‹ Sonnets pour Hélène. Introd. et notes de Roger Sorg; avec un port. gravé sur boisChapitre 5 sur 25 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

J'errois à la volée, et-sans respect des lois Ma chair dure à donter me commandoit à force, Quand tes sapes propos despouillerent l'cscorce De tant d'opinions que frivoles j'avois.

En t'oyant discourir d'une si saincte vois, Qui donne aux voluptcz une mortelle cntorce, Ta parole me fist par une douce amorce Contempler le vray bien duquel je m'esgarois.

Tes mœurs et ta vertu, ta prudence et ta vie Tesmoignent que l'esprit tient de la Deité : Tes raisons de Platon, et ta Philosophie,

Que le vieil Promethee est une vérité,

Kt qu'après que du ciel la flame il eut ra\ie,

Il maria la Terre à la Divinité.

Bienheureux fut le jour où mon ame sujette Rendit obéissance à ta douce rigueur, Quand d'un traict de ton oeil tu me perças le cœur. Qui ne veut endurer qu'un autre luy en jette.

La Raison pour néant au chef fit sa retraite, Et se mit au dongeon, comme au lieu le plus seur: D'espérance assaillie et prise de douceur, Trahit ma liberté, tant elle est indiscrette.

Mon destin le permet, qui pour mieux m 'offenser Baille mon cœur en garde à la foy du Penser Qui trompe son seigneur, desloyal sentinelle,

Vendant de nuict mon camp et mon cœur aux

[Amours.

J'auray sans cesse en l'ame une guerre éternelle : Mes pensers et mon cœur me trahissent tousjours.

IIO SONNETS

Je sens de veine en veine une chaleur nouvelle, Qui me trouble le sang et m'augmente le soing. Adieu ma liberté, j'en appelle à tesmoing Ce mois qui du beau nom d'Aphrodite s'appelle.

Comme les jours d'Avril mon mal se renouvelle : Amour qui tient mon Astre et ma vie en son poing, M'a tant séduit l'esprit que de près et de loing Tousjours à mon secours en vain je vous appelle.

Je veux rendre la place en jurant vostre nom, Que le premier article avant que je la rende, C'est qu'un cœur amoureux ne veut de compagnon.

L'amant non plus qu'un Roy de rival ne de-

[mande.

Vous aurez en mes vers un immortel renom : Pour n'avoir rien de vous la recompense est grande.

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