LIVRE I
Je liay d'un filet de soye cramoisie Vostre bras l'autre jour, parlant avecques vous : Mais le bras seulement fut captif de mes aouds, Sans vous pouvoir lier ny cœur ny fantaisie.
Beauté, que pour maïstresse unique j'ay choisie, Le sort est inégal : voua triomphez de nous.
Vous me tenez esclave esprit bras et genous, Et Amour ne vous tient ny prinse ny saisie.
Je veux parler, Maistresse, à quelque vieil char-
[meur,
Pour vous rendre amoureuse, et changer vostre
[humeur,
Et qu'une mesme playe à nos cœurs soit semblable.
Je iaxa : l'amour qu'on charme est de peu de se< Estre beau jeune riche éloquent agréable, [jour. Non les vers enchantez, sont les sorciers d'Amour.
tzedbïGoOglc
D'un profond peiuMment j'avoU m fort troublée L'inu^ituiticMi qui toute ta vous eetoit, Qiw moi tme à' tous ooups de met lèvres aortoit. Pour estre en me lusaant à la vostrci MBemblee.
J'ky c«nt fois U hàxivc «u logis r'oppdee, Qu'Amour me dcabauchoit : ores «Ue escoutoit. Et ores sans zd'oujt te frein elle eœportoît, Comaie ua jeune Poulain qui court à U volloe,
Ia tançant je ofitois, Tu te vas décevant :
Si eUe nous aimoit, nous aurions plus souvent Ou chi&va ou meange ou lettre acoQuatumce.
Etk a de nos cfaaorana et non de nom aouci.
Mon ame, sois plus fine : il nous faut tout ainsi Qn'^e nous paiet de vent, ta paiatre de fumée.
POUR HBLBNS,
Je fuy Iw gnocU ettemioB frtycz du ptqnibBK.
Bt ^ viU^ eu SQQt les pouples «maasez :
ï^a» r^cm, \m ka^» dei^ft açavcnt ama Queik tTHnpe a fM vie eaM«go et sditaire.
Si M Mw^ic M Mal, qu'Ameiir inoo aceretitre ['^ J N'accompagne tnc3 pieda débiles et euaez :
Qu'il M conte mes mitux et preiens et passez A «««to viù wiM coqM, qui rien ne sçaureit taire.
Souvent plein de discours. ptHV flMter mon etmoy. Je m'arrea», « je ày. Se pourroit-il bian 6u« Qu'^ p^UAK, imrUst, ou ae aouvint de moy?
Qu'i m pi^ nm n>«l «qnunençwt à deaplaire ?
Encor que je ne trompe, »bu»i du cwitriire po^ff fm £Mfe i^ùir, Hdene. jo le cr^.
jbïGoogIc
SONNETS
xxvn
Chef escole des arts, le séjour de science, Où vit un intellect qui foy du Ciel nous faict, Une heureuse mémoire un jugement parfaict, D'où Pallas repreodroit sa seconde naissance :
Chef le logis d'honneur de vertu de prudence, Enncmy capital du vice contrefait :
Chef petit Univers qui monstres par effet l^^Qae tu as du grand Tout parfaicte cognoissance :
Et toy divin esprit qui du Ciel est venu,
Dedans un autre Ciel où tu es retenu
Simple rond et parfait, comme icy nous ne sommes
[ Où tout est embrouillé, sans ordre ny sansloy : Puisque tu es divin, aye pitié de moy :
Il appartient aux Dieux d'avoir pitié des hommes.
POUR HELENE, LIVRE I
Si j'estois seulement en vostre bonne grâce Par l'erre d'un baiser doucement amoureux.
Mon coeur au départir ne seroit langoureux, En espoir d'eschaufFer quelque jour vostre glace.
Si j'avois le portrait de vostre belle face, Las 1 je demande trop I ou bien de vos cheveux, Content de mon malheur je serois bien-heureux Et ne voudroîs changer aux célestes de place.
Mais je n'ay rien de vous que je puisse emporter. Qui soit cher à mes yeux pour me reconforter. Ne qui hie touche au cœur d'une douce mémoire.
