CHANSON
Plus estroit que la Vigne à l'Onneau se marie
De bras souplement forts, Du lien de tes mains, Maistresse, je te prie,
Enlace-moy le corps.
Et feignant de dormir, d'une mignarde face, Sur mon front panche toy :
Inspire, en me baisant, ton haleine et ta grâce Et ton cœur dedans moy.
Puis appuyant ton sein sur le mien qui se pâme,
Pour mon mal appaiser, Serre plus fort mon col, et me redonne l'ame
Par l'esprit d'un baiser.
Si tu me fais ce bien, par tes yeux je te jure,
Serment qui m'est si cher.
Que de tes bras aimez jamais autre avanture
Ne pourra m 'arracher :
Mais souffrant doucement le joug de ton Empire, Tant 8oit-il rigoureux,
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Dans les champs Elisez une mesme navire Nous passera tous deux.
Là morts de trop aimer sous fes branches Myr- Nous verrons tous les jours [tines,
1*8 anciens Héros auprès des Héroïnes Ne parler que d'amours.
Tantost nous dancerons par les fleurs des rivages
Sous maints accords divers, Tantost lassez du bal irons sous les ombrages
Des Lauriers tousjours verds :
Où le mollet Zephyre en haletant secoue,
De souspirs printaniers Ores les Orangers, ores mignard se joue
Entre les Citronniers.
Là du plusant Avril la saîstm immortelle
Sans eschange se suit :
La terre sans labeur de sa grasse mammelle
Toute chose y produit.
D'embas k troupe sainte autrefois amoureuse,
Nous honorant sur tous, A^endra nous aahier, s'estimant bien-heureuse
De s'accointer de nous.
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SIX PIÈCES RETRANCHÉES 233
Puis nous faisant asseoir dessus l'herbe fleurie,
De toutes au milieu, Nulle en se retirant ne sera point marrie
De nous quitter son lieu.
Non celle qu'un Toreau sous une peau menteuse
Emporta par !a mer :
Non celle qu'Apollon veit viei^ despiteuse
En laurier se former ;
Ny celles qui s'en vont toutes tristes ensemble,
Artemise et Didon :
Ny ceste belle Grecque à qui ta beauté semble.
Comme tu ttâs de nom.
[Pièce figurant auit Amours Diveraca k partif do 1584].
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La constance et l'honneur sont noms pleins d'im- [posture, Que vous .alléguez tant, sottement inventez De nos percs rcsveurs, par lesquels voua ostez £t forcez les presens les meilleurs de Nature.
Vous trompez vostre sexe et luy faites injure : D'un frein imaginé faussement vous dontez Vos plaisirs, vos désirs, vous et vos volontez, Vous servant de la Loy pour vaine couverture.
Cest honneur ceste loy sont bons pour un lour-
[daut
Qui ne cognoist soy-mesme et les plaisirs qu'il faut
Pour vivre heureusement dont Nature s'esgaye.
Vostre esprit est trop bon pour ne le sçavoir pas : Vousprendrez, s'il vous plaist, les sots à tels appas : Je ne veux pour le faux tromper la chose vraye.
[Pièce fi^rant aux Amours Diverses à partir de 1584].
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SIX PIÈCES RETRANCHÉES
Voulant tuer le feu, dont la chaleur me cuit Les muscles et les nerh, les tendons et les veines, Et cherchant de trouver une fin à mes peines, Je vy bien à tes yeux que j'eatois esconduit.
D'un refus asseuré tu me payas le fruit Que j'esperois avoir ; ô espérances vaines I O fondemens assis sur débiles arènes !
Malheureux qui aoymesme abuse et se séduit I
O beauté sans merci, ta fraude est descouverte 1
J'aime mieux estre sage après quatre ans de perte,
Que plus long temps ma vie en langueur dessei-
[cher.
Je ne veux point blasmer ta beauté que j'honore, Je ne suis mesdîsant comme fut Stesichore, Mais je veux de mon col les liens destacher.
[Pièce figurant aux Amours diverse»
à partir de 1584].
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Je faisois ces Sonnets en l'antre Piéride, Quand on vit les François bous les armes suer, QuAod on vit tout le peuple en fureur se ruer, Quand Bellonne sanglante alloit devant pour feuide:
Quand en lieu de la Loy le vice, i'homicide, L'impudence, le meurtre, et se sçavoir muer En Glauque et en Frotee, et l'Estat remuer, Estoient tiltres d'honneur, nouvelle Thebaïde,
Pour tromper les soucis d'un temps si vicieux, J'escrivois en ces vers ma complainte inutile. Mars aussi bien qu'Amour de larmes est joyeux.
L'autre guerre est cruelle, et la mienne est gen- La mienne finiroit par un combat de deux, [tille : Et l'autre ne pourroit par un camp de cent mille.
[Pîjoe flgurant aux Amours diveraea en 1578 au premier livre des Sonnets pour Hélène en 1584, aux Amourt diverses en 1587].
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