Sonnets pour Hélène;
ApnES avoir chanté divers subjects, Ronsard voulut finir et couronner ses œuvres par les Sonets d'Helene, les vertus, beautez et rares perfections de laquelle furent le dernier et le plus digne object de sa Muse, le dernier parce qu'il n'eust l'heur de la voir qu'en sa vieillesse, et le plus digne parce qu'il surpassa, aussi bien que de qualité, de vertu et de réputation, les autres precedens subjects de ses jeunes amours, lesquels on peut juger qu'il aima plus familièrement, et non cetuy-cy qu'il entreprit plus d'honorer et louer, que d'aimer et servir. Tesmoin le titre qu'il a donnéà ses louanges, imitant en cela Pétrarque, lequel comme un jour en sa Poésie chaste et modeste on louait devant la Royne mère du Roy, saMajest^î l'excita à escriredepareilstilc, comme
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plus conforme à son âge, et à la gravité de son sçavoir: Et ayant, ce luy sembloit, par ce discours, occasion de vouer sa Muse à un subject d'excellent mérite, il print le conseil de la Hoyne pour permission,' ou plustost commandemetit de s'addresser eu si bon lieu, qui estoit une des filles de sa chambre, d'une trèsancienne et tresnoble maison en Saintonge.
Ayant continué en ceste volonté jusque à la fin, il finit quasi sa vie en la louant. Et par ce que par son gentil esprit elle luy avoit souvent fourny d'argument pour exercer sa plume, il consacra à sa mémoire une fonteine en Vandosmois, et qui encor aojourd'huy garde son nom, pour abbreu ver ceux qui veulent devenir Poètes ('), » Voilà ce que nous apprend Claude Binet, l'ami et le biographe de Ronsard, «t, à peu de chose près, tout ce que l'on savait au sujet d'Hélène de Sui^fères et de l'hislolre du dernier « canzonîere » du poète, lorsqu'en i8Sa M. de Nolhac leur consacra enfin, dans la Nouvelle Revue, une étude détaillée.
« Ce petit écrit, déclare-t-il dans la préface d'une récente édition qu'il en a donnée, a gardé probablement l'intérêt historique qui l'a recommandé aux biographes de Ronsard,
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puisque aucun autre n'a été consacré depuis h Hélène de Sui^ères, soit que le sujet ait paru trop mince, soit que ces premières recherches l'aient épuisé (■). »
U m'a semblé, cependant, qu'en raison de l'importance reconnue des Sonnets pour Hélène, pur chef-d'œuvre du pétrarquisme français, il n'était pas sans intérêt de reprendre, après M. de Nothac, l'histoire du dernier amour de Ronsard, et d'essayer tout au moins de glaner derrière lui les modestes épis de la gerbe de Ruth.
Dans ces quelques pages, destinées à servir de commentaire historique au recueil d'Helene (qui se trouve ici détaché pour la première fois de l'œuvre de Ronsard), j'ai cru, sur deux points, en particulier, ne pas devoir suivre mon devancier.
Tout d'abord, j'ai préféré laisser de côté un certain nombre de pièces dont il s'était servi, et qui, avant de figurer parmi les Sonnels pour Hélène, faisaient partie du recueil des Amours Diverses (''). Ces vers sont, en effet,
(') P. de Nolhac. Le dernier amoar de Roniard, Paris. Dorbon aine, a. d. (1930).
C") Sonnets pour Hélène, livre 1 : sonnets XVIII à XXV (inclus) et s. XLI : livre II. s. XI à Xlll (indus). 9. XXI k XXX. VI (inclus), s. XLIll.B. LX à LXlll(inclus), et le madrigal (sonnet en 1578).
II sujets à caution » , comme l'a déjà remarqué M. P. Laumonîer, m et ne peuvent offrir de documents certains sur les relations de Ronsard et d'Hélène ('). »
D'autre part, je n'ai pu accepter les dates assignées par M. de Nolhac au dernier amour du poète, et à la composition des Sonnets (i568-i57i). J'indiquerai plus loin les raisons importantes qui m'ont amené à placer ces événements, non pas sous le règne de Charles IX, mais sous celui de Henri III, c'est-à-dire tout à fait à la fin de la vie de Ronsard, ainsi que m'y invitait, d'ailleurs, le témoignage de Cl. Binet.
