y trouver, je crois volontiers, avec Binet, que le poète « entreprit plus d'honorer el de louor que d'aimer et de servir » Hélène. Pourcjuoi tlailleurs ne pas accepter ropiniun du biographe de Ronsard? Tout en permettant de croire à la sincérité des sentiments du poète, elle évite d'émettre sur la vei tu d'Hélène des doutes bien inutiles, et reflète avec fidélité, ce qui est capital, la véritable pensée des Sonnets.
(le petit livre nous offre le constant et significatif contraste des « raisons » qu'Hélène avait puisées dans la philosophie platonicienne, et de la sensualité du poète qui s'exhale avec des accents très divers, tantôt d'une délicatesse charmante, tantôt d'un réalisme grossier. Aussi, nul doute qu'il ne soit l'écho des longs entretiens dans lesquels Ronsard, demeuré malgré les années, l'épicurien de sa jeunesse, répétait à Hélène son voluptueux et mélancolique refrain :
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie (").
Le poète espérait-il réellement fléchir la rigueur de son amie ? Pensait-il qu'un jour « l'inviolable amitié » qu'Hélène et lui s'étaient
(•) S. p. H., II, 42..
jurée sur un ptlil iiuld tapissé de lauriers, avec une pompe toute païenne, céderait la place à l'amour (') ?
Kn raison ih- l'allitudc dliélène. il semble Idcii (jue le poète ait surtout ouvert son cœur au ir\c cl "i l'illusion :
SdiivcuI i)1(mii (le discdiirs. |)Oiir fl.itlcr mon csmoy. .le lu'arrcslr. et jo dv. So pniirroit-il hini faire (hi'cllc ppiisasl. parlait, ou se souvint de moy ?
Qu'i\ sa pilii- n>on mal coinnicnvast à desplaire? Kricor que jf iiif trumiM* . abus»' du contraire Pour me faire plaisir. Ilelene, je \c croy i^i.
Il se rési<^Mia donc à no >oir vu sa « \w\ie maislresse » que la - parfaicte amye •> qu'elle désirait être pour lui. et. suivant les théories répaiulues par Antoine lléroi't. à ce que U-urs amours fussent toutes s|)iritu('ll('S.
Honsard commençait à < hanlersa «< peine », lors(|ui' (.Ijarles l\ mourut à \ incennes. le 3o mai ib-!i. (irandr fut la douleur ilu poète, dont l'Amour et la Mort se disputèrent le cœur l'I la pensée :
.le cliantois ces Sonnets amoureux d'une Helcne. En ce funeste mois que mon Piniri- inminil
(M Ibid.. I. a6.
La Mort fut d'un coslé. et l'Amour qui me meine,
Estoit de l'autre part, dont le traict me ferut.
Et si bien la poison par les veines courut.
Que j'oubliay mon maistrc, attaint d'une autre peine(°)..
Je m'étonne que M. de Nolhac ait pu trouver dans ces vers l'indication de l'époque à laquelle Ronsard cessa de célébrer Hélène. Pour ma part, je n'hésite pas à me ranger à l'avis de Nicolas lUtlit'let. l'auteur du commentaire qui, à partir de 109 7, accompagna le texte des Sonnets : « llonsard. déclare-t-il (et l'on sait que Hichclet avait consulté le « sieur Binet »), remaniue le temps de la composition de ces amours, et dit qu'en mesme instant s'offrit à luy la mort du Hoy Charles et l'amour d'IIe- Icne, avec beaucoup de pcrplexitez, mais enfin l'Amour gagna sUr la Mort ».
On s'explique ainsi, tout naturellement, que les Sonnets n'aient été publiés pour la première fois qu'en lôyS, dans la 5" édition collective des œuvres du poète, et que l'édition précédente (1572-137.3) n'ait contenu aucune pièce adressée à Hélène.
Après la mort de Charles IX, tandis que Henri III s'enfuyait de Cracovie pour venir succéder à son frère, Catherine de Médicis
(•) S. p. H., Il 79.
s'enfermait au Louvre, où elle se sentait plus en sûreté qu'à Vinceniies Par crainte des <( ('nlr('j)ris('s et conspirations sccreltes >' , elle fil murer toiilt's les cntrci'S du palais, à l'exception de celle (}iji laisnit face ù Suiiil-Gerniainl'Auxerrois « de laquelle encoie ne laifesa-l-on que le ;,,'uicliet ouvert, avec faraude garde d arclurs par le dedans, et un corps de ;,'^arde de Suisses par U- dehors <• (').
