C-) /6iS.,I, ï
tzedbïGooglc
La Hort fut d'un coaté. et l'Amour qui me meine,
Estoit de l'autre part, dont le traict me ferut.
Et si bien la poison par les veines courut,
Que j'oubliay mon maistre, attaint d'une autre peine(*)..
Je m'étonne qae M. de Noihac ait pu trouver dans ces vers l'indication de l'époque à laquelle KoDsard cessa de célébrer Hélène. Pour ma part, je n'hésite pas à me ranger à l'avis de Nicolas Bicbelet, l'auteur du commentaire qui, à partir de 1697, accompagna le texte des Sonnets : H Ronsard, déclare-t-il (et l'on sait que Richelet avait consulté le « sieur Binet »), remarque le temps de la composition de ces amours, et dit qu'en mesme instant s'offrit à luy La mort du Roy Charles et l'amour d'Helene, avec beaucoup de perplexitez, mais enfin l'Amour gagna sur la Mort ».
On s'explique ainsi, tout naturellement, que les Sonnets n'aient été publiés pour la première fois qu'en 1578, dans la 5" édition collective des îeuvres du poète, et que l'édition précédente (1572-1573) n'ait contenu aucune pièce adressée à Hélène.
Après la mort (}e Charles IX, tandis que Henri IH s'enfuyait de Cracovie pour venir succéder à son frère, Catherine de Médicis
OS.p. ff-, H.,79.
D.nt.zedbïGoOglc
«s SONNETS POUR HELENE
s'enfermait au Louvre, o& elle se sentait plus en sûreté <}u'à Vlncennes- Par crainte des M entreprises et conspirations secrettes », elle iît murer toutes les entrées du palais, & l'exception de oalle qui foiiait faoe k Saint-Germainl'Auxerrois, v de laquelle encore nalaiisa-ton que le guichet ouvert, aveo grande garde d'arohera par le dedaiiB, et un corps de garde de Suisses par le dehors >> (").
C'est là. maintenant, que Ronsard venait rejoindre Hélène- Un de sea sonnets nous le dépeint, montant tout eMûulQé les escaliers du Louvre, comptant ces degrés «t recomptez tant de fois « en se rendant près d'elle, et lui disant ;
Tu loges au sommet du Palali de nos Bols :
Olympe n'avoil pas la cyme si hautaine (^)...
D'autres sonnets évoquent leurs longs entretiens dans le demi-jour des verrières, et leur» mélanooliquea râveries, lorsqu'on ces beaux Boirs d'été ils s'accoudaient à la fenêtre d'Hélène, Begardant vers Hont-martre et les champs d'alentour(°).
' (*)Plarredfll''H*toilA. Mémaira»' Journaux, éd. Jouautt, t. I. p. 45.
(')Ibid..I. 11 et 36.
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Parfoii, stirtant de U ville par la Porte-Neuve, fls se rendaient au faabouFff Saînt-Honoré, dans le 'jardin royal,
Jardin cent fols heureux, des Nymphes le BqJ^^r (*)-■
Plusieurs contemporains ont van té l'étendue, l'agrément et la fraîcheur délicieuse des Tuileries de cette époque, que traversait une longue el large allée liordée d'ormes et de sycomores. « Dans ce beau jardin, écrit un ambassadeur vénitien, les arbres et les plantes sont distribués dans un ordre admirable, où l'on trouve non seulement des labyrinthes, des bosquets, des ruisseaux, des fontaines, maie où l'on voit reproduits les eaiaona de l'ann^ et las aignea du nodiaque, ce qui «st une chose merveilleusa a (''),
Parfois aussi, Ronsard et sa belle amie allaient se promener en coche, dans les campagnes avoisinantes, où Hélène aimait à cueillir des Qeurs u en la saison plus tendre », et apprendre du poète
Leurs noms et gualttes. aspecas et valeur*,
tout en u raisonnant de l'amour » (')■
C*) Helatlans des ambauadaurs TénlUeni, M. Tontmaseo (0»U. de Dae. inM. lar l'HUi. de Fraiwe), t. Il, p. 5eS. Qr. E. Dupu;. Bernard Paliuy. p. gg-tfo.
