‹ Sopho, le mage de Sidon, Zénocrate: Étude sur la société précieuse d'aprèsChapitre 12 sur 12 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

M"* d6 noban, abbcMe de Milnooe* -> St liaitoo avec Inni«

— EiquisM de aa vie. — Soa caractère. » Sa piété. — Sea onivret. — Démonitratioo que Zénocrate désigne vérilablenent lura. ^ Lettre det deui amis. — CooTertioa d*laani.

— Soa séjour dan» le Midi. -~ Son mariage fort douteux. — Fin de «a vie. — 11 eet attaché au marquis de Seigoelay. — Son voyage en Italie. — Sa ntort. — Détails sur u teille Jnsqnl la Révolution. — L'hôtel dee Isam à Castica.

Nous devons maintenant parler des lettres échangôes entre Isam et la spirituelle abbesse de Malnoue, Rléonore de Rohan-Montbayon.

Nous avons publié dès 1862 (1) ; d'après les copies autographes de Conrart, cette correspondance demeurée inédite ; Tabbesse y flgure sous le nom d*Octa\ie, et Isam sous celui de Zénocrate. Nos efforts avaient alors échoués dans la recherche de ce masque précieux. Une note récente, insérée sur le manuscrit même de Conrart, et acceptée par MM« Cousin et Harcou, attribue ce surnom à Isam, mais nous n'avions pas adopté volontiers cette attribution. En effet, dans toutes ses lettres, M** de Rohah emploie

(I) Un vol. in-lS; Paru, Atthry.

pour désigner ses amis les surnoms admis dans le récit de la Journée des Madrigaux; nous voyons de la sorte déûler successivetnent Théodamas-Gonrartf Sapho-Scudéry, Acanthe- Pelisson et Isam-Trasile; pourquoi sa docte correspondante aurait-elle modifié cette seule désignation 7 Nous voyons cependant Tabbesse s'occuper activement de la conscience de son cher Zénocrate, lequel se convertit en 166S ou 1666, et prit, d'après ces lettres pour coures* seur le jésuite Ferrier ; nous le voyons habiter ordinairement Castres, se rendre assez souvent à Toulouse et dans une campagne qu'il possédait près de cette ville, détails concordant parfaitement avec ce que nous savons de la vie d'Isam. Mais nous ne trouvions cependant aucune preuve suffisamment déterminante et nous avions mis en avant le nom de Donneville et de Georges Pellisson, le frère d'Acanthe qui était demeuré à Castres, où il prit une grande part à la fondation de l'Académie de cette ville avec le frère d'Isarn.

Dans la préface de notre premier travail nous nous refusions à reconnaître positivement Isarn dans le Zénocrate de l'abbesse de Malnoue.

Mais deux documents que nous venons de découvrir, font cesser nos hésitations et ne peuvent laisser aucun doute sur l'identité de Isam-

Trasile-Zénoorate. D*abord la lettre que nous avons publiée plus haut, dans laquelle Zénocrate prie M"* de Scudéry de recevoir M** de Caste 1<- Moron, car nous savons les liens intimes qui Tu* nissaienlà la marquise ; puis surtout ce passage d*une pièce de vers conservée dans un des volumes de Courart, non comprise dans sa grande collection, mais classé à la bibliothèque de TArsenal D. L. 145. Cette pièce est un dialogue entre Acanthe-Pcllisson et la Fauvette. Nous y lisons cette strophe de la Fauvette :

Cro; moy, Jt to le dis enesrt Tout ce qui reluit B*ctt pas or, Et le plus souvent l'incoiistaiiee N*est heureuse qu'en apparenee»

Aymé toujours fidèlement Et prens bien garde senlesoent Que Zénoerate, s'il n*est sage, Ne devienne oysean de passage.

Et Conrart ajoute de sa main en note, à propos de Zénocrate : » L'autheur de VAlma* nach (tamotir qui a dit de luy-mesme-ï Zéno* crate toujours amoureux et volage courant les mois d*amourde rivage en rivage. « La question est donc bien tranchée, et Zénocrate est incon* testablement Isam.

Nous n*avons pas à faire Téïoge d*Eléonore de Rohan-Montbazon, fille du duc de Montbazon, serviteur dévoué d*Henri lY, pair et grand*^

veneur de France, et de sa seconde femmei Marie de Bretagne-Vertus : elle était sœur de Taventureuse duchesse de Chevreuseï mais elle passa sa vie loin des bruits du mondoi faisant seulement bonne figure parmi les précieuses. Elle naquit & Paris, le 6 janvier 1629, fut élevée chez les Bénédictines de Montargis, prit le voile en 1644 et prononça définitivement ses vœux le 12 avril 1646. M** de Rohan témoigna de tout temps un goût prononcé pour Tétude et les productions de Tesprit ; elle écrivit elle-même et composa avant sa nomination à Tabbaye de la Trinité de Caen 1651, des Méditations sur les sacrements et une nie de Geneviève Grangier, première prieure du couvent de Montargis. Trois ans plus tard, elle fut transférée & la tête du monastère de Blalnoue, près de Paris, et elle s*empressa de fonder un prieuré en relevant, au Cherche-Midi. Elle vint s*y fixer vers 1670. Les dernières années de son existence furent remplies par d'admirables exemples de piété : elle en employa une partie & rédiger la règle du prieuré, à paraphraser les psaumes de la pénitence, et sous le titre de la La Morale du sage^ commenta les livres des Proverbes, de VBcclésiaste et de la Sagesse. Elle mourut le 8 avril 1681, dans son prieuré*

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Gomme on le voit» la vie d'Eléonore de Rohan fut irréprochable et bien remplie en face de TEglise. Son rôle ne fut pas moins honorable dans le mondOi où elle était recherchée, fôlée, goûtée* très-accueillie par M*** de Montpensier qui la priait de lui écrire son portrait ; par M"* de Sablé» par M*** de Vertus» par tous ceux enfin qui occupaient alors une place marquante dans les salons et les ruelles. Klle se plaisait à ces jeux d'esprit dont on s*est trop moqué et auxquels nous devons en résumé la sociabilité moderne ; elle aimait à entretenir des correspondances avec la plupart des membres les plus distingués de cette coterie polie . et lettrée. Conrart» Pellisson» Isam étaient ses amis particuliers. Elle voyait beaucoup M"* de Scudéry ; elle lui faisait sou- . vent des cadeaux « que Sapho acceptoit sveo bonheur de la grande vestale. »

M"* de Rohan n'était pas seulement pieuse» savante et aimable» c'était aussi une des belles femmes du temps» comme on peut s'en convaincre facilement par ses deux portraits écrits et par celui gravé par Mariette. Cependant jamais la moindre coquetterie ne fut reprochée et le ton de sa correspondance témoigne du reste de l'élévation de ses sentiments et de la solidité de ses convictions religieuses. Elle

n*Gn montrait pas moins un cœur aimant et dôvouôy et Ton ne peut contester que Tabbesse n*ait ressenti pour Isam une affection qui, pour ne pas être de Tamour, n'en était pas moins vive et profonde. Nous allons en donner des preuves qui feront certainement apprécier da* vantage ce caractère sympathique : les lettres de Tabbesse nous éclaireront d'ailleurs sur le caractère intime de son ami et nous fourniront des renseignements sur une partie de sa vie demeurée jusqu'ici très-ignorée, parce qu'elle: correspond & la période qu'il passait dans sa patrie, absorbé probablement par la grande décision qu'il prit alors : sa conversion au catho* lidsme.

Nous ne voulons pas reproduire ici toutes les lettres que l'abbesse de Caen adressa sous le nom d'Octavie au sage Zénocrate, puisque nous les avons précédemment publiées in^eziepiso^ mais nous pouvons constater qu'elles émanent d'une personne chez laquelle la foi était le résultat d'une conviction profonde etraisonnée.

