‹ Sonnets pour Hélène;Chapitre 11 sur 15 · LB SECOND · texte numérisé non relu

LB SECOND

Echo, fîlle de l'Air, hostesse solitaire Des rochers, où souvent tu me vois retirer, Dy quantes fois le jour lamentant ma misère, T'ay-je fait souspirer en m'oyant souspirer ?

LE PREMIER

Ny Cannes ny Roseaux ne bordent ton rivage, IVfak le gay PoUot, des bergères amy :

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POUR HELENE, LIVRE II. I97

Tousjours au chaud du jour le Dieu de ce bocage, Appuyé sur sa fleute, y puisse estre endprmy.

Fontaine à tout jamais ta source soit pavée, Non de atemis gravoîs de mousses ny d'herbis : Mais bien de mainte Perle à bouillons enlevée, De Dtamans, Saphirs, Turquoises et Rubis.

LE TREMIE»

Lelfasteur en tes eaux nulle branche lie jette. Lé Boac de son ergot ne te puisse fouler :

Ains comme un beau Crystal, tousjours tranquille [et nette Puisses-tu par les fleurs éternelle couler.

Les NytUpbca de cea eaux et les Hamadryadc*, Que l'ttnoureux Satyre entre le» bois poursuit, Se tenans main à main, de sauts et de gambades. Aux iqroD» du Cfoiaaant y dansent toute niût.

LE PREMIER

Si j'estois grand Monarque, un superbe édifice Je voudfois te b&tir, où je ferois fumer Tous les ahs à ta feste autels et sacrifice, Te (lommant pouif- jamais la Fontaine d'aimer.

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SONNETS

Il ne faut plus aller en la forest d'Ardeîne Chercher l'eau dont Regnaut estoit si désireux : Celuy qui boit à jeun trois fois en la fonteine, Soit passant ou voisin, devient tout amoureux.

LE PREMIER

Lune, qui as ta robbe en rayons estoUee, Garde ceste fontaine aux jours les plus ardans : Defens-la pour jamais de chaut et de gelée, Remply-la de rosée, et te mire dedans.

Advienne après mille ans qu'un Pastoureau des- [goise Mes amours, et qu'il conte auxNymphesd'icy près. Qu'un Vandomois mourut pour une Sainton- [geoise, Et qu'encores son ame erre entre ces forests.

Garsons ne chantez plus, ja Vesper nous com-

[mande

De serrer nos troupeaux, les Loups sont ja dehors..

POUR HELENE, LIVRE II. igg

Demain à la frescheur avec ,une autre bande Nous reviendrons danser à l'entour de ces bords.

Fontùne, ce-pendant de ceste tasse pleine Reçoy ce vin sacré que je renverse en toy :

Sois dite pour jamais la Fontaine d'Heleioe, Et conserve en tes eaux mes amours et ma foy.

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Il ne suffit de boire en l'eau que j'ay sacrée A ceste belle Grecque, afin d'estre amoureux : î! faut aussi dormir dedans un antre ombreur, Qui a joignant sa rive en un mont son entrée.

Il faut d'un pied dispos danser dessus la pree, Et tourner par neuf fois autour d'un saule creuz : Il faut passer la planche, il faut faire des vœux Au Père saînct Germain qui garde la contrée.

Cela fait, quand un cœur seroit un froid glaçon. Il sentira le feu d'une estrange feçon Enflamer sa froideur. Croyez ceste escriture.

Amour du rouge sang des Geans tout souillé, Essuyant en ceste eau son beau corps despouillé, Y laissa pour jamais ses feux et sa t^turç,

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POUR HELENE, LIVRE

Adieu cruelle adieu, je te suis ennuyeux : [pense. C'eet trop chanta d'Aigour sans nulle recom- Te serve qui voudra, je m'en vais, et je pense Qu'un autre serviteur ne te servira mieux.

Amour en quinze mois m'a fait ingénieux, Me jettant au cerveau de ces vers la semence : La Raison maintenant me r'appelle, et me tanse : Je ne veux si long temps devenir furieux.