Ci'sl là, niiiinlrnant. que Kon>^ard venait rej<jindre Hélène. Ln de ses sonnets nous le dépeint, montant tout essoulTIé les escaliei^ du Louvre, comptant ces degrés u recomptez tant de fois v\\ se rendant près d'elle, et lui disant :
Vw logos .Tii snnimrt du l';il.iis <lc nos Roi>i : OlMiipc n'avoil p.is la rvinc si li.iiit,iiti<
Daulres sonnets évoquent leurs longs entretiens dans I»' demi jour des verrières, et leurs mélancoli(iues rêveries, lorsqu'en ces beaux soirs d'été ils s'accoudaient à la fenêtre d'Hélène,
Regardant vers Mont-inartro ol iosoh.imps d'alentour(*).
(*) Pierre de I/Esloile. Mt'moires-Jonrnau.r . éd. Jouau&l . t. I, p. ib.
Q") S. p. IL. 11. <)'4.
(') Ibid., I. II ot 36.
Parfois, sortant de la ville par la Porte-Neuve, ils se rendaient au faubour^ Saint-Honoré, dans le jardin royal.
Jardin cent fuis lieureiiv. des Nymphes le séjour (•)..
Plusicuis oonteiiipi trains ont vanté l'étendue, ragrémenl et lu fraîcheur délicieuse des Tuileries de celte époque, que traversait une longue et large allée bordée d'ormes et de sycomores. « Dans ce beau jardin, écrit un ambassadeur vénilien, les arbres et les plantes sont distribués dans un ordre admirable, où l'on trouve non seulement des labyrinthes, des bosquets, des ruisseaux, des fontaines, mais où l'on voit reproduits les saisons de l'année et les signes du zodiaque, ce qui est une chose merveilleuse » (').
Parfois aussi, Ronsard et sa belle amie allaient se promener en coche, dans les campagnes avoisinantes, où Hélène aimait à cueillir des fleurs (( en la saison plus tendre », et apprendre du poète
Leurs noms et qualitez, espèces et valeurs, tout en M raisonnant de l'amour » (").
(•) ibid., h M-
C") Relations des ambassadeurs vénitiens, éd. Tommaseo {Coll. de Doc. inéd. sur l'Hist. de France), t. II, p. 593. Cf. E. Dupuy. Bernard Palissy, p. 09-60.
{')S.p. H., I. 44 et 47-
Avec (|inllc précision les Son/tels nous traduisent les sentinitiiU de K<ni>-ai(l ! Hélène lui témoignait elle (jucUjur fioidcur. parlait elle en coche avec sa cousine, sans réclamer sa présence, ou recevait-elle avec trop d'empresseimiil les liofnina;:!'^ d un gentilhomme de la (.onr!' Lf p(»Me salir i>lait longuement, et déclarait à son ami»', comme certain jour où il l'avail accompagnée sur la tombe de Madeleine (le hai'(|iii'\ illc :
Puis (juo liiMi ncsl »lc Iny. s'il n'est mort. «*stinié. Sans |.tn;:uir tant dr fois, cscondwil dr la graco. .Il' veux (lu toiil mourir pour cslrc mieux aimé <• .
Se mdiili.iil elle irlifllc à ses désirs ? Il éclatait in \i(»lenl^ it dur» reproches. •' llélas. écri\ait il le i.'> juilltl. jour où le corps de Charles I\ fut conduit à la l»asili(|ue de Sainl- Denis,
voiry iojourqnr mon maislro on cnlorro.
Muscs, acrompaj^niv son funeste con\oy... (aivRi.Ks (]ui fleurissoil na^ueres un ^.T.md Roy. Est maintenant veslu d'une rol)l>e de terre.
(') .S. p. //.. II. 59. d'est Hichelet cjui nous apprend que la Lucrèce de ce sonnet était M"' de Hacqueville. <• jeune, belle. s(,avante. des plus parfaites de la ('ourt. et des meilleures amies d'Helene. •> Klle était fille de ('harles de hacqueville. colonel d'infanterie et gouverneur du Havre, et de Marie d'^ aucourl. Ainadis Jamyn composa son épitaplic {Œuvres, 157a).
Me ! tu me fais languir par cruauté d'amour : Jr suis Ion l'romelhée. et lu ps mon Vautour... Si justes sont les Dieux, je l'en verray punir(*>.
Puis. 1111 n «raid favoiable. une lettre, un témoigiia«^^(' dan'eclion, faisaient perdre à Bon saril le souvenir de .ses tristesses, et espérer quelque « fin à sa peine >.