On sait, par le poète lui-même, qu'Hélène de Surgères appartenait à une famille d'origine espagnole, établie dans le gouvernement de SaintongeC'). Les généalogistes nous expliquent en effet que, vers le milieu du xv' siècle, un gentilhomme de Galice, nommé Roderic de Fonsèque, vint épouser une certaine Louise de Clermont, héritière du fief de Surgères, ep
(') P. Laumonier, OEutres complètes de P. de Ronsard, Pnris, Lemerre, 1914-1919. t. Vil, p. 100.
(') S. p. H.. I, 17. etc.
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Aunis, et que leurs descendants possédèrent cette baronnie, jusqu'au jour où elle passa par mariage dans la maison de La Rochefoucauld.
De son union avec Anne de Coesé-Brissac, sœur des deux maréchaux qui illustrèrent cetle famille' au xvi' siècle, le petit-fils de Boderic, René de Fonsèquc, baron de Surgères, eut un fils, Charles, qui devint gentilhomme ordinaire du roi et conseiller d'État, et une fille, qui devait être l'Hélène de Ronsard (').
Nous ignorons malheureusement h peu près tout de l'enfance de cette dernière. Tout au plus peut-on présumer qu'elle naquit au début du règne de Henri II. un " neufiesme jour d'avril », comme l'a chanté Ronsard, et saiton, par le poète, qu'elle passa une partie de son enfance en Piémont, dont son oncle Charles de Brissac était alors gouverneur(^).
Dès i566, nous la trouvons à la cour de Charles IX, parmi les demoiselles d'honneur
(*) Généalogie manuscrite de la famille de Fonsëque- Surgères, Bibl. Nat. , pièces originales, 1 180, et A.ndré Du Chesne, Hisl. ginéal. de la maison dei Ckasteigners, Paris. S. Cramoisy. i63i, p. .'i3i-43î. VHUt. ginéal. dt la maison de Sargères, par L. Vlalart, Paris. J. Chardon. 1717, ne mentionne pas Hélène.
(^) S. p. H., pièces publiées en 1617. 3. Le Maréchal de Brissac fut nommé gouverneur de Piémont en i55o, et ne rentra en France qu'après le traité de Gateau- Cambrésis, i55g.
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de la reine-mère. Suivant un état de la maison de Catherine de Médicis, publié par le C" Baguenault de Puchesse, Hélène était à cette date « fille damoiselle à IP livres de gages », et devint l'année suivante « Glle de chambre à ni[= livres <■)».
Sa beauté et son esprit ne tardèrent pas à lui valoir le cœur d'un jeune capitaine des gardes, Jacques de La Rivière, et les hommages de plusieurs poètes, au nombre desquels Ggurait le grand Ronsard (**).
Un crayon anonyme conservé au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, nous représente d'une manière très intéressante la physionomie de ce dernier, à l'époque de sa liaison avec Hélène.
Ce n'est plus le héros vêtu à l'antique et couronné de lauriers que l'on voit au frontispice de ses œuvres, image brillante mais conventionnelle ; c'est le gentilhomme de la
(■) Correspondance de Calherine de Médicis publiée par MM. de La Ferrière et Baguenault de Puchesse (CoUeclion de Documents inidU* sur l'Hist. de France), t. X, p. 5o4 et suiv,
(^) Baif dédia à Hélène un poème : Jodelle, Desportes et Passerai, chacun un sonnet ; Âmadis Jamjn, trois sonnets et r^pitapbe de J. de La Rivière: Rémi Bcileau, une de ses » pierres précieuses ». En outre. J. Dorât >a célébra en distiques latins en télc des Sonnets de Ronsard.
INTRODUCTION ÏJ
cour des derniers Valois, tel qu'il s'est dépeint lui-même, pâle, amaigri et vieilli de bonne heure, les yeux « pleins de douce gravité », suivant l'expression de Binet(').
Ronsard est alors à l'apogée de sa gloire : ses Amours, ses Odes, ses Hymnes^ ses Poèmes, ont fait de lui le Prince des poètes de son siècle, et le roi lui-même s'incline devant son génie.
Retenu à la Cour par l'amitié de Charles IX, douze cents livres tournois de pension, et plu» encore, peut-être, par ses goûts et ses plaisirs, il aperçut sans doute Hélène dès sa venue parmi le brillant essaim des filles de la reine-mère, mais de si loin que le trait d'Amour « demeura, dit-il, sans entrer dans les plis de sa robe »('').
