‹ Sonnets pour Hélène;Chapitre 7 sur 15 · MADRIGAL · texte numérisé non relu

MADRIGAL

Voyez comme tout change (hé qui l'eust espéré I) Vous me soûliez donner, maintenant je voiis donne Des bouquets et des fleurs : Amour vous aban- [donne, Qui seul dedans mon cœur est ferme demeuré.

Des Dames le vouloir n'est jamais mesuré, Qui d'une extrême ardeur tantost se passionne, Tantost d'une froideur extrême l'environne, Sans avoir un milieu longuement asseuré.

Voila comme Fortune en se jouant m'abaisse :

Vostre appréhension et vostre seul penser Un temps furent à moy, or' vostre amour me laisse. Le temps peut toute chose à la fin effacer.

Ne vous mocquez pourtant du lien qui me presse, Soyez douce à mon cœur sans tant le reblesser. Dieu pour punir l'orgueil commet une Déesse Son sein vous esclouyt, gardez de l'offenser.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

Ma Dame beut a moy, puis me baîUa sa tasse, Beuvez, dit-elt', ce reste où mon cœur j'ay versé : Et alors le vaisseau des lèvres je pressay, Qui comme un Batelier son cœur dans le mien [passe.

Mon sang renouvelle tant de forces amasse Par la vertu du vin qu'elle m'avoit laissé, Que trop chargé d'esprits et de cœurs, je pensay Mourir dessous le &ix, tant mon ame estoît lasse.

Ah Dieux, qui pourroit vivre avec telle beauté Qui tient tousjours Amour en son vase arresté P Je ne devois en boire, et m'en donne le blâme.

Ce vase me lia tous les Sens dés le jour

Que je beu de son vin, mais plustost une flame,

Mais plustost un venin, qui ra'en-yvra d'amour.

tzedbïGoOglc

30NNET3

J 'avois «sté saigBé, ma Dame me Tint voir pente : Lorsque je languiseois d'u&e humeur frwk et Se toumaat vers mon amg, comme toute riante Me dist es se jouant, Que v<sti««aag e»t Botr I

Le trop penser en vous a peu si bien mouvoir L'inu^jnUtcHi, que l'ame obéissante A laissé U dialeur naturelle impuissante De cuire de aourrir de Ëitre son devoir.

Ne soyez plus si belle, et devenez Medee :

Colofes d'un beau sang ma face ja ndee,

Et d'un nouveui Printemps faites moy r'uûmer.

/Eson vit rajeunir son escorce ancienne :

Nul charme ïie sçaurott renouveller la mienne. Si je veux rajeunir il ne faut plus aioter.

D.ntlzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

XXXD

Si la beauté se perd £ùa-eo port de bcHiae heure. Tandis qu'en «Ht Printraips tu la vois fleurooner ; Si elle ne se perd, ne cram poiot de doûiier A tes omis k bien qui tousjoura te demeure.

VenoB, tu deTF<}i8 eatre en in<»i endroit meilleure. Et non dedans ton camp ainsi m'abandooner :

Tu me laisses taj^-mesrae esdave enquiaooner Es muas d'une quelle où il faut que je meure.

Tu «s <haagé moa aise et nuHi doux en mner :

Que dev<^-je espérer de toy, germe de mer, SuHHi toute terapeste ? et de toy qui es femme

Ge Vulcan, que du feu ? de t(^ garœ de Mois, Qne «outeaux, qui sans oeaae environnent mdn D'orages amoureux de ilames et de daxb î [âme

SONNETS

Amour seul artizan de mes propres mal-Jieurs, Contre qui sans repos au combat je m'essaye, M'a fait dedans le cœur une mauvaise playe.

Laquelle en lieu de sang ne verse que des pleurs.

Le meschant m'a ^t pis, choisissant les meilleurs De ses traits, ja trempez aux veines de mon faye : La langue m'a navrée, à fin que je bégaye En lieu de raconter à chacun mes douleurs.

Phebus, qui sur Parnasse aux Muses sers de guide, Pren l'arc, revenge moy contre mon homicide : J'ay la langue et le cœur percez t'ayant suivy.

Voy comme l'im et l'autre en bégayant me saigne. Phebus, dés le berceau j'ai suivy ton enseigne. Conserve les outils qui t'ont si bien servi.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

Cythere entroit au bain, et te voyant près d'elle Son Ceste elle te baille à fin de le garder.

Ceinte de tant d'amours tu me vins regarder Me tirant de tes yeux une flèche cruelle.