Vous dites que l'Amour entretient ses accords
"Pai l'esprit seulement, je ne sçaurois le croire :
/Car l'esprit ne sent rien que par l'ayde du corps.
tzedbïGoOglc
De vos yeux, le mirouer du Qel et de Nature, La retraite d'Amour, la foi^ de ses dards, D'où coule une douceur, que versent vos regards Au cœur, quand un rayon y survient d'aventure.
Je tire pour ma vie une douce pasture, Une joye, un plaisir, que les plus grands Césars, Au milieu du triomphe, entre un camp de soudars, Ne sentirent jamais : mais courte elle me dure.
Je la sens distiller goutte à goutte en mon cœur. Pure saincte parfaicte angelique liqueur, Qui m'eschaufe le sang d'une chaleur extrèoicj
Mon ame la reçoit avecquc tel plaisir,
Que tout esvanouy je n'ay pas le loisir
Ny de gauster mon bien, ny penser à moymesme.
tzedbïGoOglc
L'arbre qui met à crcûstre a la plante asseuree : Celuy qui croiet bien tost, ne dure pas long temps, Il n'endura de» vents les souflets inconstans : Ainsi l'amour tardive est de longue durée.
Ma foy du premier jour ne vous fut pas donnée : L'Amour et la Raison, comme deux combatans.
Se sont eecarmouchez l'espace de quatre ans : A la fin j'ay perdu, veineu par destinée.
Il'estoit destiné par sentence des Cieux, Que je devois servir, mais adorer vos yeux :
J'ay, c<Hnme les Geans, au Ciel fait résistance.
Aussi je suis comme eux maintenant foudroyé, Pour résister au bien qu'ils m'avoient ottroyé : Je meurs, et si ma mort m'est trop de récompense.
tzedbïGoOglc
SONNETS
Ostez vostre beauté, ostez vostre jeunesse, Ostez ces rares dons que vous tenez des Cieux, Ostez ce docte esprit, ostez moy ces beaux yeux. Cet aller, ce parler digne d'une Déesse :
Je ne vous seray plus d'une importune presse Fascheux comme je suis : vos dons m précieux Me font en les voyant devenir furieux, Et par le desespoir l'ame prend hardiesse.
Pource si quelquefois je vous touche la main. Par courroux vostre teint n'en doit devenir blesme : Je suis fol, ma raison n'obeyt plus au frein.
Tant je suis agité d'une fureur extrême.
Ne prenez, s'il vous plaist, mon oifence à desdain.
Mai» douce pardonnez mes fautes à vous n
tzedbïGoOglc
xxxn
De vostre belle vive angelique lumière, Le beau logis d'Amour de douceur de rigueur, S'eslance un doux regard, qui m« navrant le cœur Desrobe loin de moy mon ame prisonnière.
Je ne sçay ny moyen remède ny manière De sortir de vos rets, où je vis en langueur : Et, si extrême etmuy traîne plus en longueur. Vous aurez de mon corps la despouille dernière.
Yeux qui m'avez blessé, yeux mon mal et mon bien, Guarissez vostre playe : Achille le peut bien. Vous estes tout-divins, il n'estoit que pur homme.
Voyez, parlant à vous, comme le cœur me faut !
Helas ! je ne me deuls du mal qui me consomme :
Le mal dont je me deuls, c'est qu'il ne vous en
[chaut.
tzedbïGoOglc
Nous promenant tous aeuls^ vous me distee [Maistresse, Qu'un chant vous despldsoit, s'il n'estoit douce- [reux :
Que vous aimiez les plaints des tristes amoureux, Toute voix lamentable et pleine de tristesse.
Et pource (disieZ-vpus) quand je suis loin de
[presse,
Je choisis vos Sonnets qui sont plus douloureux :
Fuis d'un champ qui eet propre au sujet kngou-
[reux,
Ma nature et Amour veulent que je me paisse.
Vos propos sont trompeurs. Si Vous aviez souci De ceux qui ont un cœur larmoyant et transi, Je vous ferois pitié par une sympathie :
Mais vostre œil cauteleux, à tromper trop subtil. Pleure en chantant mes vers, comme le Crocodil, Pour mieux me desrober par feintise la vie.
D.nt.zedbïGoOglc
Cent et cent fois !e jour l'Orange je rebaise, Et le Citron qui part de vostre belle main, Doux présent amoureiix, que je loge en mon sein Pour leur faire sentir combien je sens de biaise.