' Au début de l'année i568, une grave maladie obligea le poète à se retirer « aux champs n, dans les prieurés dont il était commenda taire, à Croixval, en Vendômois, et à Saint-Cosme, aux perles de Tours, et ce ne fut que deux ans plus lard, vers le mois d'août 1570, qu'il reprit sa vie de courtisan et fil la connaissance d'Hélène de Surgères (').
(*) Binct. p. 9. Ronsard, né le 11 septembre i5i4 (date probable mais non certaine), avait donc quarante-six ans lorsqu'il rencontra Hélène en 1570.
(■■) S. p. H., Il, 45.
(*) Quatre sna avant la date h laquelle 11 lui donna sa
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La paix de Saint-Germain venait de mettre fin à la troisième guerre de religion, et, parla mort de Jacques de La Rivière, survenue au cours de la campagne, Hélène se trouvait plongée dans une profonde tristesse, dont ses cousines de Brissac et son amie Madeleine de fiacqueville, comme elle filles d'honneur de Catherine de Médicis, s'efforçaient en vain de l'arracher {').
Un jour, à l'une des messes de la Cour, que la reine-mère « rendoit fort agréables autant que dévotes, par les bons chantres de sa chappelle M , Ronsard remarqua la sombre flamme des beaux yeux d'Hélène, ses cheveux u bruns, déliez et longs <> , sa grâce et sa jeunesse charmantes, et, comme Pétrarque, il s'écria :
foi (S. p. H.. 1. 3o), c'esl-à-dire avant mai ib-ji(S.p. H.. II. 79); huit ans avant la date Je publication des Sonnets (S. p. /{., II, 7). La maladie de Ronsard en i563< t56g. et sa présence à Croixval et à Saint-Costne à cette époque, sont attestées à la fois par les vers du poète et par de nombreux actes officiels. Cf. les travaux de H. P. Laumonier et ceux de M. J'abbé Froger.
(') Jacques de La Rivière était, vraisemblablement. le plus jeune des deux frères de La Rivière- Puy taillé, vaillants capitaines, maintes fois célébrés par les his~ toriens contemporains. Cf. Journal de Genéroax, éd. Ledain, Niort, i865. et Œuvres de Brantôme, éd. Lalanne, Paris, 18C4-1863- (Une note de cette édition donne h. tort à La Rivière-Puytaillé le jeune le prénom de Daniel, quiétait celui de l'un de ses enseignes).
Bienheureuse l'Eglise, où je pris hardiesse
De contempler ses yeux, qui des miens sont le jour I (■).
Désormais, le poète devait se retrouver à chaque iostant en présence d'Hélène, et l'admirer tout à loisir dans ces chasses dont nous a entretenu Brantôme, où les dames et les damoiselles de la Cour, h montées sur de belles hacquenées tant bien harnechées », se tenaient « de si bonne grâce » , avec leurs chapeaux garnis de plumes u volletantes en l'air», qui «représentoientàdemanderamourouguerre» ; dans ces bals, ces festins et ces mascarades, où, sur l'ordre de la reine-mère, ses fllles d'honneur comparaissaient toujours en « hault et superbe appareil », plus belles qu' « estoilles au ciel « C").
Une fois entre autres, Ronsard demeura comme ébloui par la beauté d'Hélène et par l'art qu'elle avait déployé dans un ballet d'Orlande, au cours de la plus brillante des fêtes de cette époque :
(*) S. p. H., I, i-j. Je ne puis malheureusement laiBser à Hélène le <> charme fascinant des brunes aux yeux bleus » que lui a prêté M. de Noihac. Ce dernier s'est, en effet, basé sur une élégie antérieure, non seulement è 1574. mais même k la date à laquelle aurait eu lieu, d'après lui, la première rencontre de Ronsard et d'Hé-
{') Brantôme, éd. L. Lalanne, t. Vil. p. 33a et suiv. {Vtede Catherine de Midicù).
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Le soir qu'Amour vous flst en U Mlle deicéOdre Pour danur d'artlflca un beau ballet d'Amoui*, Vos jeux, bien qu'il fust nuf et. ramenèrent le jour. Tant ils scsurtnt d'wclain par la place reapandrQ(*)..
Brantôme, qui assistait à cette fête en compa^ie du poète, en a laissé un récit fort intéressant à rapprocher du sonnet de tlonsard.
