‹ Sonnets pour Hélène;Chapitre 5 sur 15 · DES SONNETS · texte numérisé non relu

DES SONNETS

Soit qu'un sage amoureuse ou soît qu'un sot me lise, Il ne doit s'esbayr voyant mon chef grison, Si je chante d'amour : tousjours un vieil tison Cache un germe de feu dessous la cendre grise.

Le bois verd à grand'peine en le souflant a'attise, Le sec sans le souHer bnisle en toute saison. La Lune se gaîgna d'une blanche toison, Et son vieillard Tithon l'Aurore ne mesprise.

Lecteur, je ne veux estre escolier de Platon, Qui pour trop contempler a tousjours le teint [blesme :

Ny volontaire Icare ou lourdaut Phaëthon,

Perdus pour attenter une sottise extrême :

Mais sans me contrefaire ou Voleur ou Charton, De mon gré je me noyé et me brusle moymesme.

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Afin qu'en renaissant de siècle en siècle vive La par&ite amitié que Ronsard vous portoit, Comme vostre beauté la raison luy ostoït, Comme vous enchaisnez sa liberté captive :

Afin que d'âge en âge à nos neveux arrive, Que toute dans mon sang vostre figure estoit. Et que rien sinon vous mon cœur ne souhaitoit, Je vous fais un présent de ceste Sempervive.

■Elle vit longuement en sa jeune verdeur ; Long temps après la mort je vous feray revivre, Tant peut le docte soin d'un gentil serviteur, y

Qui veut en vous servant toutes vertus ensuivre.

Vous vivrez et croistrez comme Laure en gran-

[deur,

Au moins tant que vivront les plumes et le livre.

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POUR HELENE, LIVRE II

Amour, qui as ton règne en ce monde si ample, Voy ta gloire et !a mienne errer en ce jardin : Voy comme son bel œU, mon bel astre divin, Surmonte de clairté les lampes de ton Temple.

Voy son corps des beautez le portrait et Texem-

[pie.

Qui ressemble une Aurore au plus beau du matin :

Voy son front, mais un ciel seigneur de mon

' [Destin,

Où comme en un miroer Nature se contemple.

Voy-la marcher pensive, et n'aimer rien que soy,

T'emprisonncr de fleurs et triompher de toy:

Voy naistre soubs ses pieds les herbes bien-heu-

[reuses.

Voy sortir un Printemps des rayons de ses yeux : Et voy comme à l'envy ses flames amoureuses Embellissent la terre et serenent les Cïeui:.

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Tandis que vf)U8 dancez et ballez à vostre aise, Et masquez vostre face ainsi que vostre cœur. Passionné d'amour, je me plains en langueur, Ore froid comme neige, ore chaud comme braise.

Le Carnaval vous plaist : je n'ay rien qui me plaise Sinon de souspirer contre vostre rigueur, Vous appeller ingrate, et blasmer la longueur Du temps que je vous sers sans que mon mal [s'appûse.

Maistresse, croyez moy je ne fais que pleurer. Lamenter souspirer et me désespérer :

Je désire la mort et rien ne me console.

Si mon front si mes yeux ne vous en sont tes- [moins.

Ma plainte vous en serve, et permettez au moins Qu'aussi bien que le cœur je perde la parole.

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POUR HELENE, LIVRE II

N'oubliez, mon Hélène, aujourd'huy qu'il faut [prendre Des cendres sur le front, qu'il n'en faut point [chercher Autre part qu'en mon cœur, que vous faites seîcher, Vous riant du plûsir de le tourner en cendre.

Quel pardon pensez-vous des Célestes attendre ? Le meurtre de vos yeux ne se sçauroit cacher : Leurs rayons m'ont tué, ne pouvant estancher La playe qu'en mon sang leur beauté fait des- [cendre.

La douleur me consume, ayez de moy pitié.

Vous n'aurez de ma mort ny profit ny louange : Cinq ans méritent bien quelque peu d'amitié.

Vostre volonté passe et la mienne ne change.

Amour qui voit mon cœur voit vostre mauvais-

[tié:

J.\ tient l'arc en la main, gardez qu'il n« se vange.

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