Deux mois s'étaient écoulés depuis la mort de Charles I\, lorsque, dans la nuit du 7 au 8 août, la reine-mère quitta le Louvre et se mit en route pour Lyon, où elle avait décidé d'aller attendre le retour de Henri 111 ('). Profitant de ce hruscjue départ. I^éléne s'éloigna sans laisser à Ronsard le i)ortrait qu'elle s'était engagée à lui remettre « au départir » :
Menteuse contre Amour, qui vengeur te poursuit. Tu as levé ton camp pour l'enfuyr de nuict, Accompagnant la Royne (,ô vaine couverture îjC').
Tandis que la Cour se rendait à Lyon, (Hélène figure dans le récit d'une aventure qui survint dans cette ville à la reine de Na-
(«) Ibid., II. 78.
(*■) Corresp. de Cath. de Médicis. t. ^ , p. 72 (lettre au duc de Savoie;.
varro) ('). Honsard sp contentait d'adresser au roi lin long po(>nie |)«»ur lui exprimer ses soiilniil^ de bienvenue ('').
Six mois s'écoulèient. tluianl lesqiieU la jeune fugitive sut si bitii obtenir son pardon, par (jut'Upies-unes âv ces lettres dont elle avait le secitl, (ju'eii ft'\ lier ij-'). au milieu deé fêtes du (-ouioiiiuiuent de ibiiii 111, nous la litrouvims plus maîticsse que jamais du cu'ur de Uonsard. Le carnaval battait alors son |)leiii :
T.iiidis qyio vous dnnrcz c\ t)allo/ h vostrr alw. Et mnsqujv vosiro face ninsi \iuo voslre ctpur. l'assioiiiic d'amour, je ino plains en langueur. Orc froid comme neige, ore chaud comme braise.
Le Carnaval vous plai>t : je n'ay rien qui me plaise
Sinon de conspirer contre \o>lre rigueur.
Vous appeler In^rr.ite. et bl.iMner la lonj^ueur
D»i temps (jue je vous sers sans que mon mal s'ap-
|paise<^'i..
l,e poêle se remit donc à pétrartjuiscr. el u'cul f^rarde iloublier. à l'entrée du carême, dollrir à Hélène les cendres île son cœur consume d'amour :
(•) Marguerite de Navarre. Mémoires, éd. P. Bonnffon, p. 81.
{*") Œuvres de Ronsard, t. III. p. 19-
Cl S. p. //.. II. .'i. Henri III lut cour»Minr a Keims le dimanche l'i février, veille du lundi gra>.
N'oubliez, mon llolenc. aujnurd'huy qu'il faut prendre Dos ccndri's sur lo front, (jii'il uVn faut point chercher Autre part (ju'en nj<in C(cur, que vous faites seicher, Vous riant du plaisir de le tourner en cendre (")...
Dès lo début il(" son ligne, Henri III établit au Lnu\n' une cuiieuse « Académie », qu'il réunissait « deux fois la sepmaine en son cabinet, écrit d'\ubi<^Mié, pour ouyr les plus doctes hommes (juil pouvoit, et mesme quelques dames o ('').( !e lui par un discours de Honsard sur « les vertus inlcUecluellcs et moralles », que s'ouvrirent ces brillantes réunions, auxquelles assistait l'élite de la Cour, et dans lesquelles la place d'Hélène était tout indi- (piée, au cùté de la Maréchale de Retz et de Madame de Li-j^nerolles.
Honsard, s'élaut improvisé philosophe, attaqua u sans peur de honte » les théories de l amour platonique, qualifiant la tempérance de Xénocrate de «< stupidité et hébétement de sens, qui empesche que l'homme ne peult honnestement gouster quelque volupté »("). Hélène, au contraire, les défendit ou les approuva,
(•) Ibid., II. 5.
(>•) D'Aubigné, Hist. Univ., éd. de Ruble, t. ^, p.^ 3. L'académie de Henri III. ancienne académie de poésie et de musique de J. A. de Baïf, fonctionnait dès i575, d'Aubigné, qui en faisait partie, ayant quitté Paris en février 1576.
{') Œuvres de Ronsard, t. VII, p. ici.
en lectrice fervente des Dialofji di A more de Léon l'Hébreu :
En choisissant l'esprit vous estes mal-apprise, «Jui nTiist'z le corps, à mon gré le n)oilleur...
Entre les rourlisans. afin do les braver.
Il faut en disputatil Triine^'isle approuver.
Et de ce ^'rand i'iaton n'eslre poirU ignorante.
Mais nioy qui suis l>ercé de telle vanité,
l'n discours fantastiq' ma raison ne contante :
Je n'aime point le faux, j"aime la vérité (•).
V SOS iliTt'plions (1 amoiiri'u.v, Honsard vil s'ajouter celle du eourlisan. car il ne fut pas apprécié par !<■ nouveau roi coninir par son l^rédéecsseur, «l n Cn revul jamais « prande dénionstralion de faveur >: le repue de Henri III devail rire eehii de Hroporles (').