{•)S.p. H., I. Art 47.
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Avec quelle précision les Sonnets nous traduisent les sentiments de Ronsard ! Hélène lui témoignait-elle quelque froideur, partait-elle en coche avec sa cousine, sans réclamer sa présence, ou recevait-elle avec trop d'empressement les hommages d'un gentilhomme de la Cour ? Le poète s'attristait longuement, et déclarait à son amie, comme certain jour où il l'avait accompagnée sur la tombe de Madeleine de Bacqueville :
Puis que rien n'est de toy, s'il n'est mort, estimé. Sans languir tant de fois, esconduit de la grâce. Je veux du tout mourir pour estre mieux aimé (■].
Se montrait-elle rebelle à ses désirs ? Il éclatait en violents et durs reproches. <i Hélas, écriyait-il le i3 juillet, jour où le corps de Charles IX fut conduit à la basilique de Saint- Denis,
ïoicy le jour que mon maistre on enterre, Muses, accompagnez son funesleconvoy...
Charles qui fleurissoit nagueres un grand Boy. Est maintenant vestu d'une robbe de terre.
(•) S. p. H.. II. 5g. C'est Richelet qui nous apprend que la Lucrèce de ce sonnet était M'^' de Bacqueville, " jeune, belle, sçavante, des plus parfaites de la Court, et des meilleures amies d'Helene. » Elle était fille de Charles de Bacqueville, colonel d'infanterie et gouverneur du Havre, et de Marie d'Yaucourt. Amadis Jamyn composa son épltaptie iCEavres, i575).
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Hél tu me fais languir par cruauté d'amour:
Jeauislon Promeltiée, et tu es mon Vautour... S) justes sont les Dieux, Je t'en verraypunir(').
Puis, un re^rd favorable, une lettre, un témoignage d'affection, faisaient perdre à Ronsard le souvenir de ses tristesses, et espérer quelque « fin & sa peine ».
Deux mois s'étaient écoulés depuis la mort de Charles IX, lorsque, dans la nuit du 7 au 8 août, la reiae-mère quitta le Louvre et se mit en route pour L;fon, où elle avait décidé d'aller attendre le retour de Henri lll (*>). Profitant de ce brusque départ, Hélène s'éloigna sans laisser à Ronsard le portrait qu'elle s'était engagée à lui remettre « au départir » :
Menteuse contre Amour, qui vengeur te poursuit. Tu as levé Ion camp pour t'enruyr de nuict.
Accompagnant ta Rojne (6 vaine couverture !) (•).
Tandis que la Cour se rendait à Lyon, (Hélène figure dans le récit d'une aventure qui survint dans cette ville à la reine de Na-
(•) ibid., H. 78.
(■■) Corresp. de Cath. de MidieU, t. V, p. -ji (lettre au duc de Savoie)- (•) S. p. H., n, 69.
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32 SONMSTS POUK HBLBME
varre) (*), Ronsard se contentatt d'adresser eu roi un long poème pour lut exprimer ses souhaits de bienvenue {■*).
Six mois s'écoulèrent, durant ' lesquels la jeune fugitive sut si bien obtenir son pardon, par quelques-unes de ces lettres dont elle avait le secret, qu'en février tb-jb, au milieu des fêtes du couronnement de Henri III, nous la retrouTons plus maltresse que jamais du cœur de Ronsard. Le carnaval battait alors son plein :
Tandis que vous dnncet et ballez h -fostre tdse, Et matqutt vostra face ainii que rostre ctsur. Passionné d'amour, je me plains en langueur, Orâ froid comme neige, ore chaud comme braise.
Le Carnaval vous plaist : je n'ay rien qui me plaise Sinon de sousplrer contre vostre rigueur, Vous appeler ingrate, et blasmer la longueur Du temps que js vous sers uns que mon mal s'ap- (palse(')..
Le poète se remit donc à pétrarquiser, et n'eut garde d'oublier, à l'entrée du carême, d'offrir à Hélène les cendres de son cœur consumé d'amour :
(■) Marguerite de Navarre, Mémoires, éd. P. Bonnefbn, p. 8i.