Muses, je suis navré, ou ma playe mortelle Guariasez, ou cessez de plus me commander. Je ne suy vostre escole, à fin de demander Qui fait la Lune vieille, ou qui la fait nouvelle.

Je ne vous fais la Cour, comme un homme ocieux. Pour apprendre de vous le mouvement des Cieux, Que peut la grande Eclipse, ou que peut la petite.

Ou si Fortune ou Dieu ont fait ce«t Univers : Si je ne puis fléchir Hélène par mes vers, Cherchez autre escolier. Déesses je vous quitte

tzedbïGoOglc

J'af hoBte de bu honte, il est temps -de me ture, Sans faiie l'aaianreuz en un t^ef si griaon, Il vaut mieux ob^r aux loïx de la Raison, Qu'estre plus desonnùs en ramour volontaire.

Je l'ay pué cent fois : mais je ne le puû faire. Les Roses pour l'Hyver ne sont plus desoùon : Voicy le cinquieBme an de ou longue ^irisoo, Esclave «otre les nuùna d'une belle Corsaire.

Maintenaot >e veux «stre importun «nouceux Du boa pue Aristote, et d'un «oin généreux Courtizer ua Platon i nostre vie utile.

Il est teo^ que je aois de l'Amour de^ié :

Il vole comme un Dieu : homme je vus i pi^

Il est jeune il eu fort : je suis gris et débile.

tzedbïGo'oglc

POUR HELENE, LIVRE II

Maiotenant que l'Hyver de vagues en^ulees Of^ueillîst kfl Torrens, et que le vtat qui fiiït Fait ores escbtter les rives d'un grand bniit, Et tHTCs des Eonsta les testes efemllees :

Je voudrois mit d'Araour ks deux ailes celées, Voir ses traicts tous gdez, desquds il me poursuit, £t son brandon gelé dont la chalenr me cuit Les veines que ea flame a tant de fois bnulees.

L'Hyver est tousjours fait d'un gros

Pour le Soleil absent ny chaud ny esdaîrà :

Et nwm ardeur se fait des cayons d'une face,

Laqudle me aourrit d'imaginatkn.

Tousjouts dedans te sang j'en ay lln^manon.

Qui force de l'Hyver les neiges et la glaœ.

tzedbïGoOglc

158 SONNETS

Une seule vertu, tant soit par&ite et belle, Ne pourroit jamais rendre un homme vertueux : Il iaut le nombre entier en rien défectueux : Le Printemps ne se fait d'une seule arondelle.

Toute vertu divine acquise et naturelle Se loge en ton esprit. La Nature et les Cieux Ont versé dessus toy leurs dons plus précieux : Puis pour n'en faire plus ont rompu le modelle.

Ici à ta beauté se joint la Chasteté,

Ici l'honneur de Dieu, ici la Pieté,

La crainte de mal-faire, et la peur d'infamie :

Ici un CŒur constant, qu'on ne peut esbranler. Pource en lieu de mon caur, d'Helene et de ma vie , Je te devrois plustost mon Destin appeler.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II. I59

Yeux, qui veisez en t'ame ainsi que deux Pla- [nettes,

Un esprit qui pourroit ressusciter les morts.

Je sçay dequoi sont faits tous les membres du [corps,

Maïs je ne puis sçavoir quelle chose vous estes.

Vous n'estes sang ny chair, et toutefois vous faites Des miracles en moy, tant vos regards sont forts, Si bien qu'en foudroyant les miens par le dehors. Dedans vous me tuez de cent mille sagettes.

Yeux la forge d'Amour, Amour n'a point de traits Que les poignans esclaîrs qui sortent de vos rais. Dont le moindre à l'instant toute l'ame me sonde.

Sans les sentir je meurs : soudain je suis refait Quand je les sens au cœur, ayant le mesme efïect En moy par leur chaleur qu'a le Soleil au monde.

tzedbïGoOglc

Comme un vieil combstant qui n« veut pdu» s'ar- {mer, Ayant le corps chargé de coupa et de vieillesse, Regarde en s'eebatant l'Olj'nipique jeuMMe Pleine d'un sang bouillant aux joustes escrimer

Ainsi je regardois du jeune Dieu d'aîmer, Dim qui combat lauE^oais par ruse et par finesee. Les gùHard» ohnn^ons, qui d'une chaude presse Se veul«it en l'arène amoureuse enfermer:

Quand tu fis reverdir mon escorce ridée De ta charmante voix, ainsi .que fit Medee Pitr herbes et par jus le pcre de Jason.