\iusi s'e\pli(jueul les séjotirs de plus en plus frt'quents cl prol<>n<.îés que Ronsard fil ù partir de celle épocpie dans ses prieurés do Croixval et de Saint-Gosme. loin d'une cour .-si difTérentc pour lui de celle de Charles 1\. cl dont les houleux désordres lui inspirèrent, juscpie dans les Sonnets jtoiw llclene. des vers d une sinsfulière hardiesse :
(') S. p. //.. pièces retranchées, I.
('') Rinet ^texte C). p. 28. et LTstoile. t. II. p. aaa.
Laisse de Pharaon la lerrc Egyptienne, Terre de servitude, et vien sur le Jourdain : Laisse nioy cesle Cour et tout ce fard mondain. Ta Circe. ta Serene, et ta magicienne (*)...
Les allégories de eel inliuirable sonnet prennent, en ellel, une signification toute particulière, lorsque l'on se reporte, dans les Mnnoirrs Jiiurndux de P. de L'Estoile, aux pamphlets qui couraient alors Paris, trailant les Valois de ■ Pharaons •>, el la reine-mère de « Circé » (*").
Ce fut surtout à Croixval, au sein des d douces verdures » de sa clière forêt de Gastine, que Honsard résida en 15-5 et 1576. II y composa en riionneur d'Hélène toute une suite de vers exquis, dans lesquels il contait aux Nymphes et aux Dieuv de sa « terre paternelle » ses u maux presens et passez », et leur demandait de proléger le pin qu'il avait planté en faveur de son amie, et la belle fontaine qu'il avait consacrée à son nom. Parmi ces vers, à côté de sonnets justement célèbres, que reproduisent toutes les anthologies, se trouvent les stances charmantes et trop peu connues à la fontaine d'Hélène :
(•) S. p. //.. II, 4o.
(»>) P. de L'Estoile, t. I, p. 76 et 81.
Ain^i (lue ccslc can coule cl s'enfu>t pariny l'herbe. Aillai piiisHC couler en cote e;iu le souci (jiic ma belle MaistroM-. à mon mal trop superbe. Kn},'ra\c dans mon cœur sans en avoir mercy (')...
\ raiiloiiinc i^t-i't. la Cour vint s'établir à Hlois. où cllr passa 1 lii\rr, eu raison des Ktatsfît'ii6rdux couv<>r|u«'s par le roi. il drineura sur les rivi's do lu Loire justpi'au début de Télé suivaul. Aïalgré la j^ravité de llieure. l'iudifjcnce du trésor royal el les diffirullés de toutes sortes suscitées par les fitats. la Lifrue et la «futrre eiN ile, de non\»'au ralluiuée. Henri 111. entouré de ses mignons > diaprés et pulvériz«'s de pouldres violettes el senteurs odoriférantes », se livra atix plus folles prodigalités, et ce fut. h Blois. une suite ininterrompue de joutes, de touinois. de ballets et de mascarades (^).
Honsard, (pii axait rej(»inl la (lour C ). trouva.
eu revoNant son ami<'. nii»' n..ii\.'n.' :ii.l<iir
pour la cbanicr :
Holeno sctMil rhannor a>«'c<iMr son Nopenthe Les pleurs do Telemaque. Heleue, je voudroy (Jue tu pousses charmer les maux que je revov Depuis deux ans passez, sans(|uoje m'en repcnlei'-..
(•) Pièces ct>miH->soes à Ooixvtl à celte époque. I. t6, 49 : II, s. !to. -1. 73 : StaiR-os.
(^) ('.es détails et ceux qui suivent, relatifs à la Cour, sont empruntes à L'Estoile. t. I. p. lôo et suiv.
(') ( ihAivrfs de Honsard. t. III, p. .^9.
(/i ii. p. II.. 1, 5.
Au mois de mai 1Ô77, des iètes maffiiifiqucs céléhrèreril les succès remporlés sur les Huguenots par les troupes royales. Ce fut d'abord, aux portes mêmes du prieuré de Saint-Cosme, le fameux « festin vert » donné par le roi au Plessis le/ Tours, pour lecpiel il fallut quérir u à Paris cl ailleurs pour soixante mil francs dedrai)sde soie verte ». Puis, ce fut le festin de la reine-mère, à Chenonceaux, « qui lui revenoil (à ce qu'on disoit), à près de cent mil frajics. (pi Ou leva comme par forme d'emprunt sur les |)lijs aisés serviteurs du Roy, et mesmes de quelques Italiens, qui s'en sreurent bien rembourser au double. En ce beau banquet, les dames les plus belles et lionnestcs de la Cour, estant à moiclié nues et aianls leurs cbeveux espars Comme espousées, furent employées à faire le service ».