C*) CRutirei tk ftoiuardt 1. 111, p. 197.
(') S. p. H.. 11. 4. Henri 111 fut couronné A Reims le dimanche i3 février, veille du lundi gms.
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INTBODUCTIOK 33
N*Dubliei> nïoa Hélène, aujourd'Huy qu'il fatlt prflDilra Des cendres sur le front, qu'il n'en faut point chercher Autre part qu'en mon cœur, que vous faites seicher. Vous riant du plaisir de le tourner en cendre (')...
Dès le début de son règne, Henri Itl établit au Louvre une curieuse « Académie », qu'il réunissait « deux foii Le B«pni«ine en son cabinet, écrit d'Aubigné, pour ouyr les plus doctes hommes qu'il pouvoit. et mesme quelques dames » ('). Ce ftit par un dtiooure de Ronsard Sur u les vertus Intellectuelles et moraltes», que s'ouvrirent ces brillantes réunions, auxquelles assistait Télite de la Cour, et dans lesquelles la place d'Hélène était tout iildiquée, au côté de la Maréchale de Ketz et de Madatne de Lignerolles.
Ronsard, s'étant improvisé philosophe, attaqua u sans peur de honte » les théories de l'amour platonique, qualifiant la tempérance de Xénocrate de « stupidité et hébétement de sens, qui empesche que l'homme ne peult honnestement gouster quelque volupté » ('), Hélène, au contraire, les défendit ou les approuva,
(') ibid..u,6.
(') D'Aubigné, Hùt. Univ.. éd. de Ruble, t. V, p. 3. L'académie de Henri Ht, ftndenne académie de poésie et de musique de J. A. de Baïf, fonctionnait dès iâ7&, d'&ubigné. qui en faisait partie, ayant quitta Paris en février 1676.
(•) CeurrM 4e ffawnri, L Vil, p. lai.
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34 SONNBTS POUR HELENE
en. lectrice fervente des DitUogi di Amore de Léon l'Hébreu :
En choisiBsant l'eepiit vous estes mal-apprise. Qui refusez le corps, à mon gré le meilleur...
Entre les courtisans, afin de les braver.
Il Taut en disputant Trimegiste approuver, Et de ce grand Platon n'estre point ignorante.
Mais moy qui suis bercé de telle vanité,
Un discours fantasUq' ma raison ne contante :
Je n'aime point le faux, j'aime la vérité (•).
A scB déceptions d'amoureux, Ronsard vit s'ajouter celle du courtisan, car il ne fut pas apprécié par le nouveau roi comme par son prédécesseur, et n'en reçut jamais « grande démonstration de faveur » :1e règne de Henri IH devait être celui de Desporles C").
Ainsi s'expliquent les séjours de plus en plus fréquents et prolongés que Ronsard fit à partir de cette époque dans ses prieurés de Croixval et de Saint-Gosme. loin d'une cour si différente pour lui de celle de Charles IX, et dont les honteux désordres lui inspirèrent, jusque dans les Sonnets pour Hélène, des vers d'une singulière hardiesse :
(•) S. p. H., pièces retranchées. I,
0) Binet (texte G), p. i8, et L'Estoile. t. II, p. i
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I NTRODUCTI ON 35
Laisse de Pharaon la lerre Egyptienne, Terre de servitude, et vien sur le Jourdain : Laisse moy ceale Ct)ur et tout c« fard mondain, Ta Circe, l« Serene, et ta magicienne (•)...
Les allégories de cet admirable sonnet prennent, en effet, une signiQcaHon toute particuliète, lorsque l'on se reporte, dans les Mémoires -Journaux de P. de L'Estoile, aux pamphlets qui couraient alors Paris, traitant les Valois de « Pharaons », et (a reine-mère de « Circé » C).