11 est évident, d'après les termes affectueux échangés entre ces deux correspondants, que cette influence dut se faire vivement sentir sur Isam et que l'attachement qu'il portait à EléoncNre de Rohaa n'ait eu une grande action sur sa détennination. L'abbesse cependant ne

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veutpas admettre qu'elle ait pu y participer d'une façon aussi décisive : «Vous avez raison, lui écrit*elle le 17 février 1666, de penser que j'ay esté bien ayse que vous n'ayez pas eu pour moy de complaisance aveugle dans votre changement do religion, mais seulement pour examiner sérieusement ce que vous étiez obligé de faire en cela. C'étoit, ajoute-troUe, une complaisance, une des choses que j'ay le plus souhaité assu« remment de ma vie, mais si je ne vous eusse pas trouvé des sentiments aussi droits en le faisant, que ceux que j'ay reconnus en vous, j'en aim)is esté fort afiligée. »

C'est en 1664 ou au commencement de 166S que Isam se convertit. Le 17 novembre 1665, l'abbesse lui écrit: « Je prieray Dieu pour vous, » et à la fin de la lettre, elle ajoute : « Mandez-moy bien sincèrement si vous continuez à estre bien régulier tant & l'égard de Dieu que du monde, et comment va votre conscience. » Puis le 8 février suivant, elle le remercia d'avoir été trouver le P. Ferrier, à Toulouse : « Quand on va trouver son confesseur si loin, c'est bon signe. » Dans la même lettre, lui annonçant la mort rapide de leur ami Raincy, elle igoute : « Faites des réflexions ; sopgez qu'il n'y a rien de tel que de vivre toujours en Testât tel qu'on voudrait mourir. »

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Aureslo Isarn persôvârai car le 17 février 1666, Tabbesse lui écrit encore pour lui exprimer la satisfaction que lui causa son nouveau voyage & Toulouse: « Vous 6tes le meilleur enfant du monde ; le P. Fcrrier m*écril des biens infinis de vous, et & votre confession pràs, dont, vous pouvez penser, il ne me dit pas un mot, il me particularise assez ponctuellement ce qui s*est passé dans votre conversation. » Mais le 16 mars, elle termine sa lettre par ce piquant passage : « Je m*imagine que je vous trouveray si régé-«. néré, quQ je craindrai d*avoir aussi peur de vostro grande austérité, que vous avez peur de mes retraites, si je ne savois, mon pauvre Zénocrale, que vous estes comme Tabbé de Franquetot, fait d*un verre si fragile, qu*il y aura toiigours quelque patte cassée à recoller. » Revenons à rattachement qui existait entre les deux très catholiques correspondants, et qui remontait & une date déj& reculée. Dans sa lettre du 16 mars 1666, M** de Ilohan, à propos de la mort de M. de Raincy, elle ajoute : « Je vous ay connu on mesme temps que luy ; vous estiez ensemble la première fois que je vous ai vu chez Sapho. » Nous n'avons malheureusement pas de lettre antérieurement à Tannée 1659.

La première, datée du 12 mars, constate que rintimité existait depuis longtemps entre eux*

-Il»-»

L*abbe8«6 répond à Isarn au siqet de plaintes quo celui-ci lui avait adressées, ne trouvant pas qu*elle prit une part assez vive à une indisposition qu*il venait d'avoir. « Vous êtes, en vérité, lui dit-elle, le plus déraisonnable et le plus bixarre garçon du monde, car si je ne vous ay pas témoigné plus d'inquiétude, çà esté do peur de vous en causer une pour la mienne qui vous inquiéterait plus que vostre mal. » Et elle ne se gène pas pour malmener son cher Zénocrate, voyant « bien qu'il est dangereux d'avoir les sentiments trop délicats avec les gens qui ne les ont pas de mesme (1). » Puis elle commence à le rappeler assez sévèrement à l'ordre pour ses sentiments qu'elle trouve trop vifs; nous aurons plusieurs fois à le constater. « Il vous est encore passé par l'esprit quelque bizarrerie quand vous me dites que toute vostre amitié pour moy ne me donne nulle joye et qu'il seroit fort salutaire à vostre repos d'en avoir un peu moins. Il faut avoir une bonté comme la mienne, estant aussi coupable que vous Tètes de vostre mal^ pour vous en vouloir guérir, en vous assurant, comme je fais, que vous n'eusles jamais plus siiget de vous louer et

(i) Dans cette lettre, elle lui perle du projet q«*il enioiiceii de tenir à Cien«

moins de vous plaindre de mes sentiments pom^ vouSf que leur innocence les rendra aussi durables qu'ils sont tendres et que cette mesme vertu dont vous vous plaignez tant ne vous est pas moins favorable que vous croyez qu'elle vous est rude ; ce sera elle, mon enfant, qui vous conservera dans mon cœur contre l'inconstance et qui vous y défendra contre l'injustice ; de sorte que tant que vous n'aurez rien & vous reprocher contre la vertu, vous n'aurez & craindre que de la mesme. Mais à propos de vertu, vous ne vous souvenez plus que je vous ay défendu de parler de grain de millet. Sérieusement je n'ayme pas que vous vous familiarisiez la-dessus. Je conçois vos finesses, vous voulez m'y accoutumer insensiblement, mais vous avez ce me semble, tant d'expérience qu'on ne m'aocoustume à rien, et que je suis de ces créatures à qui est non-seulement inutile d'oser dire un mot de travers, mais mesme fort dangereux; que vous avez beau vouloir fortifier vostre timidité, je vous défie d'en venir à bout, et quand vous ne m'auriez pas mandé que vous tremblez dès que je vous regarde, je ne m'en aurois pas douté, car quand on n'a que les apparences de la vertu, il. vous est aisé, messieurs, de vous dispenser de ce grand respect que la véritable verla s^attire ; mais souvenez-ûous que quand

on on a vâriiablcmont, ollc a une forco pour se faire connoislrev pour se faire sentir et pour se faire craindre» que l'arUfice ne peut imiteri et à laquelle on no peut pas estre insensible, quelque résolution qu'on prenne et quelque brave qu'on soit, n

Le 17 novembre 1665, — six ans après, — Tabbesse écrit encore : « Mandez-moi si vous avez pour moy les sentiments que je désire que vous ayez, et de la moindre manière que je veux que vous les ayez. » Sur ce chapitre, M** do Rohan n'entendait pas la raillerie. Nous lisons, en effet, dans une lettre adressée le 16 décembre suivant à un correspondant dont nous n'avons pas le nom : « Je vous dirai sérieusement que je ne trouve point bon que vous vous émancipiez à me dire comme vous faites : « le trop fortuné Zénocrate, » et que vous preniez la liberté do dire en raillant : « Tout rival heureux qu'il est, » parce que ces mots-là ont quelque chose do trop libi'c pour vous et de fort irrespectueux pour moy. Zénocrate est mon ami assurément et vous aussy, mais ny vous, ny lui n'avez jamais esté mes amans volontairement.

Si vous avez tous deux poussé vostre amitié plus que vous n'avez dû, vous devez du moins, pour effacer cette faute et pour en obtenir le pardon, vivre plus régulièrement avec moy, autrement

- uo-

V0U8 n*auricz plus que mon cstimo ot assurément vous perdriez quelque chose en perdant une aussy tendre amitié, qu'est celle que j'ay pour vous. »

Uabbesse ne décourage pas cependant Isam ; elle ne lui cache pas la vive affection qu*il lui inspirait, et elle le lui dit d'une façon réellement charmante : « Mon cœur ne change pas, Zénocrate, car il ayme toujours ce qu'il croit estre obligé d'aymer (1) ; » et elle ne lui refuse pas les compliments : parlant de Saint- Amand, elle écrit: « Enfin, il est do votre race, o'est tout dire, pour avoir de l'esprit,» mais elle regrette sa légèreté : « Vous commencez les choses bien mieux que vous ne les achevez ; la persévérance n'est pas votre vertu dominante (2). » Dans la lettre du 6 mars 1666, nous trouvons ce piquant passage qui prouve que BI** de Rohan ne redoutait pas outre mesure que le bruit de cette intimité se répandit, assurée qu'elle était qu'elle ne donnerait jamais prise à une maligne interprétation : « Votre sœur qui est toiyours méchante, comme vous savez, nonobstant sa fièvre, me mande qu'elle a peur que le confesseur de Zénocrate, avec toute la simplicité qu'il a pour de certaines choses, nonobstant sa

(t) Leicn du 17 imembre 1665.

grande capacitô sur d'autresi no découvre la sainte à laquelle il a le plus de dévotioUi et quo cela rinquiéterait fort s*il estoit en la place d*Octa\ie. Je luy ay mandé que cette inquiétude pourroit estro légitime aux vierges de M"*^ de Yendosme, qu'elle veut pouvoir manier en les invoquant, mais que pour les saintes qu'on prie toi:gours sans les maniori les confesseurs ne découvrent rien qui les inquiète dans la confes* sion de leurs dévols, et que Zénocrate est assez instruit pour savoir que Ton n'est pas obligé à confesse de dire le nom du saint que Ton révère le plus. »

Plus loin elle n'hésite pas à tracer ce passage significatif, qui dut certainement causer un doux plaisir à l'exilé volontaire de Castres: « En attendant, ce qu'il y a de plus douce satisfaction en ce monde, est la tendresse d'un cœur qui nous est bien acquis, à laquelle notre conscience ne s'oppose pas. On trouve dans cette possession une source inépuisable dcTplaisirs qui naissent en foule et qui augmentent l'amitié avec le temps, au lieu que, pour l'ordinaire^ le temps diminue l'amour et fidt enfin trouver mille amertumes dans son dérèglement. Je laisse au Père Ferrier à vous dire le reste ; je suis tout à fait contente de vous ; vos dernières lettres m'ont plu au dernier point; elles estoient

admirablement bien écrites, mais leur agrément ne les empécheroient pas d'être solides, et elles aYoient quelque chose de cette force que la Yérité a pour se faire sentir et se faire discerner à travers Tintention que nous voyons que les gens ont de nous flatter et de nous plaire. Pour moy, qui affecte depuis voslre départ de vous écrire négligemment, afin de vous mieux per- * suader que tout ce que je vous dis vient plus de mon cœur que de mon esprit, outre qu'on peut toujours dans l'amitié se relAchcr de l'arrangement des paroles qu'on employé pour le persuader, pourvu qu'on ne se relâche jamais des choses, et que dans ce procédé, on soit toujours aussi régulièrement soigneuse et exacte que si on avoit à conquérir le cœur qu'on possède et que la possession n'en fût pas assurée tout-àfait. Adieu, Zénocratc, continuez & cstre un bon , enfant et & m'obliger à estre aussi reconnaissante envers vous que je la suis, car je mérite assurément par mon amitié, ma confiance et moh estime pour vous, toute la considération et la complaisance que vous avez pour moi. »