Hélène, jeune, belle, entourée, se montra
coquette el provocante. Konsard en témoigna
d'abord quelque dépit :
Elle se glorifie en ses cheveux frisez.
En sa vcrdc jennesse, en ses yeux aiguisez,
Qui tirent dans les cteurs mille poinctes encloses.
Pourquoy te braves-tu de cela qui n'est rien ?
La beauté n'est que vent, la beauté n'est pas bien :
Les beautez en un jour s'en-vont commcs lesRos€s(''j.
Puis il tomba dans une profonde mélancolie :
Trois ans sont ja passez que ton u-il me lient pris. Et si ne suis marry de nie voir en servage : Seulement je me deuls des ai\py> de mon âge, ( Hii me laissent le clicf semé de cheveux gris (')....
8a tendresse sut alors trouver des accents d'une si vibrante sincérité. (juMélène en parut allendrie v[ troublée. L'amour venait-il eiitin (le n;iîlre dans son cœur !'
A ce moment, la Cour quitta les cliàtcaux de la Loire pour se rendre à Poitiers. Tremblant de crainte et d'espérance, le poète écrivit à son amie ce tendre billet, pour lui demander s'il ne se mé|>renail pas sur la nature des sentiments «niii avait cru surprendre en elle :
lion jour ma cloute \'n\ autant remply de joye,
(^)ue triste je vous dis au départir adieu :
Kn vostrc bonne grâce, lié dites-moy quel lieu
Tienl mon cœur, que captif devers vous je r'envoye :
Ou bien si la longueur du temps et de la voye Et l'absence des lieux ont amorty le feu (^)ui commençoit en vous à se monstrer un peu : Au moins s il n'est ainsi, trompe je le pensoye... (^)
Lu II refus asscuré » d'Hélène vint mettre fin aux illusions de Ronsard, lorsque le poète et
n 76jd., I, li.
C) S. p. H., II, 19.
son amie se retrouvèrent à Paris, à la fin de l'année. Les .Sonne/s allaient paraître. Ronsard, se hâtant d'ajouter à son recueil quelques pièces d'adieu, ({\iv l'Amour lui avait, dit-il, dicté en quinze jours ('), décida de prendre congé d'Hélène, sans plus tarder :
D'un refus asseuré tu me payas le fruit Que j'esptTois avoir : ô espérances vaines ! O fondenions assis sur débiles arènes!
Malheureux qui soymcsnie abuse et se séduit !
O beauté sans merci, ta fraude est descouverte! J'aime mieux eslre sage après quatre ans de perte. Que plus long temps ma vie en langueur dcsseicher('').
Son âge, d'ailleurs, l'invitait à la retraite :
Je m'en-fuy du combat, mon armée est desfaile : J'ay perdu contre Amour la force et la raison : Ja dix lustres passez, et ja mon poil grison M'appellent au logis, et sonnent la retraite (")■■..
Le 6 février 1578, les Sonnets pour Hélène prenaient place dans la 5" édition des Œuvres de Ronsard, à la suite des Amours de Cassandre et de Marie.
(\) Ibid., II, 74, texte de 1.578 et de i584. La leçon : quinze mois, qui se lit à partir de 1587, est peut-être fautive.
C") Ibid., pièces retranchées, 5.
() S. p. //., 11, 7.5. En admettant même que Ronsard ne se soit pas rajeuni dans ce sonnet, comme il avait coutume de le faire, il était bien dans son onzième lustre en 1578.
QuehjUL's mois après ces événements, Culheiiiie <lf* Méiliiis ciilropril un loii^ voyage (le pacification dans les provinces du Midi, où, l)i('n (|u"i'llc iiCùt pour loule armée, écrivailcllc un Jour à Henri IIL que les « vingt cornelles de salin noir» de ses demoiselles d'honmur. elle se promellait de faire respecter son lils, *' autant (pie l\oy y fut jamais (') ».
L'édition de i.'iyS renfcirne la presque lola lité des vers composés en l honneur d'Hélène. Un certain nombre de pièces, la plupart posthumes, nous prouvent cependant que. malgré ses serments, jionsard ne parvint Jamais à se «délivrer d'Ainoni- . et fpril < finit quasi sa vie » en céléhiant sa dernière Muse, comme l'a écrit Cl. Hinet(').
Elles nous font entcndic les suprêmes plaintes adressées par le poète à celle Hélène qu'il avait si sonxcnt ooni|iarée à l'héroïne
(•) Corresp. de Catherine de Médicis. t. VU, p. 7.