Je n'ay contre ton charme opposé ma défense : Toutefois je me devis de r'entrei en enfance. Pouf perdre taat de fois l'esprit et k Raison.

tzedbïGooglc

POUR HELENE, LIVRE II

L abac de Pharaon U terre Egyptienne, Terre de servitude, et vien s»r le Jountan :

Laisse m&y eeste Cour et tout ce fwd Hiondaûi, Ta Circe, ta Sereee, et ta mftgkicnne.

Dememe en ta msnscm pour vivre t<Hite tâenne, CMMente toy de peu : 1*^ sVnfuit seuffaio, Powr troBver ton repoe, n'atlen prâit à demain : N'ïitten point que l'I^ver sur les cheveux te

[vienne.

Tu ne TSie à ta Cour que feintes et soupçons : Tu vma tontner une heure en ce»t mille façon» : Tu vois la vertu fausse, et vraye la malice.

Laisse ces honnewB pleins d'un sein ambitieux, Ta »e verras aux chunpe que Nymphes et que [Dieux, Je seray ton Orphée, et toy mon Eurydice.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Ces longues nuicts d'hyver, oh la Lune ocieuse Tourne si lentement son char tout à l'entour. Où le Coq si tardif nous annonce le jour, ' Où la nuict est année à l'ame soucieuse :

Je fusse mort d'ennuy sans ta forme douteuse. Qui vient, ô doux remède, alléger mon amour.

Et faisant toute nue entre mes bras séjour, Rafraichist ma chaleur, bien qu'elle soit menteuse.

Vraye tu es farouche et fiere en cruauté :

On jouist de ta feinte en toute privante.

Près d'elle je m'endors, près d'elle je repose.

Rien ne m'est refusé. Le bon sommeil ainsi Abuse par le faux mon amoureux souci.

S'abuser en amour n'est pas mauvaise chose.

POUR HELENE, LIVRE II. 163

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chan- Assise auprès du feu, dévidant et filant, [delle. Direz chantant mes vers, en vous esmerveillant, Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Desja sous le labeur à demy sommeillant, Qui au bruit de mon npm ne s'aille resvdllant, Bénissant vostre nom de louange immortelle.

Je aeray sous la terre et fantôme sans os

Par les ombres myrteux je prendray mon repos :

Vous serez au fouyer une vieille accroupie.

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :

Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

tzedbïGoOglc

164 SONNETS

xun

Genévres hérissez, et vous Houx espiocux.

L'un hoste des déserts,, et l'autre d'un bocage: Lierre, le tapis d'un bel antre sauvage, [neux : Sources qui bouillonnez d'un sui^eon sablon-

Pigeons qui vous baisez d'un baiser savoureux:, Tourtre» qui lamentez d'un éternel vefv^e, Rosûgnols ramagers, qui d'un plaisant langt^e Nuict et jour rechantez vos versets amoureux :

Vous à la gorge rouge estrangere Arondelle, Si vous voyez aller ma Nymphe en ce Printemps Pour cueillir des bouquets par ceste herbe nou- [velle.

Dites luy pour néant que sa grâce j'attens, [elle, Et que pour ne souffrir le mal que j'ay pour J'ay mieux aimé mourir que languir si long temps

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II. 165

Celle, de qui l'Amour veïnquit la fantaisie, Que Jupiter conceut soua un Cygne emprunté :

Ceste SŒur des Jumeaux, qui fist par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de l'Asie,

Diaoit à son mirouer, quand elle vit saisie Sa face de vieillesse et de hideuseté :

Que mes premieis Maris insenaez ont esté De s'armer pour jouyr d'une chair st moisie I

Dieux, vous este» jaloux et pleins de cruauté 1 Des dames sans retour s'en-vole la beauté :

Aux serpens tous les ans vous oatez la vieillesse.

Ainsi disoit Hélène en remirant son teint.

Cest exemple est pour vous : cueillez vostre jeu-

[nesse.

Quand on perd son Avril, en Octobre on s'en

[plaint.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Hal que je suis marry que la mort nousdestobe Celuy qui le premier me fistvoir ton attrait : Je le vy de si loin, que la poincte du trait Demeura sans entrer dans les plis de ma robe.

Mais ayant de plus près entendu ta parole.

Et veu ton œil ardent, qui de moy m'a distrait. Au cœur tomba la flèche avecque ton portrait, Mais plustost le portrait de ce Dieu qui m'affole.