M"* de Rohan reproche dans la mémo lettre à Isam de se montrer trop expansif : « Vos lettres sont trop tendres ; il y a des choses peutestre mesme trop douces si on les disoit en teste . à teste, mais tant do lieues nous séparent I »

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^'oute«t*elle. Plus loin : « J*ai ri de vostre expression de vouloir pénétrer dans mes pensées jusques par derrière la Yérité. Il n'est pas de la vérité comme de la vertu par-delà laquelle je dis qu*on n'est guère au hazard d'aller. Pour vous, souvent vous laissez la vérité derrière vous en faisant trop de chemin avec moy et pour vouloir trop pénétrer dans ma pensée. La dernière lettre que je vous ai écrite vous fera courir encore plus vite qu'il ne faut si vous le prenez trop sérieusement. J'avois la migraine et une lettre de vous m'avoit fâchée. J'efrace..., j'efface..., j'efface. » Mais elle ne dissimule pas cependant ses vifs sentiments depuis quelques semaines. Isam annonçait son retour pour la fin de mars : « Je le désire» ditrcUe le 17 février, avec une impatience proportionnée à l'amitié que j'ay pour vous, qui est assuremment la plus tendre, la plus sincère et la plus constante du monde. » Isarn, & la veille de revenir, semble avoir voulu bien préparer sa respectable amie, car le 12 mars il reçoit ce bon point : sa lettre lui cause une joie extrême : « C'est l'une des plus agréables que j'ay reçue de vous ; je ne les trouve telles que quand elles sont l'ouvrage du cœur aussi bien que de l'esprit. » Aussi, ajoute- « t-elle : « Personne ne vous ayme et ne vous aymera plus que moy jamais, » aveu que Tab-

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bèsse corrige par ces inots : « Je vous écris avec si grande précipitation, que je no say ce que je vous dis aujourd*huy. » Dans la première page, elle ne ménageait pas sa modestie : « Yostre dernière lettre a toutes les qualités et Ton peut mesme vous dire que vous avez dans Tesprit un tour qui vous est particulier et une grande délicatesse. Peu de gens sont capables d'avoir de la plaisanterie avec la dignité, de la badineriesans bassesse et de la justesse partout. » Et le 15 mai : « Le caresse me fait mal, mais la joye de vostré retour empeschera que la pénitence du caresme ne me soit nuisible. Je prie Dieu pour vous avec un très-grand soin : no m'oubliez pas non plus pendant ce saint temps et le jour de saint Joseph. »

Nous n'avons retrouvé aucune des lettres d'Isam malheureusement, sauf une, datée du mois de mai 1666, et nous cicoyons devoir la placer sous les yeux de nos lecteurs :

Extrait éttme lettre de Zénoerate à Octame.

€ Mon Dieal que je me divertis bien présentement & Toos entretenir ; j*admire comment les choses qoi font nostre joye et nostre plaisir noos sont faciles et que ce que nostre cœur noos dicte est agréable k écrire. Qoand j'ay à toos entretenir de mon affoctioRt ou enfin, quand j'ay à parler à tous simplement, dix pages ne me co&lent rien ; cela conle de source, mais quand il faut vous faire un mémoire pour mes affaires, je n'y puis consentir.

Je ne saurais mesme assez me louer de me trouver cette répugnance, et de voir que ma raison soit au dessous do mon cœur, et que les intérêts de celui-ci soient, non seulement tout à fait au-dessus des autres, mais encore tout à fait incompatibles avec les-premiers. Mon Dieu I qu'il est bienséant de savoir mieux aymer que faire ses affaires. Non, non, ne vous imaginez pas que ce soit pour vous apaiser, ce que je vous en dis ; ce que je viens de vous écrire m'est sorty si naturellement de la tète, et ce n'est que mon inclina-* tion qui me l'y a mis I et que c'est proprement en tette rencontre que je me donne des louanges qui me font du plaisir et qui vous en peuvent faire, puis^

qu'ollos sont Y6ritaklos ot quo jo les mérito ; câr onfin, toatcs collos quo la conscience reproche no sont pas sealement facheases parce qa'el les sont faossos, elles sont changeantes, ot il n*y a qae les gens de toat i fait mauvaise conscience qui s*cn puissent accomoder. Quand les gens sont loués mal h propos, no se disentils pas à eux-mesme : s'ils saroicnt tout ce que je say, ils ne me diroient pas tout ce qu'ils me disent. Mais au contraire quel plaisir do penser s'ils savoient tout co que je say, ils m'en diroient bien dayantago. Il faut donc pour les louanges, afin qu'elles soient douces, qu'elles aient un écho dans nos cœurs, estant toujours véritables pour nous, ils ne peuvent que tromper les autres ,* et s'ils ne répètent pas les mosmes choses, ils nous répondent si bizarrement i nousmesme qu'il auroit bien mieux valu qu'on ne leur eut pas parlé et qu'on les eut laissés en paix.

Josorois bien attrapé si vostro petit écho, quand je vous dis que je vous ayme, ne vous répondoit pas quo cela est vray , et ne me répondoit pas h moy quo j'ay raison, et que vous avez de l'amitié pour moy, car les échos d'amitié doivent répondre Jeux fois pour estre bons ; mais aussi du moins il no faut pas qu'ils répondent h toute sorte de gens ; il faut qu'ils soient sourds à toute la nature, car s'ils alloient faire comme ceux des montagnes qui répondent à tous les passans, j'aymerois autant rien qu'oii écho de cette sorte. »

Les lettres de M** de Rohan renferment peu de paarticularilés personnelles à Isorn. Nous

consulterons seulement qu*il parait avoir agi autant qu*il était en son pouvoir en faveur de Pellisson ; Tabbesso lui mande, le 17 novembre l6C3,'qu*ello 8*est activement occupôe de cette affaire à cause de lui, et qu'elle a eu soin de bien faire connaître aux amis du prisonnier que c'est pour lui 6trc agréable qu'elle» agissait ainsi. Elle ajoute qu'elle a remis à M** du Plessis-Guônôgaud, un mémoire d'Isam pour Gondrin, achevèque de Sens.

A la fin de l'année, il fut question d'employer Isam comme secrétaire dans une grande ambassade. M*' de Rohan lui mande, le 8 janvier 1666, que « la sœur aussi » était toute disposée à soutenir sa candidature, en le priant d'y songer sérieusement, car l'ambassadeur devait accepter le secrétaire qu'elle lui proposerait. On sent que Tabbessc ne pense pas sans regret à cette séparation : elle déclare qu'elle le laisse libre, no voulant aucunement l'influencer, mais qu'elle lui devait de le prévenir : « Pour moy ^e n'ai point de conseil à donner là-dessus, car on trouve présentement si peu de bien do faire quelque chose d'utile pour les gens qu'on ayme, que quelque répugnance et quelqu'amerlume que je sentisse dans cet éloignement, je me reprocherois de n'avoir pas fait savoir à Zénocrate que je pouvois le servir en cela, mais conune il est

quelquefois injuste dans les choses où il devroit estre le plus reconnaissant, je le prie de ne rien penser sur cela qui soit injurieux à Tamitiô d'Octavie, car il pousse ses chagrins si loin, qu'aymant d'ailleurs autant la joye qu'il fait, on le soupçonnoit quasi d'avoir un secret pour donner de la douceur à l'inquiétude. »

Enfin la même lettre nous fournit quelques vers d'Isam : « Je vous ay envoyé une lettre d'Acante, et je croy vous avoir dit qu'on a trouvé les vers que Zénocrate a fait admirables, chez^ Madame Z, qui commencent :

May, 1667.

Hélas I je sais constanl ot je suis malheureux,

Bien que de nul espoir je ne flatte mes feux.

Je ne sauroîs estre inflexible,

Tout ee que fait Iris ne sert qu'à m'enflammer,

Bt les rigueurs de la ernelle

Ont, malgré mes désirs, le droit de me charmer :

Ainsi la rose se couronne

De l'épine qui l'enTlronne, etc.

Nous avons le regret de ne pouvoir plus maintenant qu'indiquer en quelques lignes la biographie du beau Zénocrate (1).