C'était en août 1573. Des ambassadeurs polonais étaient venus à Paris pour offrir la couronne de leur pays au duc d'Anjou, frère du roi — le futur Henri III. Il La reine-mère, écrit Brantôme, les festina fort superbement en ses Tuilleries : et après souper, dans une grand'salle faicte à poste et toute entournèe d'une infinité de flambeaux, elle leur représenta le plus beau ballet qui fut au monde (je puis bien parler ainsy), lequel fust composé de seize dames et damoiselles des plus belles et des mieux apprises des siennes, qui comparurent dans un grand roch tout argenté, où elles estoient assises dans des niches en forme de nuées de tous costez. Ces seize dames représentoient les ieiafl provinces de la France, aveoques une musique la plus mélodieuse qu'on eust sceu Voir ; et après avoir faict dans oe roch le toat de I& salle par parade comme dans un camp,
(•) S.p. H., II. 48.
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et Bprfes s'estre bien faict voir ainsi, elles vindrent toutes à descendre de ce rooh, et s'estant mises en forma d'un petit bataillon biiarrementinvanté, les violons montansjusques à une trentaine, sonnans qaasy un air de guerre fort plaisant, elles vindrent maroher soubs l'air de ces violons, et par une belle cadance sans en sortir jamais, s'approcher et s'arrester un peu devant Leur Majestez, et puis après danser leur ballet si biiarrement invanté, et par tant de tours, contours et destours, d'entrelasseures et meslanges, ■ aïlVontements et arresta, qu'aucune dame jamais ne faillit de se trouver à son poinct ny à son rang : si bien que tout le monde s'esbahit que, parmi une telle confusion et un tel désordre, jamais ne faillirent leurs ordres tant ces dames avoient'lé jugement solide et la retentire bonne, et s'estoient si bien apprises. Et dura ce ballet bizarre pour le moins une heure,' lequel estant achevé, toutes ces dames représentant lesdîctes ■seize provinces que j'ay dict, vindrent à présenter au roy, à la reyjie, au roy de Polongne, à Monsieur, son frère, et au roy et à ta- reyne de Navarre, et autres grands et de France et de Poloiigne, chacune à chacun une placque toute d'or, grande comme de la paulme de la main, bien esmaillé et gentiment en œuvre,
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22 SONNBTSPOUR HELENE
oil estoient gravez les fniicts et les singularitez de chasque province (*). . . »
Plus encore que par la beauté d'Hélène, Ronsard fut, semble-t-il, séduit par son esprit, qui était remarquable, et qu'elle cultivait sans cesse, tenant toujours
quelque livre en la main.
En langue nostre ou étrangère (*}
En devisant avec elle dans l'antichambre de Catherine de Médîcis, où les gentilshommes de la Cour aimaient à s'attarder auprès des filles de la reine-mère, le poète se sentit invinciblement attiré vers cette Hélène dont on lui reprocha parfois d'exagérer la beauté ('), mais que tout le monde s'accordait à regarder avec lui comme une nouvelle u Minerve » {^).
C'est ainsi que, peu à peu, naquit le dernier amour de Ronsard comme le rappelaient à Hélène ces vers souvent cités ;
Vous seule me plaisez : j'ay par elecUon Et non à la volée aimé vostre jeuneB8e(*)
(') Brantôme, loc. cil.
('■• Bair, Œavret, éà. Marty-Lavcaux. t. Il, p. 4ii-
('j CEavres de Ronsard, t. I, p. 359. aonnet; Chascun
me dit dans lequelil est vraisemblablement question
d'Hélène. Cf. Perrùniana, art. Goumay, Cologne, 169J, p. 178.
(') Brantôme, t. IX, p. 7îo. et S. p. H.. II, 55.
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et, surtout ce sonnet fort important et peu connu :
L'arbre qui met i croistreaUplanleaBseuree... Ainsi l'amour tardive est de longue durée.
Mafoy du premierjourne vous fut pas donnée:
L'Amour et la Raison, comme deux combatans.
Se sont escarmouctiez l'espace de quatre ans : A la flnj'ay perdu, veincu par dest)Deo(')
Nous sommes, à ce moment, en 1574. Depuis les premiers jours de mars, la Cour se trouvait à Vincennes, dans la u maison royale » Tavorite des plumiers Valois, mais que leurs successeurs du \vf siècle ne fréquentaient plus guère, malgré son agréable situation et son parc très vaste, laissant ce vieux château trop sombre, ses hautes murailles crénelées et son donjon féodal s'en aller « fort ruinant » ('').
