‹ Sophismes socialistes et faits économiquesChapitre 160 sur 223 · LE PROGRAMME DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE · texte numérisé non relu

LE PROGRAMME DE L ASSOCIATION INTERNATIONALE

étaient exclus de son appel. Les agrariens de l'est de la Prusse ont parlé d'importer des coolies chinois. Le parti socialiste allemand est-il disposé à les accueillir comme des frères?

Au congrès de Stuttgart, les Allemands se sont montrés très nationalistes et se sont indignés contre Hervé. C'est cependant Hervé qui est logique. Tout socialiste qui admet l'existence d'une nation séparée admet la propriété individuelle ; car une nation suppose la propriété par un groupe d'individus d'une certaine portion de la surface de la terre.

Les socialistes font, en général, le contraire de ce qu'ils annoncent. Ils disent qu'ils veulent remettre la propriété dans les mains du peuple, mais, ou ils la remettront dans les mains de congrégations qui, quel que soit le nom qu'elles portent, seront plus âpres que n'importe quel Harpagon : ou ils la remettront à l'État qui, lui, la remettra à des administrations, lesquelles les exploiteront pour elles et non pour le public.

Gomme les rois de l'ancien régime, ils ne peuvent manifester leur générosité que par leur rapacité; car pour donner aux uns, ils doivent prendre aux autres. Et quels seront ces autres? Les adversaires de ceux qui, momentanément, seront plus forts.

Ils parlent de liberté; mais toutes les lois qu'ils proposent, depuis celles qui visent les heures du travail jusqu'à la loi sur le repos du dimanche, sont des luis de tyrannie et de police : et nous avons vu qu'ils ramenaient le travail libre au type du travail servile.

Ils parlent d'un idéal de gouvernement; et au lieu de limiter ses attributions, ils lui en donnent d'aussi indéterminées et d'aussi vagues que celles des tyranneaux orientaux ou africains.

Ils ne parient pas d'égalité, car ils ne la comprennent que comme cette servante de Franciort qui, le lende-

main de la Révolution de 18-48, disait à sa maîtresse : > Maintenant que nous sommes égales, tu porteras le seau ù charbon et moi je porterai les diamants1. »

1. Cité par M. Georg Simmel : Philosophie de la souveraineté, Journal des Économistes, 15 juillet 1907.

Les facteurs opposés à « l'évolution sociale ». — Le socialisme opposé à la petite industrie et à la petite propriété. — Appel à la législation ouvrière. — Sidney Webb contre l'épargne et la coopération. — Apologie de la paresse. — La Confédération du travail et « le marécage de la démocratie ». — <> La classe pour soi et la classe en soi ». — Quelques leaders de la classe prolétarienne. — Les instituteurs et la classe en soi.

Pour que 1' « évolution socialiste » se réalise, il faut la concentration des industries et des capitaux dans quelques mains, et, d'un autre côté, une masse de salariés de plus en plus misérables et dépourvus de toute propriété personnelle. Tel est le processus déterminé par le Manifeste communiste de Karl Marx et d'Engels et confirmé par le Congrès d'Erfurt de 1891 .

Mais ce phénomène ne se produit pas si « l'artisan » travaille isolé et indépendant; il ne se produit pas si « les petits industriels, les industriels travaillant à domicile, n'ont pas été préalablement absorbés dans la foule prolétarienne des ouvriers de la grande industrie; il ne se produit pas si le petit propriétaire conserve son amour de la propriété individuelle. L'évolution socialiste prédite avorte; le paradis annoncé de la socialisation de tous les moyens de production et d'échange s'évanouit. Il y a antagonisme entre la démocratie et le socialisme.

Est-ce moi qui, pour des besoins de polémique, invente et formule cette proposition? Elle est d'un socialiste, M. Werner Sombart '. Il se demande avec angoisse :

« Quelle devra être l'attitude du socialisme à L'égard des masses qui ne sont pas encore tombées dans le prolétariat, par exemple à l'égard de la petite bourgeoisie et de cette partie du peuple qui ne présentera peut-être jamais aucune tendance à la prolétarisation?

« Le but du prolétariat doit-il être essentiellement prolétarien ou bien doit-il être démocrate? S'il devienl démocrate, que devient son programme? Socialisme ou démocratie? C'est dans l'opposition de ces deux points de vue que s'exprime le contlit fondamental | p. 1 ;:>

Bernstein a publié, en 1905, une série d'articles ayant pour titre : « Lasociale-démocratiedeviendra-t-ell.' populaire-? »

Pour recruter l'armée socialiste, il faut « prolétariser » les petits industriels, les petits commerçants, les petits propriétaires, qui présentent des éléments de résistance à la socialisation des moyens de production. Il faut obtenir par la force ce mouvement de concentration qui ne se produit pas naturellement, atin d'arriver à la catastrophe prédite par Karl Marx : o D'un côté quelques grands établissements industriels, de l'autre la masse w possédant rien; el celle-ci les absorbant sans qu'ils puissent opposer de résistance.

Pour y arriver <>n exploitera la naïveté et l'ignorance

de ceux-là ml a qu'il s'agil de ruiner et de leurs

représentants au Parlement. Et ils feront une législation d'assurance sociale el de réglementation du

\. Le Socialisme >•( le mouvement social au XIX' siècle, p. 144

BUÎV.

ialistische Monalshefte, août, octobre, novembre. Voir le Mouvement socialiste, 15 janvier 1906, p in.

LE SOCIALISME CONTRE LA DÉMOCRATIE. 3Kf

travail qui écrasera les petits, les surchargera de frais généraux et de risques, fermera par des mesures de police leurs ateliers et leurs boutiques et essayera de faire artificiellement la concentration industrielle à laquelle ne se prête pas la liberté économique.

M. Werner Sombart l'a reconnu franchement : « Une bonne législation ouvrière est pour les grands entrepreneurs une arme de premier ordre pour ruiner les petits et se débarrasser de leur concurrence J. »

M. E. Vandervelde demande aussi cette concentration factice : « Il faut souhaiter, voire favoriser par des mesures législatives, le passage des formes dégénérées de la production individuelle aux formes supérieures de la production en commun2. »

On crie que le petit atelier, l'atelier de famille échappe au contrôle, et on en demande la suppression.

Ce sera l'étape obligatoire vers la prolétarisation, si les petits propriétaires, les petits industriels, les petits négociants, tous ceux qui ont une situation moyenne ne se rappellent pas qu'il y a antagonisme entre la démocratie et le socialisme.

Ils ont déjà été, malgré de nombreux avertissements^ trop souvent dupes de ceux qui les engageaient à travailler à leur propre ruine. Des lois, comme celle sur le repos hebdomadaire, sont de nature à les avertir.

M. et Mrs Sidney Webb protestent contre un groupe d'artisans économes qui feraient eux-mêmes une entreprise. Ils entretiendraient la petite industrie, « qui est diamétralement opposée à l'idéal socialiste ». Ils produiraient pour leur propre bénéfice, et la communauté n'obtiendrait pas plus de pouvoir sur leur industrie que sur l'industrie de l'individu.

1. Werner Sombart, Le Socialisme el le mouvement social au XIXe siècle.

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