(1) Nous nous sommet adressé à l'homme le plus à même de noua renseigner sur Isara, M. A. Combes, correspondant du ministère de l'instruction publique à Castres, et malgré son aimable empressement, il n*a pu nous fearair aucune indication. L'étade consacrée à Isara par M. Noyral, dans sa Biographie Cêffraiff (t li» T. 2), ne renferme aacua fait inédit*

Les détails manquent pour la fin do la vie d'isarn. La dernière lettre de M''* de Rohan est du mois do mars 1666, ot les porte-feuilles de Conrart ne nous fournissent plus aucun renseignement. Nous avons dit qu*à Castres, malgré les recherches les plus soigneuses, on n'a rien pu découvrir et nous sommes réduit à ignorer le nom de la femme de Zénocrate et môme à douter très-sérieusement de la réalité de son mariage (1). Quand Colbert résolut de faire voyager celui de ses fils qui portait le titre de marquis de Seignelay, il lui adjoignit, pour raccompagner en Italie, trois personnes : Isam, un neveu de Mignard et François Blondel, architecte célèbre : tous trois rejoignirent le jeune voyageur à Toulon où ils s'embarquèrent le 23 février 1671 pour revenir au mois de mai.

M. Pierre Clément a publié en 1867, la relation écrite par le marquis de Seignelay, mais le nom d'Isam n'y est pas mentionné. Nous pensons que l'ami de M"' de Scudéry accompagna égalementle fils de Colbèrt, au mois de juillet suivant, en Hollande. Puis le silence se fait de nouveau autour de lui, jusqu'à ce que nous

(1) H. Harion éerit, pagt 147 : c Le salon do H"* do Soadéry Ya io dépeapler et ao former. Jsam retounio dans lo Midi, •• eoaTerlit et ao marie. • Il est fàeheux qu'il mentionne ai laeoniquemont co fait aana aveuno preuve à l'appui.

trouvions dans une lettre de M** de Sévignôi du 17 février 1672, où elle raconte la mort subite de M** de BoufOers, ce passage : « M. Isonii un bel esprit, est mort de la mfime sorte. Il s'ôvonouit dans une chambre où il avoit 6t6 enferma par môgordo, et y mourut faute de secours. » Il paraît que ce triste événement se passa dans ThAlel do M. de Seignelay auquel il était demeuré attacl^é.

Le frère d'Isam, comme nous l'avons dit, continua la descendance de la famille. M. Combes nous a envoyé ce renseignement que nous ne pouvons mieux faire que transcrire textuellement : « Cette famille s*cst continuée parmi nous jusquos après la Révolution. Dans la suite, ses travaux do .judicature finirent par foire anoblir quelques-uns de ses membres, comme le prouve le dernier représentant m&le, mort h Castres, avec le grade de major d*infanterie qu'il avait obtenu sous l'ancienne monarchie ; elle a laissé comme souvenir matériel, une maison bâtie par un des membres do la famille, où 80 trouve encore une cheminée monumentale avec le buste de Louis XIV, en terre cuite, entourée d'attributs guerriers d'une assez bonne exécution, le tout reposant sur des jambages de marbre rouge uni. »

->1SI-

AITENDIGE

Nous plaçons les loUres inôdites de Godeau et de M"* de Scudéry, dont nous avons prôçôdemment parlô. Nous y avons joint quelques pièces également de Tineomparable Sapho.

A Venca, ce 98 féTricr 1S54 (1).

Jo vois bien qao vous allez devenir l'oraelo do la galantorio pour tout runivers, et que commo on dit lo platonisme» et le p6ripalétisme, pour ne point parler de jansénisme et do muimismo, qui sont des choses trop sérieuses» on dira le saphonisme pour expliquer la plus délicate galanterie. Jo vous dis cocy avec raison, commo vous verrez par l'aventure que je vay vous raconter. Il y a huit jours quo me promenant lo long do la mer, en la considérant avec plaisir dans l'émanation où elle estoit qui pouvoit s'appeler une petite tempeste ; je vis tout d'un coup une chaloupe qui vint

(t) Goanurty ton. V, ia-M.

s'échouer contro one ro«:he assez proche da lieu ou je me promcnois. Il y avoit trois hommes dedans qui firent un cry effroyable. Je courus aussitôt avec cette diligence que vous sçavez, et mes gens qui venoicnt derrière moi accoururent aussi, pour tâcher do secourir ces pauvres inconnus. Nous fusmes si heureux que nous les sauvasmes tous. Ils étoient espagnols» et celuy qui estoit le maître des deux autres, paroissoit un hommo do condition, a sa bonne mine et à l'air do sa parole. Il me fit un compliment tout^ù-fait galant, quand il fut un peu revenu de son étonnemcnt et me dit que tout Espagnol qu*il estoit, il me vouloit \ bien confesser qu'il avoit eu peur de perdre la vie, mais aussy que c*cstoit par ce qu'elle n'estoit plus i luy, et en prononçant ce dernier mot, il fit un grand soupir. Je songeay aussitôt & vous, et je vous souhaitay pour lui répondre a sa galanterie. Je le fis entrer dans une cabane qui se trouve proche où il se sécha, et quand il fut en estât do pouvoir marcher, je le priay do monter sur un des chevaux que je faisois mener, et de venir se reposer dans ma maison de campagne qui n'est pas fort éloignée du rivage de la mer. Il me dit encore fort galamment qu'il estoit libre, il me diroit qu'il se rendoit mon prisonnier. Je l'obligeay à se mettre au lit en arrivant, mais il n'y demeura qu'un quart d'heure, au bout duquel il me vint trouver dans une allée d'orangers, où je me promenois, et où je songeois à luy. Aprt>s quelques compliments, je le priay de contenter ma curiosité et de m'apprendro ses aventures, que je jugeois devoir

esuro tout à fait extraordinaires. Il no se fit point presser» et nous estant assis, il commença son discours arec on grand soupir. Mais co discours est trop long pour récrire et je croy que vous suppléerez fort aysément son récit ol mesme plus galammentt quoiqu'on vérité je n'aye jamais rien entendu do plus joly ou de plus agréable. Il mesla sa narration do beaucoup de vers spirituels et fort tendres. J*en retins quelques couplets et je les trouvay si beaux, que je les ay mis en françois. Je vous les envoyé à sa priùro, et il vous auroit envoyé lui-mesmo l'original, s'il n'eut pas esté blessé h un doigt qui l'empesche d'escrire. Il vous en demande votre jugement, mais plutost pour les sentiments quo pour les paroles sachant, m'a-t-iJ dit, que vous avec lo droit do sonder les cœurs de tous ceux qui aymont. Je l'arresteray jusqu'à ce que j'aye reçu de vous vostro réponse, et je ne doute point qu'elle ne luy augmente l'admiration où il est pour l'esprit de Sapho. »

Le mage de Sidon à la très^illustre Sapho.

De Vente, le 16 may 10S4 (!)•

Le moys do moy est aussy agréable pour Paris qu'il est triste pour ma solitude. Les rossignols n'y

chantent point, nos orangers ont encore leur verdure

(1) Conrarl, toi. V, in-fol.

i jt i i ii m i M i H i Mi i J l'i' tm i iUMMU^ i ^ '

de rhyver, nos préries sont noyées ; le ciel est couvert d'un brouillard elTroyable; le soleil ne paroit plus» et toute la nature semble ostro proche de sa mort. De sorte qu'en cet estât tous les objets que je voys ne m'inspirent que des pensées sombres et mélancoliques et que j'ay moins d'esprit qu'à l'ordinaire. Cependant j'aurois besoin de tout le feu et de toute la lumière du soleil, de toutes les fleurs des préries et dos jardins et do toutes les richesses de nos arbres, si je Youlois répondre aut deux lettres que vous m'avez fait Thonneur de m'escriro, ou plutôst que vous m'avez escrites pour Dom Luis. Il les a lues avec un transport de joyo et une admiration que je ne vous puis expliquer, et comme il no peut encore se servir de sa main pour vous faire réponse, il m'a prié de luy servir do secrétaire. Je vous dis donc de sa part que si Sapho a pour luy do la jalousie sans amour, il a pour elle de l'amour sans jalousie. Ne souhaitez pas de chasser Palinis de son cœur pour y régner en sa place : vous luy ressemblez si parfaitement que l'on peut dire quo vous êtes la mcsme chose ; si bien que vous pouvez fort bien y demeurer avec elle, et comme vous estes jalouse sans cstre amoureuse, vous souffrirez une rivale sans ressentir les fureurs de cette passion qui est, & ce que l'on dit, plus cruelle que toutes les furies do l'enfer. Je ne l'ay jamais éprouvée, c'ost pourquoy j'en parle delà sorte. J'ay eu deux cœurs on ma jeunesse, l'un que je tenois entre mes mains et qui me servoit pour badiner et pour me divertir. Il en sortait souvent pour aller en d'autres

faire son qaartier, mais il y revenoit toajoun» on pea flétty à la Térilé» et quelquefois égratigné légàrement» de qnoy il estoit aossytost gaéry. Mon autre eœnr me sorroit pour aymer {ont de bon, et je l'ay cn|agé très-rarement. Le premier n'avait pas le loisir do deronir jaloox et le second cboisissoit si bien, qu'il n'a jamais en sujet de l'estre. Regardez bien dans ee petit coin où vous tenez des cœurs en résenre, TOUS y trouverez le dernier» si tous l'aTOZ touIu roce- Toir. Hais sorai-je si malheureux» que tous ne tous fussiez pas aperçue do l'aToir ? Il me semble» sans le beaucoup Tantor, qu'il a des choses assez remarquables pour se faire dislinguer des autres» qui pouTont escro plus galans, mais qui ne seront jamais ni aussy fldùlos, ny aussy tendres pour tous qu'il so Tante d'estre. Comme Dom Luis à leu ce que je tous escris» il m'a dit que j'aTais doTÎné sa pensée et qu'il tous supplioit de le croiro tout tel que je suis. Ne parlez

donc plus très-heureux que tous ayez

gagné. Ne craignez ni les beaux yeux» ni les blanches mains» ni le sein admirable, et moins que tout cela encore» l'esprit de Palinis» mais songez seulement à bien traiter D. Luis, qui a pour tous tout lenrespeci, toute l'estime et toute^ l'amitié que tous souhaitez.