('■) Ce sont: l'élégie (publ. en i.'iS^i. ol les sonnets 76 et 77 (publ. en i.">87^, du livre II. ainsi qu'une partie des pièces imprimées en lOoi) Qt en 1617. Ton les les aulres pièces d\i recueil, y compri.> celles qui se trouvaient primitivement dans les. 4mo«r« Diverses, furent publiée» en 1678.
d'Homère, et qui devait à ses « Iliades » un
iiiiiiKulcl iciumi :
Quand an oommenccniont j'admiray ton nicrito. Tu vivnis à la Covir sans loiianpe ot sans bruit : Mainlonanl un rciioni parla France te suit, Kgallaiit on grandeur la Koyalle Ilippolyto.
Libéral j'envoyay les Muses à ta suite.
Je lis loin de ton clicf esvanonir la nuit,
Je lis Haniber ton nom comme un astre qui luit.
J'ay dans l'a/ur du ('.u'\ ta loiiangc décrite.
Je n'en suis pas marry, toutefois je me deux Que tu ne m'aymcs pas, qu'ingrate tu ne veux Me payer (juc de ris, de lettres et d'œillades (")....
A CCS plaintes, se mêlent parfois de mélancoliques adieux, comme dans la belle élégie composée au mois d'avril iBSo, sans doute à la suite d'une nouvelle rencontre de Ronsard et d'Hélène, revenue, après deux ans d'absence, de son voyage dans le Midi :
Or le plus de mon bien pour décevoir ma peine. C'est de boire à longs traits les eaux de la fontaine Qui de vostre beau nom se brave, et en courant Par les prez vos honneurs va tousjours murmurant.. Là couché dessus l'herbe en mes discours je pense Que pour aimer beaucoup j'ay peu de récompense Et que mettre son cœur aux Dames si avant, C'est vouloir peindre en l'onde, et arrester le vent : M'asseurant toutefois qu'alors que le vieil âge
(") S. p. H., pièces publ. en 1609, 5.
Aura comme un sorcier changé voslrc visage. Kt lors que vos rJu'veux (levicrHlrorit argnnlez. Kt qur \os yeux, d'amour ne seront plus hantez. Que toiisjours vous aurez, si <|uelque soin \ous touche. Kn l'esprit mes cscrits. mon nom en ^oslrt* bouche.
Miiintennnt que voicy l'an septième venir, N«' pensez plus llolotu" en \os laqs me tenir. La Maison m'en délivre, et vostrc rigueur dure. Puis il fault (pie mon à>.'o ot)oysse ù nature (•).
\ parlir dr criW r|)u(|iii-, Konsard vérul |)n'S(|in> c-oiislniniiu'iit rclirr dans ses prieurés, ù cause de sa saule chancelante, «le la pré|)anilion il'im texte drllnilif de ses «euvres. el de son pi'U de i^oùi pour la cour tic Henri III. (t l)e plusieurs lellres cscritles de sa main propre à S(»n cher ainy Jean (iallandius, qui sont heureuseinenl toml)»'e«i entre les miennes, écrit (iiiillainne ("■olUtet. j'apprends qu'il ne poiiNoit se résoudre, sur les dernières années de sa vie, à quitter sa maison de Croixval pour aller à la (lour, el v mendier je ne sçay (piellc mondaine faveur, de la(pielle par modestie il se pouvoil bien passer plus justement, dil-il. (pie ces bons pères philosoplies qui n'avoient pour Ions menhir^ que le baston.
(•i .*N. />. //.. Il, éh'gie. Catherine de Médicis passa le mois d'avril i.'i8o en Touralne.
le manteau hailloniié cl le creux de main ('). » Ce << cher ;iin\ Jean fîallandius », dont parle (lollek'l, n'était autre que Jean Galland, principal de l'Académie de Boncourt, petit collègt' situé non loin de l'Université. C'est lui que KnnsanI choisissait comme hôte, depuis phisieurs aniUM-s. toutes les fois qu'il venait à Paris ; lui qu'il chargeait, en son absence, île régler ses aflaires avec les imprimeurs, et, en faisant parfois appel au crédit d'Hélène, avec les trésoriers royaux (^).
Konsard séjourna jxtur la dernière fois à Paris de février à juin lôSô, «durant lequel temps il ne bougea presque du lict, tourmenté de ses gouttes ordinaires ('). » Il ne put, en conséquence, aller visiter Hélène, comme de coutume, dans le magnifique hôtel que Philibert de L'Orme et Jean Bullant venaient d'édifier, rue Saint-llonoré, et dont (Catherine de Médicis avait fait sa résidence particulière. Hélène quitta d'ailleurs Paris, dès le 3o mars, à la suite de la reine-mère, qui se rendait en Champagne pour négocier avec les chefs de la Ligue. Sans doute, avant son départ, vint-elle
(•) G. Colletel. Vie de Ronsard, publ. par P. Blanchemain (Œuvres inédites de P. de Ronsard, Paris, Aubry, iSô.Ti. p. 5i.