Quand ils sont demy-cuîts, leur chaleur je r'ap- [paise.
Versant des pleurs dessus, dont triste je suis plein : Et de ta nonchalance avec eux je me plaîn, Qui cruelle te ris de me voir à mal-aise.
Oranges et Citrons sont symboles d'Amour :
Ce sont signes muets, que je puis quelque jour T'arrester, comme fit Hippomene Atalante.
Mais je ne le puis croire : Amour ne le veut pas. Qui m'attache du plomb pour retarder mes pas. Et te donne à fuir des ailes à la plante.
tzedbïGoOglc
SONNETS
Tousjours pour mon sujet il faut que je vous aye Eu peinture, pour voir vos deux Astres jumeaux. Vos yeux, mes deux Soleils, qui feints me sont si [beaux.
Qu'à trouver autre jour autre part je n'essaye.
Le chant du Rossignol m'est le chant d'une Orfraye, Roses me sont Chardons, torrens me sont mis- La Vigne mariée à l'entour des Ormeaux, [seaux, Et le Printemps au cœur me rengrege la playe.
Mon plaisir en ce mois c'est de voir les Coloms S'emboucher bec à bec de baisers doux et longs. Dés l'aube jusqu'au soir que le Soleil se plonge.
O bien-heureux Pigeons, vray germe Cyprien, Vous avez par nature et par effect le bien Que je n'ose espérer tant seulement en songe 1
tzedbïGoOglc
POUR HELENE, LIVRE I
Vous me distes, Mûstresse, estant à la fenestre, Regardant vers Mont-martre et les champs La solitaire vie.et le désert séjour [d'alentour: Valent mieux que la Cour, je voudroîs bien y estre.
A l'heure mon esprit de mes Sens seroit maistre, En jeusne et oraison je passerois le jour, Je dcafi'rois les traicts et les fiâmes d'Amour : Ce cruel de mon sang ne pourroit se repaistre.
Quand je vous respondy, Vous trompez de
[penser Qu'un feu ne soit pas feu pour se couvrir de [cendre :
Sur les cloistres sacrez la fiame on voit passer :
Amour dans les déserts comme aux villes s'en-
[gendre.
Contre un Dieu si puissant, qui les Dieux peut
[forcer,
Jeusnes ny oraisons ne se peuvent défendre.
D.nt.zedbïGoOglc
xxxvn
Voicy le mois d'Avril, où nasquit la merveille Qui fait en terre foy de la beauté des Cieux, Le mirouer de vertu, le Soleil de meB yeux.
Seule Phénix d'honneur, qui les âmes resveille.
Les Œillets et les Liz et la Rose vermeille Servirent de berceau ; la Nature et les Dieux La regardèrent naistre, et d'un soin curieux Amour enfant comme elle alaicta sa pareille.
Les Muses, Apollon et les Grâces estoient Tout alentour du lict, qui à l'envy jettoient Des fleurs sur l'Angeletle. Ah ! ce mois me convie
D'eslever un autel, et suppliant Amour
Sanctifier d'Avril le neufîesme jour,
Qui m'est cent fois plus cher que celuy de ma vie.
tzedbïGoOglc
POUR HELENE, LIVR
xxxvm
D'autre torche mon cœur ne pouvoit s'allumer Sinon de tes beaux yeux, où l'amour me convie : J'avois deaja passé le meilleur de ma vie.
Tout franc de passion, fuyant le nom d'iùmer.
Je soulois maintenant ceste Dame estimer, Et maintenant ceste autre où me portoît l'envie, Sans rendre ma franchise à quelqu'une asservie : Rusé je ne voulois dans les rets m'enfermer.
Maintenant je suis pris, et si je prene à gloire D'avoir perdu le camp, frustré de la victoire : Ton œil vaut un combat de dix ans d'Ilîon.
Amour comme estant Dieu n'aime pas les
[superbes :
Sois douce à qui te prie, imitant le Lion.
La foudre abat les monts, non les petites herbes.
tzedbïGoOglc
Agathe, où du Soleil le signe est imprimé (L'escrevice marchant comme il fait en arrière) Cher présent que je donne à toy chère guerrière, Mon don pour le Soleil est digne d'estre aimé.