Esblouy de ta veue, où l'Amour fait son ny,

Qaire comme un Soleil en flames infiny,

Je n'osois t'aborder, craignant de plus ne vivre.

Je fu trois mois rétif : mais l'Archer qui me vit, Si bien à coups de traits ma crainte poursuivit, Que battu de son arc m'a forcé de te suivre.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II. 167

Lettre, je te reçoy, que ma Déesse en terré M'envoye pour me faire ou joyeux, ou transi, Ou tous les deux ensemble : ô hettie, tout ainsi Que tu m'apportes seule ou la paix, ou la guerre,

Amour en te iisant de mille traita m'enferre, Touche mon sein, à fin qu'en retournant d'ici, Tu contes à ma Dame en quel piteux souci Je vy pour sa beauté, tant j'ay le cœur en serre t

Touche mon estomac pour sentir mes chaleurs.

Approche de mes yeux pour voir tomber mes

[pleurs,

Que larme dessus larme amour tousjours m'as-

[semble.

Puis voyant les effects d'un si contraire esmoy, Dy que Deucalion et Phaëthon chez moy, [semble. L'un au cœur l'autre aux yeux se sont logez en-

tzedbïGoOglc

XLvn

Lettre, de mon ardeur véritable interprète.

Qui parles sans parler les passions du cœur, Poste des amoureux, va conter ma langueur A ma Dame et comment sa cruauté me traite.

Comme une messagère et accorte et secrette Contemple en la voyant sa face et sa couleur. Si elle devient gaye, ou palle de douleur.

Ou d'un petit souspir si elle me regrette.

Fais office de langue : aussi bien je ne puis Devant elle parler, tant vergongneux je suis. Tant je crains l'offenser, et fault que le visage

Blesme de ma douleur en rende tesmoignage.

Tu pourras en trois mots luy dire mes ennuis : Le silence parlant vaut un mauvais langage.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II. 169

I^ soir qu'Amour vous fiit en U «aile desceodie Pour danser d'artifice un beau ballet d'Amour, Vo« y«ux, bien qu'il futt nuict, ramenèrent le jour. Tant ils sceurent d'esdairs par la place reapandre.

Le ballet iut divin, qui fie souloit rq>rendre. Se rompre, se rebire, et tour deauis retour Se mesler, s'eacarter, se tourner à l'entDur, Contre-imitant le cours du Seuve de Méandre.

Ores il cstoit rond, ores long, or'estr^t,

Or' en poincte, en triangle, en la façoa qu'on voit

L'escadron de la Grue évitant ta froidure.

Je faux, tu ne daniois, maie ton pied voletoit Sur le haut de la terre : aueei ton corpe s'esCtMt Trantformé pour oe soir en divine nature.

tzedbïGoOglc

Je voy mille beautez, et ai n'en voy pas-une Qui contente mes yeux : seule vous me plaisez. Seule quand je vous voy, mes Sens vous appaisez ; Vous estes mon Destin, mon Ciel, et ma Fortune,

Ma Venus mon Amour ma Charité ma brane.

Qui tous bas pensemens de l'esprit me rasez, Et de haultes vertus l'estomac m'embrasez.

Me soulevant de terre au cercle de la Lune.

Mon œil de vos regards gouliunent se repaist : Tout ce qui n'est pas vous luy fasche et luy de- Tant il a par usance accoustumé de vivre [plaist.

De vostre unique douce agréable beauté.

S'il pèche contre vous affamé de vous suivre.

Ce n'est de son bon gré, c'est par, nécessité.

tzedbïGoOglc

Ces cheveux, ces liens, dont mon cœur tu enlasses, Dougez, primes, subtils, qui coulent aux talons. Entre noirs et chastùns bruns déliez et longs, Tels que Venus les porte et ses trois belles Grâces,

Me tiennent si estrains, Amour, que tu me passes Au cœur en les voyant cent poinctes d'aiguillons. Dont le moindre des nœuds pourroit des plus [félons En leur plus grand courroux arrester les menaces.

Cheveux non achetez empruntez ny fardez, Qui vostre naturel sans feintise gardez, [porte Ha[ que vous estes beaux t permettez que j'en

Un lien à mon col, à fin que sa beauté. Me voyant prisonnier lié de teilc sorte, Se puisse tesmoigner quelle est sa cruauté.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Je suis esmervâllé que mes peiwers ne sont Las de penser en vous y pensant à toute heure : Me souvenant de vous, or' je chante, or* je pleure, £t d'un penser passé cent nouveaux se refont.