Ce fut surtout à Croixval, au sein des « douces verdures u de sa chère forêt de Gastine, que Ronsard résida en 1675 et 1576. 11 y composa en l'honneur d'Hélène toute une suite de vers exquis, dans lesquels il contait aux Nymphes et aux Dieux de sa « terre paternelle » ses u maux presens et passez », et leur demandait de prot^er le pin qu'il avait planté en faveur de son amie, et la belle fontaine qu'il avait consacrée à son nom. Parmi ces vers, à côté de sonnets justement célèbres, que reproduisent toutes les anthologies, se trouvent les stances charmantes et trop peu connues à la fontaine d'Hélène :
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Ainsi que ceste eau coule et s'enfuyt parnij l'tterbe, Ainsi puliMeouter en ceste «au le souci Que ma belle Maiitreete, à mon mal trop superbe, Engrave dans mon cœur sans en avoir mercy (').. .
A l'automne 1576, la Cour vint s'établir à Blois, où elle passa l'hiver, en raison des États- Généraux convoqués par le roi, et demeura sur les rives de la Loire jusqu'au début de l'été > suivant. Malgré la gravité de l'heure, l'indigence du trésor royal et les difficultés de toutes sortes suscitées par les Ëtats, la Ligue et la guerre civile, de nouveau rallumée, Henri ITI, entouré de ses mignons a diaprés et pulvérizés de pouldres violettes et senteurs odoriférantes », se livra aux plus folles prodigalités, et ce fut, ^ Blols, une suite ininterrompue de joutes, de tournois, de ballets et de mascarades {'•).
Ronsard, qui avait rejoint la Cour ('), trouva, en revoyant son amie, une nouvelle ardeur pour la chanler :
Hélène sceut charmer avecqiie son Nepenthe Les pleurs de Ttlemaque. Hélène, je voudroï Qu» tu pousses cbarnicr les maux que je reçoy Depuis deux ans passex, sans que je m'en repen{e(''),.
(•) Pièces composées à Croixval à celte époque. I. »6,
sont empruntés à L'Estoiîe, t. I, p. i5o et si {') Œuvres de Ronsard, t. 111, p. 310.
CJ S.p.H.,l,b.
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A.^'inols de mai 1677, des fèlea magnifiques célébrèrent les succès remportés sur les Huguenots par les troupes royales. Ce fut d'abord, aux portes aiémes du prieuré de Saînt-Cosme, le fameux « festin vert » donné par le roi au Pies si s -lez-Tours, pour lequel il fallut quérir « à Paria et ailleurs pour soixante mil francs dedrepede soie verte ». Puis, ce fut le feitin de la reine-mère, 9 Cbenonceaux, u qui lui revenoit (à ce qu'on disoit), à prèa de cent mil franca, qu'on leva comme par forme d'emprunt Bur les plus aisés serviteurs du Hoy, et mesmes de quelques Italiens, qui s'en sçeurent bien rembourser au double. En ce beau banquet, les dames les plus bellei et honnestes de la Cour, estant à moioljé nues et aiaats leurs cheveux espars comme espousées, furent employées à faire le service ».
Hélène, jeune, belle, entourée, se montra coquette et provocante, Boneard en témoigna d'abord quelque dépit :
Elle se glorifie en ses cheveux Mwi,
En ss Terde Jeunesse, en ses yeux aiguisez.
Qui llrent dins les «eurs mille poînctes encloses.
Ponrquoy te braves-tu de cela qui n'est rien ?
La buatÀ n'eit que vent, la lieaulé n'eat pa* bien :
Les beautez en un jour s'en-vont commes les Rofles(*).
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3» SONNETS POUR HELKNB
' Puis il tomba dans une profonde mélancolie :
Trois ans sont ja passez que ton œil me dent pris. Et si ne suis marry de me voir en servage :
Seulement je me deuls des ailes de mon âge, Qui me laissent le chef semé de cheveux gris (*)-...
Sa tendresse sut alors trouver des accents d'une si vibrante sincérité, qu'Hélène en parut attendrie et troublée. L'amour venait-il enfin de naître dans son cœur ?