■ ■W.l ipi l lllllll . l W W ipi mmi I | |. H i M.l li m<J|W^?

- tS6-

De 1/"* de Scudiry à M. FEvique de Vence.

Da 23 Mptembra 1654 (l).-

J'ay tant do choses à vous diro qao jo no croy pas quo jo puisso vous los diro on une senlo lettre, car il aut qne jo vous écrive comme h M. do Vence, il faut que je vous face un grand éloge, comme & Tautcur du poème do saint Paul ; il faut quo je vous loue comme un grand peintre, et il faut que je vous écrive un billet galant digne du mage do Sidon, de Dom Luis et de Tamant de Palinis. Il faut mosme mon esprit pour louer cette fameuse éclipse, où l'on voit briller, le vostre avec un oxclat qui surprendrait étrangement, si vous n'avicx accoustumé vos amis à n*ostro plus surpris de ce qui part de vous. C'est pourquoy. Monsieur, il faut que vous trouviex bon, puisque vous estes 4 ou S hommes» que je vous écrive 4 ou 5 lettres, et que je me conforme au vieux proverbe qui dit : A tout siiqhium tout uohhium.

Lettre d Mgr Nvêque de Veiice.

« Monseigneur, si le soin de vos amis estoit incompréhensiblo avec celui do la bergorie dont vous estes

(l^G0uart»tV,ln-I^K

•m^mmmmmmim'mmmmmmmmmmmt^mmm'mmmmmm

le pasteur, je ne seroU pas asses hardie poar toos prier do mo donner quelque place dans rostre mômoiro, et de me laire la grâce do me eonsenrer rostre amttid . Mais sachant que rous arex encore plus d*amis que do brebis à conduiro, je crois qu'il seroit injuste do vous donner tout entier aux uns et do no donner rien aux autres. En mon particulier» Monseigneur» je vous promets que je ne vous donneroy nulle peine, que je ne m'égaroray point, que jo ne vous meuray jamais dans la nécessité de me rapporter comme une brebis fourvoyée, et que je ne diroy, ni ne feroy, ni ponseroy jamais rien, qui me puisse rendre indigne de porter la glorieuse qualité. Monseigneur, de vostre très-humble et très-obéissante sorvanto.

Mamuihi ni SCUDÉRT.

Lettre â fillmtre auteur du poème de saint Paul.

Monsieur, quoyqu'il ne m'appartienne pas do vous donner de l'encens, jo no m'en saurois empcscher. Recevez donc celui que je vous oiïre, comme s'il estoit du plus pur que le soleil ayt jamais produit, et souffrez, s'il vous plaist, que je vous donne des louanges à ma modo, c'est-i'-dire proportionnées à la faiblesse do ma connaissance. Je n'ay donc garde d'entreprendre de rous louer de Tordre de rotre ourragOt

|l««Pff«MMMMnmMi

ni d'admirer comment yoos aves pu donner les grâces de la poésie profane à on poème de dévotion, où vous n'aTÎoi pas la liberté do llnvention tout entière» car cela n'est pas de ma juridiction ; et je m'exposorois h sortir des règles de la bienséance de mon sexe, si je me meslois de parler do celles d'un poômo héroïqae ; quand mesme je le pourrois fairo sans montrer mon ignorance. Mais je vous diroy seulement, que les vers m'en ont semblé fort beaux et fort naturels, tout ensemble, quoy qu'ils ayent de la force et de l'élévation ; que les sentiments en sont fort justes ; que l'amour divin et l'amour terrestre y sont également bien touchés ; quo le démon qui fait parler Cécile à Lucine a la mine d'avoir autrefois leu VAmiaU^ à l'endroit où une certaine consciliôro d'amour est introduite, et que les femmes vous ont une extrême obligation, car enfin quoyqu'on leur défende de lire l'Ecriture sainte, elles no laisseront pas do la lire, en lisant votro ouvrage, et de la lire avec un plaisir, qui pourra leur estro utile, puisqu'il est assez naturel d'aymer ce qui plaist, et de se laisser persuader & ce qu'on ayme. Je ne vous dis point que j'ay trouvé des descriptions admirables, et des comparaisons fort justes dans ce beau poème, car si je voulois tout dire. Je ferois une trop longue lettre, et je ne vous dirois de longtemps que je suis plus que je ne puis rexpiimer, Monsieur, etc.

Hépoiue de tévique de VenceàM^deScudinf.

17 telobM 1654 (1).

Là ProTÎdenco m'a donné un troapeaa à eondairOt où j'ai dos brebis galoasea, mutinos, rebolles et faroachos, et qui n'enlendont rien aux chansons du berger, ni aux ain de son ciialumeau» qui s'égarent à tous moments, et qui aiment mieux les chardons que le ihim ou le serpolet ; mais ma bonne fortune m'a donné dos amies qui sont belles, galantes, propres, bouclées, poudrées, douces, civiles, qui prennent plaisir à m'ouir chanter ; qui chantent admirablement ellesmesmes, et qui mangent plus volontiers des bisques que des meilleurs herbes du monde. Ne vous étonnez donc pas, Mademoiselle> si le soin de ma bergerie no m'occupe pas si fort l'esprit, que je ne songe souvent à des personnes que mon cœur a reçues si volontiers et avec qui il s'entretient si agréablement. Vous me feriez grand tort si vous doutiez du rang que vos qualités excellentes vous y donnent. En vérité, il est tout à fait séparé de celuy où sont les autres, et je vous regarde comme une personne en qui je les puis trouver toutes, quand je les aurais perdues. Vostre raison et vostre intelligence vous rendent capable de con-

(U lUd,

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I. j^wwiilll'"''"" >li||i!Wi|i»il«WMWil<llllWWi)l»il>ITf»>l>WMl^^y»l)»

duire des saavages et de les discipliner. Comment poamez-Toas tous fourvoyer roas-mesmeT II y a des délices inexplicables dans votre entretien : comment me ponrries-voos donner de la peine T Vous ne dites rien que d'admirabld comment ne pourrois-je PM souhaiter que voos n'aymassies toujours, et que TOUS me eonsenrassies la qualité de vostro très-humble senriteur.

Répome de Sapho au secrétaire des quatre

maistres.

27 DOYembre 1654 (!)•

Si feu César d'heureuse mémoire eust un tel secrétaire que TOUS, Thistoire n'eut jamais dit qu'il dictoit i quatre des siens tout à la fois, car il se seroit assuremment reposé sur tous de toutes ses despesehes, soit qu'il eust touIu donner des ordres de guerre, ou écrire des lettres d'amour à la sœur de Caton. Eu effet, il est croyableque tous auriez aussi bien fait parier un héros amoureux qu'un mage, un auteur, un peintre et un galant espagnol. Quoi qu'il en soit, TOUS m'aTei paru si bien informé des sentiments des quatre personnes que tous sTez fait parier, que j'ay erea qu'il tous suiBrait de tous escrire pour faire

(1) Gsvart, tel. ie-Tel.

