‹ Sophismes socialistes et faits économiquesChapitre 142 sur 223 · LA TYRANNIE DE MINORITÉS · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE DE MINORITÉS

Je ne sais encore le prix que coûteront les concessions faites aux ouvriers électriciens.

Mais les chiffres importent moins que le principe. Les ouvriers qui jouissent de ces avantages sont au nombre de 10 600 sur 575 000. Cela prouve leur audace; mais entre l'audace et le succès, il y a de la marge.

Or, les 564 400 autres sont des contribuables. Ils paient à l'octroi pour leur viande, leur poisson, leur beurre, leur charbon. Leur intérêt est d'avoir des services publics pour leur argent, c'est-à-dire au plus bas prix possible ; et les ouvriers de la ville de Paris et des services municipaux leur font donner plus que ne l'exigerait le cours du travail.

Les 564 000 ouvriers sont, pour la plupart, payés moins chèrement que les ouvriers des services municipaux. Ils n'ont ni retraites ni congés. Ils ne sont pas assurés d'avoir du travail tous les jours de l'année.

Qu'en résulte-t-il? Les ouvriers moins bien traités que ceux qui sont parvenus à se faire embaucher dans un service municipal paient pour ceux-ci. Et ceux-ci, qui ne sont qu'une infime minorité, moins de 2 pour 100, ont la prétention de commander aux pouvoirs publics et lancent cette injonction :

— Si vous ne nous obéissez pas, nous chambardons tout!

C'est une démonstration qu'ont faite les ouvriers des secteurs électriques, après les employés des omnibus, les inscrits maritimes, les employés des tramways, etc.

Qu'un groupe d'intéressés veuille, en suspendant un service public, imposer ses volontés à un corps délibérant et à une administration qui représentent les intérêts généraux de la communauté, c'est une forme de tyrannie inadmissible.

C'est la prétention d'une minorité de dominer la majorité. En recourant au procédé qu'ils ont employé,

les grévistes font sentir l'antagonisme qu'il y a entre leur intérêt particulier et l'intérêt commun.

Quand le public ne subit que des répercussions indirectes, il nelesperçoit pas toujours; mais quand il est atteint directement, il comprend qu'entre lui et le gréviste, il y a non pas communauté, mais opposition d'intérêts.

Il est bon que cette démonstration soit faite de temps en temps, puisqu'il y a tant de gens qui ne veulent prendre de l'expérience qu'à leurs dépens. Los agents des postes l'avaient déjà faite, les électriciens larenouvellent; et la Confédération générale du travail donne un aperçu des agréments que présenterait la grève générale qu'elle réclame el prépare. Elle organise la tyrannie des minorités.

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