Puis légers comme oyseaux ik volent «t s'en-vont, M'abandonnanttoutseul, devers vostre demeure : Et s'ils sçavtuent parler, souvent vous seriez seure Du ma! que mon cœur cache, et qu'on lit sur [mon front.

Or sus venez Pensers, pensons encor en eBe, De tant y repenser je ne me puis lasser : {belle. Pensons en ses beaux yeux, et combien elle est

Elle pourra vers noue les siens faire passer. Venus nim seulement nourrit de sa mammelle Amour son fils aisné, mais aussi le Penser.

tzedfiïGoOglc

in

Belle goi^ d'albastre, et vous chaste poictrine. Qui les Miises cachez en un rond verdelet :

Tertres d'Agathe blanc, petits gazons de laict, Des Grâces le séjour, d'Amour et de Cyprine:

Sein de couleur de Hz et de couleur rosine, De veines marqueté, je vous vy par souhait Lever l'autre matin, comme l'Aurore fait Quand vermeille elle sort de sa chambre marine.

Je vy de tous costez le Plaisir et le Jeu,

Venus, Amour, la Grâce armez d'un petit feu,

Voler ainsi qu'enfans, par vos coustaux d'yvoire,

M'esbiouyr, m'assaîllir et surprendre mon fort : Je vy tant de beautez que je ne les veux croire. Un homme ne doit croire aux tesmoins de sa mort.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Quand le ciel te Bst naistre, il rompît la modelle Des Vertus, comme un peintre efface son tableau. Et quand il veut refaire une image du Beau, Il te va retracer pour en faire une telle.

Tu apportas d'enhaut la forme la plus belle, Pour paroistre en ce monde un miracle nouveau, Que couleur, ny outil, ny plume, ny cerveau.

Ne sçauroient égaler, tant tu es immortelle.

Un bon-heur te défaut : c'est qu'en venant çà bas

Couverte de ton voile on ne t'admira pas.

Tant fut ton excellence à ce monde incognue.

Qui n'osa regarder les rayons de tes yeux.

Seul je les adoray comme un thresordes Cieux,

Te voyant en essence, et les autres en nue.,

tzedbïGoOglc

POUS HELENE, LIVRE II

LTV

Je te voulois nommer, pour Hélène, Ortygie Reoouvellant en toy d'Ortyge le renom.

Le tien est plus fatal ; Hélène est un beau nom, Hélène, honneur des Grecs, la terreur de Phrygie :

Si pour sujet fertil Homère t'a choisie, Je puis, suivant son train qui va sans compagnon. Te chantant m'honorer, et non pas toy, sinon Qu'il te plaise estimer ma rude Poésie.

Tu passes en vertu les Dames de ce temps, Aussi loin que l'Hyver est passé du Printemps, Digne d'avoir autels, digne d'avoir Empire.

Laure ne te veincroit de gloire ny d'honneur Sans le Ciel qui luy donne un plus digne sonneur, Et le mauvais destin te fait présent du pire.

J'erroia en mon jardin, quand au bout d'une allée Je vy contre l'Hyver boutonner un Soucy.

Ceste herbe et mon Amour fleurissent tout ainsi : La neige est sur ma teste, et la sienne est gelée.

O bien-heureuse amour en mcai ame escoulee Far celle qui n'a point de parangon icy.

Qui m'a de ses rayons tout l'esprit esclarcy, Qui devroit des François Minerve estre appetlee :

En prudence Minerve, une Grâce en beauté, Junon en gravité, Diane en chasteté, [d'exemple. Qui sert aux mesmes Dieux, conune aux hommes

Si tu fusses venue au temps que la Vertu S'honorait des humûns, tes vertus eussent eu Vœuz, encens et autels, sacrifices et temple.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

De Myrte et de Laurier fuôlle à fueille enserrez Hélène entrelaasant une belle Couronne, M'appela par mon nom: V<^laqueje vous donne, De moy seule, Ronsard, l'escrivain vous serez.

Amour qui l'escoutoit, de sea traicts acerez Me pousse Hélène au cœur, et son Chantre m'or- [donne ; Qu'un sujet si fertil voatre plume n'estonne ; Plus l'argument est grand, plus Cygne vous mour- [rez.

Ainsi me dîst Amour, me frappant de ses ailes : Son arc fist un grand bruit, les fueilles étemelles Du Myrte je senty sur .mon chef tressaillir.

