LES MÊMES, SAINT-MALIPJS
SAiNT-MAURis , dans le fond.
Toujours ensemble ! toujours unis !
MIUABEAl'.
Monsieur désire quelque chose. ...^(/é reconnaissant.) Monsieur de Saiiit-Mauris!
SOPHIE
Monsieur de Saînt-Mauris! (à /9«rf.) Je tremble... Mon ami, du calme.
SAINT-MAURIS
J'ai besoin de drap d'uniforme et j'ai pensé , monsieur, que votre magasin...
Nous allons voir, monsieur, si j'ai ce qu'il vous faut.
SOPHIE
Je vais appeler André.
Pourquoi donc? Je suis sûr que monsieur ne sera pas fâché d'être servi par moi. C'est du drap...
SAINT-MAURIS
Du drap bleu... pour un uniforme de maréchal-de-camp. MIRABEAU , à part.
Lui, général! pauvre France!... {liant.) Il faut à monsieur tout ce qu'il y a de plus beau... [déployant des étoffes^) Que pensez-vous de celui-ci?
SAINT-MAïaiS.
Dur à la main.
L'écorce en est un peu rude... c'est bon pour le peuple : aux gen.s de qualité il faut du souple... Ceci, monsieur...
SAlNT-MAUniS.
La couleur est un peu claire .. [d part.) Encore si elle élail seule!...
MIRABEAr.
Et celte pièce?... le drap est superbe, c'est couleur homme de cour.
SAINT-MACRIS.
Pourquoi celte dénomination?
Oh! plaisanterie de marchand; c'est que ce drap u plusieurs nuances.
SAlNT-MArRIS.
Vous déployez toutes ces étoffes avec une aisance...
MIBABEAC.
Quand on a pris un état , il faut le bien f.iire ou ne pas s'en mêler.
SAINT-MArRIS.
Et on ne peut y être plus habile... c'est une justice à vous rendre.
MIRABEAr.
Vous êtes bien bon.
SAINT-MAtîRlS.
Vous auriez été marchand toute votre vie, qu'en vérité vous ne pourriez faire mieux... on voit que le commerce chez vous est une vocation.
El il y a bien des militaires qui ne pourraient pas en dire autant de leur état; n'est-ce pas, monsieur?
SAINT-MAl'RIS.
.l'espère que vous ne mettez pas sur la même ligne le marchand et le soldat?
MIRABEAtT.
Pourquoi donc, monsieur?
SOPHIK, d'un ton suppliant.
Mirabeau... de grâce!...
MIBABEAC.
A^R du grand Frédéric.
Le preux guerriur, le ricLe commerç.iiil SonI, tous les diux, l'iionncur do la padii- ; A son ['3)8 l'un donne son argent, Dans les combats l'autre expose sa vie. Tous deux brillent de leur éclat ;
Chacun a sa part des alarmes :
Entre eux c'est un noble débat , Et l'or de l'un soutient l'État Que l'autre illustre par ses armes.
SAINT-MAVRIS.
Est-ce à un homme de votre naissance qu'il appartient de tenir un semblable langage?
Ah! vous voulez donc que je vous reconnaisse, monsieur?
SOPHIE
Mirabeau, au nom du ciel!
Par considération pour madame, à qui je dois tout mon bonheur et qui tremble qu'une querelle ne s'engage entre nous, je sacrifiais et mon indignation et ma soif de vengeance. J'oubliais jusqu'au motif qui vous a conduit en ces lieux, et vous auriez pu vous éloigner sans avoir rien à redouter de ma colère. Mais c'est vous qui me rappelez que je suis le comte de Mirabeau ; je vois en vous le comte de Saint-Mauris, mon geôlier du fort de Joux, rhoinme auquel j'ai demandé en vain réparation de ses lâches calomnies...
SAINT MAUHIS.
Monsieur !
Ily a seize ans, vous avez fait couler les larmes de cette femme adorable... ces larmes sont là, monsieur, [frappant sa poitrine.) elles attendaient le jour de la vengeance... Il luit enfin ce jour heureux, et vous ne m'échapperez pas aujourd'hui, je l'espère.
SAINT-MAURIS
Tant d'arrogance...
SOPHIE
Mon ami, vous ne vous battrez pas : songez à moi, àGabrielle. MIRABEAU, d Saint-Mauris.
Vous n'êtes plus ici l'homme du roi ; vous ne vous cacherez plus derrière ce titre sacré : citoyen comme moi, je vous appelle au combat... Marchons.
SAINT-MAUnS.
Depuis quand un marchand est-il l'égal d'un noble ?
Ah ! c'est un noble qu'il te faut? Eh bien ! je suis comte : mon épée n'est pas brisée; elle fut solennellement déposée entre les mains des juges; je cours la reprendre.
SAINT-MAURIS
Pour toujours?
Quand jo l'auiai lue, (juMniporte l'usage que j'en ferai?
Arrêtez !
MIB&BEA.U.
Tu ne réponds pas... tu refuses le combat ;'
Ain : du vaudeville des Fi-ères de lait.
Se peul-il bien qu'une semblable taclic
Vienne ternir Téclal d'un vieux blason !
Quoi! les aïeux, de toi n'ont fait qu'un lâche?
Mais réponds-moi, par pitié, réponds donc :
Flétriras-tu l'honneur de ta maison?
Il reste là!... Dans sa lâche indolence
H essuîrait le dernier des affronts! :
Les voilà ces gens de naissance,
Ils n'ont de noble que leurs noms.
SAINT- MADRIS.
Ces insultes partent de trop bas pour in'atteindre.
De Irob bas ! et qui êtes-vous donc pour parler ainsi ?
SAINT-MACRIS.
Ce que je suis? vous ne le saurez que trop tôt pour votre ambition. Vous espérez les suffrages des électeurs d'Aix, et c'est moi qu'ils nommeront.