MToir les miens. Je tous conjure donc d'assurer rotre msge illustre qae jo no sois pas trop marrie qu'il ayme autant ses amies que ses brebis, quoique je ne sois pas du nombre des poudrées» des frisées et des belles. Pour le célèbre auteur dont vous ares si modestement exprimé les sentiments» dites-luy s'il vous piaist que jo n'oserois plus luy donner d'encens, après avoir recou celui que vous m'avez envoyé de sa part, car il est certain que le sien vaut incomparablement mieux que celuy que je pourrois luy offrir. Mais pour ce pauvro peintre qui voudroit volontiers, à ce qu'il dit, se graver dans mon cœur, dites-luy qu'il faust que chascun fasse son métier, qu'on ne grave point avec des pinceaux et qu'il entreprendroit une chose aussi estrange do vouloir graver avec un pinceau, que si quelqu'un vouloit peindre avec un burin.Encoro une fois dites-luy qu'il ne se meslo quo de ce qui regarde directement l'art dont il s'acquitte si dignement. Aussi bien suis-je persuadée que de l'honneur dont il est, il vaut mieux qu'il soit peintre que graveur. Car en gravant, chaque trait est ineffaçable ; on se ropent inutilement de ce qu'on a fait, au contraire, lui quand il a ses pinceaux i la main, il change, il efface et suit tous les caprices de sa fantaisie comme bon luy semble. En effet, j'ay ouy dire qu'il fait quelquefois des petits amours si jolrs et si bien représentés» qu'on diroit qu'ils sont tous prêts à tirer de l'arc pour blesser le cœur do quoique dame» et puis, que tout à coup se repentant de son dessein, il passe l'éponge sur sa peinture et fait disparaître tous ces amoursi sans qu'il

en reste rien, ni dans son idée, ni sur se toile ; car en fort peu de temps, changeant l'ordonnance de son tabiean, on Toit des anges o& l'on avoit tu des amoors. De sorte que poor en revenir où j'en eslois, il vant mieux qu'il soit peintre que graveur. Mais je ne songe pas que vous connaisses mieux l'honneur de ce Raphaël moderne que moy, et que je ne vous en puis rien apprendre. Pour vostre Dom Luis, c'est un estrange espagnol, qui a bien la mine d'avoir au moins une Palinis en tous les lieux où il passe, et je ne say mesme si on ne pourroit point assurer que le grand Turc n'a pas plus de sultanes qu'il a de Palinis. Aussi vous puis-je dire sans mensonge que si ce n'étoit que celle k qui il attribue particulièrement ce nom-là, n'est pas trop d'humeur k engager son cœur tout entier, elle ne se feroit pas grand scrupuled'avoir plus d'un Dom Luis, n'y ayant rien de plus équitable que de rendre fidélité pour fidélité, et inconstance pour inconstance. Cependant tout volage qu'est vostre Espagnol, il plaist k Palinis ; il ne luy plaist pourtant pas plus que vous luy plaises, et je puis vous assurer que l'affection qui est entre eux, est si innocente, que ce prétendu Dom Luis n'a jamais obtenu plus défaveurs de Palinis, que vous n'avez obtenu,... qui n'estes point amoureux d'elle et qui ne lui avoit jamais demandé nulle Croyez bien et soutenezloi hardiment qu'il n'y a pas plus de part que vous, et que c'est véritablement en cette rencontre qu'on peut dire : Tel maistre, tel valet. Une autre fois je vous en diray davantage» mais il est bon qu'une pre«

mièr» lattra m toit pas trop loagoa» d« peur que Toas a'aa Touliutiei pu nearoir oiM leconda» lossy mal éerile qna oalla-ey.

^^< ou mage de Sidon travesti

en Dan LitU (1).

Qaoyqoe je prenne autant de part aux arentares de votre galant Espagnol qu'aux rostres, je ne laisse pas de TOUS dire, que je suis tout-i^fait ayse qu'il se soit éranouy, puisque son évanouissement a produit U4 ai agréable effet; car enfin je puis, ce me semble, assurer hardiment, jamais soufflet n'a esté suivi d'une aussy galante aventure et si peu funeste, et qui depuis que la lune a commencé d'éclipser le soleil pour la première fois, nulle éclipse n'a mieux, ni plus heureusement imaginé, que cette métamorphose. Je voudroy bien, puisque vous êtes en si bonne humeur d'en faire, que vous voulussies un peu me» changer en quelque chose qui valut mieux que moy. Je vous déclare pourtant que je ne veux point eslre oranger, quoique pourtant vous ayex fait dans vostre ouvrage le plus bel oranger du monde. Je ne veux pas mesme estre pierre précieuse. Hais si vous me pouviez changer en Palinis, ou, si vous le voulez, en mngo de montagne, vous me feriez un grand plaisir. Pour moy.

J6 crois formomont qu'il no tiendra qu'i tous, puisque cela ne sera guôro plus difficile que de faire un arbre do la belle Licoris. Si vous me donnicx le choix de ces deux métamorphoses» tous m'embarrasseriez fort, car il y auroit grand plaisir & estre aussy galant que le mage, et il y en auroit aussy beaucoup à estre aussy aymableque Palinis, et qui plus est, aussy aymôe d'un galant Espagnol. Car en vérité, ce n'est pas un aussi grand avantage qu'on pourroit penser, que d'estre ayroable, si on no sait se faire aymer. Mais enfin, je vous laisse le choix de me métamorphoser comme il vous plaira. Je vous assure que je n'en dirois pas autant k tout le monde, car, quoique je ne sois ni galante comme le mage, ni belle comme Palinis, il y a peu do gens contre qui je voulusse changer de cœur. Pour tout le reste, j'y gagnerois, mais pour ce cœur dont je parle, j'avoue que j'y pourrois quelquefois perdre en le changeant contre des cœurs de princesses et peut-estro mesme do reynes. Mais je songe pas que je m'estois engagé & faire un billet galant, et que celuy-cy est bizarre, déréglé et sans suite aucune . Je n'en saurois pourtant faire un autre pour anjourd'huy, et tout ce que je vous diray encore est de vous conjurer de ne manquer pas à là première éclypse de lune, de m'envoyer une nouvelle métamorphose, car, puisque celle du soleil vous a si bien réussy, il faut que celle de lune en face autant, et Je ne say mesme, si je ne vous prieray point encore de laire quelque chose pour cette belle étoile qui porto le nom d*une Ih^Uo déesse : SAPHO,

mm^^mmmmmtmtmmmmmmmmmmmmm

Enfin je sois venu à boat do foire trois mnavaiseft lettres et un mauvais billet. Je erois qu'à parler rai* sonnablemcnt il oust rieux yalu ne faire qu'une jolie lettre, ou qu'un billet doux. Mais on ne fait pas tout ce qu on reut, car si on le faisoit, je vous assure que je serois digne do vostro estime et de vostre amiiiô, et que je vous dirois mille agréables ehoses que je no vous dis point. Ce n'est pas que je n'en pense quelquefois d'assez raisonnable, mais je suis devenue si paresseuse, que je ne cherche pas seulement i apprendre l'art de les dire. Devinez donc si pouvez tout ce que j'ay dans le cœur et croyez fortement, que soit que je vous regarde comme M. l'évdquo do Vence, comme l'illustre autour du poème de saint Paul, comme le plus grand peintre du monde, comme le mage de Sidon ou comme le plus galant Espagnol de la terre, je vous honore, vous estime, vous respecte et vous ayme également.

Répome de Don Luiz à tiUusire Saj)/iô{l).

Le soufflet que la divine Pâli ois receut de son galant brutal, me fit évanouir d'horreur, mais pour vous confesser la vérité, un souffle amoureux do le belle bouche do cette admirable personne, non-seulement m'a retiré de ma pâmoison, mais m'a inspiré

(1 IWi

■9«PlHi)>f"^WM|«Ml^MMW|«»fn4V«F

U méumorphoso qoe Tons trourez si heureusement imaginée. Mais si ee souffle m*a éclairé rospril, on mesme temps il m*a si fort échauiïé lo cœur, que je crois que lo vont de mes soupirs auroit fait fondro toute la neige des Alpes quo je viens de passer et sécher tous les torrents qui on descendent, si je n'eusse ou soin de les retenir, afin que rien d*un aussi beau fou ne s'oxiialo ot ne se perde inutilement parmy dos rochers et des précipices. J'en laisso échapper quelqu'uns en vous écrivant, illustre Sapho, et si vous Toulos mettre ma lottro k l'endroit do vostro cœur, vous soutires quolqu'élincello du fou qui s'y écoulera do nouveau pour Palinis. Ou no la louera jamais plus divinement quo vous faites en me priant do vous changer en elle. Mais lo père dos Dieux qui pont changer toutes choses, ne pourroit pas faire cotto métamorphose. Quand vous vîntes au monde, la nature vous donna tout ce qu*uno mortelle pouvoit recevoir dos richesses de l'Ame, avoc cotto loy quo firent les destinées inflexiblos en leurs arrêts, que vous demeuriez toujours rincomparablo Sapho, tandis que vous seriez au monde, et qu'après vostro mort,

vous seriez étoile qu'on nommorait la socondc

Vénus du ciel et qui servirait do couronne au soleil. Mais cola n'arrivera qu'après un siècle. Cependant, je vous conjure do m'aymor et de croire quo je disputoray avec tout lo monde la qualité do vostro adorateur. — Enfin j'ay tant fait dans mes journées quo j*ay servy do secrétaire aux quatre personnes à qui TOUS avez lait rhonneur d'écrire, J'aurois bien sou*

wpp

haité dTâToir miaux expliqué laon pontéos, ear si j^ouasa BX&rf leur sentiment, rons tories tou quelque eheee qui toos eoitonehé le eonr. »

B^9ùn$ê de Fauteur de saint Paul à la quatrième grâce (1).