Trois mois entiers le poète hésita à faire à Hélène l'aveu de son amour :
Je futroismoisretir: mais l'Archer qui me vit,
Si bien i coups de traits ma crainte poursuivit, Que battu de son arc m'a forcé de te suivre (°).
(■) Ibid.. I, 3o.
C) J- Androuet Du Cerceau, Lei ptas excelUnls batlimenU de France. Paris, 1576-1679.
(•) s: p. H., Il, 45.
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S4 SONNETS VOUS HKLENE
Enfin, te i" mai 1&74, il le décida à prononcer le aoiennel serment par lequel il engageait ja foi :
Ce premier jour de May, Hélène, je vous jure Par Castor par Poilus, vos deux frères jumeaux. Par la vigne enlassee à l'entour des ormeaux. Par les preu, par les bols hérissez de verdure.
Par le nouveau Printemps Ris aisnë de Nature. Par le cristal qui roule au giron des ruisseaux. Et par les rossignols, miracle des oiseaux.
Que soûls TOUS seraz ma demier« aTenture(')
Il y avait alors sept ans que le poète vivait en (■ pore liberté » C").
On a vu daoa quelles circonstances Ronsard s'était décidé à entreprendre la composition de aes Sonnets pour Hekne. avec l'agrément de Catherine de Médicis, et presque sur m demande.
Bien qu'il soit dilHcile de rencontrer dans ce recueil l'Inspiration u chaste et modeste »
(•) Ibid., I. 1.
('') D'après le début de la célèbre élégie du second livre des S. p. H. — Comment s'expliqueraient icea vers, s'ils s'appliquaient aux années i56i-i66a, durant lesquelles Bonsard chanta Oenèvre, Isabeau de LImeuil, et plusieurs autres femmes P
que Is rëine-màre Bouhaitalt y trouver, je croit volontiers, avec Binet, que le poète « entreprit plus d'honorer et de louer que d'aimer et de servir n Hélène, Pourquoi d'ailleurs ne pas «oaepter l'opinion du biographe de Ronsard f Tout en permettant de croire à la siDoérité des sentiments du poète, elle évite d'émettre sur la vertu d'Hélène des doutes bien inutiles, et reflète avec fidélité, oe qui est capital, la véritable pensée des Sonnets.
Ce petit liv^ nous offre le constant et significatif contraste des v raisons » qu'Hélène avait puisées dans la philosophie platonicienne, et de la sensualité du poète qui s'exhale avec des accents très divers, tantôt d'une délicatesse charmante, tentât d'un réalisme grossier. Aussi, nul doute qu'il ne soit l'écho des longs entretiens dans lesquels Ronsard, demeuré malgré les années, l'épicurien de sa jeunesse, répétait à Hélène son voluptueux et mélancolique refVain :
Vivez, 81 m'en croyez, n'attendez à demain :
Cubiez dés aujourd'hui les roses de la vie (■).
Le poète eapérait-il réellement fléchir la rigueur de son amieP Pensait-il qu'un jour n l'inviolable amitié n qu'Hélène et lui s'étaient
(■) S.p. H., II, 4a.
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20 SONNETS FODB HELENE
jurée sur un petit autel tapissé de lauriers, avec une pompe toute païenne, céderait la ^ place à l'amour (') ?
En raison de l'attitude d'Hélène, il semble bien que le poète ait surtout ouvert son cœur au rêve et à l'illusion :
Souvent plein de discours, pour flatter mon eamoy, ie m'arreste. et Je dy. Se pourroit-il bien faire Qu'elle pensast, parisst, ou se souvint de moy t
Qu'à sa pitié mon mal commençast à desplsire ? Encor que Je me trompe, abusé du contraire Pour me faire plabir, Hélène, Je le croy (^j.
Il se résigna donc à ne voir en sa « belle maistresse » que la u parfaicte amye » qu'elle désirait être pour lui, et, suivant les théories répandues par Antoine Héroët, à ce que leurs amours fussent toutes spirituelles.
Ronsard commençait à chanter sa « peine », lorsque Charles IX mourut à Vincennes, le 3o mai 157^. Grande fut la douleur du poète, dont l'Amour et la Mort se disputèrent le cœur et la pensée :
Je cbantols ces Sonnets amoureux d'une Hélène, En ce funeste mois que mon Prince mourut