A ce moment, la Cour quitta les cbâteaux de la Loire pour se rendre à Poitiers. Tremblant de crainte et d'espérance, le poète écrivit à son amie ce tendre billet, pour lui demander s'il ne se méprenait pas sur la nature des sentiments qu'il avait cru surprendre en elle :
Bon jour ma douce vie, autant remply de joye. Que triste je vous dis au départir adieu :
En vostre bonne grâce, hé dites-moy quel lieu Tient mon coeur, que captif devers vous je r'envoye :
Ou bien si la longueur du temps et de la voje Et l'absence des lieux ont amorty le feu Qui commençoit en vous à se monstrer un peu : Au moins s'il n'est ainsi, trompé je le pensoye... (^)
Un V refus asseuré n d'Hélène vint mettre fin aux illusions de Ronsard, lorsque le poète et
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son amie se retrouvèrent à Paris, à la fin de Vannée. Les 5onne/£ allaient paraître. Ronsard, se hâtant d'ajouter à son recueil quelques pièces d'adieu, que l'Amour lui avait, dit-il, dicté en quinze jours (*), décida de prendre congé d'Hélène, sana plus tarder :
D'un refus asseuré tu me payas le Truit Que j'esperois avoir : 6 espérances vaines I O fondemena assis sur débiles arènes 1 Malheureux qui soymesine abuse et se seduU I
O beauté sens merci, ta fraude est descouverte I J'aime mieux estre sage après quatre ans de perle. Que plus long temps ma vie en langueur desseiche r(^).
Son âge, d'ailleurs, l'invitait à la retraite :
Je m'en-fuj du combat, mon armée est desfaite : J'ay perdu coutre Amour la force et la raison : Ja dix lustres passez, et Ja mon poil grisoD M'appellent au logis, et sonnent la retraite (°)"'-
Le 6 février 1678, les Sonnels pour Hélène prenaient place dans la 5* édition des Œuvres de Ronsard, à la suite des Amours de Cassandre el de Marie.
(■) 76W.. H. 74, texte de iS^S et de i58S. La leçon : quinze mois, qui se lit à partir de 1587. est peut-^lre fautive.
(^) Ibid., pièces retranchées, 5.
(') S. p. H., Il, 75. En admettant même que Bonsard ne se soit pas rajeuni dans ce sonnet, comme 11 avait coutume de le faire, il était bien dans son onzifeme lustre en 1578.
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Quelques mois après ces événements, Catherine de Médicïs entreprit uo long voyage de paciûcation dans les provinces du Midi, où, bien qu'elle n'eût pour toute armée, écrivaitelle un jour îi Henri III, que les h vingt cornettes de satin noir» de ses demoiselles d'honneur, elle se promettait de faire respecter son fils, « autant que Roy y fut jamais (') » .
L'édition de 1678 renferme la presque totalité des vers composés en l'honneur d'Hélène. Un certain nombre de pièces, la plupart posthumes, nous prouvent cependant que, malgré ses serments, Ronsard ne parvint jamais à se «délivrer d'Amour n, et qu'il «finit quasi sa vie » en célébrant sa dernière Muse, comme l'a écrit Cl. BinetC').
Elles nous font entendre les suprêmes plaintes adressées par le poète à cette Hélène qu'il avait si souvent comparée à l'héroïne
(■) Corresp. de Ckith^rine de Midicii, t. VU, p. 7.
C") Ce sont : l'élégie (publ. en i584). et les sonnets 76 et 77 (publ. en 1587), du livre H, ainsi qu'une partie des pièces imprimées en i6ag et en 1617. Toutes les autres pièces du recueil, ycomprls celles qui sa trouvaient prlmitîvementdanslesjt'nouri Divenei, furent publiées
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d'Homère, et qui devait à «es ii iliades » un immortel renom :
Quand flii cotnmencempnl j'admiray fon merit(?. Tu Tlvota h la Cour sans louange et sans bruit : Maintenant un renom par la France te suit, Egailant en grandeur la Royalle Hippnljtc.
Libéral j'enTOyay les Muses à la bu1I«.
Je fis loin de ton chef esvanofllr la nuit,*
Je fis flamber ton nom comme un astre qui luit,
J'fi) dm» l'azur du Ciel ta louange décrite.