(^} Binel. p. 29 et CoUelet. p. 67.
(') Binet. p. 39.
au collèpc (le Boncourt prondre congé de son ami, apaisant, uno fois encore, d'un regard et d'un sourire, la triste langueur » qui l'accablait en son lit de douleur :
Encores aujourd'lmy los miracles se font ('*)...
Hetourné en Vendômois et de plus en plus malade, Konsard se prépara «'i la mort, j.e iri octobre, il écrivait à (ialland <pi il se trouNoit exlienienient foible depuis (pjinze jours, et qu il aNoil peur de s'en aller avec le» l'euilles : toutefois, qu'y estant tout à faicl résolu, il soubaitoit (jue ce fust plus loslque plus tard (''). >•
S'élant transporté à Saint-Cosme, qutUjues jours avant Noël, il y mourut, le vendredi 27 décembre, non sans avoir adressé « ses bumbles baisemains à Mademoiselle de Surgbvv.Si"). » et pétrarcpiisé, une dernière fois, en sa faveur :
\o»is rnissonux, vous rochers. \ons antres solit^iiros, Vous chesiics, tieriliers du silence des bois, Entendez les souspirs de ma dernière vois. Et de mon testament soyez présents notaires...
Je meurs pour la rigueur d'une fiere beauté (^*) ....
(•) S. p. H., pièces publiées en Hmç). (t. C») Colletet. p. ôi.
(=) Ibid., p. 67.
Tout ce que l'on sait sur Hélène, après la mort (le son illustre ami, c'est qu'elle ne se maria point ("). et qu'elle appartenait encore à la maison de la reiiio-mère. à la fin du règne de Henri 111 (^).
Peut être Unit-elle sa vie en jei^ne et oraison, au fond de quelque monastère, ainsi qu'elle en avait déjà lémoi^'-pé le désir, certain soir, où, accoudée aux fenêtres du Louvre, les yeux fixés au loin sur labbayede Montmartre, elle avait déclaré à Ronsard :
La solitaire vie. et le désert séjour
Valent mieux que la Cour, je voudrois bien y estre (').
Telle fut rhisioire du dernier amour de Ronsard. Il me reste à rappeler, maintenant, les principales sources de l'admirable recueil que nous lui devons.
Comme les Amours de Cassandre et de Marie, les Sonnets pour Hélène témoignent de l'influence exercée sur le poète par les
(') Généalogies citées.
C") Elle est mentionnée dans un pamphlet publie par L'Estoile, t. III, p. 100.
lyriques {^recs et latins, et par leurs imitateurs modernes.
Ainsi, le sonnet : Quand à longs traits je boy... est imité de Sapho ; le sonnet : Cylhere entroit au bain... do l'ibulie . le sonnet : Celle
de (jui r\ni(tur dlJvide ; les stances à la
fontaine d'Hélène, de Tliéocrite. Le vers fameux :
(^iioilloz (l('s aujourd'liMN Ips roses de la vie,
rappelle la fin de liilvllc des roses d' \usone : Colligp, viryo, rosas duin llos novus....
Le plus célèbre des sonnets où Hélène est assimilée parHonsardà l'héroïne d'Homère :
Il IIP faut sVsbatîir. disoipiil ces bons vipillars Dessus |p imirTrovpii. vnyans passer Hélène....
est tiré d'un i)assa<j|:e du IIL livre de l'Iliade.
et se termine pardnix Ncrs empruntés Ti Pro-
pcrce :
Nunc, l'ari, lu sapiens, el tu, Menelae, fuisli ; Tu, quia poscebas, tu, quia lenlus eras.
Divers traits, çà el là, sont pris à Horace, à Catulle, à Martial, à Lucrèce.
Enfin, parmi les néo latins, Marulle, .\ngerianus, Navagero, Sannazar et Jean Second ont surtout servi de modèles à Ronsard. C'est ainsi que la jolie chanson :
Plus estroit que la \ igné à l'Ormeau se marie...
est imitée de Jean Second.