Le Soleil va tousjours de fkmes allumé, Je porte au cœur le feu de ta belle lumière : Il est l'ame du monde, et ma force première Dépend de ta vertu, dont je suis animé.
O douce belle vive angelique Sereine, Ma toute Pasithee, essence sur-humaine.
Merveille de Nature, exemple sans pareil,
D'honneur et de beauté l'ornement et le signe. Puis que rien îcy bas de ta vertu n'est digne. Que te puis-je donner sinon que le Soleil ?
POUR HELENE, LIVRE
Puis que tu cognois bien qu'affamé je me pais I>u regard de tes yeux, dont larron je retire Des rayons, pour nourrir ma douleur quis'empire, Pourquoy me cacbes-tu l'œil par qui tu me plais P
Tu es deux fois venue à Paris, et tu fais Semblant de n'y venir, afin que mon martire Ne s'allège en voyant ton œil que je désire.
Dont la vive vertu me nourriat de ses rais.
Tu vas bien à Hercueil avecque ta cousine Voir les prez les jardins et la source voisine De l'Antre, où j'ay chanté tant de divers accords.
Tu devois m'appeler, oublieuse Maistresse :
Ton coche n'eust courbé soubs une masse espesse : Car je ne suis plus rien qu'un fantôme sans corps.
tzedbïGoOglc
SONNETS
Comme je regardois ces yeux, mais ceste fouldre, Dont l'esclat amoureux ne part jamais en vaîn, Sa blanche charitable et délicate main Me parfuma le chef et la barbe de pouldre.
Pouidre l'honneur de Cypre, actuelle à resouldre L'ulcère qui e'enchame au plus creux de mon sein, Depuis telle faveur j'ay senty mon cœur sain. Ma playe se reprendre, et mon ma! se dîssouldre.
Pouldre, Atmnes sacrez qui sur moi voletoîent. Où toute Cypre, l'Inde et leurs parfums eatoient. Je vous sens dedans l'ame. O Pouldre souhaitée.
En parfumant mon chef vous avez combatu Ma douleur et mon cœur : je faux, c'est la vertu De ceste belle main qui vous avoît jettee.
jbïGoogIt.
Cet amoureux desdain, ce Nenny gracieux, Qui refusant mon bien, me reschaufent l'envie Par leur fiere douceur d'assujettir ma vie, Où sont desja sujets mes penser» et mes yeux,
Me font transir le cceur, quand trop impétueux A baiser vostre main le désir me convie, Et TOUS la retirant feignez d'estre marrie, Et m'appelez, honteuse, amant présomptueux.
Mais sur tout je me plains de vos douces moiaces,
De vos lettres qui sont toutes pleines d'audaces,
De moymesme, d'Amour, de vous et de vœtre
[art,
Qui si doucement farde et sucre sa harangue, Qu'escrii^nt et parlant vous n'avez traict de [langue Qui ne me soJt au cœur la poincte d'un poignart.
tzedbïGoOglc
SONNETS
XLin
J'avois, en regardant tes beaux yeux, enduré Tant de flames au cœur, que plein de seicheresse Ma langue estoit réduite en extrême destresse, Ayant de trop parler tout le corps altéré.
Lors tu fis apporter en ton vase doré De l'eau froide d'un puits : et la soif qui me presse Mefist-boire à l'endroit où tu bois, ma Maistresse, Quand ton vaisseau se voit de ta lèvre honoré.
Mais le vase amoureux de ta bouche qu'il baise, £n rechauffant ses bords du feu qu'il a receu. Le garde en sa rondeur comme en une fournaise.
Seulement au toucher je l'ay bien apperceu.
Comment pourroy-je vivre un quart d'heure à [mon aise Quand je sens contre moy l'eau se tourner en feu ?
tzedbïGoOglc
POUR HELSNE, LIVRE I.
Comme une belle fleur asaîse entre les fleurs, Mante herbe vous cueillez en la saison plus tendre Pour me les envoyer, et pour soigneuse apprendre Leurs noms et qualitez, espèces et valeurs.
Estoit-ce p<rint afin de guarir mes douleurs, Ou de faire ma playe amoureuse reprendre ?