Je n'en suis pas marry. (outerots Je tnc deux Que tu ne m'ayme* pai. «{u'ingrate tu ne «eux Me payer que de ris. de lettre* et d'œillades (*)....
A ces plaintes, se mêlent parfois de mélancoliques adieux, comme dans la belle élégie composée au mois d'avril iSSo, sans doute à la suite d'une nouvelle rencontre de Ronsard et d'Hélène, revenue, après deux ans d'absence, de son voyage dans le Midi :
Or le plus de mon bien pour deœvoir ma peine. C'vat de boire â longs traits les eaux de la fontaine Qui de Tostre beïu nom se brave, et en courant Par les près vos honneurs n tou^Jours murmurant.. Ut coucbé dessus l'hertM en mes discours je pense Que pour aimer beaucoup )'ay peu de recompense Bt que mettre son cœur aux Dames s! avant.
C'est vouloir peindre en l'onde, et arrester le vent : H'asseurant toutefois qu'alors que le vieil dge
(*) S. p. //., pièces publ. en 160g. 5.
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Aura comme un sorder changé vostre vidage, ' Et lora que vos cheveux deviendront argentez. Et que vos jeux, d'amour ne Kront plus hantez. Que tousjoura voua aurez, si quelque soin vous touche, En l'esprit mes escrits, mon nom en voatre bouche.
Maintenant que voicy l'an sepliéme venir, Ne penset plus Hélène en vos iaqs me tenir.
La Raison m'en délivre, et vostre rigueur dure. Puis il Ttrall que mon âge obeysse à nature (■).
A. partir de cette époque, Ronsard vécut presque constamment retiré dans ses prieurés, à cause de sa santé chancelante, de la préparation d'un texte définitif de ses œuvres, et de son peu de goût pour la cour de Henri III.
« De plusieurs lettres escrilles de sa main propre à son cher amy Jean Gallandius, qui sont heureusement tombées entre les miennes, écrit Guillaume CoUelel, j'apprends qu'il ne pouvoit se résoudre, sur les dernières années de sa vie, à quitter sa maison de Croixval pour aller à la Cour, et y mendier je ne sçay quelle mondaine faveur, de. laquelle par modestie il se pouvoit bien passer plus justement, dit-il, que ces bons pères philosophes qui n'avoient pour tous meubles que le baston.
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le manteau bâillonné et le creux de main (*). » Ce H cher amy Jean Gallandius », dont parle CoUetet, n'était autre que Jean Galland, principal de l'Académie de Boncourf, petit collège situé non loin de l'Université. C'est lui que Ronsard choisissait comme hôte, depuis plusieurs années, toutes les fois qu'il venait à Paris ; lui qu'il chargeait, en son absence, de régler ses affaires avec les imprimeurs, et, en faisant parfois appel au crédit d'Hélène, avec les trésoriers royaux ('').
Ronsard séjourna pour la dernière fois à Paris de février à juin i585, «durant lequel temps il ne bougea presque du lict, tourmenté de ses gouttes ordinaires {'). n II ne put, en conséquence, aller visiter Hélène, comme de coutume, dans le magnifique hôtel que Philibert de L'Orme et Jean Bullant venaient d'édifier, me Saint-Honoré, et dont Catherine de Médicis avait fait sa résidence particulière. Hélène quitta d'ailleurs Paris, dès le 3o mars, à la suite de la reine-mère, qui se rendait en Champagne pour négocier avec les chefs de la Ligue. Sans doute, avant son départ, vint-elle
<•) G. Colletet. Vie de Ronsard, publ. par P. Blanchemain (ûEuures inédites de P. de Ronsard, Paris, Aubry, i855). p. 5i.
(') Binel. p. ïg et Colletet. p. 67.
(') Binet, p. 39.
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44 30NNETS POUR HELENE
au collège de Boncourt prendre congé de son ami, apaisant, une Fois encore, d'un regard et d'un sourire, la « trUte langueur » qui l'aoeablaiten son lit de douleur :
Encore» aujourd'huy les miracles se font (•)■■■ Retourné en Venddmois et de plus en pluB malade, Ronsard ae prépara à la mort.
