LA TACTIQUE DE LA GUERRE SOCIALE
ajoute : « Elle n'est que le prélude de la lutte à coups de fusil. » Cette arme est un peu vieux jeu.
Mais M. Jules Guesde n'a jamais cru à la « nécessité naturelle ». Il peut dire qu'il n'a cessé de répéter :
« La révolution par la force reste la seule solution définitive. La propriété collective ne peut sortir que de l'action révolutionnaire de la classe productive — ou prolétariat — organisée en parti de classe. »
Un des docteurs de la Confédération du travail, M. Georges Sorel, dit de son côté : « Plus le syndicalisme se développera et plus les conflits sociaux prendront un caractère de pure lutte semblable à celles des armées en rampagne1. »
Au fond, les cbefs du parti socialiste ouvrier et de la Confédération du travail sont d'accord. Seulement M. Jules Guesde demande la collaboration de ceux qu'il veut détruire, tandis que MM. Georges Sorel, Lagardelle, GrifFuelhes ne comptent que sur la classe intéressée à la destruction. Ces derniers croient moins dans la naïveté humaine que M. Jules Guesde.
Les socialistes peuvent se quereller entre eux pour des questions personnelles ; ils sont d'accord sur un point : la guerre sociale.
11 faut être profondément initié aux subtilités du vocabulaire socialiste pour comprendre les différences qu'il y a entre la motion de la Dordogne qui a réuni 141 voix et la motion du Cher qui, en ayant obtenu 167, soit 26 en plus, a été adoptée. Je donne celle-ci :
Le congrès, convaincu que la classe ouvrière ne pourra s'affranchir pleinement que par la force combinée de l'action politique et de l'action syndicale, par le syndicalisme allanl jusqu'à la irn-ve générale et par la conquête de tout lepouvoir politiqueen vue de l'expropriation générale du capitalisme ;
1. Réflexions sur la violence. Mouvement socialiste, 15 juin 190G, p. 162.
Convaincu que cette double action sera d'autant plus efficace que l'organisme politique e1 l'organisme économique auront leur pleine autonomie, le syndicalisme se proposant le même but que le socialisme ;
Considérant que celte concordance fondamentale de l'action politique et de l'action économique du prolétariat assurera nécessairement, sans confusion, ni subordination, ni défiance, une libre coopération entre les deux organismes;
Invite tous les militants à travailler de leur mieux à ili^siper tout malentendu entre l'organisation corporative et l'organisation politique de la classe ouvrière.
Les 35 millions de propriétaires grands el petits, les bourgeois et capitalistes qui existent en France ont vraiment bon caractère, en considérant que ces organisations de pillage par la violence ou parla loi sont l'exercice d'un droit légitime !
Cette indifférence est assez humiliante pour les socialistes, car elle prouve la profonde confiance que ceux qui possèdent ont dans la vanité de leurs efforts : el parmi les socialistos richement nantis, combien y eD a-t-ilqui prévoient qu'ils seront obligés d'apporter leur quote-part sur l'autel du socialisme vainqueur?