SCENE IX
SOPHIE, MIRABEAU
MIBABEATI.
Déjà levée , Sophie ?
SOPHIE
Et vous, mon ami, vous êtes déjà sorti?
Quand on quête les suffrages du peuple, il faut remplir scrupuleusement toutes les conditions de solliciteur. J'étais allé chez de Lisle pour savoir s'il avait des nouvelles; il était sorti pour moi... L'influence qu'il exerce sur la population de Marseille est aujourd'hui mon seul espoir.
SOPHIE
C'est un ami bien dévoué que M. de Lisle.
MIRABEAl'.
C'est un excellent homme.
SOPHIE
Et son neveu aussi?
MlBABEAlî.
Sophie, je te vois venir : tu vas me parler de l'amour de Léon pour Gabrielle...
Eh bien! ce jeune homme...
MlRABEAt.
Est charmant, plein d'esprit : mais il n'a point d'état,
SOPHIE
Il s'en fera un.
De fortune.
Gabrielle est riche.
Pas de nom.
SOPHIE
SOPHIE
L'homme qui s'apprête à être le inandataiie du peuple doit-il s'occuper de la naissance ?
Non , sans doute; j'exècre cette caste, et je ne sais quoi me pousse toujouis vers elle. Je ne peux pas oulilier que j'en sors... Ah! connue l'a si bien dit le Béarnais : On a beau faire, la caque... Mais il existe un autre homme qui aspire à la main de notre fille...
SOPHIE
Qui donc?
Le vicomte de Nanville. Position dans le monde, rang, fortune, naissance, il réunit tous les avantages.
Mais Gabrielle ne l'aime pas.
Est-ce qu'elle aime Léon?
SOPHIE
Sans doute.
Folie! erreur d'imagination! sa petite tête travaille; qu'elle ne le voie plus pendant huit jours, et elle l'oubliera.
SOPHIE
Mirabeau, ce n'est pas une mère que l'on abuse... cet amour est profond et sincère.
Un amour vrai dans un cœur de quinze ans!
SOPHIE
Je n'en avais pas beaucoup plus cpiand je vous écoutai.
MlllABEAU.
Ah! Sophie, quels souvenirs lu me rappelles!
SOPHIE
lîh bien ! que ce souvenir agisse sur toi ! qu'il le ramène vers ces temps heureux où tu m'entretenais de tes scnlimens, où mon cœvir, trop faible pour te résister, s'enorgueillissait d'é-
scouter ton amour... Alors , des liens puissans , des liens sacrés nous séparaient l'un de l'autre... Quels étaient nos projets de bonheur et d'avenir! Tesdroltssur cette enfant sont aussi saints que les miens, et quand elle est là tremblante d'espoir et d'amour, quand d'un mot nous pouvons la donner à celui qui doit réaliser le rêve de sa vie, la jeterons- nous dans les bras d'un homme qu'elle n'aime pas et que ee choix lui rendrait odieux?
Non, sans doute; mais auparavant il faut s'assurer. .,
SOPHIE
Mirabeau, ton cœur a bien changé.
H est toujours le même pour Sophie.
SOPHIE
Est-ce donc ma fille qui seule aurait à s'en plaindre?
Oh!... quelle pensée !