AVEUX DES APÔTRES
gré les contradictions qu'il y a entre les trois socialismes, ils les professent à la fois.
M. Werner Sombart demandait « un fondement psychologique du devenir social, et, de ce fondement, Karl Marx no s'est guère occupé ».
Nous ne connaissons ce fondement psychologique que par les programmes, les déclarations et les déclamations des leaders socialistes. On en trouvera, pour la France, les traits les plus caractéristiques dans la Comédie Socialiste l. Ils procèdent par antithèses 2, à la manière de Louis Blanc. Il y a de la misère avec la propriété individuelle. Donc il faut la supprimer. Il y a des gens qui sont gênés pour payer leur terme. Donc, il faut que les maisons appartiennent à l'État. Il y a des gens qui manquent de travail. Donc, l'État doit s'emparer de tous les moyens de production et fournir du travail à tout le monde. Il y a des gens qui sont plus riches que d'autres. Donc l'État doit s'emparer de toute la richesse. Voilà le procédé des réunions publiques et électorales. On l'agrémente de quelques plaisanteries destinées à flatter les bas instincts d'envie et de rapacité. En se livrant à l'exploitation psychologique des pèlerins à la Mecque socialiste, les socialistes habiles ne font que suivre les procédés de Karl Marx.
M. Werner Sombart, après avoir reconnu ses obscurités et ses incohérences, finit par lui décerner l'éloge suivant : « L'œuvre de Karl Marx a été de supprimer la phrase dans le domaine politique et social (p. 107). » En tout cas, il n'a pas supprimé la métaphore. 11 parle, dans le Manifeste communiste, du «flot glacé de l'égoïsme calculateur », et, vingt ans après, dans son livre sur le Capital, il répète sous toutes 1«'> formes la phrase sui-
2. Sources et essence du socialisme, par Saverio Merlino [édit. franc., L898 .
vante:* Le capital est du travail mort qui, semblable au vampire, ne s'anime qu'en suçant du travail vivant, etsa vie est d'autant plus allègre qu'il en pompe davantage t. I, ch. x . •
Cette métaphore n'est bonne que pour les gens qui croienl encore aux conte- de revenants.
Karl Marx parle de t. la charlatanerie habituelle et 'lu semblant de science - uV Proudhon '. Cependant, l'un et l'autre ont la même méthode, la même audace dans les affirmations, la même subtilité dans les distinctions verbales. Si Proudhon fonde tout son livre des Contradictions économiques sur une phrase il'- Jean-Baptiste Say. si Lasalle fait d'une phrase de Ricardo la loi d'airain des salaires, Karl .Marx base tout son système sur celle affirmation de lîicardo : « Les profits sont hauts ou bas dans une proportion exacte avec le taux des salaires. » Il répète, en l'approuvant, cette autre sentence ; « Diminuez les frais de l'entretien des hommes, en diminuant le prix naturel de la nourriture ci des vêtements, ci vous verrez les salaires finir par baisser quoique la demande de- bras ;iii pu s'accroître considérablement
Le socialisme scientifique n'a donc de réalité m au point de vue historique, ni au point de vue économique, ni au point de vue psychologique. Les faits qui se sonl déroulés depuis soixante ans onl été eu contradiction avec les théories du Manifeste communiste. Les disciples de Kail Marx sonî obligés de reconnaître les obscurités, les incohérences ci le- contradictions de son œuvre. Cependant, il- en onl répété les dogmes dan- le Congrès d'Erfurl en l^i'l el il- onl refusé d'y renoncer. En 1901, Bebel a fail condamner Bernstein par 203 voix contre 31, au Congrès de Lubbeck.
I. Misère de lu philosophie, trad. franc. Giard t B ï. \lisi ■ e de In l'Inl — /•' < , |
AVEUX Uns APÔTRES. 221
Les socialistes onl été obligés d'abandonner leurs prétentions scientifiques ; car la science n'a qu'un objet : la recherche de la vérité; et leurs docteurs, placés entre la nécessité d'avouer leur ignorance ou leur manque de foi, sacrifient leur moralité au désir de garder le renom de leur perspicacité. Ils avouent que si la loi d'airain des salaires se trouve encore mentionnée dans le C aigres de Gotba, ce n'est que par une concession politique à l'égard des lassalliens.
Cependant, Liebknecht disait, au Congrès de Breslau, que « l'œuvre de Karl Marx était comme la Bible, qu'on pouvait interpréter dans les sens les plus opposés1 ». Voilà de singulières conditions scientifiques.
M. Charles Andler déclare que « toute doctrine socialiste renonce à être de la science. On n'est socialiste que par conviction philosophique ou par sentiment. Cn idéal ne peut se démontrer2.»
M. Georges Sorel conclut : « Les socialistes ont tort de vouloir constituer un parti scientifique. » Il leur rappelle que l'Église a été gênée pour avoir rendu sa théologie solidaire de thèses surannées. «Tout le monde reconnaît, dit-il, qu'il faut procéder à une revision rigoureuse de la doctrine laissée par Marx et Engels3. »
Les socialistes allemands prétendaient que seuls ils étaient les observateurs de l'évolution socia'e. Quand on procède à la vérification de leurs assertions, on trouve les résultats suivants :
1° Lu loi d'airain des salairesde Lassalleest une déduction d'une affirmation de Ricardo, démentie par les faits ;
2° La théorie du surtravail de Karl Marx dérive de la même affirmation de Ricardo : sa théorie de la valeur
1. Bourdeau, L'Evolution du socialisme, p. 305. 1. Les origines du Socialisme en Allemagne, p. 5. 3. Préface p. m à la traduction de Sources etessence du socialisme, par Saverio Merlino.
n'est qu'un plagiat d'une </<:/iniiii>ii mutilée de la mesure de la valeur de Ricardo;
3° La théorie de In dichotomie sociale du « Manifeste communiste " est une affirmation en dehors de toute réalité;
4" Toutes les conceptions fondamentales du socialisme allemand sont des a priori en contradiction avec les faits.
Les fondateurs et les chefs des écoles socialistes n'ont pas recherche la vérité scientifique pour ellemême. Ils l'ont tous subordonnée à certaines conceptions politiques.