Le 39 octobre, il écrivait à Galland o qu'il se trouvoit extrêmement foible depuis quinze jours, et qu'il avoit peur de s'en aller avec lee 'feuilles ; toutefois, qu'y estant tout à faict résolu, il eouhaitoit que ce fuat plus tostque plus lard C*). »
S'étant transporté à Saint-Cosme, quelques jours avant Noël, il y mourut, le vendredi 37 décembre, non sans avoir adressé • ses humbles baisemains à Mademoiselle de Sur~ gères (*), n et pétrarquisé, une dernière fois, en sa fiiveur :
Vous ruisseaux, vous rocbers. voua antres solitaires, . Vous ctaeinas, héritiers du sllonce des bois. Entendez les soutpirs de ma dernière vois, ,' ..
Et de mon testament soyez présents nolaires...
Je meurs pour la rigueur d'une flere beauté ('') ....
(•) S. p. H., pièces publiées en 1809, fl.
{') CoUetet, p. 54.
(•) Ibid., p. ê-j.
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Tout ce que l'on sait sur Hélène, après La mort de son illustre ami, c'est qu'elle ne se maria point (*), et qu'elle appartenait encore à ^a maison de la reino-mère, & la An du règne de Henri III {>').
Peut-être Boit-elle sa vie en jeûne et oreUon, au fond de quelque monastère, ainsi qu'elle en avait déjà témoigné le désir, certain soir, où, accoudée auiL Tenétresdu Louvre, les yeux fixés au loin sur l'abbaye de Montmartre, elle avait déclaré à Ronsard :
La solitaire vie, et le désert s^our
Valent mlenic que la Cour, je voudrofs bien y estre (•).
Telle fut l'histoire du dernier amour de Ronsard. Il me reste à rappeler, maintenant, les principales sources de l'admirable recueil que nous lui devons.
Comme les Amours de Cassandre et de Marie, tes Sonnets pour Hélène témoignent de l'influence exercée sur le poète par les
(-) Gdnâatogles clEéet.
Ô) Elle est mentionnée dans un pamphlet publié par L'Esloile. t. m. p. .00. »■ r r r-
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lyriques grecs et latins, et par leurs imitateurs modernes.
Ainsi, le sonnet : Quand à longs traits je boy... est imité de Sapho ; le sonnet : Cytbere entroit au bain... de Tibulle : le sonnet : Celle de qui l'Amour.... d'Ovide; les stances à la 'fontaine d'Hélène, de Théocrite. Le vers fameux :
Cueillez dés at^ourd'huy les roses de ta vie. rappelle la fin de l'idylle des roses d'Ausone :
Collige, virgo. rosas dum flos novus....
Le plus célèbre des sonnets où Hélène est assimilée par Ronsard à l'héroïne d'Homère :
Il ne faut s'esbahir, disoient ces bons vieillars Dessus le mur Troyen. voyans passer Hélène....
est tiré d'un passée du lU' livre de l'Iliade, et se termine par deux, vers empruntés à Properce :
Nunc, Pari, tu sapiens, et tu, Menelae. fuistl ;
Tu. quia poscebas, tu, quia lentus cras.
Divers traits, çà et là, sont pris à Horace, à Catulle, à Martial, à Lucrèce.
Enfin, parmi les néo latins, Manille, Angerianus, Navagero, Sannazar et Jean Second ont surtout servi de modèles à Ronsard. C'est ainsi que la jolie chanson :
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Plus estroit que la Vigne à t'Ormeau se marie... est imitée de Jean Second.
L'érudit commentaire de Richelet, auquel j'emprunteces quelques exemples, est beaucoup moins renseigné sur les sources îlallennes du recueil, dont l'importance est cependant capitale. Il se borne, à peu près, à signaler les sonnets imités de Pétrarque, parmi lesquels deux ou trois suivent assez fidèlement l'original, en particulier celui-ci :
Amour, qui as ton règne en ce monde si ample.