Ou bien s'il vous plusoit par charmes entreprendre D'ensorceler mon mal, mes flames et mes pleurs î
Certes je croy que non : nulle herbe n'est mais- [tresse
Contre le coup d'Amour envieîlly par le temps.
C'estoît pour m'enaeigner qu'il faut dés la jeu- [nesse,
X Comme d'un usufruict prendre son passetemps : Que pas à pas nous suit I^importune vieillesse. Et qu'Amour et les fleurs ne durent qu'un Prin- [temps.
tzedbïGoOglc
BONNETS
Doux deedains douce amour d'altifiœ <»chee.
Doux couiToux enfantin, qui ne garde son cour. Doux d'endurer passer un long temps en longueur, Sans me voir, sans m'escrire, et :^ùre la faschee :
Douce amitié souvent perdue et redieichée.
Doux de tenir d'entrée une douce rigueur.
Et sans me saluer me tenir en langueur.
Et feindre qu'autre part on est bien empeschee :
Doux entre le despit et entre l'amitié, Dissimulant beaucoup, ne parler qu'à moitié.
Mais m'appeler vc4age et prorapt de fuitaete,
Blasmer ma conscience et douter de ma foy.
Injure plus mordante au cœur je ne re(oy :
Çai douter de ma foy c'est crime d'Iieresie.
tzedbïGoOglc
POUR HHLSNB,
Pour voir d'autre* beftutez mon denr ne B*^>p«set Tant du premier assaut vos yeux m'ont surmonté, Tousjours k l'entOur d'eux vole ma volonté, Yeux qui veisent en l'ame une si chaude braise4
Mais TOUS embellissez de me voir à mal-uae, Tigre, roche de mer, la mesme cruauté.
Comme ayant le desdain si joint à la beauté Que de plaire k quelcun semble qu'il vous des- (plaise.
DesJA par longue usance aimer je ne sçaurois Sinon vous, qui sans pair à soymesme ressemble. Si je changeois d'amour, de douleur je mourrois.
Seulement quend je pense au changement je
{tremble :
Car tint dedans mon cour toute je vous reçois,
Que d'aimer autre part, c'est hayr ce me semble.
SONNETS
xLvn
Codit cent fois heureux, où ma belle Maistresse Et moy nous promenons raisonnans de l'amour : Jardm cent fois heureux, des Nymphes le séjour, QiJ pensent, la voyant, voir leur mesme Déesse.
Bienheureuse l'Eglise, où je pris hardiesse De contempler ses yeux, qui des miens sont le
Qui ont chauds les regards, qui ont tout à l'entour Un petit camp d'Amours qui jamais ne les laisse.
Heureuse la Magie, et les cheveux bruslez, Le munnure, l'encens et les vins escoulez Sur l'image de dre : ô bien-heureux servage I
O caoy sur tous amans le plus avantureux D'avoir osé choisir la vertu de nostre âge.
Dont la terre est jalouse, et le Ciel amoureux.
tzedbïGoOglc
POUR HELENE, LIVRE
Ton extrême beauté par ses rais me retarde Que je n'ose mes yeux sur les tiens asseurer, Débile je ne puis leurs regards endurer. Plus le soleil esclaire, et moins on le regards.
Helas ! tu es trop belle, et tu dois prendre garde Qu'un Dieu si grand thresor ne puisse désirer, Qu'il ne t'en-vole au Ciel pour la terre empirer. « La chose précieuse est de mauvaise garde.
Les Dragons sans dormir tous pleins de cruauté, Gardoient les pommes d'or pour leur seule beauté: Le visage trop beau n'est pas chose trop borne.
Danaé le sceut bien, qui sentit l'or trompeur.
Mais l'or qui domte tout, devant tes yeux s'es-
[tonne,
Taat ta chaste vertu le fait trembler de peur.
tzedbïGoOglc
B0NNBT8
xux
D'un Rolitaire pas je ne nuirche en nul lieu, Qu'Amour bon artisan ne m'imprime l'image Au profond du penser de ton gentil visage, Et de» propos douteux de ton dernier Adieu.
ïlus fermes qu'un rocher, engnvez au milieu De mon cour je les porte : et 3'U n'y a rivage. Fleur, antre ny rocher, ny forest ny bocage, A qui je ne les conte, k Nymphe ny à Dieu.