^.^<Mie>

.dieu Muses, adieu, vostre faveur me laisse : Hélène est mon Parnasse : ayant telle Maistresse, Le Laurier est à moy, je ne sçaurois faillir.

jbïGoogIc

178 SONNETS

Seule sans compagnie en une grande salle Tu logeois l'autre jour pleine de majesté, Cœur vrayment généreux, dont la brave beauté Sans pareille ne treuve une autre qui l'egalle.

Ainsi seul en son Ciel le Soleil se devalle, Sans autre compagnon en son char emporté :

Ainsi loin de ses Dieux en son Palais voûté Jupiter a choisi sa demeure royale.

Une ame vertueuse a tousjours un bon cœur :

Le Lièvre fuyt tousjours, la Biche a tousjours [peur.

Le Lyon de soymesme asseuré se hazarde.

La peur qui sert au peuple et de frein et de Loy,

Ne sçauroit estonner ny ta vertu ny toy : -

La Loy ne sert de rien, quand la Vertu nous garde.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE

Lvm

Qu'il me smt arraclié des tetins de aa mère Ce jeune enfant Amour, et qu'il me sent vendu : Il ne fait que de naistre et m'a desja perdu I Vienne quelque marcliand, je le meta à l'enchère.

D'un si mauvais garçon la vente n'est pas chère. J'en feray bon marché. Ah I j'ay trop attendu. Mais voyez comme il pleure, il m'a bien entendu. Appaise toy mignon, j'ay passé ma cholere.

Je ne te vendray point : au contraire je veux Pour Page t'cnvoyer à ma maistresse Hélène, Qui toute te ressemble et d'yeux et de cheveux,

Aussi fine que toy, de malice aussi pleine, [deux : Comme enfans voua ccoistrez, et vous jou'rez tous Quand tu seras plus grand, tu me payras ma peine.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Passant dessus li tombe où Lucrèce rqM»e, Tù versas dessus die uae moîssoD de fieuis :

L'eschauiaiit de sousinis, et ranxtsaot de pleuts. Tu montras qu'une mort tenoit ta vie eodose.

3i tu aunes le corps dont la terre dispose, Imagine ta force et oonçoy tea rigueurs :

Tn me verras Cmelle entre mille langueurs Mourir, puis <{ue la mort te plsiat sur toute chose.

C'est acte de pitié d'honorer un cercueil, Mespriser les vivans est un signe d'orgueil.

PutB que ton naturel les fanstômes embrasse.

Et que rien n'est de tây, s'il n'est mort, estimé. Sans lai^uir tant de fois, esconduït de ta giace. Je veux du tout mourir pour estre nùeux aiiné.

tzedbïGooglc

POUR HELENE, LIVRE II. l8l

f LX

Je Buifl pour vostre amour dîvetsaneat malade, IVbînteoa&t plein de iroïd, maÎQteoantde chaleur : DedaiiB le cteur pour voua autant j'ay de douleur, Comme il y a de grains dedaiu vostre Grenade.

Yeux qui fistea sur moy la première embuacade, Des-attiaez ma flame, et desseicfaez mes pleurs : Je faux, vous ne pourriez : carie mal dont je meurs. Est si grand qu'il ne peut se guarir d'une œilUde.

Ma Dame croyez moy je treapasse pour vous :

Je n'ay artère, nerf, tendon, veine ny pous, Qui ne sente d'Amour la fièvre continue.

La Gr^iade est d'Amour le symbole porfût :

Ses grains en ont encor la force retenue.

Que vous ne cogaoissez de s^e ny d'e&ît.

SONNETS

Ma Dame, je me meurs abandomié d'espoir :

La playe est jusqu'à l'oz : je ne suis celuy mesme Que j'estoîs l'autre jour, tant la douleur extrême Forçant la patience, a dessus moy pouvoir.

Je ne puis ny toucher gouster n'ouyr ny voir : J'ay perdu tous mes Sens, je ama une ombre [blesme :

Mon corps n'est qu'un tombeau. Malheureux est [qui aime.

Malheureux qui se laisse à l'Amour décevoir I

Devenez un Achille aux playes qu'avez faites, Un Telcfe je suis, lequel s'en va périr ; Monstrez moy par pitié vos puissances parfaites.

Et d'un remède prompt daignez moy secourir.

Si vostre serviteur cruelle vous desfaites, Vous n'aurez le Laurier pour l'avoir fait mourir.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II. 183

Voyant par les soudars ma maison saccagée, Et mon pays couvert de Mars et de la mort.

