SCENE IX
SOPHIE, MIRABEAU
MIRABEAU , une lettre à la main.
Puisse celle lettre faire revenir mon père à de meilleurs sentimens... Que vois-je! Sophie en larmes! qui a osé..,?
soPHiu, essuyant ses larmes et cherchant à les cacher. Vous vous trompez, mon ami, je ne pleure pas... je n'ai pas pleuré.
MIBABEAV.
Pourquoi cette voix est-elle tremblante... et entrecoupée de sanglots?... Qui sort d'ici?... monsieur de Saint Mauris! serait-ce lui?
SOPHIE, vivement.
Non, non, ce n'est pas lui.
MIRABEAC.
Tu cherches à m'abuser, parle! parle! il le faut! n'es-tu pas mon bien? n'es-tu pas le lien qui m'attache seul à l'existence? Si l'on l'offense , c'est moi qui dois te venger. Réponds, par grâce, par pitié, réponds; t'a-t-on outragée? SOPHIE , vivement.
Non , non. (à part. ) Je me sens mourir.
Ne me trompe pas. Songe que le plus beau privilège d'un amant est d'exposer ses jours pour défendre la réputation de celle qui lui donne le bonheiu'.
SOPHIE
Bien... très bien... Oh! laisse-moite regarder... Oui, ily a du feu dans tes yeux... de l'élan dans ton cœur... l'indignalion est peinte sur tes traits... le courage est dans ton ame... on le voit... tu es brave , je ne me suis pas trompée, et ce n'est pas toi qui outragerais une malheureuse femme.
MIRABEAC.
On t'a outragée... Ah!... son nom !
SOPHIE
Rien., rien... ce n'est rien.
MIRABEAU , avec force. ,
Son nom. . ( d'une voix suppliante. ) Ah ! son nom !
SOPHIE
Pas un mot de plus , je le veux , je l'en prie par notre amour.
MIRABEAU , se frappant le cœur.
Ah ! l'enfer est là.
SOPHIE
Réponds-moi. Je suis à loi, à toi pour la vie; mais n'est-il pas vrai que si j'ai été assez faible pour céder au charme de les dis-
cours, ;\ l'enivrement qui s'attache h toi , n'cst-il pas vrai qu'aucune antre femme ii'eOt été plus (orle?
MIRABEÂr.
Que veux-tu dire ?
SOPHIE
IN'est-il pas vrai que, malgré ma faute, si je me suis soumise à les vœux, tu ne me crois pas capable de te trahir, d'écouter l'amourd'un autre... tu ne me regardes pas comme une femme méprisable ?
MIBABEAl'.
Oh! Sophie!
Jesuisdigne encore de l'estime du inonde, n'est-ce pas? disle-moi. Oh! dis-moi, par pitié, si je puis encoie espérer celte estime dont l'absence me tuerait.
Riais d'où vient cet égarement ? qui peut l'avoir provoqué ?
SOPHIE, lui mettant la main sur ta bouche. Pas un mot, pas un mot. . . je te l'ai demandé au nom de notre amour.
Tu l'exiges, Sophie? et tu es si habituée ti me voir obéir...
SOPHIE
Air de Claire d'Albe.
Vous èles sûr de ma tendresse, Ainsi point do soupçons jaloux :
Celéger moment de tristesse, Laissez-le passer sans couroux :
Obéissez, en tendez- vous?
Non, non, non, non, si ma souffrance Reste loin de vous sans espoir. .
SOPHIE
Puisque malgré tout mon pouvoir, 11 vous faut un peu d'espérance, Eh f)ien ! monsieur, à ce soir.
Ah ! vous me rendez l'espérance ; Adieu, Sophie, à ce soir.
SOPHIE
A ce soir.
( Au moment où Sophie rentre chez elle et donne sa main à baiser à Mirabeau, en lui disant : au revoir, à ce soir. Saint Mauris entrouvre la porte , fait un signe de vengeance ci se retire aussitôt.)