Encore qno je n'ayme pas trop Toneens, à cause que je crains que la force de son odour no me face tourner la teste, toulofois celuy que vous me donnes est si précieux, que je ne puis m'empesclier nonseulement do le respirer et de le sentir, mais de le boire et de le manger comme une viande qui vaut mieux pour mon esprit que le nectar et Tambroisio. Les poôtes anciens ont dit que le soloil se nourrissoit des vapeurs de l'Océan ; c'est faire faire une cliéro fort mauvaise à un Dieu si délicat, qui la fait si. bonne aux hommes. Mais la nourriture des plus excellents poètes du monde ne peut ostre plus délicieuse que celle do la vapeur do vostre encens, qui vaut mieux que le plus pur que le soloil ayt jamais pro«* duit dans la Judée. Il est digne non-seulement de la table quetenoicnt les Gymnosophistes, mais du temple de Delphes, et du ciel mesme. Quoyquo me conseille la modestie, en cette occasion, je me veux laisser enivrer de ce breuvage, et dans cette douce ivresse,

(OttW.

. jmm

J6 mo persoaderAy que tout ce que vous mo dites du poème de saint Paul est véritable. J'admireray tout ce que TOUS y trouvez d'admirable et que je ne croyois pas y avoir mis. Je mo réjouiray d'estro plus ingénieux que je ne ponsois estro. Enfin je serois ravy do do me voir tout changé entre vos mains. Maisquoyquo tout cola me donne un grand plaisir, j'en aurois un incomparablement plus grand, si vous m'aymez toujours avec autant d'ardeur que vous avez do lumière à dira les belles choses que vous m'avez écrites.

Réponse à M. févesque de Vefice.

Dn 16 inaikt 1660 (1).

Au milien du mois de décembre

Dans voftre sâlla ou voitre chambre

A l'aspect de mille orangen

Qui parfumeat tout tôt vergeri,

Et doat la feuille est toi^oun verte,

Vottf diiaes la fenestre ouverte

Et retpirei ua air plut doux

Que celuy de may n'ett pour nout;

Tendit que fort mal I mon aite,

Ou daot mou lit ou dant ma chaise,

Mon logis me sert de prisoo,

Où la rigueur de hi saison

Tenant mou corps à hi torture

A cause que rhyver me dure

Plus que no Amt festé, rautemue et le priatempe,

(!) Gciiarl, I* H, ia*lsl. \ij

«WIBF

Et ■• tiMt Um éè fMlre-tenpt Pniiqi*!! m bit t^n abitiMM^ Ma ràtait I la aaatiaeiica Bt ma daoaa paar péniienea Da TiTra taigam aa laaflDraaca. Ca tempa ^ glaça at 4a doulavia INwmiMI praduira dat Oaort»

I*Mir may Panncssa aa ast ttirila Et Panaua m m'ait lèrtUa Qa*aa épiaa« at qn'an cbardant ; Ja aa Tait tar faut sat buisiant Qaa grata*e«a panr tautat cliataa Au liaa d*y vair de ballet foiat; Eocora estant taajaun mal adrait at malMia Ja a*aa mutmU cueillir laat bm plquar la amia. Vaut qai B*atlat pat da eatta aaafféria Et qui lain da rinflrmeria Ettea auuy frab qu'ua gardaa, Jaoïait épiaa» ni chardan Ne vaut fit la maindra piqûre, Autty ni ahtiaur, ni froidure Ne tèche, ni gèle vat flenrt.

Elles eanterrent leurt cauleun»

Metma an let cueillant Tottre main lea i^aad tallas Qu'elles deviennent immartallas.

Vaus caures par monts et par vaux; Par d'infatigablaa travaux Sans cette vottre etprit compose Taniost en vers» tantost en prose •Des ouvrages dont la beauté Charmera la postérité. —

Enfin vostro discrète langue Soit en sermon» soit en harangue Parle toiyours si saintement.

Si doctement» si purement Qu'en tous sens elle est admirable Et qu'elle est metme redoutable A ceux qui ne redoutent rleui Ce qui certes témoigne bien Qu'estre éloquent et solitaire .

N'est pas totijoun chose contralrai Et qu'au désert et dans aa enin,

Tel ennîle qui tii fort loia De toalet afTairet publi<|uet Est mit au rang des poliliquet, Plulott que eettx qui dans Paris Prennent pour des eharivarit Des farces ou des eomt'dics»

Toutes les pièces hardies, Que la fortune chaque jour Se plait k Jouer dans la cour :

Qui la connoissent infldèle rie Tculent, ni n'attendent d'elle, Ni récompenses, ni bienfaiU, Et qui bornent tous leun soubaiU A mener une via égale Honneste, tranquille, frugale»

A peu craindra et peu désirar, A n'apprandre, ni murmurer A ne flatter ni ne médira Pour éviter de se dédira ; A n'estra ni fier, ni soumis, A ne foira que peu d'amis, J'enUnds ces amis de baie Amis d'intrigue et de cabale»

De politique et d'intérêt, De qui la cœur est toi^oura prest A changer ainsi que la lune An moindra vent de la fortune.

J'en auts nbuté pour jamais Et ne veux mettra désormais Qn'wtt rang des pures bagatelles TMtet les amitiés nouvelles ; Car, eomoM on dit, un vray trésor Est do vieux amia et de viewt or.

Leîire au plut grand ptùUre du monde (1).

Monsieur, quoyquo j'aye tu doi ubleaax de tous les graids peintres, depuis Miehel-Ange josqu'i Poussins, je puis dire que je n'en ay jamais vu de si hardiment touch^te que les rostres, ni de si achevés tout ensemble. Tous les autres peintres ont eu un talent borné, car les uns n'ont esté propres qu'à faire des figures, les autres qu'à faire des paysages. Il s'en est trouvé qui n'ont seu faire que des fleurs, et d'autres que des fruits et des coquilles. y en a qui ont admirablement réussy cent figures en un seul tableau; il s'en est trouvé qui n*ont seu bien faire qu'une tète seulemont.L'on en a mesme veu qui ont iaic dos tableaux d'architecture merveilleux qui n'eussent pu rq)r6* sonter un chat. Il s'en est vu plusieurs qui ne savoient bien poindre que des animaux morts et quelques-uns mesme qui ne représentoient parfaitement que des chaudrons et ustensiles de cuisine. Mab pour vous. Monsieur, vous estes capable de tout, et vos tableaux de sainteté ne laissent pas de £iire connoistre quo que vous estes asses savant pour peindre toute la nature avec une égale perfection. Mais après vous avoir loué en général, il faut que je vo^ loue en particulier, de ce qu'il me semble que vous avei pris

(t) IWé.

{ilaisir ù |Msijidn^ la sniiit*' dont je |»orlc io nom. Pour nioy, de lu façnii dont je la voy, j«^ ne puin nrenipescher de la iioiuniei* la Vénus céleste, car il 0!<t vray «|U*clle a des cIio!M*s tout à fait propres à faire naistre rainonr divin. Je vuudrois vous en dire davanttige, mais j'ai aujoud*liuy une plume qui écrit si mal, qu'elle n'est pas trop propre à louer les meilleurs pinceaux du monde, et ce sera bien assez si elle peut eucore vous faire dire icy«|uo personne u'ost plus que moy, Monsieur, vofttro, etc.

Jtépofise d'un apprcntif en peinture à la dixième Muse.

Madame, il ne suHit pas à Vostre Altesse Musaïque do donner au public des |)eintures merveilleuses, alhi que ceux quiayment un art si noble, aycnt d'excclliMiis mo«li*les H imiter : vous avez encore la bonté de jetter les yeux sur les barbouilleries que font les plus i^'noraus appnMilifs et de leur donner courage par vos louaikges. C'est aiusy ijue je reçois cette admirable lettre que vous m'avez, fait l'iionneur de m'écrire, où vous i>arlez si divinement do tous les peinti*es, et des manières si diiïéroutes de leur peinture, qu'il est bien aisé de voir que vous estes la muse' qui préside à cet art, el qui l'onseigne aux hommes. Pour moy, je l'ay aymédès majoanesse et j'ay ou plus d'envie do deve-

nir un ^raiid peiiilro (|Uf (l<* iHtnhoar lic jouir do reflel do mon dt^sir H do mon travail. Los talilcaiix i|uc vuiiji avoi loués 9i avanLi/rous^nient sont |iluto:(i croqut^n qu'acliovûs, ol si i|ucl4|iie clioso y peut |ilairt% c*eM fluioM lo dos^'in que Touvrage. Si vous avez la bonté de no vouloir mu'n|uor leurs défauts, qui n'y Kont demeurés que parce que je ne les ay pas connus. Il est vrai que mou cœur a peint le tableau de la sainto Baume, mais quolipie beauté qu'il puisse avoir, il a sujet de rougirdu nom de Vénus céleste que vous lui donnes. Dos esclaves et dos poltrons ont quelquefois porté les noms de Cyrus et d'Alexandre, et je suis résolu de me servir de ce glorieux titre, commo d'un illustre motif (K>ur travailler désormais avoc tant do soin, que je n'en sois pas tout-à-fail indigne. J'ay besoin pour cela, Madame, do vostre inspiration et de vostre conduite. S'il vous ^laist de me tenir la main, je feray des pièces qui donneront do la jalousie aux Michel-Ange, aux Titien et aux Carracbc. Mais j'aymorois beaucoup mieux avoir trouvé le socnH do me graver dans vostre cœur, quo celuy do savoir peindre toute la nature. —

Les IcUrcs siiivanles sont adressées & M"*" de Scudéry, par un des principaux habitués de ses samedis, le « galanl Mérigèno » donl il a él6 jusqu*ici impossible do déterminer le nom.