D'une si rare et douce ambrosîne vianij^ Mon espérance vît, qui n'a voulu depuis Se pftistre d'autre ap^st, tant elle en est friande.
Ce jour de mille jours m'effaça les ennuis :
Car tant opîniastre en ce plaisir je suis.
Que mon ame pour vivre autre bien ne demande.
tzedbïGoOglc
POUR HELENE, LIVRE I
Bien que l'esprit humain s'enfle par la doctrine De Platon qui le vantQ inflimon des Cieux, Si est-ce sans le corps qu'il seroit ocieux, Et auroit beau louer sa céleste origine.
Par les Sens l'ame voit, ell' oyt, ell' imagine, £11' a ses actions du corps officieux :
L'esprit incorpora devient ingénieux, La matière le rend plus parfait et plus digne.
Or TOUS aimez l'esprit, et sans discrétion Vous dites que des corps les amours sont pollues. Tel dire n'est sinon qu'imagination
Qui embrasse le faux pour les choses cognues :
Et c'est renouveller la fable d'Ixïon,
Qui ae paissait de vent et n'aîmoit que des nues.
tzedbïGoOglc
Amour a tellement ses flèches enfermées En mon ame, et ses coups y sont si bien enclos, Qu'Helene est tout mon cœur, mon sang et mes [propos, Tant j'ay dedans l'esprit ses beautez imprimées.
Si les François avoient les âmes allumées D'amour ainsi que moy, nous serions à repos : Les champs de Montcontour n'eussent pourry [nos os, Ny Dreux, ny Jazeneuf n'eussent veu nos armées.
Venus, va mignarder les moustaches de Mars :
Conjure ton guerrier par tes bénins regars.
Qu'il nous donne la paîx, et de tes bras l'e
Pren pitié des François, race de tes Troyens, A fin que nous facions en paix la mesme guerre Qu'Anchise te faisoit sur les monts Ideens.
tzedbïGoOglc
POUR HELENE, LIVRE I
LH
Dessus l'autel d'Amour planté sur vostre table Me âstes un serment, je vous le fis aussi.
Que d'un coeiu* mutuel à s'aimer endurcy Nostre amitié promise iroit inviolable.
Je voua juray ma foy, vous feistes le semblable. Mais vostre cruauté, qui des Dieux n'a soucy, Me promettoit de bouche, et me trompoit ainsi : Ce-pendant vostre esprit demeuroit immuable.
p jurement fardé sous l'espèce d'un Bien !
O perjurable autel ! ta Deité n'est rien, O parole d'amour non jamais asseuree !
J'ay pratiqué par vous le proverbe des vieux :
Jamais des amoureux la parole jurée
N'entra (pour les punir) aux oreilles des Dieux.
tzedbïGoOglc
SON^fBTS
J'crroia à U vtdee, et sans respect des lois Ma chair dure à donter me conunaadoît à force, Quand tes s^ies propos despouillerent l'escfvce De tant d'opinions que frivoles j'avois.
En t'oyant discourir d'une si taincte vois, Qui donne aux voluptés une mortelle enlorce.
Ta parole me fiât par une douce amorce Contempler le vray bien duquel je m'esgaroïs.
Tes mœurs et ta vertu, ta prudence et ta vie . Tesmoignent que l'eeprit tient de la Deiti :
Tes raisons de Platon, et ta Philosophie,
' Que le vieil Promethee est une vérité.
Et qu'après que du ciet la flame il eut ravie, Il maria la Terre à la Divinité.
tzedbïGoOglc
POUR HBLENB
Bienheureux fut le jour où mon ame sujette Rendit obéissance à ta douce rigueur, Qu2od d'im tr^Kt de ton Œil tu me perças le cceur, Qui ne veut cndifrer qu'un autre luy en jette.
"La. Raison pour néant au chef iît sa retraite, Et se niit au dongeon, comme au lieu le plus seur: D'espérance assaillie et prise de douceur, Trahit ma liberté, tant elle est indiscrette.
Mon destin le permet, quî pour mieux m'offcoser Baille mon cœur en garde k la foy du Penser Qui trompe son seigneur, desloyal sentinelle.
