‹ Sonnets pour Hélène. Introd. et notes de Roger Sorg; avec un port. gravé sur boisChapitre 17 sur 25 · HUIT SONNETS · texte numérisé non relu

HUIT SONNETS

La Mère des Amours j'honore dans les Cieux Pour avoir trois beautez, trois Grâces avec elle, Mais tu as une laide et sotte Damoyselle [mieux. Qui te faic deshonneur, le change vaudroit

Jamais le chef d'Argus, fenestré de cent yeux. Ne garda si soigneux l'Inachide pucelle. Que sa rude paupière, à veiller éternelle, Te regarde, t'espie et te suit en tous lieux.

Je ne suis pas un dieu pour me changer en pluye ; Dessoubs un cygne blanc mes fiâmes je n'estuye, C'estoient de Jupiter les jeus malicieux.

Je prens de tes beaux yeux ma pasture et ma vie, Pourquoy de tes regards me portes tu envie ? On voit sur les autels les images des Dieux.

J'ay reçeu vos Cyprez et vos Orangers verds ; Le Cyprez est ma mort, l'Oranger signifie (Ou Phebus me déçoit) qu'après ma courte vie Une gentille odeur sortira de mes vers.

Recevez ces pavots que le somme a couvers D'un oubly Stygien : il est temps que j'oublie L'Amour qui sans profit depuis six ans me lie, Sans alenter la corde ou descloûer mes fers.

Pour plaisir, en passant, d'une lettre bien grosse Les quatre vers suyvans engrave sur ma fo?se : Une EspagnoUe prist un Tudesque en ses mains :

Ainsi le sot Hercule estoit captif d'Iole.

La finesse appartient à la race EspagnoUe,

Et la simple Nature appartient aux Germains.

2l6 HUIT SONNETS

Mon page, Dieu te gard, que fait nostre Mais-

[tresse ?

Tu m'apportes tousjours ou mon mal ou mon bien : Quand je te voy je tremble, et je ne suis plus mien, Tantost chaud d'un espoir, tantosf froid de tris-

[tesse.

Çà baille moy la lettre, et pourtant ne me laisse, Contemple bien mon front par qui tu pourras bien Cognoistre en le fronçant ou défronçant, combien La lettre me contente ou donne de détresse.

Mon page, que ne suis- je aussi riche qu'un Roy, Je ferois de porphyre un beau temple pour toy. Tu serois tout semblable à ce Dieu des voyages :

Je peindrois une table où l'on verroit pourtraits Nos sermens, nos accords, nos guerres et nos paix, Nos lettres, nos devis, tes tours et tes messages.

Quand au commencement j'admir[ay] ton mérite, Tu vivois à la Cour sans louange et sans bruit : Maintenant un renom par la France te suit, Egallant en grandeur la Royalle Hippolyte.

Libéral j'envoyay les Muses à ta suite.

Je fis loin de ton chef esvanoiiir la nuit,

Je fis flamber ton nom comme un astre qui luit,

J'ay dans l'azur du Ciel ta louange décrite.

Je n'en suis pas marry, toutefois je me deux Que tu ne m'aymes pas, qu'ingrate tu ne veux Me payer que de ris, de lettres et d'oeillades.

Mon labeur ne se paye en semblables façons, Les autres pour parade ont cinq ou six chansons Au front de quelque livre, et toy des Iliades.

2l8 HUIT SONNETS

L'enfant contre lequel ny targue ny salade Ne pourroient résister, d'un trait plein de rigueur M'avoit de telle sorte ulcéré tout le cœur Et brûlé tout le sang que j'en devins malade.

J'avoy dedans le lict un teint jaunement fade, Quand celle qui pouvoit me remettre en vigueur, Ayant quelque pitié de ma triste langueur. Me vint voir, guarissant mon mal de son œillade.

Encores aujourd'huy les miracles se font : Les Sainctes et les Saincts les mesmes forces ont Qu'aux bons siècles passez, car si tost que ma

[Sainte

Renversa la vertu de ses rayons luisans

Sur moy qui languissois, ma fièvre fut esteinte,

Un mortel médecin ne l'eust faict en dLx ans.

Je n'ayme point les Juifs, ils ont mis en la croix Ce Christ, ce JVIessias qui nos péchez efface, Des Prophètes occis ensanglanté la place. Murmuré contre Dieu qui leur donna les loix.

Fils de Vespasian, grand Tite tu devois, Destruisant leur Cité, en destruire la race, [espace Sans leur donner ny temps, ny moment, ny De chercher autre part autres divers endroits.

Jamais Léon Hebrieu des Juifs n'eust prins nais-

[sance, Léon Hebrieu, qui donne aux Dames cognoissance D'un amour fabuleux, la mesme fiction :

Faux, trompeur, mensonger, plein de fraude et

[d'astuce, Je croy qu'en luy coupant la peau de son prépuce On luy coupa le cœur et toute affection.

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