Il ne faut plus nourrir cest En&nt qui me ronge, Qui les crédules prend comme un poisson à Une plaisante farce, une belle mensonge, [l'hain,

.Un plaisir pour cent maux qui s'en-vole soudain : Mais il se faut résoudre et tenir pour certain Que l'homme est malheureux qui se repaist d'un

SONNBTS

Six ans estoîent coulez, et la septiesme année

Ëstoit presque» entière en ses pas retournée,

Quand loin d'affection, de désir et d'amour,

En pure liberté je passoîs tout le jour,

Et franc de tout soucy qui les ame dévore.

Je dormois dés le soir jusqu'au poinct de l'Aurore.

Car seul maistre de moy j'alloîs plein de Ioî»r,

Où le pied me portoit, conduit de mon désir,

Ayant tousjours es mains pour me servir de guide

Aristote ou Platon, ou le docte Euripide,

Mes bons hostes muets, qui ne fiaschent jamais :

Ainsi que je les prens, ainsi je les remais.

O douce comp^nic et utile et honneste !

Un autre en caquetant ra'estourdiroit la teste.

Puis du livre ennuyé, je regardois les fleurs, Fueîlles, tiges, rameaux, espèces et couleurs. Et l'entrecoupement de leurs formes diverses. Peintes de cent façons, jaunes rouges et perses. Ne me pouvant saouler, ainsi qu'en un tableau, D'admirer la Nature, et ce qu'elle a de beau : Et de dire en parlant aux fleurettes escloses.

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POUR HELENE, LIVRB II. 203

« Celuy est presque Dieu qui cognoist toutes [choses, Esloigné du vulgaire, et loin des courtizans. De &aude et de malice impudens artizans.

Tantost j'errois seulet par les forests sauvages, Sur les bords enjonchez des peinturez rivages, Tantost par les rochers reculez et déserts, 1 Tantost par les taillis, verte maison des cerfs.

J'aimois le cours suivy d'une longue rivière, Et voir onde sur onde allonger sa carrière. Et Sot à l'autre flot en roulant s'attacher, Et pendu sur le bord me pl^soit d'y pcscher.

Estant plus resjouy d'une chasse muette Troubler des escaïUez la demeure secrette, Tirer avecq' la ligne en tremblant emporté Le crédule poisson prins à l'haim apasté, Qu'un grand Prince n'est aise ayant prins à la [chasse Un cerf qu'en haletant tout un jour il pourchasse. Heureux si vous eussiez d'un mutuel esmoy Prins l'apast amoureux aussi bien comme moy.

Que tout seul j'avallay, quand par trop désireuse Mon ame en vos yeux beut la poison amoureuse.

Puis alors que Vesper vient embrunir nos yeux. Attaché dans le ciel je contemple les cïeux.

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204 SONNETS

En qui Dieu nous escrit en notes non obscures Les sorts et les destins de toutes créatures. Car luy, en desdaignant (comme font les humains) D'avoir encre et papier et plume entre les mains, Par les astres du ciel qui sont ses characteres. Les choses nous prédit et bonnes et contraires : Mais les hommes chargez de terre et du trespas Mespriseat tel escrit, et ne le lisent pas.

Or le plus de mon bien pour décevoir ma peine, C'est de boire à longs traits les eaux de la fontaine Qui de vostre beau nom se brave, et en courant Par les prez vos honneurs va tousjours murmu- £t la Royne se dit des eaux de la contrée : [nmt. Tant vault le gentil soin d'une Muse sacrée, Qui peult vaincre la mort et les sorts înconstans, Sinon pour tout jamais, au moins pour un long [temps. Là couché dessus l'herbe en mes discours je [pense Que pour aimer beaucoup j'ay peu de récompense. Et que mettre son cœur aux Dames «i avuit.

C'est vouloir peindre en l'onde, et arrester lèvent : M'asseurant toutefois qu'alors que le vieil ^e Aura comme un sorcier changé vostre visage.

Et lors que vos cheveux deviendront argentez. Et que vos yeux, d'amour ne seront plus hantez.

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FOUR HELENE, LIVRE II, 30

Que tousjouia vous surez, si ^quelque soin vous

[touche,

En l'esprit mes escrits, mon nom en vostre bouche.

Maintenant que voicy l'an septième venir.

Ne pensez plus Hélène en vos laqs me tenir.

La Raison m'en délivre, et vostre rigueur dure. Puis il fault que mon âge obeysfe ji nature.