M. Rathery n*a pas été plushem^ux que M. Cou-

stn qui écrivait : « Nous qo savons qui est Môri* gône. Il paraît que c'était un homme du monde qui n*osait se risquer à faire le bel esprit. » Et. dans une lettre de Pellisson du 9 octobre 4656, il associe ensemble Sapho, Théodomas (Conrart) Nérise, (M** Conrart), Agélaste (M"* Boquet) et Mérigène, pour les regrets que lui cause une séparation momentanée. Nous n'avons rien pu découvrir, sinon que Mérigônc n'était pas un ancien ami, car le 10 octobre 1656, H"* de Scudéry mandait à Pellisson : « Pour Taimable Mérigéne, il n'y a pas encore assez longtemps que le connois. »

Mardi loir, 10 Mtpbrt I8â6,

c Morigène ayant soutenu fort opiniastroment

qu'il no pouvoit oscriro que mal ot avec grande diflicnlté, pour la désabuser de cotto orrour, elle luy éerivit k l'heure inosme ce billot, et l'obligea d'y rôpondrc sur le champ, comme il fit, ce qui assura tonte la compagnie ot le convainquit luy-mesme qu'il s'estait déGé injustement da ce qu'il eitoit capable de faire:

€ Je vous trouve sans doute tel qu'il faut estro pour mériter l'amitié d'une fort honnête personne, car vons avei de l'esprit^ vous estes bon et je vous croy

fidèle et discret, mais apri» tout vous estes bien ardent amant pour oser espérer que vous sercs constant amy. Apprenes-moi donc, si uno maitrosso vous commandoit do rompre absolument avec la meillouro amie que vous eusliex, si vous ne le.feriôt pas, car je soray bien ayse do savoir vos sentiments li-dessus, parce que de l'humeur dont je suis, jo ne veux point cornmeneer d*amitié qu*avec l'espérance de la voir durer éternellement*. »

Jtépofise de Mérighie à Sapho.

Je ne désavoue pas que je ne sois bon, discret et fidèle, mais pour avoir de l'esprit, vous allez voir, incomparable Sapho, que j'ai raison do n'en pas tom*bor d'accord ; car en vérité, si j'en avois, il me semble que vous m'avez donné un beau champ pour lo . faire paroistre. Mais enfin, esprit à part, vous saurez que jo no suis point content de la question que vous me faites et que je tiens i injuro l'incertitude dans laquelle vous me témoignez estre. Est-il possible que vous, qui me parlez si bien du pouvoir de l'amour, vous puissiez douter que je puisse rien refuser à une maîtresse. Il est donc fort vray que j'obéiray aveuglément à la personne que j'aymeray comme vous l'entendez. Mais-que cela ne nous mette* point 'eh p^iné; je croy que j'ay esté amoureux ce que je le seray de

ma vio. Aussy vous pouvei ostre assurôo que l'aniour no nuira jamais h l'amitiô quo je veux avoir touto ma vie pour vous. Jo vous parleray plus rcspoctuousement, si je u*estois persuadé qu*il no faut pas qu*uno déeiaration d'amitié sente le compliment.

/////<•/ de Mcriyrne à Sapho.

Sapho Murii quit Méritrèuf Nf fut janiMis en lelle |)eine Car il aiirolt un grand désir De luy nuintif r le déplaisir ** QuVUe a de|»uis ({uVlle esi absente, Mais rien ne la contente ; Quiind il Tcui IVxpriiner en Tfrs Il f roit le faire de Iratera^ truand il veut écrire en prose, Il IrouTO que e*est .peu de chose.

Tout de bon, incomparable Sapho, jo ne croyais vous regretter la moitié tant quo je le fais, quoique je creosse vous regretter honnestement ; je m*imaginois bien qu'une personne aussy douce, aussy sociable, aussy spirituelle et aussy bonne que vous ne pouvoit s'éloigner sans laisser bien du chagrin aux gens; mais k vous parler avec sincérité, je n'eusse jamais pensé quo vostre absence eusse esté si ditlicilo & supporter. Théodamas à qui elle ne donne guère moins d'inquiétude qu'i moi, vous l'a écrit de manière la plus agréable et la plus galante du monde. Il ne s'est pas contenté do parler pour luy, il vous fait regretter

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par looto la iiaturp ; il n*a lais^ ni source, ni rivière, ni iioi». ni Min5.<aie. ni rollino, ni vallon, ni vergor, ni parterre, ni pern^n, ni ilryado à i|ui il no fasse faire lies plainles do vosln^ i^loi|!nenient. Iji cigale niesine de Savigny el la symphonie de liys n'y ont pas este) oubliés. VoiU ce que c'est, d*avoir bien de Tesprii, on parle inesme élo«]ueninient de sa douleur. Pour moy i]ui n*en eus jamais beaucoup, c'esi-à-dire, d*os« prit, afin que vous ne vous y irouipiez pas, jo vous avoue que je ne suis p^is fâché do m'en trouver eucore niuins aujuui*d*huy, que jo m'en suis trouvé de ma rie, car il me semble qu'il y a quelque gloire à ostro stupide, quand on veut parler do Tenuuy i|u*on a de ne vous plus voir. Faites donc quelques cas, je vous en supplie, de ma tendre stupidité, et souvenezvous que cela joint à la liberté que je prons de vous escriro, sans mo faire aucune violence, vous doit tout4*fait persuader que j*ay pour vous toute l'estime et toute Tamitié dont jo suis capable.

Pour IVgate tt douce Agclaite Qui cliéril te* anus lant ImIc, Elle Mure que c*est di* tout cœur One je me dis Min serviteur, Mais je dis de la boune lortc Ou le diiiblf nrcnifiorte.

I II II ii!miii«i

Réponse de Sapho au galant Morigètie.

Du 27 octobN 1656.

Vous rymu Mtei gaUmaitiit, Voiii krivei fUiteusêineiil.

MAb quand on m plaint iTane absence^ On dit to^jonn plni qii*«n na pania.

Vous ne trouverei pts maayais que je aoia dtns ce 'sentiment-li, car je croiois qu'on me regrettast tutant que vous et Théodamas vouiox que je le croye, j'en auny trop de vanité, et il poarroitestro qu'en croyant trop facilement d'estre fort aymée, j'en deviendray encore moins aimable. Souffres donc que je n'i\joute nulle foy i tous les prétendus regrets de tant de choses impossibles et que je retranche mesme une petite partie des vostres. Nous croyons bien, Agélaste et moy, que vous vous estes aperçu que nous n'estions plus on votre voisinago et que vous en avex mesme esté marry, mais nous ne croyons pas vous avoir donné un assez grand plaisir pour causer une grande douleur» car en ces occasions, la mesure du bien est la mesure du mal. Quoyqu'il en soit* vostre billet est galani et fort bien escrit» et jamais

Un netica da bîllaU donn

If en a jamais si bien écrit que tevs.

Après eelajen'ay plu q[a'à Toat dire' q[a*Ag6lasto TôOi atc toat-à*fait obligée d*iToir ti bien empIoy^loB rert qa*elie fit dant Tallée des Dryades, mais «omme elle n'a pas aajonrd'hai son bamear poétique, toqs vous Gonteoterei de saroir qa*eUo toqs ayme autant (ja'elle TOUS l'a promis, qnoyqfa'ÎBUe n^sîi jorè pas comme TOUS, ear, comme roos saret, les sermons en prose n'ont pu bonne gr&ee de lal>oacbe d'une femme.

Avec totre permiMion, j'assnreray Tostre aymable

cabinet de la continuation de mes louanges. » ^'^

Nous terminons par une courte pièce en Thonueur de Sapho :

Jïuei d Uéfiage

CicB, 2 aerembrs 1063.

c M'i* do Scudûry ot Zénocrate, dans les

loUrcs quHls ont oscrites i M"** de (^aen, n'allèguent point d'autre raison do leur opinion que qui n'esloit un doux entretim est beaucoup plus tendre que l'autre, et qu'une personne qui saura ce que c'est que tendresse, ne diminuera jamais le prix d*un doux

entretion avec une maitrosse, comme on fait en disant qui n'eêtoit gue... Voilà le sommaire do leurs misons, mais je leur demandcrois volontiers si c'est an sentiment fort tendre de dire a sa maîtresse : Jttenonctrmj à tostre empire si tous ne m'aeeontex la dernière faveur. On ne peut pas dire que cela soit fort tendre ni fort soumis, ni fort respectueux ; puisque la fin de la chanson n'est pas tendre, pourquoi vcut^ou donc qne le commencement le soit. Pour moy, je dis que : qui n'esioil un doux entretien est plus tendre que : 9ttt n*estoit qu'un^ et que c'est parce qu'il est plus tendre que je l'aime mieux que l'autre. »

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