Pensant en ta beauté tu estois mon support.

Et soudain ma tristesse en joye estoit changée.

Résolu je disois. Fortune s'est vangee, Elle emporte mon bien et non mon reconfort.

Hà, que je fus trompé I tu me fais plus de tort Que n'eust fait une armée en bataille rangée.

Les soudais m'ont pillé, tu as ravy mon cœur : Tu es plus grand voleur, j'en demande, justice Aux Dieux qui n'oseroient chastier ta rigueur.

Tu saccages ma vie en te faisant service :

Encores te mocquant tu braves ma langueur.

Qui me fait plus de mal que ne fait ta malice.

tzedbïGoOglc

Lxm

Vous estes le bouquet de vostre bouquet mesme, Et la fleur de sa fleur, sa grâce et sa verdeur, De vostre douce haleine il a pris son odeur : Il est conune je suis de vostre amour tout blesme.

Ma Dame, voyez donc, puis qu'un bouquet vous Indigne de juger que peut vostre valeur, [aime. Combien doy-je sentir en l'ame de douleur, Qui sers par jugement vostre excellence extrême ?

M«is ainsi qu'un bouquet se flestrist en un jour, J'ay peur qu'un mesme jour flestrisse vostre [amour.

« Toute amitié de femme est soudain effacée.

Advienne le destin comme U pourra venir, Il ne peut de vos yeux m'oster le souvenir :

II faudroit m'arracher le cœur et la pensée.

POUR HELENE, LIVRE II. 185

Je ne aerois marry ù tu comptois n» peuie, De conter tes degiez recontez tant de fois :

Ta bges au sommet du Palais de nos R<n8 :

Olympe n'avoit pas la cyme si hautaine.

Je père à chaque marche et te pouls et l'haleine : J'ay la sueur au front, j'ay l'estomac penthcùs. Pour ouyr un nenny, un refus, une vois De desdain, de froideur et d'o^ueil toute pleine.

Tu es comme Déesse tasiae en très-haut lieu.

Pour monter en ton Ciel je ne suis pas un Dieu. Je feray de la court ma plainte coustumîere

T'envoyant jusqu'en haut mon cœur devotieux.

Aiitsi les hommes font à Jupiter prière :

Les hommes sont en terre, et Ju{ûteraux deux.

tzedbïGooglc

SONNETS

Mon ame mille fois m'a prédit mon dommage :

Mais la sotte qu'elle est, après l'avoir prédit, Maintenant s'en repent, maintenant s'en desdit. Et voyant ma Maistresse elle aime d'avantage.

Si l'ame si l'esprit qui sont de Dieu l'ouvrage. Deviennent amoureux, à grand tort on mesdtt [dit Du corps qui suit les Sens, non brutal, comme on S'il se trouve esblouy des raiz d'un beau visage.

Le corps ne languiroit d'un amoureux souci,

Si l'ame si l'esprit ne le vouloient ainsi.

Mais du premier assaut l'ame est toute esperdue.

Conseillant comme Royne au corps d'en faire au- Ainsi le Citoyen sans soldars combattant [tant. Se rend aux ennemis, quand la ville est perdue.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

n ne faut s'esbahir, disoient ces bons vieillats Dessus le mur Troyen, voyons passer Hélène, Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine, Nostre mal ne vaut pas un seul de ses regars.

Toutefois il vaut mieux pour n'irriter point Mars, La rendre à son espoux, à fin qu'il la r'emmeine, Que voir detantdesangnostre campagne pleine, Nostre havre gaîgné, l'assaut à nos rampais.

Feres il ne falloit à qui la force tremble.

Par un mauvais conseil les jeunes retarder :

Mais et jeunes et vieux vous deviez tous ensemble

Pour elle corps et biens et ville bazarder.

Menelas fut bien sage, et Paris ce me semble : L'un de la demander, l'autre de la garder.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Ah, belle liberté, qui me servois d'escorte, Quand le pied me portoit où libre je voulois ! Ah, que je te regrette ! helas, combien de f<Ms Ay-je rompu le joug, que malgré moy je porte!

Puis je l'ay rattaché, estant nay de la sorte. Que sans aimer je suis et du plomb et du bots : Quand je suis amoureux j'ay l'esprit et la vois, L'invention meilleure et la Muse plus forte;

n me faut donc aimer pour avoir bon esprit, Afin de concevoir des enfans par escrit, Prolongeant ma mémoire aux despens de ma vie.

