‹ Sophismes socialistes et faits économiquesChapitre 13 sur 223 · L UTOPIE DE THOMAS MOISIS ET SES APPLICATIONS · texte numérisé non relu

L UTOPIE DE THOMAS MOISIS ET SES APPLICATIONS

Thomas Munis traça alors l'idéal de ce que Paul Lafargue appelle le communisme <mi retour »>. Il y a trop de pauvres en Europe. Supprimer la propriété, c'est supprimer la différence entre les pauvres el les riches. Les utopistes en concluent que ce sera au profil des pauvres. La conséquence n'est pas forcée, car la suppression de la propriété ne saurait être un facteur de richesse.

Thomas Muras trace tout à son aise la géographie de l'île d'Utopie. Il y installe cinquante-cinq villes, Inities sur un même plan et dont les institutions sont identiques ; à chaque ville est attribué un territoire minimum de vingt mille pas, dont la culture est partagée entre un certain nombre de familles: chaque famille se compose de quarante hommes et. femmes et de deux esclaves. Chaque année, vingt cultivateurs qui ont travaillé la terre pendant deux ans reviennent à la ville et sont remplacés par vingt autres. Tous les Utopiens, hommes et femmes, travaillent, mais ils ne travaillent que six heures par jour. Ils ont peu de besoins. Ils sont vêtus de costumes de cuir et de peaux qui peuvent durer sept ans. Les repas sont pris en commun, les femmes assises en face des hommes. Les voyages sont rendus à peu près impossibles.

Chaque ville doit avoir six mille familles. Quand une famille a trop d'enfants, elle en gratifie les familles qui n'en n'ont pas assez. Le mariage est entouré de formalités. La communauté des femmes n'existe pas. L'adultère entraine l'esclavage.

Quant au gouvernement, il se compose d'un prince élu à vie et d'une série de magistrats et de fonctionnaires élus pour une année.

Les Utopiens sont paciliquos, mais ils font la guerre au besoin et ils emploient des mercenaires. La liberté religieuse existe, mais quiconque ne croit pas à l'exis-

tence de la providence et à l'immortalité de l'âme ne peut recevoir d'emploi.

Ces rêveries ont été traduites, rééditées el propag A l'âge de huit ou neuf ans, au lendemain de la Révolution de 1848, j'ai reçu comme livre de prix, approuvé par l'Archevêque de Tours, une Vie de Thoma- Horus avec la description de l'Utopie en appendice. Cependant, l'université et le clergé qui propageaient ce livre auraient dû savoir qu'il s'était traduit en actes effroyables quelques années après sa publication.

En 1525, Thomas Munzei , pasteur protestant en Saxe, poussé par son mail ri' Storch, qui était inspiré par la Bible et par Thomas Morns, voulut mettre l'Utopie en pratique. Après avoir essayé de soulever la Souabe, la Franconie et l'Alsace, il parvint à chasser le conseil île ville de Mulhouse el à s'installer dans 1»' Johannisterhof. le 17 mars 1525. 11 ordonna aux riches de nourrir el de vêtir les pauvres, de leur procurer des semailles el de- terres à labourer. La plupart s'enfuirent selon leur habitude dan- les moments de crise. Thomas Munzer parlait en prophète el il rendait la justice avec le sans-gêne d'un délégué de Dieu. Il essayai! de soulever les mineurs de l'Erzgobirg en leur disant : s Attaquez el combattez le combat du Seigneur. Si vous ne tuez pas, vous serez tués. Il esl impossible de vous parler de Dieu aussi longtemps qu'il y aura un noble el un prêtre sur la terre. > Munzer sortil de Mulhouse,

;i la tête d'une sorte d'armée. Il otail un cheval

noir el étail précédé d'une bannière blanche sur laquelle brillail un arc en ciel. Ces bandes ravagèrent et massacrèrent toul sur leur passage. Après une pie-

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