Vendant de nuict mon camp et mon cœur aux
[Amours.
J'auray sans cesse en l'ame une guerre étemelle ;
Mes penaers et mon cœur me trahissent tousjours.
tzedbïGoOglc
SONNETS
Je sens de veine en veine une chaleur nouvelle. Qui me trouble le sang et m'augmente le soiog. Adieu ma liberté, j'en appelle i tesmoing Ce mois qui du beau nom d'Aphrodite s'appelle.
Comme les jours d'Avril mon mal se renouvelle : Amour qui tient mon Astre et ma vie en son poing, M'a tant séduit l'esprit que de près et de loîng Tousjours à mon secours en vain je vous appelle.
Je veux rendre la place en jurant vostre nom. Que le premier article avant que je la tende. C'est qu'un cœur amoureux ne veut de compa- [gnon.
L'amant non plus qu'un Roy de rival ne de-
[mande.
Vous aurez en mes vers un immortel renom :
Four n'avoir rien de vous la recompense est grande.
tzedbïGoOglc
Si c'est aimer, Madame, et de jour et de nuict Resver, songer, penser le moyen de vous plaire. Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit :
Si c'est aimer de suivre un bon-heur qui me fuît, De me perdre moy mesme et d'estre solitaire, Souffiir beaucoup de mal, beaucoup craindre et [me taire.
Pleurer, crier mercy et m'en voir esconduit :
Si c'est aimer de vivre en vous plus qu'en moy- [mesme.
Cacher d'un front joyeux une langueur extrême, Sentir au fond de l'ame un combat inégal.
Chaud, firad, comme la fièvre amoureuse me [traitte:
Honteux parlant à vous de confesser mon mal :
Si cela c'est aimer, furieux je vous aime.
Je vous aime, et sçay bien que mon mal est fatal :
Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.
D.nt.zedbïG00g[c
lONMBTS
Amour est stn» milioa, c'est uM choM etxtttoie Qui ne veut (je le sçay) de ticre ny de moitié : Il ne faut pwot treocher en deux une amitié.
a Un est nombre paiÊût, impartit le deuxième.
J'aime de tout mon oœut, je vexix «uni qu'on 1« dcsir au désir d'un noeud ferme lié, [m'aime. Par te temps ne s'oublie et n'est point oublié. Il est tousjours son tout, contenté de soy mesme.
Mon ombre me fait peur, et jaloux je ne puis Avoir un compaign<m, tant amoureux je suis.
Et tmt je m'essentie en la personne aimée.
L'autre amitié rcMcmble aux enfeos slns raison : C'est se fcàndre une âame, une vaioe prison.
Où le feu contrefait ne rend qu'une fumée.
tzedbïGoOglc
POUR HELENE, LIVRE I. II3
Lvn
Ma fièvre croin toui^r», la vmtre diitiiaue : Vous le yoyet, Halene, et «i ne vous en chaut. Vous retenei le froid et me laissez le chaut : La vome en à plsïûr, la mienne est cotitiiuie.
Vous avcs telle peste en mon cteur refondue, Que mon sang s'est gasté, et douloir 11 me faut Que ma foible Raisrai dis le premier assaut.
Pour craindn tn^ vos yeux ne s'est pont de- [fendue.
Je n'en blasme qu'Amour, seul autheur de mon
[mal,
Qui Bte voyant tout nud conune archer déloyal,
■ De mainte et mainte playe a mon ame entamée.
Gravant à coups de âedie en moy vostre por> [traict I Et à vous qui estiez contre tous deux armée, N'a monstre seulement la poincte de son traict.
D.nt.zedbïGoOglc
SONNETS
Lvin
Je sens une douceur à conter impossible, Dont ravy je jouys par le bien du penser, Qu'homme ne peut escrire ou langue prononcer. Quand je baise ta main en amour invincible.
Contemplant tes beaux yeux ma pauvre ame [passible En se pasmant se perd, lors je sens amasser Un sang froid sur mon cœur, qui garde de passer Mes esprits, et je reste une image insensible.
Voila que peut ta main et ton œil, où les trais D'Amour sont si serrez, sî chauds et si espais Au regard Medusîn qui en rocher me mue.