Je ne veux m'enqyerir s'on sent après la mort : Je le croy : je perdroîs d'escrire toute envie : Le bon nom qui nous suyt, est nostre reconfort.

tzedbïGoOglc

FOUR HELENE, LIVKE II

Tes frères les Jumeaux, qui ce mot» verdureux Maistrisent, et qui sont tous deux liez ensemble, Te devioient enseigner, au moins comme it me [semble, A te joindre ainsi qu'eux d'un lien amoureux.

Mais ton corps nonchalant revesche et rigoureux, Qui jamais en son cœur le feu d'amour n'assemble, En ce beau mois de May, maigri te* ans ressemble, O perte de jeunesse I à l'Hyver froidureux.

Tu n'es digne d'avoir les deux Jumeaux pour [frères :

A leur germeuse humeur les tiennes sont convenus t'est desplaisante, et son fils odieux, [traires.

Au contraire, par eux tout est plein d'allégresse. De Oraces et d'Amours : change de nom Maistresse: Un autre plus cruel te convient beaucoup mieux.

D.nt.zedbïGoOglc

SONNETS

Ny ta simplicité ny ta bonne nature, Ny mesme ta vertu ne t'ont peu garantir Que la Cour ta nourrice, escole de mentir, N'ait dépravé tes mœurs d'une fousse imposture.

Le proverbe dit vray, souvent la nourriture Corrompt le naturel : tu me l'as fait sentir. Qui fraudant ton serment m'avois au départir Promis de m'honorer de ta belle figure.

Menteuse contre Amour, qui vengeur te poursuit, Tu as levé ton camp pour t'enfuyr de nuict, AccMnpagnant ta Royne (ô vaine couverture !)

Trompant pour la faveur ta promesse et ta foy.

Comment pourroy-je avoir quelque faveur de toy,

Quand tu ne veux souffrir que je t'aime en pein-

[ture ?

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

Ceste fleur de Vertu, pour qui cent mille larmes Je verse nuict et jour sans m'en pouvoir sguler, Peut bien sa destinée à ce Grec égaler, A ce fils de Thetis, k l'autre fleur des armes.

Le Ciel malin borna ses jours de peu de termes : Il eut courte k vie ailée à s'en-aller ; Mais son nom qui a fait tant de bouches parler, Luy sert contre la mort de pilliers et de termes.

Il eut pour sa prouesse un excellent sonneur : Tu as pour tes vertus en mes vers un honneur. Qui malgré le tombeau suivr

Les Dames de ce temps n'envient ta beauté.

Mais ton nom tant de fois par les Muses chanté, Qui languîroit d'oubly si je ne t'eusse aimée.

tzedbïGoOglc

SONNETS

Maistresse quand je pe&se aux traverses d'amour, Qu'ore chaude ore froide en aimant tu me [donnes.

Comme sans passion mon cœur tu passionnes, Qui n'a contre son mal ny trêve ny séjour :

Je souspire la nuict, je me complaina le jour Cojttre toy, ma Raison, qui mon fort abandonnes, Et pleine de discours, confuse, tu t'estoones Dés le premier assaut sans défendre ma Tour,

Non : M forts enoenûs n'assùllent nostre place. Qu'ils ne fussent vaincus si tu toumds la &ce, Encores que mon cœur trahist ce qui est mien.

Une œillade, une main, un petit m me tue :

De trois faibles soudare ta force est c<»nbatue : Qui te dira divine, il ne dira pas bien.

tzedbïGoOglc

POUR HELENE, LIVRE II

Lxxn

Afin que ton renom s'estende par U plane Autant qu'il monte au Ciel engravé dans un Pin, Invoquant tous les Dieux, et respandant du vin. Je consacre i ton nom ceste belle F<HitaJne.

Pasteura, que vos troupeaux frïsez de blanche laine Ne paissent à ces bords : y fleurisse le Thin, Et tant de belles fleurs qui s'ouvrent au matin, Et soit dite à jamEÛs la Fontaine d'Helene.

Le passant en Esté s'y puisse repos»,

Et assis dessus l'herbe à l'ombre composer

Mitte cfarasoDs d'Helene, et de may luy souvienne.

Quiconques en boira, qu'amoureux il devienne : Et piûsse en h humant, une fiame puiser Aussi chaude qu'au cœur je sens chaude la mienne.

tzedbïGooglc

SONNETS

Page 1