Voy ta gloire et la mienne errer en ce Jardin...
qui reproduit le sonnet ;
Stiamo, Amor, a veder la ^oria noatra...
du Canzoniere.
Or, Ronsard, comme d'ailleurs tous les poètes de la Renaissance, ne s'est pas contenté d'imiter Pétrarque, mais aussi, et souvent plus que lui, les pétrarquistes de son temps : c'est ce qu'ont mis en lumière les remarquables • travaux de M. J. Vianey (').
A. la fin du quattrocento, était né en Italie un pétrarquisme nouveau, précieux et sensuel, emphatique et subtil dont le succès, malgré les efforts de Bembo et de ses disciples pour
(') J. \iant3. Le pélrarqaitme en FranceauXVI' sUcle, Montpellier-Paris, 1909.
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49 SONNETS POUR HELBNB
reprendra la tradition du grand Plorentin, se prolongea durant toui le ooursdu xvi*aièclei avec Tebftldeo, Cariteo, Seraftno datl'Àquiia, Pamphilo SasBo, Angelo dî Costanxo, Luigi Tsnsillo el Berardino Rota.
Imitée par nos premiers poètes renaisMnls, un peu négligés, d'abord, par la Pléiade, les quattrocen listes dominent à nouveau toute notre histoire poétique de la fin du xvi' siècle.
C'est leur innuenoe, plus que toute autre, que l'on trouve dans les Sonnets pour ffekne. Non seulement Ronsard a renouvelé les thèmes, les images et les pointes chères aux quattrocentistes, comme dans le sonnet déjà cité, où Hélène, le premier Jour du carême, recevait l'hommage du cœur qu'elle avait u tourné en cendre », mais il a emprunté, en outre, à Tebekleo, sa teohniqnedes tercets, ce que ooe poêles n'avaient encore jamais fait.
C'est ainsi qu'aux combinaisons du somiet régulier ou claseique, qu'il avait lui-mâme établi à la suite de Marot, Rousard substitua, plus de trente fois, dans ses Sonnets pour Hélàoe. oette combinaison, faite au moyen de doux rîmes alternées :
Vous seule me plaisez ; j'ay par élection Et non à la va)« aimé voalre ieuaee«« : ' Aussi je prens en gré toute ma pawlon.
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Je lub 4e me fortune aulbfur. je le confesM i La vertu qui vous pleige, en est la caution.
SI la vertu me trompe, adieu belle Maiatresse.
^ Malgré cette double et profonde influence de l'antiquité et de ritalte, les Sonnet» pour Hélène n'en demeurent paa moios une œuvre originale. Ghes aucun poète de la Renaissance, l'imitation ne fut plus discrète que chex Ronsard, et plus voisine de celle que devaient pratiquer les claseiquee du grand siècle. On ne trouve le plus souvent, dans ses recueils d'Amours, que des réminiscences dues k l'humanisme étendu du poète ; très peu d'emprunts réels ; jamais de traduction servile, comme dans les autres canzonieri du xvi' siècle. '
En reprenant les thèmes si souvent répétés avant lui, Ronsard a réussi, grâce à la délicatesse de ses expressions et à l'harmonie de ses vers, à leur prêter une beauté nouvelle, au moins égale à celle de ses modèles.
Publiés, comme on l'a vu, en 1578, les Sonnets pour Hélène figurent dans les deux éditions suivantes des œuvres de Ronsard, avec quelques modifications de texte, diminués d'une demi-douzaine de pièces, et augmentés d'un grand nombre d'autres, que le poète avait tirées de ses Amours Diverses. La
première de ces éditions parui en i584 ; la seconde fut donnée, après la mort de Ronsard, par les soins de Jean Galland et de Claude Binet.
La présente réimpression des Sonnets pour Hélène suit le texte de 1587, en respectant toutes les modifications apportées par Ronsaid, dans le but de « laisser ses esciïts à la postérité comme il vouloit qu'ils Tussent teuz et récitez » (•). En appendice figurent les onze sonnets publiés pour la première fois au XTii* siècle, et les pièces retranchées par le poète en i584 et en 1587.
(■) Du Perron, Oraiton funèbre de Ronsard.
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