LES « LABOR UNIONS » D AMÉRIQUE
sirenf pas contre M. Peabody, gouverneur du Colorado, contre l«i juge Gabbert, de la Cour suprême du Colorado, et quelques autres personnes qui déplaisaient à la Western Fédération. Les dires d'Orchard étaient
corroborés par des allées et venues, avant et après chaque acte, qui prouvaient ses relations avec les chefs de la Fédération.
La défense devant le jury fut tout à fait conforme aux meetings qui avaient protesté contre les poursuites. In avocat dénonça « les vipères et les vautours de Wall Street ». Un autre déclara que la condamnation d'Haywood serait considérée comme « une injustice et comme le résultatd'une agression, vile et meurtrière, de capitalistes sans scrupule ».
La Western Fédération of miners, après la déposition d'Orchard, affirma sa solidarité avec Moyer, son président. Haywood, son trésorier, et Pettibone, membre de son comité exécutif, en les confirmant, par une élection, dans leurs fonctions.
Le sénateur E. Borah, qui soutint énergiquement l'accusation, posa la question dans ces termes : « Ils ont tué Stenenberg pour montrer qu'ils ne pardonnent jamais à un ennemi. » Et il dit que la défense n'était que l'apologie du meurtre des représentants de la loi. Le samedi 27 juillet 1907, à onze heures du matin, le jury commença sa délibération ; elle se prolongea jusqu'au dimanche matin, huit heures. On sait qu'aux Etats-Unis, comme en Angleterre, il faut l'unanimité des jurés. Quatre jurés déclaraient Haywood coupable, huit autres, innocent. Il fallut du temps pour convaincre les quatre jurés que les entrevues régulières d'Orchard à Denver. avant et après les crimes, étaient de simples coïncidences ; qu'Haywood n'avait jamais connu le caractère de l'homme avec lequel il avait entretenu des relations intimes pendant plusieurs années ; que sa
poursuite n'était due qu'aux manœuvres des capitalistes.
Le verdict du jury surprit môme les amis de Haywood et causa une profonde impression dans tous les Etats-Unis.
Nul, indifférent, ami ou adversaire, ne l'attribue au souci de la justice et delà vérité. Tous considèrent qu'il n'est que la confirmation dos injonctions d'acquittement faites au jury par les manifestations contre lesquelles protestait M. Roosevelt.
Dès le lendemain de l'acquittement, toutes les labor unions de Denver décidèrent de recevoir triomphalement « ce martyr de la cause du travail ». Le 3 août, une délégation se rendit à la station. Haywood monta dans un carrosse traîné par six chevaux blancs, du haut duquel il adressa des discours aux 30 000 hommes réunis pour lui faire honneur.
On annonça, en même temps, l'abandon des poursuites contre Moyer et Pettibone.
Les membres des labor unions furent confirmés dans la conviction qu'ils sont inviolables, parce qu'ils sont redoutables.
Tous les jurés ne sont pas des héros. M. John Cumin ings de Chicago raconte1 que, dans celte ville, il a fallu récemment sept cents convocations poui trouver un juré dans une affaire de meurtre Intentée a deschefs de trade-unions. Dans la même ville, des homme- coupables de violences, au roui- d'une grève de camionneurs, ont tous été acquittés.
Les magistrats sont intimidés non seulemenl par ledangers matériels, mai- par la pression morale. Quiconque ose ne pas approuver les illégalités d'une labor union est aussitôl dénoncé comme un instrument du