L'érudit commentaire de Richelet, auquel j'emprunte CCS quelques exemples, est beaucoup moins renseigné sur les sources italiennes du recueil, dont l'importance est cependant capitale. Il se borne, à peu près, à signaler les sonnets imités de Pétrarque, parmi lesquels deux ou trois suivent assez fidèlement l'original, en particulier celui-ci :
Amour, qui as ton règne en ce monde si ample, Voy ta gloire et la mienne errer en ce jardin...
qui reproduit le sonnet :
Stiamo, Amor, a vcder la gloria noslra...
du Canzoniere.
Or, Ronsard, comme d'ailleurs tous les poètes de la Renaissance, ne s'est pas contenté d'imiter Pétrarque, mais aussi, et souvent plus que lui, les pétrarquistes de son temps : c'est ce qu'ont mis en lumière les remarquables travaux de M. J. Yianey (").
A la fin du quattrocento, était né en Italie un pétrarquisme nouveau, précieux et sensuel, emphatique et subtil dont le succès, malgré les efforts de Bembo et de ses disciples pour
(*) J. Vianey, Le pétrarquisme en France au XVI' siècle, Montpellier-Paris, 1909.
reprendre la tctiriition du ;.'iaiid Florentin, se proloiifj[ea durant tout le (XJurs du xvi* siècle, a\(f Tchaldeo, Carile<i, Seraiinu dall'Aqnila. Paiiipliilo Sasso, Angelo di <.io!»t«in/u. Luijifi l'aiisillo et Borardino Hola.
Iiuités par nus premiers poètes renaistianl^, un |)('a né^'lip^és, d'abord, par la Pléiade, les (piatlrocnilistcs duiniueiit à nouveau toute nuire histoire poétique de la lin du wi' siècle.
('(•si leur iidlnence. plus que t<»ut4; autre, (pir Ton trouve dans les Son/iets pour llelenc. Non seulement Hunsard a renouvelé les thèmes, les images et les pointes chères aux (piatlrocenlistes. comme dans le s<»nncl déjà cité, où Hélène, le premier jour du ranime. rece\;nt riroinrnaL'c du coMir qu'elle u\ail « tourné en cendre . mais il a emprunté, en outre, à Tebîildco. sa technique des tercets, ce que nos poètes n'avaient encore jamais fait. C est ainsi qu'aux combinaisons du sonnet réf?ulier orj classique, ipi il i»\ait lui uit*me «'labli à la siiilc de Marol, lton.<«arrl sub>titna, plus t]{: lienlc t'ois, dans ses Sonnets |)our Hélène, celle combinaison, faite au moyen de deux rimes alternées ;
Nous soiilc mo plaise/. : j .1 > |mi oloi lion Et non à la volée aimé vostre jeuriess* : Aussi je prens en gré toute ma pa&sion.
Jo suis do ma fortune aiilheur, je le confesse : I.a vertu (jui \ous pleige, en est la caution. Si la vertu me trompe. ;idiou belle Maistresse.
Mal^Mt' colle tloiiblr et profonde inllueiice (le l'anlifiuilé el de lllulie, les Sonnets pour Hélène ii fii demeurent pas moins une œuvre orif,'iiiule. Chez aucun poète de la Renaissance, l'imilalion lu* fui plus discrète que chez Ronsard, et plus voisine de celle que devaient pratiquer les classiques du <,'rand siècle. On ne trouve le i)lus souvent, dans ses recueils dWmours, que dos réminiscences dues à Ihumanisme étendu du poète ; 1res peu d'emprunts réels ; jamais de traduction servile, comme dans les autres canzonieri du \vi" siècle.
l'n reprenant les thèmes si souvent répétés avant lui, Ronsard a réussi, grâce à la délicatesse de ses expressions et à l'harmonie de ses vers, à leur prêter une beauté nouvelle, au moins égale à celle de ses modèles.
Publiés, comme on l'a vu, en 1578, les Sonnets pour Hélène figurent dans les deux éditions suivantes des œuvres de Ronsard, avec quelques modifications de texte, diminués d'une demi-douzaine de pièces, et augmentés d'un grand nombre d'autres, que le poète avait tirées de ses Amours Diverses. La
premièrr de ces édiliorjs parut en lôMi ; la seconde fut donnée, après la mort de Honsard, par les scjins tir Ji-aii rialliuid et de Claude Binel.
La présente réimpression des Sonnets pour llclene suit le texte de 1687, en respectant toutes les modifications apportées par Ronsard, dans 1«' bui do <> laisser ses cscrits à la poste rite coniiiu' il Noiildjl (jnils fussrnl Icuz et recitez >» {'). Ku ap|)endice li;:un'nt les onze sonnets publiés pour la pri-mièrr fois au xvn' siècle, et les pièces retranchées par le poète en i58'i et en lôSy.
(•; Du Perron. Oraison funèbre de lionsard.
SOXXHTS POUli HELENE