Mais bien que mon malheur procède de les voir. Je voudrois et mille yeux et mille mains avoir. Pour voir et pour toucher leur beauté qui n^e tue.
tzedbïGoOglc
ux
Ne romps point au mestier par le milieu la trame Qu'Amour en ton honneur m'a commandé [d'ourdir :
Ne laisses au travail mes poulees engourdir Maintenant que l'ardeur à l'ouvrage m'enflame :
Ne verse point de l'eau sur ma bouillante flame, Il faut par ta douceur mes Muses enhardir :
Ne souffre de mon sang le bouillon refroidir, Et tousjours de tes yeux aiguillonne moy l'ame.
Dés le premier berceau n'estoufe point ton nom : Four bien le faire croistre, il ne le faut sinon Nourrir d'un doux espoir pour toute sa pasture :
Tu le verras au Ciel de petit s'eslever.
Courage, ma Maistresse, il n'est chose si dure Que par longueur de temps on ne puisse achever.
tzedbïGoOglc
SONNETS
J'attachay des bouquets de cent mille couleurs, De mes pleurs arrosez harsoir dessus ta porte : I*s larmes sont les fruits que l'Amour nous [apporte, Les souspirs en la bouche, et au cœur les douleurs. •
Les pendant je leur dy. Ne perdez point vos fleurs i Que jusques à demain que la cruelle sorte : . Quand elle passera, tombez de telle sorte Que son chef soit mouillé de l'humeur de mes [pleurs.
Je reviendray demain. Mais si la nuict, qui ronge Mon cœur, me la donnoit par songe entre mes bras, Embiassant pour le vray l'idole du mensonge, -
Soulé d'un faux plaisir je ne reviendrois pas. Voyez combien ma vie est pleine de trespas, Quand tout mon reconfort ne dépend que du [songe 1
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Madame se levoit un beau matin d'Esté, Quand le Soleil attache à ses chevaux la bride : Amour estoit présent avec sa trousse vuide.
Venu pour la remplir des traicts de sa clairté.
J'entre-vy dans son sein deux pommes de beauté, Telles qu'on ne voit point au verger Hesperide : Telles ne porte point la Déesse de Gnide, Ny celle qui a Mars des siennes allaité.
Telle enflure d'yvoire en sa voûte arrondie.
Tel relief de Porphyre, ouvrage de Phidie, Eut Andromède alors que Persee passa.
Quand il la vit liée à des roches marines.
Et quand la peur de mort tout le corps luy glaça,
Transformant ses tetîns en deux boules marbrines.
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SONNETS
Je ne veux point ia mort de celle qui arreste Mon cœur en sa prison : mais Amour, pour venger Mes larmes de six ans, fay ses cheveux chai^r, Et semé bien espais des neiges sur sa teste.
Si tu veux, la vengeanœ est desja toute preste : Tu accourcis les ans, tu les peux allonger : ' ' Ne souffres en ton camp ton soudait outrager): Que vieille elle devienne, ottroyant ma requeste.
Elle se Confie en ses cheveux frisez.
En sa verde jeunesse, en ses yeux aiguisez,
Qui tirent dans les cœurs mille poinctes encloses.
^ïourquoy te braves-tu de cela qui n'est rien ? I^ beauté n'est que vent, la beauté n'est pas bien : Les beautez en un jour s'en-vont comme les Roses.
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Si j'ay bien ou mal dit en ces Sonnets, Madame, Et du bien et du mal vous estes cause aussi : Comme je le sentois, j'ay .chanté mon souci, Taschant à soulager les peines de mon ame.
Hà, qu'il est mal-aisé, quand le fer nous entame, S'engarder de se plaindre et de crier merci I Tousjours l'esprit joyeux porte haut le sourci, Et le melancholîque en soy-mesme se pâme.
J'ay suivant vostre amour le plaisir poursuivy. Non le soin, non le dueil, non l'espoir d'une' at- [tente.
S'il vous plaist ostez moy tout argument d'ennuy :
Et lors j'auray la voix plus gaillarde et plaisante.
Je ressemble au mirouer, qui tousjours représente
Tout cela qu'on luy monstre et qu'on iait devant
[luy.
FIN DU PREMIER LIVRE DBS SONNFTS D'hELENE
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