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SONNETS

Je m'en-fuy du combat, mon année est desfaite : J'ay perdu contre Amour la force et la raison : Ja dix lustres passez, et ja mon poil grison M'appellent au logis, et sonnent la retraite.

Si comme je voulois, ta ^oire n'est parfiaite, N'en blasme point l'esprit, mais blasme la saison : Je ne suis ny Paris, ny desloyal Jason :

J'obéis à la loy que la Nature a faite.

Entre l'aigre et le doux, l'espérance et la peur, Amour dedans ma forge a poly cest ouvrage.

Je ne me plains du mal, du temps, ny du labeur,

Je me plains de moymesme et de ton faux courage. Tu t'en repentiras, si tu as un bon cœur.

Mais le tard repentir n'amande le dommage.

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POUR HELENE, LIVRE II. 207c

Vous ruisseaux, vous rocheis, vous antres solitaires. Vous chesnes, héritiers du silence des bois, Entendez les souspirs de ma dernière vois.

Et de mon testament soyez présents notaires.

Soyez de mon mal^heur fidèles secrétaires, [mois Gravez-le en vostre escorce, afin que tous les Il croisse cooune vous : ce pendant je m'en vois Là bas privé de sens, de veines, et d'artères.

Je meurs pour la rigueur d'une fîere beauté, Qui vit sans foy, sans loy, amour ne loyauté. Qui me succe le sang comme un Tygre sauva^.

Adieu forests adieu ! Adieu le verd séjour De vos arbres, heureux pour ne cognoistre Amour Ny sa mère qui tourne en fureur le plus sage.

SONNETS

DIALOGUE DE l'aoTHEUR ET DU MONDAIN

Est-ce tant que la Mort ? est-ce û grand mal-heut Que le vulgaire croit ? Comme l'heure première Nous ^ct nùstre sans peine, ainsi l'heure der- Qui achevé la trame, arrive sans douleur. [aiei«,

Mais tu ne leras plus î Et ptds : quand la paleut Qui blesmist nosoe corps saxt» chaleur oe tunûerc Nous perd le sentiment ! quand la main filandiere Nous oste le désir pérdans noMre chaleur 1

■Tu ne mangera* ph» ? Je n'auray plut ettvîe De boire ne manger, c'est le corps qui sa vie Par la viande allonge, et par ref^tion :

L'écrit n'en a besoin. Venus qui ihkk appfBt Aux plaisirs te fuira ? Je n'auray soucy d'elle. «Qui ne désire plus, n'a plus d'affection.

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POU8 HELENE, LIVRE II. ZO9

Lxxvm

Helas f voicy le jour que mon maistre on enterre. Muses, accompagnez son funeste convoy:

Je voy son effigie, et au dessus je voy La Mort qui de ses yeœt la lumière luy Mrfe.

Voila comme Atfopos les Majestez atterre Sans respect de jeunesse ou à'cmpïre ou de foy. Chablis qui fieurissoït nagueres un grand Roy, Est maintenant restu d'une robbe de terre.

Hé ! tu me fais languir par cruauti d'amour : Je suis ton Promethée, et tu es mon Vamtoor.

La Tcngeance du Ciel n'oubïira tes malices.

Un mal au mien pareil puisse un jour t'arvenir, Quan J tu voudras mourir , que mourir ta ne puisses. Sî Justes sont les Dieux, je t'en verray punir.

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Je cbaotois ces Sonnets amoureux d'une Hélène, En ce funeste mois que mon Prince mourut :

Son Sceptre, tant fust grand, Charles ne secourut. Qu'il ne payast la debte à la Nature humaine.

La Mort fut d'un costé, et l'Amour quimemeine, Estoit de l'autre part, dont le traict me ferut. Et si bien la poison par les veines courut, [peine. Que j'oubliay mon maistre, attaint d'une autre

Je sen^ dans le cœur deux diverses douleurs, La rigueur de ma Dame, et la tristesse enclose Du Roy, que j'adorois pour ses rares valeurs.

La vivante et le mort tout malheur me propose : L'une aime les regrets, et l'autre ùme les pleurs : Car l'Amour et la Mort n'est qu'une mesme chose.

FIN DU SECX)ND LIVRE DES SONNETS d'hELENE.

HUIT SONNETS

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